Author Archives: Christine Sourgins

L’inaliénabilité, tabou ou sagesse ?

En 20 ans, à peine plus de 2 000 plaintes déposées, or la commission interministérielle en charge du dossier vient de révéler que 57 500 œuvres d’art sont manquantes dans les inventaires de l’Etat (1). Près de 10% se sont évaporées dans les musées de France, 15% dans les musées nationaux, 60% à l’étranger. Si certaines ambassades ont pu pâtir de troubles locaux, que dire de ce millier de disparitions qui a eu lieu à l’Élysée ?

Or son actuel locataire vient d’aggraver l’hémorragie en décidant tout seul (sans vote à l’assemblée, ni référendum) de mettre fin à la loi d’inaliénabilité du patrimoine. C’est grâce à cette règle d’or que l’Etat ne se comporte pas comme un collectionneur vénal qui revend selon ses caprices ou les intérêts d’un lobby. C’est à l’inaliénabilité que la France doit la conservation d’une richesse culturelle particulière. Ainsi, un conservateur américain  disait à un collègue français : « En Amérique nous avons des chefs-d’œuvre, mais vous, en France, vous avez les chefs-d’œuvre et leur contexte ! »

A priori, M. Macron serait animé de généreuses intentions : restituer des œuvres africaines pillées du temps des colonies. Ce sujet délicat mériterait d’être approfondi mais quelques réflexions montreront le terrain glissant où notre président nous entraîne. Car « Restitution », ce mot au parfum d’équité, cache de bonnes intentions dont l’enfer est pavé. Par exemple, certaines ethnies ont migré à l’intérieur du continent africain : faut-il restituer à leur pays d’origine ou à leur pays d’arrivée ? D’autres sont établies à cheval sur le Burkina et la Côte d’Ivoire, contenter les uns risquera de mécontenter les autres.  Mieux, comme nombre de musées africains, celui de Dakar possède des objets Bambara du Mali, des pièces de la Guinée, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso ou du Benin… dont l’obtention initiale peut être sujette à caution : va-t-il restituer à ses voisins ? De par le monde, chaque pays a été tour à tour,  envahisseur puis occupé, pillard puis pillé. Le précédent créé par M. Macron risque d’entraîner une cascade de demandes réveillant rancœurs et antagonismes, tout en flattant le nationalisme le plus étroit ; les objets africains, aux africains ; aux chinois, les objets chinois etc. Voilà qui sonnerait le glas du musée « universel » et obligerait à vider le couteux quai Branly, payé par le contribuable (autre forme de restitution dont on ne parle jamais : les occidentaux ont aimé, protégé, étudié, réparé, exposé aux yeux de tous, ces objets).

Monsieur Macron vient d’ouvrir une boite de Pandore car tout objet d’art, aujourd’hui en dehors de son pays d’origine, n’a pas forcément été  pillé  ou volé. Mais comment prouver un don ou un achat loyal, des siècles après ? Les preuves risquent d’avoir disparues. La sagesse voudrait qu’on s’inspire de la législation appliquée aux individus : passé un certain délai, il y a prescription ce qui participe à la paix civile. Il faudrait réfléchir à un délai pendant lequel les contestations seraient recevables (un siècle au moins) parce qu’on pourrait raisonnablement investiguer. Mais cela suppose une réflexion collective mondiale et non de décider sur un coin de bureau jupitérien. Pourquoi une telle précipitation ? Selon Didier Ryckner, de la Tribune de l’art, les 26 restitutions du 23 novembre 2018 masqueraient un vulgaire copinage : «  l’une des personnes les plus actives pour demander ces « restitutions» est Marie-Cécile Zinsou, fille de Lionel Zinsou, ancien premier ministre du Bénin. Or, Lionel Zinsou et Emmanuel Macron se connaissent bien »  pour avoir travaillé ensemble à la banque Rothschild. Mieux, Lionel Zinsou «  a été l’un de ses soutiens de M. Macron durant la campagne présidentielle » au point que  La Tribune Afrique le compte comme un des « hommes du Président ». Comme Marie-Cécile Zinsou ne fait pas mystère de l’état déplorable des musées béninois, de là à penser que les restitutions macroniennes atterrissent « sans tarder » à la Fondation Zinsou, il n’y a qu’un pas…(2)

Rebaptisé « tabou » voir « fétiche » par ses détracteurs, le verrou de l’inaliénabilité a donc sauté. Ce qui ouvre des perspectives aux ambitieux marchands ou amateurs d’art : vendre la Joconde, et plus si affinité, devient possible pour combler, tant soit peu, notre dette vertigineuse. Sothby’s et Christie’s seraient ravies, les grands collectionneurs aux anges. Les tabous et fétiches ont parfois du bon, les africains ne diraient pas le contraire : ceux de l’inaliénabilité seront-ils restitués au peuple français ?

Christine Sourgins

(1) Toutes époques confondues, soit, sur un total de 467 000 oeuvres, près de 12%.

(2) plus d’infos sur cette affaire et sur la « méthode » utilisée : un rapport demandé à deux universitaires qui ne sont spécialistes ni de l’art africain ni des musées ! https://www.latribunedelart.com/inalienabilite-et-alienabilite

Et l’Art dans le Grand débat ?

Rémy Aron, l’ancien président de la Maison des artistes, lance une pétition : « Stop au dirigisme artistique d’État ! Pour un respect de la diversité ! » ? En ces temps de discussions animées, y aurait-il une chance pour que les politiques écoutent enfin ? Diversité ne signifie pas forcément qualité mais c’est un préalable et une obligation démocratique.

Constatant l’échec de l’Etat (200  ” inspecteurs de la création “et pas un seul artiste français au Top 200 des artistes mondiaux), que son inféodation à la spéculation financière multiplie pratiques opaques et conflits d’intérêts etc., la pétition en souligne les conséquences : l’exclusion des lieux institutionnels de la plupart des artistes non-alignés sur l’esthétique « Art Contemporain » globalisable et financiarisable, la disparition des savoir-faire etc. Les pétitionnaires demandent donc la création d’un groupe de travail parlementaire sur l’intervention de l’Etat dans la création artistique avec audit, publication d’un état des lieux et propositions de réformes. Vous pouvez la signer sur change.org. La précédente commission, sous F. Hollande, n’avait même pas audité le président de la Maison des artistes (!) se cantonnant à écouter les hommes du système. L’administration, comme la presse française, restent dans le déni de la dissidence française … mieux connue à l’étranger.

S’il y a de la contestation dans l’Art, il y a aussi de l’Art dans la  contestation. Dès novembre, Bansky a revendiqué sur Instagram une œuvre réalisée à Paris (un gilet jaune jetant un bouquet de fleur), avec ce commentaire : « Cinquante ans depuis le soulèvement de Paris en 1968. Le lieu de naissance de l’art du pochoir moderne ». Si beaucoup d’actuels graffitis répondent à ceux de 68, comme « Faites l’amour, pas la galère », d’autres apportent une note écolo, très XXIème siècle : « Des banquises, pas des banquiers !». Le street-art (et c’est le moindre de ses paradoxes) est à la fois local et global, grâce à internet, il est donc un moyen idéal de diffusion des idées ou des soutiens. D’où la fresque  réalisée à Miami, dans le quartier de Wynwood réputé pour ses œuvres en plein air, par MTO, un artiste français : des gilets jaunes anonymes se tenant la main en dessous de l’inscription : « Et d’ici Manu, tu nous entends ? ».

Bien entendu, les ronds-points, lieux emblématiques de la contestation, ne sont pas en reste. Depuis des lustres on y érigeait des œuvres d’art, pas toujours plébiscitées par la population locale, or, le 8 décembre sur un rond-point à Wasselonne, en Alsace, est apparu un gilet jaune, œuvre  du vitrailliste Roland Pfann, qui a même reproduit les bandes réfléchissantes grâce à un verre spécial.  Cliquer

Il y eu aussi l’initiative du street-artiste Pascal Boyart, PBoy, détournant “La liberté guidant le peuple” de Delacroix en y incrustant des gilets jaunes, rue d’Aubervilliers, à Paris. Mais l’esprit du temps ludiquo-lucratif reprenant ses droits, l’artiste y glissa douze mots codés cachés permettant de gagner 1000 € en bitcoin via un flashcode. Beaucoup plus polémique est la fresque en grande partie noir et blanc qui vient d’être peinte, ce dimanche, au même endroit (un espace autorisé pour l’art de rue) par le groupe Black Lines : 30 mètres de long sur le thème « Hiver jaune » et qui met en valeur Christophe Dettinger, le boxeur incriminé dans une échauffourée avec la police. Sans oublier une famille groupée devant le fenestron télévisuel où s’affiche « Rêve-olution »…A suivre.

Christine Sourgins

Quoi de neuf en 2019 ?

En ce début d’année, un souhait que les pouvoirs publics seraient bien inspirés de réaliser pour calmer les exaspérations fiscales : et si nous, français, prenions modèle sur certains pays européens en matière de transparence culturelle ? Si l’Espagne y arrive, pourquoi notre brillant ministère ne mettrait-il pas fin à une exception non pas culturelle mais cultuelle : le culte du secret en matière de dépenses pour l’Art dit contemporain ?

Le musée Centro del Carmen à Valence, expose, en ce début 2019, Daniel G. Andujar, un artiste d’AC. Son exposition «  Sistema operativo » remixe, entre autres, des œuvres anciennes (cliquer) : nous sommes dans la banalité d’un art mondialisé. L’extraordinaire, l’inouï pour un visiteur français, ce sont  les affiches dans les salles  qui détaillent les frais occasionnés par l’exposition proposée au public et payée par celui-ci ( car si l’entrée est gratuite, le gratuit est toujours finalement payant). Les visiteurs espagnols ont le droit de savoir jusqu’au prix des brochures (cliquez sur l’image pour agrandir) ! L’artiste est payé à l’égal du commissaire qui est devenu une sorte de co-auteur de l’œuvre (5000 euros chacun). Notons que la rétribution de l’artiste ne correspond pas à l’achat de l’œuvre proprement dite, il s’agit plutôt d’un cachet, d’un droit de monstration (l’installation une fois démontée, son concept sera remontré ailleurs). Il paraît que, pour les espagnols, cet affichage est une obligation démocratique. Pourquoi est-ce incroyable en France ?

L’administration culturelle française illustre, jusqu’à la caricature, les dérives d’une démocratie représentative devenue confiscatoire. Les fonctionnaires se targuent d’avoir reçu, in fine, leur fonction d’un élu, dès lors « l’Etat, c’est eux », et ils piochent dans les finances publiques sans vergogne : ils n’ont pas de compte à rendre au citoyen puisqu’ils agissent en son nom, pour son bien, et que, par son bulletin de vote, celui-ci a cautionné le système, le paye et est prié d’applaudir. Tous ceux qui récriminent ne peuvent donc qu’être d’horribles anti-démocrates qui-menacent-nos-institutions. Il est comique que ce soit la Monarchie espagnole qui donne, ici, des leçons de démocratie participative à la République française.

Car le remède aux  dérives d’une démocratie représentative serait d’insuffler un peu de démocratie participative. Et la participation du citoyen suppose, au minimum, de l’informer. Alors, Monsieur Riester, seriez-vous capable d’afficher le coût des pneus, genre tracteur, délicieusement recouverts d’or et juchant les rampes du grand escalier central de l’Opéra de Paris, grâce à Claude Lévêque (cliquer) (1) ?  Chacun a conscience que le décor du Palais Garnier manquait un peu de faste routier mais, cher M. le Ministre, le citoyen aimerait comprendre pourquoi la Galerie Kamel Mennour rime avec toujours en matière d’expos dans des lieux de prestige ; qui choisit, où sont les « concours » ou « appels à projets » ? Qui sont les glorieux sponsors : les pneus restant une année,  se pourrait-il que ce soit… Goodyear !?

Bonne et fructueuse année 2019 !

Christine Sourgins

(1) L’artiste en pneus, qui ne manque pas d’air, vient de signer une tribune de solidarité avec les Gilets jaunes… au milieu d’autres personnalités de l’AC  !!!!

L’épopée de Face à l’Art

2018 se termine sur la nomination de Jean de Loisy à la tête de l’Ecole nationale des Beaux-arts de Paris. Echec, donc, de la  bronca organisée par ceux qui désiraient voir les générations se renouveler… en leur faveur ( Grain de sel 20/11/18 cliquez). La place n’est  pas de tout repos : l’école est déchirée par des affaires de harcèlements et de racisme qui vont finir au pénal, au point que le précédent directeur fut enfariné par ses étudiants ! Du côté des méga-collectionneurs : perfectionnement des réseaux. Le groupe Les Echos-Le Parisien (qui détient Connaissance des arts), pôle média du géant du luxe LVMH que préside Bernard Arnault, vient de créer sa maison d’édition de livres d’art « In fine »… Les méga-mécènes aiment détenir le plus de maillons possibles dans la chaîne de promotion de leurs poulains artistiques…

Mais l’année se termine aussi, hélas, par la disparition du site « Face à l’Art » né en 2000, ce salon virtuel était géré par une association de peintres (1) qui sortaient, grâce à internet, d’un isolement né dans les années 70 après le fameux « retour à l’atelier » : à l’aube des réseaux sociaux, tous les espoirs  étaient permis. L’originalité de Face à l’Art fut d’organiser un partenariat critiques/peintres sous forme d’une cooptation croisée et de faire office de lanceur d’alerte, directement ou par l’action personnelle de ses membres, dont certains publièrent des livres sur la condition déplorable faite à la Peinture en France (2). Non contents de se prendre en main, de s’impliquer dans des expositions, (il appartiendra à une nouvelle génération de suivre cet exemple) ces artistes montèrent des colloques comme celui d’ARTSENAT en 2003 avec exposition à l’Orangerie et dans les jardins du Sénat ; des tables rondes sur l’exclusion des peintres réunirent des personnalités du monde de l’art (3) ce que résume bien la petite vidéo de Claude Yvans  (Cliquez ici).

A partir de 2006,  Face à l’Art animera un blog de discussion, autour de  l’interventionnisme étatique dans la création, des soi-disant “retours de la Peinture”, ou du discrédit de celle-ci dans les écoles nationales, ou encore des dérives d’un Art financier chéri par la mondialisation. Un dernier colloque au Sénat, en 2013, porta sur « Trente ans de création dirigée par l’État, constat, conséquences et perspectives, 1982-2013 » (4). Mais les politiques ne se saisiront pas du dossier, laissant la bureaucratie continuer son travail de sape.

De Face à l’Art, il nous reste toutes les peintures créées envers et contre tout et le projet d’une œuvre collective étonnante, « Collection privée » (2002). Elle consistait à enfermer des toiles peintes, de la Peinture donc, entre deux panneaux de béton pour manifester l’occultation de la Peinture en France. Bizarrement, on se demande bien pourquoi, cette magnifique installation n’a pas séduit les officiels de l’Art français ;  il est vrai que cette œuvre conceptuelle était porteuse de sens. En matière d’art conceptuel, les artistes de l’œil et de la main ont souvent des idées épatantes. Le sculpteur René Letourneur suggéra, dès 1958, en réponse à Yves Klein, d’exposer une salle vide avec la signature de l’artiste au sol « à l’endroit où doit se trouver le visiteur après sa chute, un fil de nylon invisible étant tendu au ras du seuil »(5). Une belle idée d’art corporel, une chouette performance que pourraient reprendre certains étudiants des Beaux-Arts… pour accueillir leur nouveau directeur ? Sur cette pirouette se termineront les Grains de sel… qui reprendront début 2019, après des fêtes qui, j’espère, vous rendront heureux !

Christine Sourgins

(1)  Franck Longelin et Marie Sallantin furent les initiateurs, rejoints par Pierre-Marie Ziegler, Augusto Foldi , Tania Bruzs etc. Face à l’Art se fera aussi l’écho, par de nombreux liens et commentaires, d’analyses ou d’initiatives diverses.

(2)  Sallantin et Ziegler font partie des auteurs de « 1983-2013, Années noires de la Peinture : Une mise à mort bureaucratique » édition Pierre-Guillaume de Roux,  2013.

(3) le sénateur Yann Gaillard, le critique du Monde Philippe Dagen, les sociologues Nathalie Heinich et Alain Quemin, l’écrivain Jean-Philippe Domecq ou Patrick Barrer, auteur d’essais polémiques sur l’Art contemporain et créateur d’Europ’art, ainsi que le  peintre  Cremonini etc,

(4)   Intervenants: Noël Coret, Laurent Danchin, Jean Philippe Domecq, Raphaël Jodeau, Aude de Kerros, Pierre Lamattie, Roland Lienhart, Marie Sallantin, Jérôme Serri, Pierre Souchaud, Christine Sourgins, François de Verdière, Ariane Warlin… Plus d’infos cliquez

(5)   L’anecdote est contée par son fils, Jean Letourneur dans « Sculpture et Chaos, Quel héritage, pour quel futur ? », Connaissances et savoirs, 2018. Un livre qui témoigne de l’état de la sculpture au tournant du XXIème siècle…

L’art d’édulcorer la Peinture

Il se passe d’étranges choses à l’Orangerie de Paris. On ose y exposer de la Peinture, alors qu’il est rare que les institutions françaises s’intéressent à « cette passion périmée », qui plus est quand elle est réalisée par une femme contemporaine, ici Paula Rego. Née en 1935, célébrée à l’étranger, rarement exposée en France, c’est une artiste dont l’art n’a rien de « sucré », et qui donc pourrait plaire aux amateurs de choc et provoc, si fréquents dans l’AC, tant ses grands pastels sont transgressifs : ils s’attaquent au « roman familial », assassinent les relations père/ mère/mari ou amant avec le style incisif de cette figuration vériste chère à l’Ecole de Londres. Britannique d’adoption, Rego n’épargne pas son Portugal natal ; devant sa série consacrée aux danseuses-autruches, en tutu noir, aussi naïves que pataudes, on se doute que Paula règle ses comptes, moins avec Walt Disney, qu’avec les silhouettes féminines de son enfance… Mais le malaise vient surtout de la lecture des cartels accompagnant l’exposition. Toute la force percutante de la peinture de Rego y est régulièrement minorée. Ainsi ses peintures mettent en parallèle la figure du père et l’inquiétant Homme-Oreiller qui étouffe les enfants (d’après une pièce de McDonagh ) mais, rassurez-vous, « non pour son aspect sinistre » clame un cartel, sur l’air de « dormez tranquille, ceci est un rêve ». Or, certaines allusions à l’inceste sont claires, ainsi le tableau intitulé « La famille », où une enfant joint les mains mais une autre stimule (hum !) le bas ventre d’une figure paternelle en déroute. Commentaire du musée affiché sur le mur : « les personnages semblent attendre un miracle… » et de n’y voir que des allusions religieuses. Certes, il y a bien référence aux anciennes descentes de croix ainsi qu’au mari de Paula, réduit à l’état de pantin par la maladie… mais pas que ! En témoigne, sur la même œuvre, ce reliquaire où un St Georges terrasse un dragon,  benoitement interprété par le musée comme « la victoire du bien sur le mal », omettant le relief peint en dessous : une cigogne y domine un renard ! Or le renard, dans d’autres œuvres, c’est un partenaire mâle. Il y a le constat d’une guerre des sexes chez Rego, comme dans sa série inspirée du chef d’œuvre inconnu de Balzac. On y voit une femme peintre surclasser un homme (l’époux volage de Paula, Victor Willing, était un peintre célèbre … avant que Paula ne l’éclipse) ; on y voit aussi ce qui pourrait bien être un avortement mais le musée ne retient qu’« une allégorie de la puissance de la peinture, du rapport existentiel de Paula Rego à la peinture ! » Ailleurs il affirme qu’elle « questionne en permanence la représentation » et que « ce qui est peint c’est la représentation en train de se faire dans toute la fragilité de son artifice » ; encore un peu et Rego deviendrait une artiste conceptuelle ! On apprécie, ou pas, la véhémence de Rego mais rien n’est fictif ou gratuit, sa peinture n’est pas pour elle un exercice intellectuel mais exorcisme ou vengeance de situations sordides vécues (le documentaire que projette le musée est clair à ce sujet).

Alors pourquoi ces bémols à la clé des tableaux ?  Le musée trouverait-il trop virile la véhémence picturale de Paula ? S’agirait-il de « castrer » l’image par un texte débonnaire ? Autre explication : dans cette exposition titrée « Les contes cruels de Paula Rego », la cruauté l’emporte sur la féérie qui tourne au vinaigre, ce n’est donc pas une peinture pour petits enfants… nombreux dans les salles ! Le site du musée  propose aux familles, accrochez-vous, « une approche ludique de l’œuvre de Paula Rego » !!! Voilà qui en dit long sur l’injonction au divertissement qui se substitue à ce qu’autrefois on nommait « culture »… Ça promet, surtout si l’Orangerie s’avisait d’exposer Zoran Music et ses œuvres sur les camps…

Christine Sourgins

Du “dégagisme” dans l’Art dit contemporain

Cet automne  contestataire ébranle même les gloires de l’AC. Sa majesté Koons vient d’être détrôné : l’œuvre d’un artiste vivant la plus chère n’est plus son «Balloon Dog » vendu 58,4 millions de dollars en 2013, chez Christie’s à New York mais une toile du peintre britannique David Hockney, «Portrait of an Artist » plus connu comme « Piscine avec deux figures» : dire que les officiels français croient morte la peinture ! Or, si le chien de Jeff a coulé à pic dans cette piscine très pop à 90,3 millions de dollars, pas un sou n’ira au peintre qui n’avait retiré de ce tableau que 20.000 dollars en 1972: le monde anglo-saxon ne connait guère le droit de suite…

Comme un malheur n’arrive jamais seul, Koons a été condamné le 8 novembre, pour la contrefaçon d’une publicité (pour voir les débuts de l’affaire cliquez) : l’artiste, sa société, le Centre Pompidou exposant de l’œuvre en 2014, et l’éditeur Flammarion ont été condamnés à verser 148 000 euros au plaignant. Cependant, rien de catastrophique : la justice française n’ordonne pas la confiscation de l’œuvre et inflige une amende dérisoire relativement aux profits faramineux de l’Art financier. Jeff a reçu en outre le renfort du Monde et de Philippe Dagen critiquant cette décision de justice qui s’approcherait dangereusement de la censure et menacerait tous les artistes « appropriationnistes ». Or l’appropriation est un des ressorts de la financiarisation du monde. Pour que les grandes multinationales puissent s’approprier les ressources ou le savoir-faire de populations démunies, il est important de légitimer ce « concept » en lui donnant un vernis culturel.

Autre grande pointure en difficulté, Jean de Loisy, un de ces hommes orchestres qui sont commissaires d’expo, critiques, directeurs de grandes institutions publiques ou privées, animateur radio etc. Depuis trente cinq ans la vie culturelle française est dominée par ce carrousel qui prend les mêmes et recommence. Qu’on en juge : Loisy figura à 26 ans, en 1983,  dans la promotion Lang, qui, en une journée, créa les responsables des Fracs. Il fut en poste au ministère de la Culture, chargé de la création contemporaine dans les monuments historiques. Puis responsable des expositions au Carré d’Art de Nîmes, conservateur à la fondation Cartier, puis au Centre Pompidou avant d’être président du Palais de Tokyo depuis 2011. Le commissariat de la prochaine  Biennale de Lyon lui était promis en 2019 mais voilà qu’il briguerait aussi le poste de directeur de Beaux-arts, puisque Bustamante, empêtré dans des affaires de harcèlements, n’a pas été reconduit. A quand Jean de Loisy à l’Académie, où Othoniel vient d’être élu ?

Certes, il est de tradition  qu’un fonctionnaire bouge, change de poste pour éviter la création de baronnies, de collusions qui sclérosent un milieu en vase clos. Hélas, ce  principe est contreproductif dans le domaine de l’AC : bouger permet d’élargir son carnet d’adresse et de mailler son réseau plus serré. Mais les temps seraient-ils en train de changer ? Dans une lettre ouverte publiée le 8 novembre sur un blog lié à Mediapart, des  artistes et personnalités du monde de l’art, parmi lesquels Dominique Gonzalez-Foerster, ou Bruno Serralongue ou encore Françoise Vergès ou Elisabeth Lebovici (longtemps critique d’art et journaliste à Libé) appellent Jean de Loisy à renoncer. Ils ne voient pas en lui «  une personnalité représentative (…) de la diversité », porteuse d’un « projet émancipateur ». Les signataires s’inquiètent de l’opacité des recrutements dans les institutions artistiques et culturelles publiques,  ainsi que de la «  concentration des pouvoirs dans les mains des mêmes».

Christine Sourgins

Peinture machinée en salle des ventes

Après la machination de Bansky qui a autodétruit une toile de l’artiste chez Sothby’s, sa concurrente, Christie’s, se devait de réaliser une première mondiale. Ce fut fait à New York, le 25 octobre, avec la vente d’une toile peinte grâce à une intelligence artificielle (IA). Le collectif parisien Obvious (évident en anglais) en est l’auteur. L’œuvre, fut d’abord proposée à la vente sur eBay pour 10 000 euros, son acquéreur s’est empressé de la revendre chez Christie’s, qui l‘a adjugée à 432 500 dollars,  environ 380 000 euros.

Cette toile, le Portrait d’Edmond Belamy, représente «  un homme vêtu à la mode du XIXème siècle, dont le visage est particulièrement flou, ce qui donne un aspect inquiétant à la toile ». C’est surtout très moche et prouve qu’une intelligence artificielle peut peindre aussi mal que le commun des mortels sauf que l’auteur d’une croûte n’a pas le culot de signer d’une formule mathématique. L’algorithme si ! Cette peinture sans pinceaux ni pigments, est une impression sur toile, grâce aux “réseaux contradictoires” qui coordonnent deux algorithmes opposés. L’un puise dans une banque d’images de 15 000 peintures pour en créer une nouvelle, tandis que l’autre, « a permis d’affiner les propositions » autrement dit ce cafouillage sur le visage, vu mille fois dans les ateliers, quand le peintre, déçu, essuie rageusement sa toile d’un coup de chiffon. Ce portrait fait partie d’une série de 11 tableaux, appelée « La Famille de Belamy », nommée en hommage à l’inventeur des GAN, «réseaux contradictoires génératifs», Jan Goodfellow (en français Bellamy). Il va être content Mr Bellamy : toutes ces tronches en son honneur !

Le problème ce n’est pas l’intelligence artificielle, mais l’humain derrière elle, incapable de comprendre ce qu’il a créé ; une sorte de Frankenstein du portrait qui horrifie même les algorithmes, tentés d’effacer leur monstre. L’informaticien, aux chevilles gonflées, ne voit rien d’autre que son ambition « de redéfinir la place de l’artiste dans un mode où l’intelligence artificielle est de plus en plus omniprésente ». Enivrés, les membres d’Obvious, s’autoproclament « artistes »

Mais de quoi je me mêle ! Y-a-t-il une nécessité sociale ou économique à l’ application de l’IA à l’art ?  Est-ce qu’on serait en manque d’artistes ? Rien qu’en France, des dizaines de milliers émargent à la Maison des artistes et nombre d’entre eux….pointent au RSA. Mais que veut ce collectif : mettre encore plus de galère dans la vie de milliers gens ? L’utilité du progrès est de faciliter les taches humaines pénibles. Or si la peinture est difficile, parfois, elle n’a jamais été considérée comme un travail à la mine ! Evidence qu’Obvious a oublié.  Le produit de la vente de ce tableau servira à faire avancer la recherche collective sur la création par algorithme et à financer la puissance de calcul nécessaire à la production de ce type d’œuvres. Parce qu’en plus de coûter de la matière grise, l’affaire siphonne de l’argent ! La planète surchauffe, les abeilles meurent de pesticides, les plastiques saturent les océans mais à Paris, 3 geeks de 25 ans, des as des maths,  au lieu de mettre leur cervelle au service de la planète et de l’humanité, ne pensent qu’à entrer dans le livre des records. A l’époque, révolue, des humanités chrétiennes, ne pas faire tout le bien dont on est capable se payait très cher, au jugement dernier.

Sous couvert de progrès, une pleine régression : il s’agit  « évaluer les similarités et les distinctions entre les mécanismes du cerveau humain, tels que le processus créatif, et ceux d’un algorithme » autrement dit mesurer  l’homme à la machine.  Cet homme dont la machine devient le mètre étalon, n’était-ce pas le rêve de certains systèmes totalitaires au XXème siècle ?

L’acheteur a souhaité rester anonyme ; il y a de quoi…

Christine Sourgins

Autre gadget numérique, Art selfie de Google, sensé vous dire à quel tableau de musée vous ressemblez. Capital, non, comment avons-nous pu vivre sans, jusqu’ici ?  Gag : l’algorithme de Google n’a pas le compas dans l’œil et une pauvre jeune fille à la chevelure bouclée  qui s’est trouvée rapprochée d’un homme en perruque du XVIIème ! Prendre une femme pour un homme, pas très galants ces algorithmes …

Les tulipes du déshonneur

Le nouvel adjoint à la maire de Paris, Christophe Girard, vient d’annoncer que la Ville de Paris a enfin trouvé où planter les encombrantes tulipes de l’artiste américain : dans les jardins aux alentours du Petit Palais. Toute l’affaire est résumée sur le site de Contrepoints : cliquez

Pour les lecteurs des précédents Grains de Sel, soulignons ce qu’il y a de nouveau dans ce rebondissement : le cadeau payant de Jeff Koons nous est présenté désormais comme un cadeau forcé. Continuer de le refuser friserait l’incident diplomatique. L’amitié franco-Américaine serait menacée car les tulipes ont le soutien de l’ancienne ambassadrice des Etats-Unis en France, Jane Hartley.

La servilité de la mairie de Paris relève-t-elle alors d’une forme de colonisation culturelle ? C’est ce que pensent certains observateurs qui rappellent qu’autrefois le colonisateur envoyait ses soldats cachés derrière les missionnaires mais qu’aujourd’hui, il missionne des hommes d’affaires dissimulés en artistes, ce dont Koons semble la caricature vivante. Sous couvert de bienfaisance, le colonisateur s’installe en terrain conquis et y prodigue ses valeurs en remplacement de celles du colonisé ; en France, les cadeaux sont  gratuits et on n’a jamais vu un homme offrir un bouquet et exiger qu’il soit placé au milieu du salon. Koons, tout sourire, nous rééduque à rebours. Enfin, le colonisé finit souvent content de l‘être, il échange tous ses biens contre de la pacotille ; dans les cas extrêmes, le colonisé se colonise tout seul… Or ici, l’ancienne ambassadrice Jan Hartley n’appartenant pas à l’administration Trump, aucun risque de voir le bouillant président américain s’émouvoir. La Ville de Paris déploie donc un zèle que personne ne lui demande.

Franck Riester, le nouveau ministre de la Culture, spécialiste de l’audiovisuel, du numérique et de la loi Hadopi, a commencé son règne en inaugurant la Fiac. Après Aurélie Filippétti (2012-14), Fleur Pellerin (2014-17), Audrey Azoulay (2017-16),  Françoise Nyssens (2017-18) …il est le 5ème ministre en 6 ans ! Un poste hautement instable. C’est pourquoi le ministre, le voudrait-il, n’a guère le temps de changer les choses : les ministres passent, l’administration demeure, or elle est acquise à l’AC, qui est, en France, un “art bureaucratique”…

Christine Sourgins

Banksy démasqué ?

Voilà une de ces affaires dont les médias raffolent, au point d’éclipser la Nuit Blanche : l’auto-destruction d’un tableau de Banksy, à l’issue de sa vente chez Sotheby’s à Londres.  « La petite fille avec un ballon rouge »  (une reproduction d’un graff en peinture acrylique et aérosol) a glissé à l’intérieur de son cadre, découpée en lambeaux par une déchiqueteuse cachée dans la moulure inférieure. Stupeur et tremblement du public, coup de maître ou coup de pub ?

Banksy, graffeur et peintre de Bristol, garde son identité jalousement secrète, il doit cependant, d’après les observateurs, disposer d’une équipe capable d’œuvrer aux 4 coins des rues du globe, grâce à ses pochoirs. Mais on découvre que sa troupe doit s’élargir à Sotheby’s. Comment imaginer qu’une des plus grandes salles des ventes n’ait pas examiné une œuvre appelée à une enchère record (1,042 million de livres, soit près de 1,2 million d’euros ! )? Sotheby’s, qui a déclaré « s’être fait banksée », ne s’est donc pas aperçu qu’il y avait une fente au bas d’un cadre, dont le poids était inégalement réparti, suite au mécanisme caché à l’intérieur ? Soit Sotheby’s est incompétente, soit elle est complice.

Banksy a revendiqué le truquage de l’œuvre, il y a des années : ah, s’il pouvait nous donner la marque de ses piles super endurantes ! Un complice (Bansky n’a peut-être pas pris le risque d’être présent) a pu déclencher le piège par télécommande, et d’autres filmer, mais si on pose que Sotheby’s est de mèche, il y a fort à parier que l’acheteur est aussi un comparse ! Sinon Sotheby’s aurait trompé un client. On voit l’avantage du montage : l’acheteur fait monter les prix de manière vertigineuse jusqu’à une cote record pour l’artiste, mais l’opération sera blanche car l’acquéreur peut refuser, in fine, une œuvre détériorée… Sotheby’s et Banksy s’offrent un coup de com planétaire sans grands risques.

Bansky, très présent sur le net, a justifié son acte par cette citation “The urge to destroy is also a creative urge” autrement dit, il invoque un truisme de l’AC : la destruction est aussi une forme de création. La phrase est attribuée à Picasso, mais elle viendrait de l’anarchiste Bakounine. Les oeuvres de Banksy sont souvent vandalisées,  ce qui provoque l’apitoiement des bonnes âmes, or voilà la victime qui s’auto-vandalise  ! En réalité, l’œuvre a changé de statut, de peinture, elle est devenue « performance », par le biais d’une « installation » cachée en ces flancs, le tout filmé en « vidéo », bref, elle cumule les principaux genres chéris de l’AC. On ne s’étonnera donc pas qu’il se dise que le prix de l’œuvre a, au moins, déjà doublé ! Ne serait-il pas naïf de croire que Banksy est victime d’un système qui réussit à recycler et intégrer ce qui est présenté comme « une critique radicale du système » ?

Les thuriféraires crient au génie d’un Banksy «  piégeant une grande maison de vente » avec « une œuvre révélatrice d’un monde auto-destructeur… » ;  «la plupart de ses performances sont une satire du marché de l’art, dont il dénonce la marchandisation.», Alors, Banksy pratique ce qu’il dénonce, comme n’importe quel artiste d’AC. Le rebelle du système passe à la caisse. A vous de choisir, entre un artiste, Robin des rues, « virtuose d’art urbain ironique et engagé » ou un Banksy rebelle en peau de lapin, profiteur des grandes questions du temps : sa petite fille à la mine chagrin, peinte « courageusement », en 2018, à la porte du Bataclan, n’est-elle pas, à la lumière des récents événements, à rapprocher de l’indécent bouquet de Koons ?

Mais déjà, Christie’s, la concurrente de Sotheby’s, annonce un nouveau “coup”… à suivre

Christine Sourgins

Pollution et Art contemporain

A Bruges, à l’occasion de la Triennale 2018, le cabinet d’architectes New-Yorkais Studiokca a réalisé une baleine de 5 tonnes pour sensibiliser le public à une noble cause, celle de l’environnement : nos déchets plastiques sont en train d’asphyxier les mers. Jusques là tout va bien mais le résultat, une baleine géante en plein quartier historique, tout près de la statue de Van Eyck, transforme Bruges en annexe de Disneyland, ou pire, en pseudo Marineland, alors que ces derniers sont dénoncés par les défenseurs des animaux. Fallait-il ériger, à cet endroit, une baleine constituée de déchets plastiques retrouvés dans les mers ? Autrement dit, pour dénoncer la pollution des mers, faut-il polluer visuellement le patrimoine qui n’y est strictement pour rien ?

Vous me direz, « c’est pour la bonne cause »,  mais remarquez que les mêmes procédés sont utilisés par l’AC : pratiquer ce qu’on dénonce… Et ceci devrait nous mettre la puce à l’oreille. L’écologie doit être cohérente ou elle n’est pas : on ne peut dénoncer une pollution par une autre… à moins d’être le faux-nez d’intérêts pas vraiment écologistes. Pour comprendre ce qui se cache derrière ce cétacé, il faut avoir en mémoire les révélations de Cash Investigation…le magazine de France 2 du 11 septembre dernier : « Plastique, la grande intox ». Ce reportage a mis en lumière que de respectables associations mobilisant de généreux bénévoles, donnant temps et énergie, sont en fait financées… par les industriels du plastique et ceux qui utilisent cannettes et récipients en cette matière. Les journalistes ont remonté au siècle dernier et aux usa pour trouver l’origine de cette pratique. N’allez pas croire à un remord ou à une conversion sur le tard : ces lobbys industriels tentent ainsi de détourner l’attention du public de leurs activités lucratives et dévastatrices, afin de faire porter la responsabilité de la catastrophe écologique au seul consommateur.

Or notre baleine brugeoise, comme n’importe quel objet d’AC, est porteuse d’un discours… accusateur : les fautifs seraient les utilisateurs des « sacs, bouteilles d’eau, produits ménagers, gobelets »… Autrement dit, la pétrochimie ne fait que produire des objets vertueux qui peuvent même accéder à la dignité d’œuvre d’art, ils sont simplement mal utilisés par un public de sagouins. Les charmants jeunes gens qui composent Studioka, ce tandem d’artistes/architectes, sont-ils liés à un circuit semblable à ceux mis en lumière par France 2 ? En quelques clics les liens apparaissent. Leur projet Vortex cliquez est réalisé au bénéfice de Green up Vermont une association écologiste mécènée par cliquer entre autres, l’american Chimestry council, bref l’industrie chimique américaine !

Sinon, les affaires reprennent. Un rapport de la Cour des comptes, révélé par Le Canard enchaîné, impute à Jean-Paul Cluzel, patron du Grand Palais de janvier 2011 à janvier 2016, des notes de taxis excessives et la location d’une «limousine» pour plus de 410.000 euros en cinq ans. Il est vrai qu’Agnès Saal, mise en cause pour des faits similaires, vient d’être réintégrée haut fonctionnaire “à l’égalité, à la diversité et à la prévention des discriminations”, auprès du secrétaire général du ministère de la Culture.

Et pendant ce temps, faute de moyens, le patrimoine agonise comme la mythique Grande Chaumière menacée par une opération immobilière avec  mise en vente aux enchères le 16 octobre prochain. Gauguin, Bourdelle, Léger, Foujita… Garouste ou Zao Wou-Ki y ont travaillé et on y vient encore du bout du monde. Vous pouvez signer la pétition cliquez

Christine Sourgins