Author Archives: Christine Sourgins

La malle aux trésors de l’Art contemporain

Une malle, avec à l’intérieur 17 œuvres des  tumultueux  « Arts incohérents », vient d’être découverte chez des particuliers. De quoi remettre en lumière ce contre-salon qui défraya la chronique à la fin du XIXème siècle, injustement oublié aujourd’hui. On estime qu’en une dizaine d’années, celui-ci produisit  un millier d’œuvres mais aucune œuvre originale n’avait survécu…jusqu’ici ! Le contenu de la malle convaincra ceux qui croyaient que les monochromes bleus d’Yves Klein ou les peintures blanches de Ryman n’étaient que redites du carré blanc sur fond blanc de Malevitch de 1918 : nenni,  car revoilà une huile sur toile, carrée, noire, datant d’octobre 1882 et signée Paul Bilhaud (1854-1933). Attention le titre de ce  “premier monochrome de l’histoire” (conservé) n’est pas politiquement correct : “Combat de nègres, pendant la nuit ».

On savait qu’Alphonse Allais, autre « artiste monochroïdal » autoproclamé, avait exposé lui aussi en 1882 un sobre bristol blanc : « Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige ».  Certes on n’a pas (encore) retrouvé les balles de revolver tirées par Charles Angrand sur sa toile « Paysage financier », mais c’était déjà un happening et une trouvaille verbale. Le  cheval vivant exposé en 1889 a rendu l’âme depuis longtemps mais c’était déjà une installation (le maître de l’Arte Povera, Kounellis, qui en 1969 exposa douze chevaux vivants à Rome, n’est qu’un suiveur ). La « Terre cuite » (pomme de)  d’Allais, les tableaux en pain, (des « croûtes » bien sûr), ont disparus eux-aussi mais c’était déjà du « eat-art » sans en porter le nom. Et c’est bien là le problème, la « faute » originelle des Arts incohérents : ils n’ont pas théorisé leurs découvertes ! Mais ce qui ne s’appelait pas encore « monochrome », « ready-made », « assemblage »,  etc. a bel été inventé de 1882 à 1893 par Toulouse-Lautrec, Caran d’Ache et autres joyeux drilles réunis autour de Jules Lévy pour conjuguer satire et gala de bienfaisance. Ils parodiaient le Salon officiel mais refusaient la sélection comme le sérieux, héritiers d’une longue tradition occidentale de carnaval et de chahut : c’était pour rire ! Or les pitreries Incohérentes lassèrent vite par leur répétitivité et J. Lévy saborda son mouvement. Les Arts incohérents ne firent donc, officiellement, pas école  et c’est bien ce que leur reprochent les théoriciens de l’AC, qui, eux, en tirèrent la leçon : pour durer, la blague doit être prise au sérieux ; elle peut, doit même, intimider le spectateur par un « discours », un appareillage de concepts légitimateurs … Ainsi l’AC, qui recycla sans le dire les inventions des Incohérents,  réussit à s’imposer et dure encore.

Connu des dadaïstes et des surréalistes, le grand public oublia ce contre-salon, malgré les travaux d’historiens et une exposition-dossier du Musée d’Orsay en 1992. Le groupe « Présence Panchounette » avait alors reconstitué les œuvres défuntes mais l’affaire fut assez peu médiatisée car, longtemps, les Arts incohérents furent l’inavouable « origine du monde » de l’art dit contemporain, qui prend un coup de vieux : pensez, 140 ans ! Oui, la Joconde à moustache de Duchamp en 1919 avait une grand-mère : la Mona Lisa de Sapeck fumant une pipe dès 1887 ! L’étoile de Duchamp pâlit : il n’est pas le génial inventeur de cet « objet élevé au rang d’œuvre d’art par un artiste » mais seulement de sa dénomination, le « ready-made ». D’ailleurs la fameuse malle en recèle déjà un, d’Alphonse Allais : un rideau de fiacre vert moiré suspendu à un cylindre en bois, légendé,” Des souteneurs encore dans la force de l’âge et le ventre dans l’herbe boivent de l’absinthe”.

Ces récentes découvertes seront vendues aux enchères : le musée d’Orsay (qui est venu voir, dit-on)  va-t-il acheter et, si oui, comment la malle  sera-t-elle présentée ? Comme la preuve du tour de passe–passe accompli par l’AC, celui du non-conformisme devenu conformisme, ou comme une première tentative, maladroite, d’un art de la transgression qui sut renier bonne humeur et gratuité « immatures » pour s’imposer comme un art officiel et financier ?

Christine Sourgins

Soleil noir sur l’Art contemporain

Nous aimerions tous que 2021 soit meilleure que 2020 mais le doute s’infiltre. Pourtant, l’art très, trop contemporain, a peut-être la clé de la poisse, que dis-je, de la guigne gouvernementale. Le président Macron, empêtré en 2020 dans  les masques et les tests, commence l’année en s’emmêlant non les pinceaux mais les aiguilles, or l’explication de cette malédiction récurrente est peut-être sous ses pieds : dans son bureau, Macron foule régulièrement un soleil noir. Soit un tapis de laine ainsi baptisé et qui représente un énorme lustre en cristal. Comment le pourfendeur des Amishs peut-il choisir une vieillerie en cristal au lieu d’une LED ? Mystère, mais le problème n’est pas là. Le tapis est  signé d’une star, d’un monument de l’Art contemporain français : Claude Lévèque. Or, ce poids lourd artistique est maintenant accusé de viols sur mineurs. Que l’ombre de la pédophilie (apparemment auto-justifiée en louable révolte contre l’ordre moral) plane sur l’Elysée en indispose beaucoup qui suggèrent l’éviction du tapis maudit au Président. C’est en effet en trônant sur ce soleil noir qu’il avait répondu à la première grande interview télévisée de son quinquennat, en octobre 2017 (dixit Le Point). Il n’est pas sûr que nos dirigeants aient encore le sens du symbole mais celui des sondages fera peut-être le même effet. Souvenez-vous, Lévêque avait eu les honneurs de l’Opéra de Paris durant l’année 2019 et le droit de garnir le Grand escalier de deux énormes pneus dorés : qui a décidé ? Sur quels critères ? L’omerta cessera quand, en matière de subventions, la France arrêtera d’être une république bananière : ah, si cela pouvait être  en 2021 !

Le pourrissement des élites n’est, hélas, pas un simple délire « populiste » ou complotiste. Sans revenir sur l’affaire du puissant Olivier Duhamel, qui vient d’être convaincu d’inceste, révélant au passage l’omerta de l’intelligentsia, Sciences Po compris (voir les révélations de l’ancienne ministre de la Culture Aurélie Filippetti), cette déliquescence est aujourd’hui incarnée, involontairement, par l’œuvre phare de la biennale de Venise 2019 : « Barca nostra ». Cette carcasse d’un chalutier, en sombrant en 2015 avait entrainé la mort de 800 migrants, elle fut renflouée à prix d’or ( 33 millions d’euros dit Le Monde (1)!) et transportée pour être exposée à la Biennale par l’artiste suisse Christophe Büchel. L’œuvre se voulait le symbole culpabilisant  « d’une politique migratoire européenne défaillante »sic. L’ennui est que l’œuvre devait ensuite être rapatriée à Augusta en Sicile dans un jardin à la mémoire des victimes : le bateau avait été prêté à l’artiste à condition de le ramener à ses frais.  En 2021,  tout le monde se renvoie l’épave, la Biennale, l’artiste spécialisé dans les projets démesurés, sa galerie zurichoise Hauser et Wirth, la compagnie de transport etc. La splendeur vénitienne hérite d’une carcasse pourrissante car « un destin compliqué » en a décidé autrement dit une journaliste : doux euphémisme pour désigner une incurie générale.

En 2019, devant l’épave, les visiteurs faisaient des selfies et buvaient des spritzs. Le Corona a provoqué le report de  la Biennale d’architecture de Venise 2020 à 21, entraînant celui de la Biennale d’art en 2022. Nous échapperons donc cette année à ce cocktail toxique : divertissement, plus investissements, avec un zest de droits de l’homme, le tout bien agité par le shaker de l’AC, l’Art qui se dit contemporain.

Comme bonne nouvelle pour commencer l’an neuf, c’est peu mais c’est un début…Bonne année quand même !

Christine Sourgins

(1) « L’épave  Barca Nostra », Isabelle Mayault, Le Monde M, le Mag, 31/12/20

Des oursins dans le “caviart”

Dans les rapports Artprice, l’Art contemporain/ Art financier (AC) est un “compte”  de fée émerveillant Thierry Erhmann d’année en année, avec lui, l’AC c’est la méthode Coué : ça va de mieux en mieux ! Exemple : l’AC marginal jusqu’à la fin des années 90, pèse désormais 15% des ventes aux enchères d’art ; de moins de 100 millions de $ en 2000, il totalise maintenant près de 2 Milliards de $ : waouh ! D’une soixantaine de salons d’art en 2000, nous sommes passés à plus de 600 et le nombre de maisons de ventes participant au marché de l’AC a presque doublé, celui des lots vendus multiplié par six. En 2019, le marché de l’Art a atteint un point culminant, un record historique, n’en jetez plus : l’AC surfe sur le bonheur d’être riche.  Cependant il y a quelques oursins dans ce  « caviart ».

Si plus de 30.000 artistes passent aux enchères, le marché ne repose que sur 100. Et parmi eux les seuls Basquiat et Koons pèsent 12% du résultat mondial. Le Contemporain, c’est comme le lait : il est très concentré. Koons a regagné son statut d’artiste vivant le plus cher au monde en 2019, grâce à une sculpture de lapin vendue pour 91m$, un civet un peu vintage puisque daté de 1986. Cette performance cache l’émergence de la Chine (présente pour la première fois à la Biennale de Venise en 2005) et qui, dès 2011 a signé la fin du cavalier seul  des USA et entend bien, elle aussi, mener l’AC à la baguette.

Mais voici l’oursin le plus urticant : parmi les 100 artistes les plus performants… 7 femmes seulement ! Ce qui fait tache pour un art autoproclamé miroir de son temps. Si on est un peu taquin, on va rechercher le rapport Artprice de l’an passé, pour comparer : et que nous disait Thierry Erhmann ? Qu’il y avait 10 ans, en 2009 donc, six femmes (1) comptaient parmi les 100 meilleurs chiffres d’affaires annuels  mais, progrès faramineux, 12 femmes se hissaient dans le top 100 des artistes les plus performants ! Quoi, de 12 l’an passé nous avons progressé… à 7 ? Alors que les médecins nous assurent que Corona virus fait plus de victimes chez les hommes ? Même une pandémie n’arrive pas à remettre un peu de parité dans l’AC. Et ce malgré travail des Guerrilla Girls, dès les années 70, dénonçant la domination des hommes et de belles récidives comme celle Agnès Thurnauer et ses drôlatiques badges muraux de 2009 où l’on pouvait lire : « Marcelle Duchamp », « Joséphine Beuys » et, ma préférée, « Annie Warhol ». Et tout ça pour arriver, en France en plus, un Ministère de la Culture qui veille au grain, à ce que dans les collections du centre Pompidou entre 2007 et 2014, les femmes représentent  16% seulement.  Il est super efficace cet art dit contemporain, lui qui prétend lutter pour les grandes causes !

Artprice nous apprend que dans l’art le plus contemporain, plus de 60% du marché repose sur la peinture. Tempérons notre enthousiasme : dans ce qui est appelé « peinture » il y a beaucoup de « conceptualisme peint » mais enfin, au niveau mondial, il y a un intérêt pour la peinture qu’on aimerait voir revenir en France et au ministère en particulier. Mais il faudrait qu’un virus de la lucidité déferle…

Autre oursin dans le « caviart », Daniel Druet, un de nos derniers sculpteurs prix de Rome qui ferraille juridiquement contre le grand artiste d’AC international Cattelan qui sait très bien jouer du téléphone, du carnet d’adresse ou de la presse mais à part cela…heuh….pour réaliser ses idées, Cattelan a besoin d’un savoir-faire plastique, celui de Druet, avec tout le mépris qu’un conceptuel peut avoir vis-à-vis d’un “manuel”. Cattelan gagne des millions et rétribue chichement son co-auteur, Druet. Pour en savoir plus, regardez cette courte vidéo d’Arte cliquez et vous y découvrirez qu’un grand nom de l’AC est parfois plus commanditaire qu’artiste. Si l’artiste crée une forme, le contemporéaniste  transforme l’objet commandé, le  détourne, en lui attachant un discours, un scandale, une sérialité ou différents formats, etc. pour finir, par concocter, via son « réseau », le nec plus ultra de la cuisine de l’AC : un produit financier doré sur tranche…

Passez de bonnes fêtes malgré tout !

Christine Sourgins

(1) Cecily Brown, Cindy Sherman, Jenny Saville, Rachel Whiteread, Marlene Dumas, Sherrie Levine.

La trahison des clercs

Seuls les naïfs crurent que la reconstruction de la flèche à l’identique épargnerait à Notre-Dame un redoutable « geste contemporain ». Cette fois, le vent de folie vient du diocèse, de Mgr Aupetit, archevêque de Paris, en tête. Tout part de « bonnes intentions », celles dont l’enfer est pavé : repenser le système de visite pour canaliser la foule et renouveler les contenus didactiques. Mais le projet débouche sur une modernisation effrénée et le « parcours catéchétique » commence par un coup de balai dégageant autels, confessionnaux, tableaux, jusqu’à déposer l’ensemble des verrières des chapelles de la nef, installées par Viollet-le-Duc au XIXème ! Pour les remplacer par des vitraux de 6 mètres de haut commandés à des artistes contemporains ! Or le vitrail est depuis longtemps un haut-lieu de l’Art dit contemporain (AC) hautement disruptif et transgresseur  (cliquer ici pour un article à ce sujet)  En infraction totale avec les principes de restauration des Monuments historiques et la Charte de Venise de 1964, une partie de ce qui a miraculeusement été épargné par le feu va dégager… L’incendie en a rêvé, nos clercs vont le faire !

On connait la chanson des « idiots utiles » de l’AC : « C’est pas grave, c’est du  Viollet-le-Duc donc du XIXème et le XIXème c’est mal ! ». D. Rykner a rappelé les qualités des verrières « en grisaille » au très beau décor historié : pour nier ainsi la double identité de la cathédrale, gothique et haut lieu de l’architecture romantique, le diocèse est-il devenu le ventriloque du ministère de la Culture ? Ceux qui pensaient que « La machine à baptiser » de Faust Cardinali installée à Saint Sulpice en 2001 (avec « le sperme du Créateur » sic), ou le Christ sur une chaise électrique dans la cathédrale de Gap en 2009 étaient des accidents, doivent convenir que l’inauguration des Bernardins (tout juste restaurés) par un labyrinthe de verre brisé était un programme. Le clergé catholique a suffisamment démontré sa propension au jeunisme (après des enfants) sans violer en plus le patrimoine et s’amuser avec  des bancs « dotés de points lumineux » substitués aux chaises paillées.  Les photos de synthèse donnent une ambiance d’aéroport, voire de parking, écrit Le Figaro : qui colle trop à son époque, s’en va avec. Or, désargentés par la crise sanitaire, donateurs et paroissiens pourraient financer ailleurs…

Danger bien perçu par  le rapport de la Cour des comptes sur le chantier de Restauration de Notre-Dame,  épinglant le ministère de la Culture. Car  au lieu d’utiliser l’intégralité des dons pour les seuls travaux de restauration… l’obole de la veuve engraisse l’Etablissement public, créé spécialement après l’incendie, énième « usine à gaz », chère à nos technocrates (et aux copains gravitant autour ?). Certes,  5 millions d’euros « seulement » part en frais de fonctionnement et en «  com », mais sur les 825 millions d’euros supposés collectés, 640 sont au stade de promesse, soit l’immense majorité ! Pierre Moscovici a réclamé une enquête administrative « maintenant », pour éclaircir les « responsabilités enchevêtrées » entre l’Etat et l’Evêché, ce mille-feuille administratif ayant précarisé les lieux : quoi, en septembre 2020, toujours pas d’enquête administrative en cours ? Qu’est-ce qu’on attend ? Qu’une troisième cathédrale (après Nantes cet été) brûle ? Nantes ou l’équipe paroissiale a donné gentiment les clefs à un personnage qui changeait de nom comme de chemise…avant de finir par  craquer une allumette : n’est-ce pas confondre charité et irresponsabilité ? Alors oui, certains donateurs pourraient se rétracter, déçus par une utilisation désinvolte des fonds et… du patrimoine.

« En finir avec la caste qui paralyse notre pays » est le sous-titre du livre de la journaliste Isabelle Saporta : «  Rendez-nous la France », qui vient de paraître chez Fayard. Outre un chapitre sur Notre Dame, c’est un inventaire général de ce qui s’apparente à une trahison des clercs, (le clerc étant l’expert supposé, laïc ou pas, pour reprendre le titre du livre de Julien Benda). Son style fluide et enlevé égaye ce véritable réquisitoire…

Christine Sourgins

S’adapter par temps de crise

Artistes et galeries tentent de s’adapter à la crise sanitaire et promeuvent le « vernissage  glissant » : l’inauguration « glisse »  tout au long d’une journée ou même d’un week-end à l’autre, histoire d’étaler les visiteurs, à l’inverse de ce qu’on s’échine à faire d’ordinaire : réunir le plus de monde possible au même moment, créer de la convivialité, des échanges, des émotions comme des pensées. «  Glisser » empêchera-t-il le secteur culturel de déraper ?

Les grands galeristes ont, eux, d’autres terrains de glisse : Emmanuel Perrotin obtint de l’Etat le Grand Palais, vacant suite à l’annulation de la Fiac, pour y organiser une chasse aux trésors. Les 24 et 25 octobre, vingt œuvres données par ses artistes, furent cachées dans les 16 500 m2 de la nef, ou bien, pour les plus voyantes, représentées par des symboles. Participation gratuite, à condition de s’inscrire (pas plus de 400 personnes par tranche horaire) ; la valeur des lots s’échelonnait entre 1 000 et 40 000 euros pour les pièces uniques mais, par contrat, interdiction de revendre sa trouvaille avant cinq ans !

Le rapport Artprice se félicite d’autres stratégies : le street artiste Banksy ne craint pas le confinement, les rues désertes et les amendes, il a monté dès 2019 (quel flair !) sa propre boutique, la Gross Domestic Product™ (en français «  Produit Intérieur Brut™ ») uniquement en ligne : le Street artiste militant y travaille par correspondance et vend de la bombe aérosol à 10£ jusqu’au gilet pare-balles à 850£. «Produits» fabriqués à partir d’objets recyclés dans son atelier, et non en usine, c’est plus chic et éthique. Cela s’appelle créer un « Marché alternatif » mais comme ces ventes servent à financer des missions de sauvetage pour les migrants, on suppose que le gros des ressources de Bansky vient d’ailleurs.

Montrer qu’on fait face à la crise, qu’on « rebondit », grâce aux nouvelles technologies est tendance. La Galerie  David Zwirner, déjà très avancée avec ses “viewing rooms”, s’est dotée d’un département alloué au développement digital et aux ventes en ligne, soit une force de frappe de 12 personnes, dont quatre auraient été embauchées au premier trimestre 2020. Suite à l’annulation de son événement physique, la foire Art Basel Hong Kong glissa vers un substitut en ligne. Si la foire de Chatou, à la brocante et aux jambons, essayait de se dématérialiser, pas sûr que le barbecue numérique attira du monde. Mais la Foire d’Art contemporain de Hong Kong digitalisée a cartonné : 250.000 visiteurs virtuels en 2020 contre moins de 90.000 visiteurs physiques en 2019 !

Évidemment le Corona a stimulé la rivalité, Christie’s/ Sotheby’s. Sotheby’s partait avec une longueur d’avance suite à son  rachat, en 2019, par Patrick Drahi notre magnat des médias et télécoms et, dès mars 2020, la société américaine vendait 10 fois plus d’œuvres en ligne que sa rivale londonienne Christie’s. Puis les ventes en ligne de Sotheby’s ont attiré entre 30% et 35% de nouveaux enchérisseurs. Dès juin une enchère passa le cap du million avant que Sotheby’s n’arrive à  vendre -toujours en ligne – un triptyque majeur de Francis Bacon pour 84,5m$.

Mais Christie’s contrattaqua avec ONE, un concept de vente aux enchères décoiffant. D’abord, premier étage de la fusée ONE, regrouper quatre sessions de prestige en une.  Quatre ventes transfrontalières à Hong Kong, Paris, Londres et New York fusionnent, en déjouant les fuseaux horaires, Christie’s vous téléporte hors de l’espace-temps, grâce à des « live » relayés sur Internet : 80 pièces exceptionnelles furent dispersées  aux quatre coins du monde. ONE, vente « expérimentale », ne fait pas qu’utiliser l’ubiquité numérique, elle  mise, second étage de la fusée, sur la réalité augmentée. Des QR codes associés aux œuvres permettaient de les projeter dans le salon des enchérisseurs. Les nouvelles technologies savaient déjà zoomer sur d’infimes détails, désormais, elles accrochent (virtuellement) le chef-d’œuvre à votre  mur pour « motiver  les intentions d’achats ». Thierry Ehrmann conclut : « pour beaucoup d’acheteurs encore, le contact physique avec l’œuvre est essentiel à la prise de décision, mais il le sera naturellement moins pour les “digital native” qui arrivent sur le Marché ». Le Corona virus arrête donc l’économie, la Culture mais pas le progrès de l’Art Financier ! Personnellement, j’attends le moment où un algorithme achètera à un autre algorithme une œuvre crée par un troisième : et nous, nous retournerons à la foire à la ferraille  !

Christine Sourgins

Déboulonnages en série…

Les affaires de déboulonnage « spontané » de statues se sont multipliées cet été, et l’article (1) de la sociologue Nathalie Heinich, paru dans la torpeur estivale, mérite d’être médité. Les aspirants déboulonneurs s’inspirent des méthodes issues de la fameuse « cancel culture », chère aux campus et aux réseaux sociaux nord-américains. Ce qu’on pourrait traduire par « culture de l’annulation » ou même « culture de la censure ». Outre-atlantique, en gros, les censeurs seraient à gauche et les anti-censeurs, à droite. Pour la sociologue  la censure  de ces « annulateurs », qui prétend s’exporter en France, « n’a rien de progressiste, en dépit du crédit que leur confère la légitimité de leur cause ».

En effet, aux USA, le premier amendement de la Constitution (comme le premier article de la charte canadienne des droits et libertés), fait de la liberté d’expression un « droit fondamental positif »  donc a priori toute entrave à ce droit est anticonstitutionnelle. Tandis qu’en France, la liberté d’expression est encadrée par la Loi (qui bannit l’incitation à la haine, l’appel au meurtre, les discriminations sexuelles, le négationnisme…), la liberté d’expression « en Amérique du Nord ne peut guère être bridée que par la mobilisation publique ». Et quand la Loi ne régit rien, c’est le citoyen qui s’en charge « au risque de l’arbitraire d’une guerre civile larvée » et des appels au lynchage médiatique qui, explique N. Heinich, finissent par terroriser là-bas (en attendant ici) journalistes, enseignants et chercheurs. La « cancel culture » est donc, pour elle, le fruit amer « du sous-développement juridique nord-américain ».

On pourrait objecter que le « sur-développement » juridique  français (qui s’immisce jusque dans la vie privée !) peut, lui, conduire à un cauchemar orwellien où l’histoire est officiellement réécrite (voyez à Rouen le déboulonnage de la statue de Napoléon préparé par le maire). Pour la sociologue, « quelles que soit la justesse des causes défendues, l’on ne peut se contenter de condamner les « excès » de ces militants radicaux tout en suggérant que la fin justifie malgré tout les moyens ». Le risque est grand, en effet, que cette revendication de « la liberté sans limites d’interdire la parole » fasse régresser à la loi de la meute.

Autre manière de déboulonner les idoles : la classique exposition muséale ! Comme celle sur  le maître de l’Art moderne, et la Bande dessinée, au musée Picasso et pleine de révélations (2): Picasso était lecteur de Spirou et des Pieds Nickelés ! Si ! Mieux (ou pire, au choix) il aurait été inspiré pour le portrait de Gertrude Stein non pas par les masques africains ou la sculpture ibérique (ça c’est l’histoire de l’art de grand papa) mais …par la tante Pim de la BD « Pim pam pom ». Même si la bonne intention est évidente (faire venir les jeûûûnes au musée) pas sûr que Tati Gertrude ou Pimcasso en sortent grandis !

Le Corona virus reste le grand déboulonneur de la culture en France bien qu’il ait semblé, un moment, donner sa chance « aux circuits courts » : si la foire « Art Paris » a pu se maintenir au Grand Palais, c’est bien parce que son public d’acheteurs n’est pas essentiellement international ;  il n’en est pas de même pour la Fiac et celle-ci a dû être annulée. Mais, vu le durcissement récent des mesures sanitaires qui limite les rassemblements à 1 000 personnes, Art Elysées qui devait se tenir en octobre sur les Champs-Elysées n’aura pas lieu et, pour les mêmes raisons, un vétéran, le salon d’Automne, annule sa 117ème édition. Mais la Nuit blanche du samedi 3 octobre a pu avoir lieu grâce au sursis accordé par le Dr Véran : « homo festivus » reste indéboulonnable ! Autre consolation pour le petit monde de l’AC : le « Commandant Bousteau », directeur de Beaux-Arts-Magazine, a été élevé au le rang de commandeur, la plus haute distinction de l’ordre des Arts et des Lettres…

Christine Sourgins

(1) Nathalie Heinich, « La “cancel culture » n’a rien à faire sur notre territoire », Le Monde, 4 août 2020, p.24.

(2) divulguées par le  commissaire d’exposition Vincent Bernière, sur Arte  le 4 septembre. « Picasso et la Bande dessinée »  jusqu’ au 3 janvier 2021.

Qui tient la corde à la rentrée ?

Cet été, la ville de Nantes se sera donc distinguée avec sa fontaine-pisseuse (voir le dernier Grain de Sel)  puis avec l’incendie de sa cathédrale, fort éclairant sur l’efficacité de l’admirable système de surveillance protégeant notre patrimoine. Mention spéciale au tableau de Flandrin, parti comme l’orgue en fumée non sans avoir, lui, été glorieusement accroché au-dessus d’une armoire électrique ; ce qu’un élève de muséologie eut trouvé bizarre mais pas les commissions de sécurité (après Notre-Dame et Nantes, espérons nos cathédrales nucléaires mieux gérées ( ?)).

Disparition de Marc Fumaroli, l’auteur de « L’état culturel » qui dénonçait, dès 1991, les dérives étatiques de la culture ; l’a rejoint le philosophe Bernard Stiegler, qui travailla au Centre Pompidou, auprès de l’Etat culturel. Départ aussi du dessinateur et académicien Pierre-Yves Trémois  mais pas d’inquiétude, il nous reste Frank Scurti en pleine forme : il disposa cet été du Grand Palais comme terrain de jeu à lui tout seul.

Alors que les salons historiques sont peu à peu gentiment éconduits du lieu, bien qu’ils regroupent des centaines d’artistes,  on ne saura pas les critères qui ont conduit le président de la Réunion des Musés Nationaux à l’élection du seul Scurti. Même en scrutant ce que proposait sous la nef, ce « poète du débris », cet « obsédé de la récupération » dixit Le Monde (1). Le Grand Palais étant un lieu d’expositions, Scurti veut « rompre avec les habitudes » donc pas d’exposition (c’est d’un commun !) mais une « intervention » intitulée « Au jour le jour », bref un « anti-monumenta » où à part quelques éléments, peu nombreux, en place au début, tout évolue tout le temps. Scurti n’a pas de projet arrêté « on verra … comment ça tourne ». Et tout tourne autour de la « corde des débris » de 40 m de long où Scurti a l’habitude d’attacher, au départ grâce à des lacets de chaussures, des débris de bric et de broc récoltés dans la rue autour de son atelier. Coup de génie, la voilà, cette corde, qui pendouille au centre de la grande verrière : « il a fallu deux spécialistes des travaux dans le vide » pour l’installer !  Admirez la symbolique : « le drapeau et le ciel sont ainsi symboliquement reliés à la terre et au sous-sol par un fil lesté des rebuts de la société contemporaine ». Belle vision du monde d’après.  Plus loin, Scurti étale le revers bleu d’affiches décollées dans le métro « des flaques de ciel » dit-il, cette intervention étant inspirée d’une fresque de Giotto à Padoue où un ange roule un coin du firmament (lors du  Jugement Dernier ! ). L’AC n’entrevoit pas la fin de son monde : bricoler au frais du contribuable reste pour lui la démocratie culturelle.

Quant à Roselyne Bachelot (2) qui eut le bon sens de ratifier une restauration de Notre-Dame à l’identique (voir à sujet les vidéos cliquez), elle vint au “Grand jury RTL” de septembre en portant un masque signé Orlan, et tint à rassurer les partisans du « grand geste architectural » et de la très conformiste « rupture ». Il y aura bien  un projet moderne et audacieux… bouleversant  les alentours immédiats de la cathédrale. De grandes chances pour que le parvis clean, tape l’œil, paradis des bobos en verre transparent (cliquez pour plus d’infos) tienne la corde. Quel incendie providentiel, qui va, quelle aubaine, jouer le rôle  de monnaie d’échange : braves gens, vous n’allez pas râler contre notre parvis de science-fiction puisqu’on vous reconstruit la flèche à l’identique !  Sans l’incendie, la dénaturation du site eut déclenché illico une levée de bouclier… car le patrimoine ne peut survivre, comme toute espèce menacée, que dans une niche écologique ou historisante. Comptez bien, comme disait Debord, que « le traitement médiatique fera perdre de vue la véritable opération… »

L’actualité artistique risquant d’être ralentie par la crise sanitaire, la publication de cette lettre d’info pourra s’espacer.

Bonne rentrée

Christine Sourgins

1)Ph. Dagen,” L’art en mouvement de Franck Scurti”, le Monde, 25 Juillet 2020, p.16.

(2) Voir à son sujet le Grain de Sel  paru dans la revue papier Artension de septembre/octobre 2020.

A Nantes, une Notre-Dame du XXIème siècle ?

Chacun sait le prestige atteint par la femme au Moyen-Age, grâce à « l’amour courtois », au rayonnement de la figure mariale qui inspira des cathédrales  (voir les travaux de Régine Pernoud), le « voyage à Nantes » nous offre, cette année, l’occasion d’une comparaison avec la figure féminine du XXIème siécle, et même avec une vision de la femme par une femme, Elsa Sahal. Place Royale à Nantes, un grès émaillé rose de 3 mètres, surplombant un bassin, se veut « un hommage aux figures de la féminité triomphante qui ornent cet ensemble sculptural du 19e siècle. » Jusqu’ici tout va bien, sauf que la chose, dénommée « Fontaine », est constituée d’une « figure pissante, dont le titre est un pied de nez à l’urinoir de Marcel Duchamp… ». L’auto-justification d’Elsa Sahal est d’une poésie bouleversante, jugez plutôt : « Dans le flux continu du jet d’urine, il y avait l’idée que les petites filles aussi peuvent pisser dru, loin, et continûment. Et que cela, de façon ironique, peut se produire dans l’espace public où seules les urines masculines sont admises ! »

Imaginez, même pas une femme-tronc, une femme bassin sur pattes avec une fuite, comme la Félicie de Fernandel : si vous n’êtes pas cardiaque mais un peu maso cliquez ici pour voir le chef d’œuvre.  Cette Notre-Dame-du-jet-de-Nantes est aussi présentée comme le pendant féminin du Manneken Pis ; le petit belge doit pouffer de rire, lui qui dispose d’une garde-robe à faire pâlir un top-modèle : allez donc habiller le truc percé place Royale !

Le pire est que le discours tenu autour de cette « Fontaine » se veut une réponse à Duchamp dont le très phallocrate urinoir de 1917, c’est vrai, écrase la scène artistique contemporaine. Mais l’artiste, et la ville de Nantes qui cautionne, tentent d’accréditer ce qui serait un tacle, une rébellion, alors que ce qu’on voit clame tout le contraire : au lieu de contrer le machisme on assiste à son extension avec l’assujettissement caricatural du féminin aux  performances masculines ou supposées telles. Cet abaissement de la femme par une femme, (l’aliénation n’en est que plus grande) prolonge le geste Duchampien. Avant lui, Rembrandt ou Picasso  s’intéressèrent à des figures de pisseuses, mais seul Marcel déclara : « on n’a que pour femelle une pissotière et on en vit ». Nantes, n’est-ce pas la ville dont une spécialité est le berlingot (de couleuvres, difficile à avaler ) ?

Bonnes vacances (évitez Nantes). A la rentrée. 

Christine Sourgins

Tableaux vivants pour temps mort

Pendant le confinement, sur les réseaux sociaux, une pratique ancienne a connu un regain de popularité. Tout commence le 14 mars aux Pays-Bas, une jeune femme se photographie coiffée d’un bandeau, adoptant la pose de la jeune fille à la perle de Vermeer, une gousse d’ail à l’oreille en guise de bijou : le Rijksmuséum s’y intéresse aussitôt ; le Getty muséum, de Los Angeles, aussi, lui qui lance le défi de recréer des œuvres d’art chez soi in vivo : le projet devient viral et 100 000 créations lui sont envoyées. Émulation oblige, le site du musée voit sa fréquentation en hausse de 450 % ! Le phénomène est planétaire depuis l’internaute qui se représenta en Frida Khalo à Brooklyn, jusqu’à la moscovite qui ouvre une page Facebook de «  confinement artistique » aux 500 000 abonnés. En France, on détourne surtout, parait-il (1), David, Géricault et Delacroix : pour la « Liberté guidant le peuple », une famille rennaise joue tous les personnages, le fils en gavroche et les parents en victimes, on hésite, de la Révolution de 1830 ou d’un mois de confinement épuisant. Des exemples, cliquer

Cette vieille pratique pourrait remonter à St François d’Assise créant le premier tableau vivant de la Crèche. La première trace de la simulation d’une œuvre d’art précise date de 1790, quand la Comédie Française monta la pièce de Voltaire, Brutus, en mimant un tableau de David vieux d’un an. Mais, parallèlement, les « Attitudes » de Lady Hamilton  (qui sera la maitresse de l’amiral Nelson) sont déjà un spectacle de tableaux vivants, un brin érotiques, donnant vie aux figures mythologiques. La photographie va encourager les vocations : Degas fait poser la famille Halévy, chez qui il est en vacances, afin de reconstituer l’Apothéose d’Homère, œuvre d’Ingres de 1827. Au XIXème cette pratique fera les beaux jours des cabarets comme du bal des Quat’zarts. Chaque atelier avait à cœur d’y parodier une toile du maître. Les élèves de l’académique Cormon qui brocardèrent son Cain (au musée d’Orsay) ont du bien s’amuser, entre peaux de bêtes et hache de silex !

Jeu de société, divertissement, ou création ludico-comique par  décalages et devinettes visuelles ? En y regardant bien, certaines reconstitutions « bluffantes » doivent beaucoup à l’outil informatique : les raboteurs de parquets de Caillebotte ont été reconstitués dans une chambre du 11ème arrondissement, l’auteur prenant successivement la pose des raboteurs et superposant le tout par Photoshop. Plus qu’une habilité à configurer le réel à l’art, l’exercice célèbre plutôt les charmes du virtuel et de sa technologie. La constante parodique suggère, elle, que c’est plutôt « homo festivus » que « poeticus » qui était confiné…

A signaler un article du magazine Causeur de mai où Pierre Lamalattie constate que les Frac (fonds régionaux d’Art contemporain) ont traversé sans problème les 2 mois de confinement… habitués à peu de visiteurs, ils n’ont guère vu la différence et peu souffert de la fermeture imposée. Preuve de leur inutilité, aux yeux de l’auteur.

 Quant à Christo né en 1935 en Bulgarie, mort le 31 mai 2020, la Covid-19 perturbe son ultime projet sans l’annuler. Son exposition au Centre Pompidou, consacrée à sa période parisienne (1958-1964) et à l’empaquetage du Pont Neuf en 1985, ouvrira avec quelque retard le 1er juillet. L’emballage de l’Arc de triomphe, prévu pour la rentrée, a été reporté à septembre 2021  assure le Centre des monuments nationaux, son  président ayant tweeté : “Nous aurons bien sûr à coeur de réaliser ce projet pour rendre à cet artiste un peu de l’amour immense qu’il a voué à Paris”. C’est, bien sûr, en raison de cet amour « immmmense » de Paris que Christo… vivait et mourut à New-York.

 « Mentir comme un arracheur de masque » ? Puisque la technique modernise les tableaux vivants, pourquoi ne pas mettre au goût du jour le fameux « mentir comme un arracheur de dent » ?

Christine Sourgins

(1) Laurent Carpentier, « Tableaux vivants au temps de confinement », Le Monde, 21/04/20, p. 22

Le “monde d’après”, le même qu’avant ?

Qui a représenté les arts plastiques en détresse  auprès du Président Macron, le 6 mai, lors de la fameuse  réunion de travail en bras de chemise ? Le lauréat du Prix Marcel Duchamp of course, Laurent Grasso, un installationniste qui vit entre Paris et New-York, re of course. L’artiste institutionnel typique, as de la commande publique et de la galerie internationale et financière Perrotin. C’est dire s’il n’est représentatif que du système contre lequel les artistes recommencent à pétitionner espérant que le « monde d’après » pourrait les libérer de la chape de plomb de « l’Etat Culturel ». Voir à ce sujet la pétition très explicite  de Marie Sallantin, en cliquant ici. Et que déclare M. Grasso d’après le Journal des arts ?

« Nous pourrions être utilisés, dans le bon sens du terme, comme des partenaires de réflexion, des chercheurs. L’artiste ne produit pas du divertissement, mais une pensée sur le monde. Et dans cette crise, on a le souhait d’être mis à contribution pour participer à la réflexion sur “l’après”. Je pense aussi que les artistes sont dans une anticipation des questions qui deviennent aujourd’hui très urgentes ! »

Le discours habituel, alors que, (cf avant-dernier Grain de sel, cliquer), les artistes institutionnels évitent soigneusement  la remise en cause de la mondialisation dont leurs gros collectionneurs vivent allégrement ! Le système, la petite partie privilégiée s’autoproclamant le Tout, va chercher à se sauver en faisant les poches du contribuable …comme d’hab ! Et va produire l’événementiel et le discours médiatique, l’écran de fumée nécessaire, faisant croire que tout change…pour que rien ne change.

Exemple de ce « monde d’après » en trompe l’œil, qui n’est que le monde d’avant en pire. L’idée de Tokenisation de la Joconde.  La représentation de Mona Lisa  « pourrait bientôt être distribuée en portions uniques à de multiples acheteurs grâce à la technologie blockchain », Mona Lisa serait partagée sous forme d’actifs numériques… ! (Cliquer pour voir l’article). Si c’est cela le monde d’après, il ressemble bigrement au monde d’avant : depuis les années 2000 on use des œuvres d’AC comme d’une planche à billet : ce n’est ici qu’une extension et banalisation des techniques de l’Art financier.

L’article voudrait nous faire croire que cette tokenisation rendrait la Joconde « encore plus inaliénable qu’elle ne l’est déjà » puisqu’elle resterait dans sa vitrine au Louvre, le musée en ayant toujours la possession physique. C’est le contraire : depuis 20 ans, j’affirme que si nous continuons à faire joujou avec l’inaliénabilité (et M. Macron ne s’en est pas privé !) un jour ou l’autre, un pays endetté comme le France devra vendre la Joconde et le reste. Car l’œuvre de Vinci, inestimable, n’est estimée que 50 milliards, pas cher, le tiers de la fortune de Jeff Bezos…

Ne ratez pas la satire (pas si caricaturale) du monde de l’Art trop contemporain : The Square le film de Ruben Ostlund, qui reçut la Palme d’or,  sur Arte lundi 18 mai à 20h55.

Christine Sourgins