Author Archives: Christine Sourgins

Qui tient la corde à la rentrée ?

Cet été, la ville de Nantes se sera donc distinguée avec sa fontaine-pisseuse (voir le dernier Grain de Sel)  puis avec l’incendie de sa cathédrale, fort éclairant sur l’efficacité de l’admirable système de surveillance protégeant notre patrimoine. Mention spéciale au tableau de Flandrin, parti comme l’orgue en fumée non sans avoir, lui, été glorieusement accroché au-dessus d’une armoire électrique ; ce qu’un élève de muséologie eut trouvé bizarre mais pas les commissions de sécurité (après Notre-Dame et Nantes, espérons nos cathédrales nucléaires mieux gérées ( ?)).

Disparition de Marc Fumaroli, l’auteur de « L’état culturel » qui dénonçait, dès 1991, les dérives étatiques de la culture ; l’a rejoint le philosophe Bernard Stiegler, qui travailla au Centre Pompidou, auprès de l’Etat culturel. Départ aussi du dessinateur et académicien Pierre-Yves Trémois  mais pas d’inquiétude, il nous reste Frank Scurti en pleine forme : il disposa cet été du Grand Palais comme terrain de jeu à lui tout seul.

Alors que les salons historiques sont peu à peu gentiment éconduits du lieu, bien qu’ils regroupent des centaines d’artistes,  on ne saura pas les critères qui ont conduit le président de la Réunion des Musés Nationaux à l’élection du seul Scurti. Même en scrutant ce que proposait sous la nef, ce « poète du débris », cet « obsédé de la récupération » dixit Le Monde (1). Le Grand Palais étant un lieu d’expositions, Scurti veut « rompre avec les habitudes » donc pas d’exposition (c’est d’un commun !) mais une « intervention » intitulée « Au jour le jour », bref un « anti-monumenta » où à part quelques éléments, peu nombreux, en place au début, tout évolue tout le temps. Scurti n’a pas de projet arrêté « on verra … comment ça tourne ». Et tout tourne autour de la « corde des débris » de 40 m de long où Scurti a l’habitude d’attacher, au départ grâce à des lacets de chaussures, des débris de bric et de broc récoltés dans la rue autour de son atelier. Coup de génie, la voilà, cette corde, qui pendouille au centre de la grande verrière : « il a fallu deux spécialistes des travaux dans le vide » pour l’installer !  Admirez la symbolique : « le drapeau et le ciel sont ainsi symboliquement reliés à la terre et au sous-sol par un fil lesté des rebuts de la société contemporaine ». Belle vision du monde d’après.  Plus loin, Scurti étale le revers bleu d’affiches décollées dans le métro « des flaques de ciel » dit-il, cette intervention étant inspirée d’une fresque de Giotto à Padoue où un ange roule un coin du firmament (lors du  Jugement Dernier ! ). L’AC n’entrevoit pas la fin de son monde : bricoler au frais du contribuable reste pour lui la démocratie culturelle.

Quant à Roselyne Bachelot (2) qui eut le bon sens de ratifier une restauration de Notre-Dame à l’identique (voir à sujet les vidéos cliquez), elle vint au “Grand jury RTL” de septembre en portant un masque signé Orlan, et tint à rassurer les partisans du « grand geste architectural » et de la très conformiste « rupture ». Il y aura bien  un projet moderne et audacieux… bouleversant  les alentours immédiats de la cathédrale. De grandes chances pour que le parvis clean, tape l’œil, paradis des bobos en verre transparent (cliquez pour plus d’infos) tienne la corde. Quel incendie providentiel, qui va, quelle aubaine, jouer le rôle  de monnaie d’échange : braves gens, vous n’allez pas râler contre notre parvis de science-fiction puisqu’on vous reconstruit la flèche à l’identique !  Sans l’incendie, la dénaturation du site eut déclenché illico une levée de bouclier… car le patrimoine ne peut survivre, comme toute espèce menacée, que dans une niche écologique ou historisante. Comptez bien, comme disait Debord, que « le traitement médiatique fera perdre de vue la véritable opération… »

L’actualité artistique risquant d’être ralentie par la crise sanitaire, la publication de cette lettre d’info pourra s’espacer.

Bonne rentrée

Christine Sourgins

1)Ph. Dagen,” L’art en mouvement de Franck Scurti”, le Monde, 25 Juillet 2020, p.16.

(2) Voir à son sujet le Grain de Sel  paru dans la revue papier Artension de septembre/octobre 2020.

A Nantes, une Notre-Dame du XXIème siècle ?

Chacun sait le prestige atteint par la femme au Moyen-Age, grâce à « l’amour courtois », au rayonnement de la figure mariale qui inspira des cathédrales  (voir les travaux de Régine Pernoud), le « voyage à Nantes » nous offre, cette année, l’occasion d’une comparaison avec la figure féminine du XXIème siécle, et même avec une vision de la femme par une femme, Elsa Sahal. Place Royale à Nantes, un grès émaillé rose de 3 mètres, surplombant un bassin, se veut « un hommage aux figures de la féminité triomphante qui ornent cet ensemble sculptural du 19e siècle. » Jusqu’ici tout va bien, sauf que la chose, dénommée « Fontaine », est constituée d’une « figure pissante, dont le titre est un pied de nez à l’urinoir de Marcel Duchamp… ». L’auto-justification d’Elsa Sahal est d’une poésie bouleversante, jugez plutôt : « Dans le flux continu du jet d’urine, il y avait l’idée que les petites filles aussi peuvent pisser dru, loin, et continûment. Et que cela, de façon ironique, peut se produire dans l’espace public où seules les urines masculines sont admises ! »

Imaginez, même pas une femme-tronc, une femme bassin sur pattes avec une fuite, comme la Félicie de Fernandel : si vous n’êtes pas cardiaque mais un peu maso cliquez ici pour voir le chef d’œuvre.  Cette Notre-Dame-du-jet-de-Nantes est aussi présentée comme le pendant féminin du Manneken Pis ; le petit belge doit pouffer de rire, lui qui dispose d’une garde-robe à faire pâlir un top-modèle : allez donc habiller le truc percé place Royale !

Le pire est que le discours tenu autour de cette « Fontaine » se veut une réponse à Duchamp dont le très phallocrate urinoir de 1917, c’est vrai, écrase la scène artistique contemporaine. Mais l’artiste, et la ville de Nantes qui cautionne, tentent d’accréditer ce qui serait un tacle, une rébellion, alors que ce qu’on voit clame tout le contraire : au lieu de contrer le machisme on assiste à son extension avec l’assujettissement caricatural du féminin aux  performances masculines ou supposées telles. Cet abaissement de la femme par une femme, (l’aliénation n’en est que plus grande) prolonge le geste Duchampien. Avant lui, Rembrandt ou Picasso  s’intéressèrent à des figures de pisseuses, mais seul Marcel déclara : « on n’a que pour femelle une pissotière et on en vit ». Nantes, n’est-ce pas la ville dont une spécialité est le berlingot (de couleuvres, difficile à avaler ) ?

Bonnes vacances (évitez Nantes). A la rentrée. 

Christine Sourgins

Tableaux vivants pour temps mort

Pendant le confinement, sur les réseaux sociaux, une pratique ancienne a connu un regain de popularité. Tout commence le 14 mars aux Pays-Bas, une jeune femme se photographie coiffée d’un bandeau, adoptant la pose de la jeune fille à la perle de Vermeer, une gousse d’ail à l’oreille en guise de bijou : le Rijksmuséum s’y intéresse aussitôt ; le Getty muséum, de Los Angeles, aussi, lui qui lance le défi de recréer des œuvres d’art chez soi in vivo : le projet devient viral et 100 000 créations lui sont envoyées. Émulation oblige, le site du musée voit sa fréquentation en hausse de 450 % ! Le phénomène est planétaire depuis l’internaute qui se représenta en Frida Khalo à Brooklyn, jusqu’à la moscovite qui ouvre une page Facebook de «  confinement artistique » aux 500 000 abonnés. En France, on détourne surtout, parait-il (1), David, Géricault et Delacroix : pour la « Liberté guidant le peuple », une famille rennaise joue tous les personnages, le fils en gavroche et les parents en victimes, on hésite, de la Révolution de 1830 ou d’un mois de confinement épuisant. Des exemples, cliquer

Cette vieille pratique pourrait remonter à St François d’Assise créant le premier tableau vivant de la Crèche. La première trace de la simulation d’une œuvre d’art précise date de 1790, quand la Comédie Française monta la pièce de Voltaire, Brutus, en mimant un tableau de David vieux d’un an. Mais, parallèlement, les « Attitudes » de Lady Hamilton  (qui sera la maitresse de l’amiral Nelson) sont déjà un spectacle de tableaux vivants, un brin érotiques, donnant vie aux figures mythologiques. La photographie va encourager les vocations : Degas fait poser la famille Halévy, chez qui il est en vacances, afin de reconstituer l’Apothéose d’Homère, œuvre d’Ingres de 1827. Au XIXème cette pratique fera les beaux jours des cabarets comme du bal des Quat’zarts. Chaque atelier avait à cœur d’y parodier une toile du maître. Les élèves de l’académique Cormon qui brocardèrent son Cain (au musée d’Orsay) ont du bien s’amuser, entre peaux de bêtes et hache de silex !

Jeu de société, divertissement, ou création ludico-comique par  décalages et devinettes visuelles ? En y regardant bien, certaines reconstitutions « bluffantes » doivent beaucoup à l’outil informatique : les raboteurs de parquets de Caillebotte ont été reconstitués dans une chambre du 11ème arrondissement, l’auteur prenant successivement la pose des raboteurs et superposant le tout par Photoshop. Plus qu’une habilité à configurer le réel à l’art, l’exercice célèbre plutôt les charmes du virtuel et de sa technologie. La constante parodique suggère, elle, que c’est plutôt « homo festivus » que « poeticus » qui était confiné…

A signaler un article du magazine Causeur de mai où Pierre Lamalattie constate que les Frac (fonds régionaux d’Art contemporain) ont traversé sans problème les 2 mois de confinement… habitués à peu de visiteurs, ils n’ont guère vu la différence et peu souffert de la fermeture imposée. Preuve de leur inutilité, aux yeux de l’auteur.

 Quant à Christo né en 1935 en Bulgarie, mort le 31 mai 2020, la Covid-19 perturbe son ultime projet sans l’annuler. Son exposition au Centre Pompidou, consacrée à sa période parisienne (1958-1964) et à l’empaquetage du Pont Neuf en 1985, ouvrira avec quelque retard le 1er juillet. L’emballage de l’Arc de triomphe, prévu pour la rentrée, a été reporté à septembre 2021  assure le Centre des monuments nationaux, son  président ayant tweeté : “Nous aurons bien sûr à coeur de réaliser ce projet pour rendre à cet artiste un peu de l’amour immense qu’il a voué à Paris”. C’est, bien sûr, en raison de cet amour « immmmense » de Paris que Christo… vivait et mourut à New-York.

 « Mentir comme un arracheur de masque » ? Puisque la technique modernise les tableaux vivants, pourquoi ne pas mettre au goût du jour le fameux « mentir comme un arracheur de dent » ?

Christine Sourgins

(1) Laurent Carpentier, « Tableaux vivants au temps de confinement », Le Monde, 21/04/20, p. 22

Le “monde d’après”, le même qu’avant ?

Qui a représenté les arts plastiques en détresse  auprès du Président Macron, le 6 mai, lors de la fameuse  réunion de travail en bras de chemise ? Le lauréat du Prix Marcel Duchamp of course, Laurent Grasso, un installationniste qui vit entre Paris et New-York, re of course. L’artiste institutionnel typique, as de la commande publique et de la galerie internationale et financière Perrotin. C’est dire s’il n’est représentatif que du système contre lequel les artistes recommencent à pétitionner espérant que le « monde d’après » pourrait les libérer de la chape de plomb de « l’Etat Culturel ». Voir à ce sujet la pétition très explicite  de Marie Sallantin, en cliquant ici. Et que déclare M. Grasso d’après le Journal des arts ?

« Nous pourrions être utilisés, dans le bon sens du terme, comme des partenaires de réflexion, des chercheurs. L’artiste ne produit pas du divertissement, mais une pensée sur le monde. Et dans cette crise, on a le souhait d’être mis à contribution pour participer à la réflexion sur “l’après”. Je pense aussi que les artistes sont dans une anticipation des questions qui deviennent aujourd’hui très urgentes ! »

Le discours habituel, alors que, (cf avant-dernier Grain de sel, cliquer), les artistes institutionnels évitent soigneusement  la remise en cause de la mondialisation dont leurs gros collectionneurs vivent allégrement ! Le système, la petite partie privilégiée s’autoproclamant le Tout, va chercher à se sauver en faisant les poches du contribuable …comme d’hab ! Et va produire l’événementiel et le discours médiatique, l’écran de fumée nécessaire, faisant croire que tout change…pour que rien ne change.

Exemple de ce « monde d’après » en trompe l’œil, qui n’est que le monde d’avant en pire. L’idée de Tokenisation de la Joconde.  La représentation de Mona Lisa  « pourrait bientôt être distribuée en portions uniques à de multiples acheteurs grâce à la technologie blockchain », Mona Lisa serait partagée sous forme d’actifs numériques… ! (Cliquer pour voir l’article). Si c’est cela le monde d’après, il ressemble bigrement au monde d’avant : depuis les années 2000 on use des œuvres d’AC comme d’une planche à billet : ce n’est ici qu’une extension et banalisation des techniques de l’Art financier.

L’article voudrait nous faire croire que cette tokenisation rendrait la Joconde « encore plus inaliénable qu’elle ne l’est déjà » puisqu’elle resterait dans sa vitrine au Louvre, le musée en ayant toujours la possession physique. C’est le contraire : depuis 20 ans, j’affirme que si nous continuons à faire joujou avec l’inaliénabilité (et M. Macron ne s’en est pas privé !) un jour ou l’autre, un pays endetté comme le France devra vendre la Joconde et le reste. Car l’œuvre de Vinci, inestimable, n’est estimée que 50 milliards, pas cher, le tiers de la fortune de Jeff Bezos…

Ne ratez pas la satire (pas si caricaturale) du monde de l’Art trop contemporain : The Square le film de Ruben Ostlund, qui reçut la Palme d’or,  sur Arte lundi 18 mai à 20h55.

Christine Sourgins

L’art du dé-confinement

L’empaquetage de l’Arc de Triomphe par Christo est reporté à l’automne 21 : en plein dé-confinement (on l’espère) se mettre à confiner l’Arc eût mal augurer du triomphe sur l’épidémie. Officiellement, l’opération est entièrement autofinancée par Christo grâce à la vente d’études préparatoires, maquettes, lithos etc. Mais le report à une date ultérieure de la Grande expo Christo, prévue au Centre Pompidou, laisse à penser que celle-ci était une forme de contrepartie.

L’art du dé-confinement tient du tango : deux pas en avant, un pas en arrière. Dans son allocution, le président Macron affirmait que musées, cinémas, concerts et théâtres, resteraient fermés après le 11 mai.  Edouard Philippe, le  28 avril, s’est prononcé en faveur de la réouverture des “petits musées” à cette date. Mais qu’est-ce qu’un petit musée ? Petit par la superficie, le nombre de visiteurs, la taille de l’équipe muséale ? A l’heure où j’écris, on cherche toujours. Mais le gouvernement annoncerait mercredi 6 mai des mesures en faveur de la culture…

Anxiété chez les (petits) galeristes : “C’est l’impression d’un tsunami : la mer se retire et on ne sait pas comment arrivera la vague”, a confié Emmanuel Perrotin, dont la galerie de stature internationale n’est pas menacée. Lui s’inquiète de la disparition des petites structures craignant une concentration accrue du marché à l’issue de la crise. Il est moins inquiet pour les foires (toutes reportées) car “on peut dire qu’il y (en) a trop “sic. Thierry Ehrmann, président d’Artprice, leader mondial de l’information sur le marché de l’art, assure, sans en dire plus, que deux grands salons ne reprendront pas l’an prochain”. Vue la crise, il note que les maisons de ventes migrent d’autant plus sur internet, à commencer par Sotheby’s. Marion Papillon, présidente du Comité professionnel des galeries d’art, a interrogé ses 279 membres : sans plan d’aide, la fermeture d’un tiers des galeries françaises est à prévoir dans les douze prochains mois. Rassurez-vous, « si les maigres meurent », les gros risquent de s’en sortir. Pascal Neveux, le directeur du Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur élu, en 2018, président du CIPAC, fédération des professionnels de l’art contemporain a déclaré : « Les structures labellisées ne sont pas en danger immédiat ».

 Le monde de l’art compte déjà des victimes définitives comme Germano Celant, critique d’art et père fondateur de l’Arte Povera, mort en Italie le 29 avril, à 80 ans, du Covid-19. Et des victimes collatérales : nos évêques, ceux qui chantèrent les louanges de l’AC le plus transgresseur, comme Mgr Di Falco qui, à Pâques 2009, accueillait au sein de sa cathédrale de Gap, un Christ sur une chaise électrique, la Piéta de Paul Fryer, chouchou de F. Pinault. Ces cigales ecclésiastiques se trouvèrent fort dépourvues quand le temps du Corona fut venu : avoir courtisé César, fait tant de concessions pour être « modernes », ne leur a pas donné le moindre égard ni le droit d’entrouvrir leurs parvis le 11 mai… Vraiment ce Corona va découronner beaucoup d’illusions.

NB : En raison de la minceur de l’actualité artistique, la publication des prochains Grains de sel pourrait s’espacer… à suivre !

Dé-confinez vous en douceur…

Christine Sourgins

Les « incorrigibles » du Corona

« Incorrigibles », c’est le mot qui vient à l’esprit devant les réactions de certains acteurs culturels dans cette crise sanitaire. Nombre de festivals n’auront pas lieu cet été mais, avant l’annulation de celui d’Avignon, son directeur argumentait en faveur de son programme, d’une pertinence absolue par les temps qui courent : déjà, le grand titre “Je veux un Festival d’Avignon où les spectateurs pleurent en sortant des spectacles” inquiète. Bon d’accord, s’il s’agit de pleurer de joie ou d’émotion. Mais que dire du spectacle de danse du chorégraphe Hofesh Shechter autour de « la mort rageuse et hypnotique » sic ? Car, très finement, Mr Py avait placé l’édition 2020 « sous le signe du couple Eros et Thanatos » car, « nous devons réfléchir au sens du désir et de la mort ». C’est sûr qu’en ce moment on n’a ni le temps ni l’occasion d’y réfléchir, à la camarde !

L’affiche de cette (défunte) 74e édition était signée par Yan Pei-Ming : tigres et vautours s’y disputaient de la viande. Pour le joyeux drille Olivier Py c’est  «  une définition de l’eros : il montre une violence animale, dionysiaque, qui nous cloue au présent ». Raté, c’est plutôt le confinement qui nous cloue au présent. Lui-même a écrit 11 heures de théâtre « autour d’un aspect d’Hamlet où sera par exemple évoquée la fameuse scène des fossoyeurs ». Dans une période où on ne peut enterrer les morts convenablement, ça aurait remonté le moral de la population ! Il y avait aussi un projet sur Othello « qui est d’abord un grand poète, dont l’idéal s’appelle Desdémone », Othello y est un astrologue « amoureux trahi par les étoiles » ; bref, si Othello zigouille Desdémone, il n’y est pour rien, « il est le bouc émissaire de la société » ! Comme c’est novateur et contemporain comme approche ! Un éloge de la violence faite aux femmes, de quoi absoudre tous les drames du confinement où les modernes Othello vont étouffer leur Desdémone ? Rassurez-vous, le moralisme de l’AC reprend ses droits et M. Py de conclure brillamment : «  Cette catastrophe nous purifie de notre prédation. Et je suis à peu près certain que cette épidémie aura la vertu d’avoir remis la mort au centre de notre vie, et donc de nous rendre philosophes. La vie ne nous appartient pas, et un petit pangolin est venu nous le rappeler ».

Urgences sociétales ?

Autre incorrigible, le président Macron qui, malgré la pollution au plomb puis le virus, s’entête à vouloir reconstruire Notre-Dame en 5 ans. Ce qui présage un « n’importe quoi pourvu qu’on soit dans les temps, pour les JO ». On préférerait que cette fermeté s’applique à « masques et tests etc. arriveront dans les temps » et pas après l’épidémie. Mourez tranquille : Notre-Dame sera reconstruite à temps. Plus prudente et réaliste, la nouvelle fondation François Pinault qui devait ouvrir, près des Halles, dans une Bourse du Commerce rénovée en septembre 2020, reporte son inauguration  au printemps 2021, vu le retard pris en raison des événements.

L’Art très contemporain y sera à l’honneur, cet AC dont on nous dit que ses artistes sont des veilleurs, des prophètes, des chamans, sensibles aux problèmes sociétaux, écologiques etc. Or peu d’installations ou de vidéos etc. avait prévu qu’un « petit pangolin » paralyserait la planète. Même constat avec le problème des retraites, quasi jamais traité, et qui a mis des milliers de gens dans les rues. Pourtant, ce qui nous arrive, advient à l’écosystème depuis longtemps : la pyrale du buis, qui décime les jardins des monuments historiques, vient d’Orient depuis les années 2000 ; Xylella Fastidiosa, la “lèpre des oliviers”, d’Amérique du sud ; l’agressive  grenouille taureau ou l’allergisante ambroisie d’Amérique du nord ; le moustique tigre de l’océan indien, sans parler du frelon asiatique etc. Après la crise, les phares de l’AC corrigeront-t-ils leurs cibles, mobiliseront-t-ils contre ces atteintes à la biodiversité, alors que leurs gentils mécènes et gros collectionneurs tirent leur fortune de la mondialisation… ?

Interrogée en 2018, lors de la reparution des « Mirages de l’Art contemporain » sur ce qui pourrait faire bouger les choses, je répondis que seule une crise mondiale le pourrait puisque l’AC, ce livre le montre, est l’art de la mondialisation et du fondamentalisme marchand. Nous y sommes peut-être mais ne nous réjouissons pas trop vite car, comme disent les chinois, « quand les gros maigrissent, les maigres meurent ». Et nos incorrigibles veillent. Il y a cependant un autre proverbe chinois fort appréciable : « après trois ans, même un malheur peut servir à quelque chose ».

Prenez soin de vous.

Christine Sourgins

La Culture à l’épreuve du Covid-19

La grande expo sur Raphaël en Italie ? Fermée au bout de 3 jours. Le jardin du presbytère, œuvre de van Gogh ? Dérobée dans un musée des Pays-Bas interdit de visiteurs. Si théâtres et cinémas, (jamais fermés lors des conflits mondiaux !) sont à l’arrêt,  l’AC (version bisounours) en profite pour occuper le terrain : en plein confinement, à Marseille, rien de mieux à faire que d’installer un ours orange (cinq mètres de haut, six tonnes), un ourson biface genre confiserie, baptisé Janus par l’artiste, « en hommage au dieu romain » : sur les ours-biscuits, la culture, c’est comme la confiture moins on en a, plus on l’étale… Originalité  zéro, le  truc le plus éculé de l’Art contemporain pompier : donner une taille gigantesque à un objet ordinaire. « Je veux juste installer de l’art sur l’espace public pour faire du bien ». En plein confinement personne ne verra rien, et après, on mesurera combien des proportions géantes déséquilibrent un paysage urbain, le  « disneylandisent »; « faire du bien » et non faire du buzz, eut été annuler et reverser les bénéfices à la recherche médicale qui urge. Il paraît que l’œuvre n’a rien couté au contribuable : que la Mairie dise alors combien cet artiste paye pour la location d’une place, bien public, et source de notoriété pour lui. Quid des autorisations données aux dépends d’autres artistes etc.  Rétrospectivement, l’inauguration d’une fresque, Le Fond de l’air,  en novembre 2019  à l’hôpital Charles Nicolle de Rouen, « interpelle » : 100 000 euros, avec une part importante de financement public, alors que les hôpitaux étaient déjà exsangues et en grève ! 

L’indécence de l’AC apparaît encore comparée à la générosité  d’artistes souvent méprisés par le milieu de l’Art conceptualo-contemporain : ceux du show–biz ou de la comédie. J-L Aubert diffuse des concerts depuis son salon, P. Obispo ou J-J Goldman créent une chanson sur mesure, Thomas Dutronc donne des cours de guitare via les réseaux sociaux, F. Luchini lit des fables, Anne Roumanoff crée une association  d’entre-aide pour les soignants etc. : la créativité est grande, gratuite, elle se propose et ne s’impose pas.

Mais cette crise sanitaire sera marquée par une vraie, une grande, une magnifique œuvre d’art contemporain ! Je m’enthousiasme rarement pour une performance, pour de l’art corporel en plus, toujours passablement exhibitionniste. Mais là, chapeau, même si l’inspiration est plutôt du côté de Spencer Tunick, le photographe qui met les foules en tenue d’Eve ou d’Adam pour « valoriser » des lieux prestigieux (1). L’œuvre, sérielle et processuelle, a pour auteur des infirmiers et infirmières libérales du collectif « SOS soignants en danger » qui, par centaines, se sont photographiés nus cliquer pour dénoncer leur manque de protection : « à poil contre le Covid-19 » fut lancé par une infirmière de Perpignan (le centre du monde selon Dali) actuellement en arrêt maladie, comme par hasard. Mais que fait le ministère de la culture ? Le ministre Riester, pourtant touché par le covid, devrait y être sensible ! Voilà qui mérite un Grand-prix, mieux, qu’on détourne (avec la bénédiction de Duchamp) les subventions prévues pour les prochains nounours et nanars de l’AC et qu’on les donne aux soignants ! Y aura-t-il un « après covid », où l’on pourra enfin dire : c’était une autre époque, incompréhensible aujourd’hui, un temps où les pains d’épices se prenaient pour des œuvres d’art !

Pour occuper votre confinement : l’émission « L’ombre d’un doute », consacrée à la peste de 1720 à Marseille ; vous verrez, c’est fou comme l’histoire se répète. Cliquer

Le dernier livre du philosophe Dany-Robert Dufour paru chez Actes Sud : « Baise ton prochain, une histoire souterraine du capitalisme ». Après « le divin marché », il réfléchit, en somme, sur l’amont de l’AC…

Pour ceux qui préfèrent les polars, « Le Faune Barbe-Bleue » d’Elena Jonckeere, professeur à l’Université Clermont Auvergne : une réécriture du célèbre conte qui se déroule dans le milieu de l’Art très (trop) contemporain : cliquer

Christine Sourgins

(1) La démarche de Tunick peut relever de la manipulation d’autrui, du moins de la « servitude volontaire » et cette nudité de masse ne peut pas ne pas rappeler, à une historienne, celle imposée dans les camps…

Cultures et Corona

Que penser d’un pays qui va masquer un symbole national aussi puissant que l’Arc de triomphe (Christo va l’emballer du  19 septembre au 4 octobre  2020), et qui, dans le même temps, est incapable de masquer les personnels soignants engagés, au péril de leur vie, dans une guerre sanitaire ? Christo est donc indispensable.

Or le problème des masques est crucial puisqu’il y a des porteurs sains (qui contaminent d’autant mieux !) : il faudrait que nous portions tous des masques en public, ce serait moins drôle qu’un tableau d’Ensor  mais constituerait un barrage utile, les asiatiques l’ont compris depuis longtemps. Mais nos « responsables » institutionnels (gouverner c’est prévoir) n’ont acheté ni masques ni tests suffisants : pas indispensables !

A quoi servent donc nos impôts si rien n’est prêt le jour J ? A acheter de l’Art très contemporain par exemple ! Etrangement, cette crise sanitaire rejoint l’article publié dans la revue Ligéia ( cliquer pour voir le début de l’article) intitulé « Du mépris de la Peinture aux Gilets jaunes ». J’y analyse le rejet et la ringardisation des arts plastiques traditionnels par un Etat préférant s’accoquiner avec l’art conceptualo-financier chéri des grands collectionneurs. Choix désastreux  pour tout un tissu socio-culturel précarisé, au point d’aboutir à une forme d’articide silencieux, car les artistes qui se pendent dans leur atelier font encore moins de bruit que les agriculteurs qui se suicident en plein champ. L’officialisation calamiteuse d’un art conceptuel, transgresseur et spéculatif, a entrainé une déconsidération de l’Etat, de son discours, de son personnel : en raison des dépenses somptuaires, des pratiques opaques donc antidémocratiques du ministère de la Culture, en matière de financement, d’attribution de commandes, d’expositions, de dévoiement de l’espace public etc.  Cet art est largement arrimé à la mondialisation dont on sait qu’elle est l’enrichissement des riches des pays pauvres et l’appauvrissement des pauvres des pays riches ce qu’illustrèrent les Gilets jaunes. Les choix culturels étatiques ont nourri une colère pas prête à retomber car cet Art contemporain là est l’art d’une mondialisation dont on découvre qu’elle est aussi le fameux patient zéro, celui qui passe partout pour semer la désolation.

Ce nouvel article fait suite à un premier, paru dans le précédent numéro de Ligeia, « Loin des Gilets jaunes, l’art politisé de la France des années 60/70 ». (Cliquer pour voir le début ) Là, je retraçais l’origine de la méfiance des hommes de l’Etat, face à la Peinture en particulier, car les années 60/70 furent fertiles en pratiques artistiques engagées qui ont été mises sous le boisseau.  Cliquer pour commander Ligeia.

Premier impact significatif du Corona sur la culture : suspendre les travaux de Notre-Dame, la cathédrale n’est toujours pas sécurisée…Mais le virus révèle aussi notre « culture » profonde : il y a peu, un journaliste télé s’offusquait du terme « super-contaminateur » désignant les porteurs sains (1), dans une apothéose du politiquement correct : « il va falloir trouver un autre terme parce que c’est trop stigmatisant ». En revanche, les autorités qui avec retard, nous ont renvoyé dans nos foyers ont fermé tous les commerces et métiers « non indispensables à la vie de la nation », ça, ce n’est pas stigmatisant du tout. Les cultes sont interdits : pas indispensables, seul le culte électoral a failli se maintenir. Pour nos dirigeants, une librairie n’est pas indispensable, un peintre, un sculpteur, un poète non plus, bien sûr ! A leur décharge, pâtes et papiers toilettes ont manqué mais aucune pénurie de livres : nulle ruée sur « la Peste » de Camus ou vers le « Hussard sur le toit » de Giono (qui traite du choléra pour les amateurs). Ne sont indispensables dans le monde de la mondialisation,  que la banque, la bouffe, et les médias… et puis le corps médical, tous ces gens en grève, il y a peu, parce qu’on les considérait non indispensables à l’économie : un hôpital, c’est un fardeau à côté d’une start-up ; médecins et infirmières coutent et ne rapportent rien…(2). Autre choc des cultures : face au virus, les français font la queue pour s’acheter des conserves et du doliprane. Les américains aussi, mais avec, en plus, des files d’attente devant les armureries.  Devant les colts et les carabines, le Corona va avoir la pétoche et muter : une autre approche pour tuer le virus ?

Face au virus de la bêtise, le retranchement derrière les livres (qui ne tombent jamais en panne) a toujours été salutaire. Peut-être relire « La Guerre des mondes » de H.G.Wells (publié en 1898 !) qui raconte l’invasion de la terre par de méchants martiens que même l’armée britannique n’arrive pas à arrêter ; or les terribles martiens seront exterminés… par nos microbes. Serions-nous devenus les envahisseurs de notre propre planète ?

A suivre…

Christine Sourgins

(1) qui, n’étant pas malades, continuaient leurs activités et répandaient le virus allègrement…

(2) Même en pleine épidémie, on aide les entreprises avant de songer à augmenter le salaire des soignants.

L’Art contemporain a-t-il fait son temps ?

Le cinéma est en ébullition : Weinstein, Polanski, Woody Allen etc. y seraient en perdition ; ça tangue à l’Opéra qui balance P. Domingo ; avis de tempête sur le monde littéraire avec G. Matzneff qui coule. Mais le milieu de l’AC  croise en eaux tranquilles.  Christian Boltanski  est en pleine popote et le dit lui-même (1). Pour son exposition à Beaubourg,  il accommode les restes de ses expos précédentes : « ici, je fais revenir pour obtenir un nouveau plat… », le tout s’appelle « Faire son temps ». A l’heure des règlements de comptes et des cadavres dans les placards,  l’AC n’a toujours rien à se reprocher et pourtant, on va le voir ci-dessous, des liens commencent à être mis à jour.

Qui se souvient de « Présumés innocents », la fameuse exposition du CAPC de Bordeaux consacrée à “l’Art contemporain et l’enfance” en 2000, célèbre pour son contenu “pédopornographique” et un épisode judiciaire à rallonge ?  A l’aune des actuelles révélations de sportifs et sportives, sexuellement abusés dans leur enfance, certaines belles consciences, abuseurs patentés de « la liberté d’expression », ont-elles fait leur mea culpa ? Silence assourdissant.

Rappelons que  cette jouissive expo comportait nombre de chef d’œuvres, telle la vidéo d’Elke Krystufek avec son utilisation du concombre plus proche du vibromasseur que de la cuisine (la suite mérite un carré blanc). Mais c’est la visite obligée des scolaires qui posa problème : si l’exposition « avait été réservée aux adultes on n’aurait pas porté plainte » précisa l’avocate de La Mouette, l’organisation de protection de l’enfance qui prévint la justice. En 2006, les commissaires de « Présumés innocents », l’ancien directeur des musées de Bordeaux (alors directeur de l’Ecole des beaux-arts de Paris), étaient mis en examen pour “diffusion de message violent, pornographique ou contraire à la dignité, accessible à un mineur”. Mais la cour d’appel en 2010 décida d’un  non-lieu. Haro sur La Mouette : l’avocat d’un des accusés salua « une défaite salutaire des ligues de vertu (…) et de ceux qui ont tenté d’imposer leur vision névrotique de la sexualité »sic (2). Une sexualité sans encombre ni concombre était donc alors pathologique !

Les grands arguments furent les pseudo-précédents : attaquer le CAPC, c’était s’en prendre à Flaubert pour outrage aux bonnes mœurs, comme si Gustave écumait les écoles avec Madame Bovary ! Surtout, les exposants de Bordeaux  étaient «  des artistes contemporains de renommée internationale, exposés dans les musées les plus prestigieux » : donc intouchables. Exactement comme Gabriel Matzneff, encensé, récompensé donc « présumé innocent ».  A Bordeaux, autre argument : la plainte n’avait été déposée que sur la seule base du catalogue et de témoignages oraux. Tiens, comme Vanessa Springora qui n’oppose à Matzneff que son témoignage et quelques lettres d’amour ?

Mais voilà que l’adjoint à la Culture de Mme Hidalgo, Christophe Girard,  a été entendu par les enquêteurs sur ses liens avec Gabriel Matzeff. Car l’écrivain a bénéficié dans les années 1980 d’un soutien financier de la part de la Maison Yves Saint Laurent et Ch. Girard, qui en était alors secrétaire général, affirme n’avoir fait qu’obéir aux ordres de Pierre Bergé (mort en 2017). Tout ce petit monde a allégrement soutenu l’AC mais pas que : la Haute-couture finançait aussi les frais de l’hôtel de St-Germain-des-Près où Matzneff voyait régulièrement Vanessa Springora  âgée de 15 ans. Ch. Girard nie toute proximité avec Matzneff …qui lui a pourtant dédié un ouvrage, et pas n’importe lequel,  La Prunelle de mes yeux (3). Dans les années 2000, l’écrivain, selon 20 minutes,  revendiquait d’avoir en Ch. Girard  un de ses amis « les plus proches »…

Monsieur Girard dit toujours la vérité. Je me souviens d’un débat avec lui sur une radio FM : il me soutenait, les yeux dans les yeux, que l’Art financier n’existait pas, or c’était de l’aplomb pas de l’humour !

Certains prédateurs  n’auraient  pu agir sans les encouragements tacites ou explicites de toute une intelligensia hors-sol, dévote de la divine transgression, fière d’affubler n’importe quoi du nom « d’Art contemporain » pour aristocratiser la chose (fut-elle un crime) et clore le bec des manants. Quand cet Art « contemporain » va-t-il comprendre que, lui aussi, a fait son temps ?

 Christine Sourgins

(1) Le monde, 14 novembre 2019, p.22.

(2) Un article sur cette vieille affaire, cliquer.

(3) Présentation explicite de l’ouvrage : l’héroïne du couple  n’a que quatorze ans, et « nos amants ont à leurs trousses une meute de citoyen vertueux, un délateur anonyme de la Brigade des mineurs, ils doivent pour s’aimer braver bien des périls ».

L’Art contemporain détourne la politique

Une œuvre d’art très contemporain vient de bouleverser la vie politique française, à moins qu’elle n’en révèle les contradictions.  A l’occasion de la mise en ligne de vidéos intimes réalisées initialement par Benjamin Griveaux lui-même, le grand public a découvert l’artiste russe Piotr Pavlenski qui  revendique la diffusion de ces images porno ayant entraîné le renoncement du candidat LREM à la mairie de Paris. L’artiviste russe, né en 1984, est célèbre pour s’être cousu les lèvres en 2012, en soutien aux Pussy Riot, condamnées pour une « prière punk » dans une cathédrale : applaudissements à tout rompre de l’intelligentsia française qui soutient cet opposant à Poutine.

Je passe sur ses performantes suivantes, pénibles à raconter comme de se clouer les testicules sur la Place Rouge ou de se couper l’oreille, hommage discutable à Van Gogh.  Interné 21 jours à  l’Institut Serbski (les vieilles méthodes du KGB !), il est déclaré sain d’esprit et subit plusieurs procès, récolte une amende mais ne fera pas de prison : «Piotr Pavlenski, couillu», titrait, admiratif, le journal Libération en octobre 2016. Interpellé pour une affaire d’agression sexuelle (un coup monté selon lui) Pavlenski profite d’une liberté provisoire pour fuir la Russie, trop contente de voir le trublion demander et obtenir l’asile politique en France.

En octobre 2017, Pavlenski mit le feu à l’entrée d’un bâtiment de la Banque de France à Paris, lors de sa performance baptisée « Éclairage ». Ce fut effectivement lumineux : la démocratie française ne rigole pas avec l’Art financier et l’envoie en prison… où, à nouveau, il est déclaré sain d’esprit.

Rebelote aujourd’hui… avec la classique fonction critique des artistes d’AC, art qui se veut « citoyen » : “C’est quelqu’un (B. Griveaux) qui s’appuie en permanence sur les valeurs familiales, qui dit qu’il veut être le maire des familles et cite toujours en exemple sa femme et ses enfants. Mais il fait tout le contraire. Ça ne me dérange pas que les gens aient la sexualité qu’ils veulent (…) (mais) il ment aux électeurs. Je vis désormais en France, je suis Parisien…”. Voilà un discours qui serait reçu 5 sur 5 aux Etats-Unis, où, ne pas mettre ses actes (y compris et surtout privés)  en cohérence avec son discours public est considéré, là-bas, comme une atteinte très grave à la démocratie : un cocufiage d’électeurs. Outre-atlantique, Pavlenski serait donc un lanceur d’alerte.

Mais nous sommes en France où, désormais, Pavlenski n’est plus célébré comme un courageux performeur mais, au mieux, présenté comme  un « militant », au pire, un délinquant ; tandis qu’RTL donne du « Monsieur » à Griveaux, ennoblissant ainsi un Benjamin grivois, martyr des réseaux sociaux, innocente victime d’un méchant russe. Comme un bon opposant à Poutine devrait être ou mort ou en prison, ce Pavlenski en roue libre ne serait-il pas  « téléguidé » voire un « agent russe » disent certains ? Tiens, revoilà, sans  vergogne,  la théorie du complot

Une question demeure. Imaginons que Pavlenski n’ait rien révélé, « Monsieur » Griveaux est quand même, en dépit de toute la compassion qu’on peut avoir pour lui, fort léger, bien imprudent, se conduisant plus en gamin qu’en homme d’état car une mafia ou une puissance étrangère auraient pu récupérer ses vidéos et faire chanter ou manipuler le futur maire de Paris : dans ce cas là, la démocratie ne serait-elle pas plus en danger qu’aujourd’hui ?

Christine Sourgins