Author Archives: Christine Sourgins

Patrimoine et Art contemporain

A l’heure où certains pratiquants du Street-art, comme Stéphane Moscato, prennent conscience que : « Les élus et les architectes se sont aperçus que nos fresques étaient un atout pour attirer de nouvelles populations dans certains quartiers. Nous mettons des pansements de couleur et, en un sens, nous participons au déplacement de certaines personnes en servant les intérêts des investisseurs »(1)… on comprend mieux les déclarations de Stéphane Bern ayant, lui aussi, l’impression d’être un « cache misère ». Celui qui imagina un Loto en faveur du Patrimoine, s’alarme d’une politique lourde de menaces. Les architectes ont déjà dénoncé la Loi Elan,  un «“open bar” pour que les bailleurs sociaux fassent comme les promoteurs »(2), selon Monsieur Patrimoine « les élus ont voté d’une seule voix pour la loi Elan (…) ça fait 120 ans qu’ils veulent la peau des architectes des bâtiments de France, donc ils vont l’avoir”. Est visé le petit patrimoine en péril, qu’il faudrait rénover, alors que certains élus trouveront plus juteux de le raser pour du flambant neuf. Ce petit patrimoine fait toute la saveur de nos terroirs, il entraîne un tourisme différent, plus « éclairé » que  le tourisme de masse qui épuise les sites qu’il sur-fréquente, comme Versailles, (d’où l’absurdité d’y mettre de l’Art contemporain pour faire venir du monde !).  La ministre de la Culture a démenti mais elle est fragilisée par les agrandissements de sa maison d’édition, effectués dans un monument historique…sans consultation d’un architecte des bâtiments de France, (et sans déclaration au fisc). Cependant, il se murmure que Mme Nyssen n’a pas personnellement dirigé ces travaux et que l’affaire serait instrumentalisée par sa propre administration ne supportant pas d’être dirigée par quelqu’un qui n’est pas du sérail…à suivre.

Si on croyait gagné un combat pour le patrimoine, c’est bien celui que la classe médiatique remporta en début d’année contre le bouquet de tulipes de Jeff Koons, afin qu’il ne défigure  pas l’espace entre le Palais de Tokyo et le musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Or, qu’a-t-on pu voir à la devanture du Palais de Tokyo cet été ? Une maison de poupée Barbie géante avec ses couleurs rose et mauve, d’un  kitsch digne de Koons, le tout invitant à visiter une exposition consacrée à l’enfance. En ce moment l’enfantillage fait florès dans l’AC, peut-être le goût d’une nouvelle génération ( ?). On se consolera en pensant que le papier peint rosé et le fauteuil bleu turquoise de Barbie, ont duré le temps d’une expo à la différence des tulipes de Jeff qui eurent été éternelles. Mais on se dit qu’il est bizarre que ce petit monde, qui aime toujours autant le kitsch, ait lâché Koons, bichonné à Versailles, au centre Pompidou, au Collège de France … Y aurait-il une cause cachée ? Ce lâchage pourrait bien être éclairé par l’interview de M. Pinault dans le Monde cet été (3). Les déclarations de  ce mécène d’Art très contemporain sur le président Macron, qui « ne comprend pas les petites gens », agitèrent des médias négligeant la suite des propos. Or M. Pinault vient de faire une grande découverte, il lui  a fallu du temps mais il a enfin compris que : « Jeff Koons se perd dans les cocktails » ! D’où la revente à plusieurs dizaines de millions du Split-Rocker de l’américain, une pièce achetée 1,5 million. Mais cette œuvre, à l’origine, ne serait-elle pas une co-production, c’est-à-dire financée avec l’Etat, donc avec l’argent des petites gens ?  En tout cas, voilà qui nous éclaire sur les malheurs du bouquet de tulipes de Jeff, qui n’a peut-être plus en France le soutien nécessaire.

Christine Sourgins

1- Le Monde, 17 et 18 juin 2018, p.19.

2- Ibidem, 18 mai 2018.

3- M le magazine du Monde, 23 juin 2018, p.45 et 47.

Curieuses vacances…

Avant les vacances, quelques brèves (et une annonce)

Il sera question des « Mirages de l’Art contemporain » dans l’émission d’Emmanuel Lechypre sur BFM TV (et radio) à l’occasion d’un débat de 10 minutes entre ses deux « critiques ». Première diffusion, mercredi 27 à 14h, deuxième vendredi 29 à 21h, suivies de 3 autres diffusions dans le week-end.

Le bouquet de tulipes de Jeff Koons toujours SDF à Paris. La Villette semblait convenir : un site « populaire et festif » comme le veut le ministère de la Culture, et aucun monument historique alentour pour être importuné par ces fleurs entêtantes. Patatras, voilà que l’architecte concepteur du site, Bernard Tschumi,   regimbe et le fait savoir de…New-York : « La Villette a été conçue comme un tout (…). Le site a un équilibre de pleins et de vides. On ne peut pas le préempter comme cela, d’autant que le règlement interdit qu’on y présente des installations de plus de 6 m de haut ». Argument valable aussi pour un site ancien : les architectes ont toujours conçu des vides (niches aveugles, cours pavées, espace vert  compensant  la minéralité de l’architecture etc ) qui donnent du rythme et une respiration. Or notre époque “m’as tu vu” a tôt fait de les remplir, dénaturant ces lieux qu’elle considère « vacants ».

Le poste de directeur de la fondation Maeght à St Paul de Vence est également vacant. En 2011, Yoyo Maeght avait démissionné du conseil d’administration refusant que la Fondation de son grand-père devienne « un décor à l’industrie du luxe ». De fait, le 28 mai dernier, la Fondation a congédié le public pour que s’y tienne un défilé Louis Vuitton.  Or de 2011 à 2017, c’est Olivier Kaeppelin, homme de l’Etat culturel ( délégué aux arts plastiques, directeur du projet Palais de Tokyo etc) qui présidait aux destinées de cette fondation privée (!). Cette intrication public/ privé ne semble donc pas avoir été heureuse… A quelques encablures de là, la Fondation Carmignac vient d’ouvrir ses portes sur l’île de Porquerolles, elle est dirigée par le fils du fondateur : les visiteurs sont priés de se déchausser. Le sol serait gorgé d’énergie… une manière de suggérer la sacralité de l’Art contemporain ?

Bonnes vacances !

Christine Sourgins

La Burénisation de l’espace public

NB : jeudi 14 juin Autour du livre « Les mirages de l’Art contemporain » présentation et débat dans un café parisien plus d’info cliquez Attention places limitées.

A l’échelle de la ville était une manifestation du Ministère de la Culture pour la mise en valeur de l’art urbain. Un « street-artiste » avait donc été invité à  dialoguer avec la cour d’honneur du Palais Royal, dont  Daniel Buren, depuis plus de 30 ans, emplit le vide à coup de colonnes tronquées. Cette initiative a mis Dany en fureur au point d’écrire  aux services de Mme Françoise Nyssen, pour demander « au nom du droit moral, à ce que l’œuvre soit retirée ».  L’affaire est révélatrice d’une génération, celle de 68, qui après avoir censuré les aînés au nom de sa liberté censure les cadets au nom de sa rente de situation.

Le jeune artiste invité aurait-il eu le front de faire péter des couleurs vives en rupture avec l’austérité burénienne ? Pas du tout : le « street-artiste », dénommé Le module de Zeer proposait un jeu de bandes imprimées d’un graphisme noir et blanc délicat, cerclant 7 colonnes et décroissant en tonalité: c’était strict, plutôt bien pensé par rapport au lieu et  à l’œuvre de Buren, avec surtout, avantage insigne sur ce dernier,  l’élégance d’être éphémère. Rien à voir avec l’occupation permanente et onéreuse (1) des lieux par les cylindres rayés du sieur Daniel.

Maître Buren aurait-il pris ombrage des horizontales du Module de Zeer défiant ses verticales ? Buren aurait-il parfaitement compris qu’accepter de partager l’espace avec un artiste contemporain c’est en subir d’autres à coup sûr, selon la logique de l’exposition provisoire qui dure, en se renouvelant sans cesse ?

Même pas : Buren a vu rouge…parce qu’il n’a pas été prévenu !

Le ministère allait–t-il promptement remettre en place celui qui, non content de coloniser le Palais Royal, entend coloniser l’espace public, et son calendrier ? Que nenni : le Ministère a fait profil bas, s’est couché devant le colonel Buren : l’œuvre de Module de Zeer fut décrochée le 18 mai. «Nous sommes le ministère de la propriété intellectuelle et artistique, donc du droit moral des auteurs et (des) créateurs (…) il y a une question d’exemplarité». Autrement dit, en haut lieu, on a toujours pas compris que les artistes (et leurs galeries et collectionneurs) qui prétendent disposer du bien public, devraient payer pour occuper les lieux historiques  et non pas être payés pour cela !

Mais de qui Buren est-il le nom pour dicter ainsi ses 4 volontés au Ministère ? Buren serait-il une réincarnation du père UBU, dont le ventre est marqué d’une spirale noire et blanche ? Rien de plus absurde, en effet, que de s’octroyer le droit de dialoguer avec le passé et de refuser ce même droit à la jeune génération. Si le Module de Zeer porte atteinte au travail antérieur de Buren, tous les artistes d’AC qui interviennent « en rupture » dans les monuments historiques malmènent le droit d’auteur des artistes anciens (et Buren le premier !) : pourquoi le ministère ne fait-il pas diligence ? Mais contrairement  à Daniel Uburen, les morts ne râlent pas très fort.

Faut-il en déduire que ces colonnes sont, à l’échelle de la ville, l’équivalent d’aiguilles d’envoûtement ? Le dispositif du Palais Royal aurait zombifié un ministère, aux ordres du grand manitou rayé.  Il paraît qu’il s’en ait fallu de peu que Mme Nyssens comparaisse pieds nus, en chemise et la corde au cou. Dans sa repentance y –aurait-il eu quelque(s) dédommagement(s)… au frais du contribuable ?

Christine Sourgins

(1) Le coût de la restauration : 5,3 millions d’euros pour le ministère de la Culture (plus 500.000 euros de mécénat de compétence par le groupe Eiffage). « C’est beaucoup plus cher que l’achat de la pièce qui avait coûté à l’Etat un peu plus d’un million d’euros » reconnaissait  Buren en 2010  cliquez

L’édition augmentée « Les mirages de l’Art contemporain »

Ce jeudi 31 mai, la nouvelle édition de « Les mirages de l’Art contemporain » sera disponible en librairie, augmentée d’un épilogue d’une cinquantaine de pages : « Brève histoire de l’Art financier » qui décrit comment  des spéculations artistiques et intellectuelles ont entrainé des spéculations financières (éditions la Table Ronde).

Les mirages de l'Art contemporainCe livre, constamment réédité, est devenu, grâce à ses lecteurs,  “un livre de fond” sur la critique d’un certain art dit contemporain. Contrairement à ce qu’on nous serine,  l’AC ne nous fait pas comprendre notre contemporanéité, il est là pour nous y accoutumer et nous y soumettre. C’est bel et bien la critique de l’AC qui révèle de quoi cet “art” est l’émissaire.

Ce qui a bougé dans l’AC, n’est pas son idéologie (stable et sûre d’elle) mais un début de prise de conscience dans le grand public. Non pas à propos des transgressions les plus corsées, mais en raison des dérives financières. Comme disait Audiard :”Quand on parle pognon, à partir d’un certain chiffre, tout le monde écoute”. Le contribuable, surtout, a tendu l’oreille… Ce volet de la financiarisation, qui n’avait pas encore donné toute sa mesure, avait été délibérément mis en attente dans l’édition de 2005.  C’était juste le moment où l’on passait d’un marché de l’Art traditionnel à un art de marché. Maintenant il est possible de décrire comment, loin d’être un simple affairisme, l’AC cautionne l’esthétisation de la marchandisation du monde, devenant sans vergogne l’Art du fondamentalisme marchand.

Ainsi ce qui vient de se passer dans un musée de Riga est représentatif  d’une marchandisation totalitaire où l’homme est une marchandise comme une autre. Un artiste d’AC a proposé à deux volontaires, un homme et une femme, de prélever un lambeau de leur peau : celui-ci fut  grillé et consommé en forme de cannibalisme réciproque (lien vers la vidéo, attention âmes sensibles !). Là se pose un choix de société : être ou ne pas être de ces happy few qui applaudissent à cet art… bio et équitable. Or la page 16 de la première édition des  “Mirages” pointait  déjà les exploits du groupe d’artistes chinois « Cadavre » qui, en guise d’oeuvre, dévorait un foetus humain : en 2001, une grande revue française s’enchantait de ce cas, avec une froideur clinique. Les médias et l’AC considèrent que le public a une mémoire de poisson rouge et qu’on peut  lui resservir les mêmes plats  sur l’air de “enfoncez-vous ça bien dans la tête”. Alors que faits et commentaires s’effacent en permanence de nos écrans, les livres, eux, servent à prendre date, à mesurer le chemin parcouru… « Les mirages de l’Art contemporain » offrent maintenant un panorama complet des différentes facettes de cet art dit « contemporain ». S’y ajoute un index.

Bonne lecture

Christine Sourgins

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Carcassonne ciblée par l’Art contemporain

Des cercles jaunes concentriques sur les remparts de Carcassonne… pour célébrer les vingt ans de leur inscription au patrimoine mondial par l’Unesco ! Peinturlurer la Cité d’un jaune chantier en forme de cible, n’est guère heureux vu les attentats ambiants. C’est le  Centre des monuments nationaux (CMN) lui-même qui est à l’origine de cette intervention de l’artiste Felice Varini, mieux inspiré lorsqu’il transfigure de ses anamorphoses, des hangars industriels ou des lieux déshérités.

Le traitement réservé aux vénérables pierres médiévales restaurées au XIXe siècle par Viollet-le-Duc a suscité le cycle habituel d’un AC habile à cliver et hystériser la vie sociale. Indignation sur les réseaux sociaux, pétition, dégradations volontaires (de fines bandes colorées enrobant la pierre ont été décollées), dépôt de plainte, restauration et mise sous surveillance vidéo et, bien sûr, clou du spectacle : l’artiste qui joue l’incompris persécuté.

Mais là, les acteurs de l’AC se sont surpassés. L’artiste  commença  doucereusement : « cela prouve que les gens sont attachés à leur patrimoine ». Ces gens sont des citoyens qui veulent que le bien commun ne soit pas mis à disposition de quelques-uns. Or l’installation des bandes jaunes a porté atteinte à la liberté de circulation : pendant trois semaines l’accès à la porte d’Aude a été interdite. Celle-ci, piétonne, est l’accès privilégié des habitants à la Cité.

La maquette du projet a été volontairement tenue secrète : procédé peu démocratique. Normalement, pour intervenir sur la voie publique, il devrait y avoir appel à projet et concours. Le jaune choisi par Varini, indique-t-il que la France devient une République bananière ? Car le CMN, commanditaire de l’œuvre, refuse de communiquer le moindre budget ni de dire sur quels critères Varini fut désigné. Or c’est un établissement public qui vit essentiellement de fonds publics ! Son directeur général s’est fendu d’un « C’est un principe !», singulière récusation de la transparence républicaine.

Les journalistes ont fait les comptes de ce lourd chantier qui a nécessité nacelles-araignées et cordistes. La région Occitanie  a investi 50 000 euros. Une association, joliment dénommée  le Passe-muraille, en a reçu 30 000. Elle a, par ailleurs, le but louable de restaurer et d’animer les monuments historiques mais  possède une section « Art contemporain » or la commissaire de ses expositions est aussi galeriste. N’y a-t-il pas un risque de fabriquer des positions privées dominantes avec de l’argent public ? C’est toute l’ambiguïté des associations pro-AC, soi-disant loi de 1901, donc privées, mais avec financement public… Au total, les ronds jaunes auraient couté 250 000 euros. Soit autant que pour l’accueil d’une étape du Tour de France en 2018, à Carcassonne. Le président du CMN laissa entendre que la couleur choisie serait un clin d’œil au maillot jaune. Voilà une manière désinvolte de traiter le patrimoine en le ravalant au rang d’un support publicitaire quelconque. Mais en juillet, les cercles jaunes vont crever l’écran télévisuel : un beau placement de produit, les investisseurs, pardon les collectionneurs, de Varini  seront contents. La ficelle est  grosse et l’artiste franco-suisse a vigoureusement démenti cette explication, préférant s’offusquer des manants qui osent demander des comptes. Et là, Varini s’est surpassé, sa « phrase qui tue » censée clouer le bec des vilains populistes radins est en fait un aveu sur la nature profonde de son travail : « Est-ce que l’on demande combien coûte une journée de bombardements en Syrie ?».  Aveu implicite d’un « vandalisme de rapport »…

Christine Sourgins

PS L’Académie a élu académicien un conceptuel, Fabrice Hyber, dans la section Peinture. Pour protester contre cette non reconnaissance de la Peinture par les institutions françaises,  Rémy Aron, président de la Maison des artistes, vient de démissionner : sa lettre est lisible sur  cliquer

Bientôt, un hyber-académicien ?

Selon les dernières rumeurs, Fabrice Hyber postulerait à l’Académie des Beaux-arts !

Quels sont ses états de service ? Son premier tableau en 1981 se résume à son titre : « le mètre carré de rouge à lèvre ». Six mois plus tard il couvre  quatre mètres carrés  de puces électroniques (offertes par Matra): on sent tout de suite un artiste dans la lignée d’Ingres ou Delacroix (1). Hyber est fasciné par le monde économique  au point de considérer l’entreprise ou le commerce  comme une forme d’art et de les transporter au musée. En 1995, il monte son « hybertmarché » au musée d’Art moderne de la ville de Paris : avec caisses enregistreuses pour les achats des clients-collectionneurs. Puis  il  défrisa le Centre Pompidou avec un salon de coiffure pour l’exposition «Féminin- Masculin». Il monte aussi, telle une œuvre, sa propre SARL chargée de promouvoir ses POF (prototypes d’objets en fonctionnement) qui vont du ludique ballon carré à l’érotique balançoire munie de godemichés. La société a coulé mais peu importe, la sociologue Nathalie Heinich cite Hyber comme l’exemple typique de l’artiste officiel, tellement soutenu par les institutions qu’il  n’a pas besoin de galerie (2)!

Parmi les commandes officielles, le  monuments commémoratif, au jardin du Luxembourg, pour l’abolition de l’esclavage, Hyber se contente de planter un tronçon de chaîne, dont un maillon est ouvert : on sent qu’il a beaucoup travaillé l’indigence formelle. Hyber ne fait pas de sculpture, mais il  illustre le concept de Libération. Il représenta la France en 1997 à la Biennale de Venise, transformant le pavillon français en une régie télé où amis et invités viennent s’exprimer librement en direct dans « un grand bordel créatif »sic. « Il s’est passionné pour les questions de réseaux un peu avant qu’elles ne deviennent à la mode »(3). A Venise,  les émissions étaient  animées par la version glamour de l’artiste : Elian Pine Carrington, « la plus arty des drag-queens ». Si Hyber est élu, cela promet une séance de réception qui va marquer les annales. Mais le ridicule ne tue pas… et  lui valut le Lion d’or.

Hybert est un homme raffiné. Coquet, il décida d’enlever le 1er mai 2004 le T de son nom et devint Hyber, tout fait œuvre. Citons encore son célèbre homme vert de Bessines, version délurée du MannekenPis  qui fait gicler l’eau par tous les orifices. Hyber (ou Hybert, on s’y perd) est aussi l’inventeur des « Bonbons très bons » (absorbables par tous les orifices) et, pour ceux qui seraient dégoutés, pas de problème, l’artiste est rentré dans le Guiness des records avec le plus gros savon du monde (22 tonnes) : pour ses admirateurs « Hyber a fait du  glissage-entre-les -doigts  un art » sic.

Entrera-t-il à l’Académie, cet insaisissable protéiforme ? Ce touche à tout ( photo,  installation, vidéo etc ) se présenterait à la section peinture ! Car il produit aussi des dessins schématiques qu’il nomme « peintures homéopathiques » et définit comme « des ensembles qui décrivent une pensée ».

Hyber est, en fait, un artiste conceptuel et l’Académie  ne pourrait l’admettre dans ces rangs (à ses risques et périls !) que si, et seulement si, elle créait une nouvelle section « conceptuelle ». Les artistes conceptuels, qui sont les héritiers de Duchamp, ne sont pas dans la suite de l’art d’Ingres, Delacroix, Puget ou Rodin ; Marcel le savait, lui qui proposait de les appeler « anartistes » et non plus artistes. A l’Académie, peinture, sculpture, photo, gravure, cinéma ne sont pas mélangés, on ne voit pas pourquoi les anartistes conceptuels y  prendraient la place des peintres. A moins que  l’Académie contribue à son tour à une spécialité bien française : la destruction des arts visuels de la main et l’assassinat de la Peinture…qu’elle est censée protéger ! A l’heure où, même le milieu de l’Art le plus contemporain, pétitionne contre un hyper-businessman comme Koons, il serait étrange que la vieille dame du Quai Conti consacre son clone (pour le goût de “l’économique”),  l’aura internationale en moins : à l’étranger les artistes subventionnés sont décriés.  Mais si, malgré tout, elle se lançait dans l’aventure, qu’elle soit novatrice et contribue à éclairer le public sur l’état des arts en créant une nouvelle section !

Christine Sourgins

(1) « L’art du business », Roxana Azimi, Le Monde, Dim 12/ lundi 13 mai 2002.

(2) Nathalie Heinich, « Le Paradigme de l’art contemporain », Gallimard, collection « Bibliothèque des sciences humaines », 2014, p. 230.

(3) « Allez le vert »,  Anaïd Demir, Technikart 46, oct 2000, p.47-48.

L’abus de mécénat : un nouveau délit ?

« Les mirages de l’Art contemporain » seront en librairie le 31 mai avec cinquante pages supplémentaires sur l’Art financier. Voici un avant-goût des délices de la financiarisation de l’art avec les dérives du mécénat mis en lumière par le magazine « Pièces à conviction » de France 3 (1)

Après un François Hollande lyrique qualifiant la fondation Vuitton de « morceau d’humanité », les journalistes sont revenus sur les conditions de réalisation de cette œuvre de l’architecte Frank Ghery dans le Bois de Boulogne. Le projet ne respectait pas la charte des Bois, le Plan Local d’Urbanisme n’y autorisant pas de construction de plus d’un niveau, ce qui est un peu bas de plafond pour réaliser le « grand geste architectural » rêvé par Bernard Arnault. Que croyez-vous qu’il arriva, que le mécène et son architecte ont revu leur copie pour respecter la Loi ? Non, en 2011, la Loi changea exprès et par le biais d’une pratique scandaleuse, le « cavalier législatif », qui consiste à introduire des dispositions qui n’ont rien à voir avec le sujet traité par un projet de loi (le livre numérique en l’occurrence ) Ainsi, les opposants ne sont pas au courant et, « ni vu ni connu, j’t’embrouille ». C’est Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, autre grand lyrique, qui va déposer cet amendement sur mesure, fort cavalier pour une démocratie. M. Arnault eut ainsi  les coudées franches et le projet, arrêté en justice par les riverains, repartit. Oui mais c’est un généreux mécène, il serait inconvenant de lui reprocher de nous léguer ce « morceau d’humanité » !

Sauf que ce morceau est défiscalisé, depuis la Loi Aillagon de 2003, à hauteur de 60 % et qu’il est difficile d’obtenir des chiffres, tant la culture de l’opacité est répandue… dans la Culture, ou ce qui en tient lieu. Ainsi les chiffres des embauches de LVMH semblent, d’après l’enquête, bien surévalués. Combien a couté la fondation Vuitton ? Officiellement, 100 millions… le prix du rêve. Oui mais les journalistes ont découvert (après ceux de Marianne) qu’entre le montant officiel et la réalité il y a un léger décalage : coût total, 800 millions dont 480 défiscalisés, c’est-à-dire payés par le contribuable qui fait un joli cadeau au mécène. Il n’y a pas que Koons qui aime nous faire des cadeaux payants, c’est une constante en matière de mécénat qui fonctionne comme une vente forcée, imposée aux contribuables. Là, commence le plus gratifiant du reportage : le député qui a poussé le « cavalier » n’est pas au courant des conséquences financières : « Si j’avais su, je ne l’aurais pas fait » dit-il. La suite du reportage ne montre pas ce qu’autrefois on appelait « des idiots utiles », non, mais de braves gens « qui n’ont pas les chiffres en tête » comme M. Renaud Donnedieu de Vabres, pourtant un des 5 administrateurs de la Fondation Vuitton : incompétence ? Cynisme ? Et M. Aillagon, à l’origine d’une Loi sur le mécénat qui dérape (le cout de la dépense fiscale explose depuis 2004, multipliée par 7,7 ) : pas au courant non plus ! Seule Aurélie Filippetti parle sans langue de bois, mais elle n’est plus ministre, cela aide : elle ose dire que la générosité de ces mécènes est piochée dans la poche d’autrui. A quand un plafond de la défiscalisation pour  cause de mécénat ? Lors du débat final, une intervenante  souligna  que le montant de l’évasion fiscale est équivalent à celui de notre déficit. (Mais c’est le contribuable qui est sans cesse culpabilisé d’être dépensier, resquilleur etc !). Faudra-t-il créer un délit d’abus de mécénat ?

Pour notre part, nous proposerions plutôt de créer un anti prix pour les mécènes abusifs : le prix Bobi. Non pour l’assonance avec bobard mais en référence à ce personnage du roman « Que ma joie demeure ». Bobi est un chic type, généreux. « Oui, commentait l’auteur, Jean Giono,  il est généreux mais du bien des autres ». Attitude fort répandue chez nos grandes consciences…

Christine Sourgins

(1)« Bernard Arnault, l’art de payer moins d’impôts”, une enquête de Stenka Quillet, diffusée dans “Pièces à conviction” le 28 mars 2018. Suivre ce lien et aller à la minute 34 : https://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-3/pieces-a-conviction/pieces-a-conviction-du-mercredi-28-mars-2018_2668210.html

Art contemporain, un capitalisme de l’engagement

Neïl Beloufa est un jeune artiste « lancé »,  nominé au Prix Marcel Duchamp en 2015, sollicité par les biennales,  présent  dans de nombreuses collections dont celles du centre Pompidou ou du MoMA. Un artiste d’AC bien comme il faut, qui, au Palais de Tokyo, réalise « plus qu’une exposition, c’est un monde » nous assure …le Monde (1), journal bluffé par cette entreprise « titanesque ». Un «  dispositif scénographique représentant de façon chaotique et parcellaire la manière dont s’écrit l’Histoire et se légitiment les pouvoirs. » dixit le site du Palais de Tokyo. Les mots « chaotique et parcellaire » sont la légitimation intellectuelle d’une installation attrape tout qui charrie images ou objets ayant rapport avec le pouvoir. Citons  Benoît Hamon affublé des oreilles de Mr Spock, un jeu de cartes à l’effigie de Saddam Hussein, une affiche pétainiste entre deux gadgets à la gloire de Mao etc. C’est le principe de l’ exposition « raton laveur », la poésie en moins. L’artiste avoue  pour la première fois en avoir peur : « cette exposition me fait mal car elle est attaquable à tout point de vue ».  Il assure qu’il ne veut surtout pas qu’elle «  impose un sens : elle porte en elle l’incohérence et le marasme du monde ».
N’importe qui, ouvrant sa radio, sa télé ou sa tablette, voit se déverser dans son salon, ses yeux et ses oreilles « l’incohérence et le marasme du monde » et pour pas cher. Alors quel intérêt de venir au Palais de Tokyo ?

Il y a un plus, une postmodernité, qu’on avait guère vue jusque-là. Car pour mettre en scène deux lieux communs de l’AC, «  l’interchangeabilité des stratégies et des discours »  et « l’ambigüité permanente entre le bien et le mal », l’artiste  recourt à des robots du type de ceux qu’Amazon utilise. Ceux-ci bougent les éléments de l’exposition en permanence «  selon un scénario de type algorithmique ». Donc les points de vue changent constamment avec un risque de télescopage dont l’artiste fait mine de s’effrayer. Si les « soldates israéliennes en promo sexy sur Instagram »sic entraient en correspondance avec l’affiche pétainiste  ou le simulateur d’un bombardement à Téhéran, il pourrait y avoir un petit scandale (toujours très utile pour la com)…Mais l’artiste est au-dessus d’une programmation de l’indignation et se targue de rentrer en « compétition avec la domination Google, car on propose le même vide, la même ampleur, la même terreur ».

Pauvre Neïl Beloufa qui a compris qu’un musée d’Art contemporain « participe de l’idéologie libérale globalisante » et que  quand on l’invite « c’est pour critiquer le système, mais aussi pour le représenter » ;« s’il fut un temps où les artistes proposaient des images que le pouvoir ne souhaitait pas voir, aujourd’hui il les suscite, les désire, les consomme, et paradoxalement représente sa liberté à travers elles ». On ne saurait être plus lucide sur l’inutilité de l’AC, faux rebelle et vrai collabo. Voilà un artiste qui le sait, le dit… et pourtant persévère dans l’AC. « Nous les artistes, avons perdu notre liberté, nous sommes serviles, coupés de la société. Pourtant je crois toujours profondément en l’art ». « Moi-même, je suis compromis, lâche-t-il. Il y a peu, je me suis retrouvé à exposer la même année en Iran, au Moma de New York, à la fondation privée chinoise K11… ». Preuve que personne n’est très gêné par son rêve de « produire quelque chose d’inutilisable ». Le système l’utilise sinon il ne serait pas au Palais de Tokyo. La machine célibataire de l’AC tourne : le centre y  justifie salaires, subventions et mécénats,  les journalistes y gagnent des piges. Il n’y a guère que le public qui n’y gagne pas grand-chose.

Pour se rassurer Neïl Beloufa a  associé « des personnalités extérieures sur des sujets précis ». Parmi les volontaires ayant prêté leur concours, Gustave Courbet. « Quand il peint, depuis son exil en Suisse, un château en expliquant qu’il lui rappelle la prison où on l’a enfermé, il reconnait que c’est parce que cela se vend particulièrement bien : il capitalise sur son engagement ». Etrange justification par la tradition pour des artistes qui, il n’y a guère, clamaient leur volonté de rupture avec elle. Et bonne définition de l’AC transgresseur et militant : un capitalisme de l’engagement ! Ou comment toucher des rentes de la provoc en tous genres… Autre facette de l’Art financier !

Christine Sourgins

(1) Emmanuelle Lequeux, « Neïl Beloufa joue à se faire peur avec la propagande », Le Monde du 20 mars 2018, p. 16. Les citations sont tirées de l’article.

Exposition “L’ennemi de mon ennemi’ jusqu’au 13 mai 2018

Mona Lisa assistante sociale

Les œuvres d’Art contemporain, sont souvent éphémères, voire jetables, montées et démontées suivant leur protocole, elles voyagent sans arrêt autour de la planète ou dans les banlieues, cet « art citoyen » devant créer du lien social. De plus en plus, c’est tout l’art, y compris l’art ancien, patrimonial, qui est traité comme un produit hautement « bankable » ou « communicant ». On a donc développé l’idée de vendre un musée comme une marque et de louer les collections d’art ancien à l’autre bout du monde comme on fait tourner des stocks de marchandises. La Joconde vient d’être emportée dans le mouvement par Mme Nyssen, ministre de la Culture, qui se targue « d’idées un peu disruptives ».  La Joconde est donc partante pour Lens.  Le maire de la ville, où se trouve une antenne du Louvre, est ravi ; les supporteurs du club de foot de la ville ont fait valoir un argument fort : une banderole géante à l’effigie de Mona Lisa déployée dans le stade. Le but de la ministre : «  Mon fer de lance, (est-ce un jeux de mot, « faire de Lens », à la manière de Marcel Duchamp ?) c’est de faire en sorte qu’on lutte contre la ségrégation culturelle, et pour cela, l’un des piliers c’est un grand plan sur l’itinérance. L’offre culturelle, elle existe : pourquoi serait-elle confinée à certains lieux et pas accessible partout par tous ? »

Mona Lisa reprend du service en assistante sociale qui va réduire la fracture sociale ! Voilà ce qui arrive quand nos élites mettent les requins au formol, les vagins de la Reine, les Domestikators et autres Koonseries dans le même sac qu’un panneau de bois où sourit une effigie mystérieuse, miraculeusement rescapée du passé. Or la Joconde est l’une des œuvres si fragiles qu’elles ne devraient  plus être déplacées, même à l’intérieur du musée ! C’est la leçon qui fut tirée des dernières bêtises : les voyages  aux USA en 1963 (on ne félicite pas Malraux) et au Japon en 1974. Mais les leçons s’oublient et Mona Lisa est sur la rampe de départ. Il n’est pas sûre que la fracture sociale s’en porte mieux mais la com du gouvernement, certainement.

Et Poitiers ? Poitiers qui n’a même pas d’annexe du Louvre, pourquoi Poitiers n’aurait-il pas droit aussi à la tournée Joconde ? Quel mépris ! L’équité l’oblige à passer ensuite à Nice (ville martyre), Montpellier, Brest etc. Sans oublier  la Corse : quand on s’appelle l’île de Beauté, on se doit de recevoir la Joconde. Et puis nous sommes en Europe, pourquoi privilégier Lens et ignorer la patrie de Léonard : l’Italie aimerait bien revoir sa petite Mona Lisa.  La ministre pense ouvrir un cercle vertueux, elle ouvre une boîte de Pandore. Envoyer la Joconde à Lens, c’est discriminer la terre entière.

M.Martinez, qui eut le courage de s’opposer au Domestikator devant son musée, voit son mandat de directeur du Louvre reconduit ces jours ci, ou pas ; on espère qu’il n’y aura pas de marchandage mandat contre Mona. Car le directeur comme les conservateurs responsables (ne parlons pas des courtisans) doivent être effarés de ces « idées disruptives » qui pourraient nous coûter cher. Peinte sur un mince panneau de peuplier courbé, une fente est visible menaçant le visage. A  force de faire joujou avec le patrimoine, il y aura un gros accident, la Joconde reviendra balafrée : émoi au Louvre (Mona Lisa indisponible : un sacré manque à gagner, une restauration peut durer des années) et indignation planétaire contre l’incurie des français. Le french bashing aura du grain à moudre. Car le Louvre, la France ne possèdent pas la Joconde, non : ils en ont la charge, le devoir de veiller sur elle au nom de l’humanité. Pas d’en faire leur mascotte publicitaire ou idéologique ou un cadeau électoral.  On alors c’est qu’ils ne la méritent plus.

Christine Sourgins

Saint Warhol, priez pour nous.

Koons est-il en difficulté à Paris ? Pas de problème, l’Art contemporain américain va redorer son blason avec une expo Warhol… au Vatican ! Oui, le sulfureux Andy avec ses barils Brillo, ses Marilyn sexy, ses Mao glamour… au Paradis. Le  musée Andy Warhol de Pittsburgh en Pennsylvanie prépare pour 2019 une grande exposition sur « le versant spirituel de son œuvre » qui voyagera à Rome, occupant les 1 000 m2 de l’aile Charlemagne, place Saint-Pierre.

On savait Andy prophète de l’Art financier avec des aphorismes dont  les prédictions se sont réalisées : « tous les musées vont devenir de grands magasins et tous les grands magasins vont devenir des musées ». C’est sûr Andy avait compris que le cœur de la foi catholique est la transsubstantiation, autrement dit une transformation substantielle. Et que seul le Pape du Pop pouvait révéler le côté pop du Pape : Andy n’avait-il pas rencontré le pape Jean Paul II en 1980 ? Cette exposition devrait comprendre des œuvres inspirées de La Cène de Léonard de Vinci, des sérigraphies de Crânes, des films et des archives…. Y verra-t-on les « Guns, Knives and Crosses » (Armes à feux, couteaux et croix)  exposées en 1982 à Madrid ? Mystère.

La canonisation du brave Andy est donc en route, on nous explique qu’il est né dans une famille pieuse d’immigrés slovaques uniates, qu’il a toujours conservé le livre de prière de sa mère, que ses iconiques Marylin ou Jacky témoignent d’un culte des images issu de sa tradition catholique orientale, qu’il allait à la messe en cachette et même s’occupait de nécessiteux. Cette ferveur ne fut révélée qu’en 1987, un mois après sa mort, lors d’une messe d’hommage à New York. Le journal de l’artiste confirma ce catholicisme caché qui, visiblement, impressionne Barbara Jatta, la directrice des musées du Vatican : “Explorer le côté spirituel de l’artiste nous intéresse beaucoup. Il est très, très important pour nous d’avoir un dialogue avec l’art contemporain. Nous vivons dans un monde d’images, et l’Église doit faire partie de cette conversation.” 

C’était prévisible. Depuis longtemps Warhol fait des miracles : ainsi ses simples « 200 billets de 1 dollar » œuvre 1962, se sont, en 2009, transsubstantiés chez Sotheby’s, en 43,7 million de dollars ! C’est sûr Warhol sanctifie les espèces…

Fin stratège, l’AC a compris que Koons est en difficulté (en partie) pour avoir dit aux parisiens « payez pour nous » mais qu’il suffirait de dire  « Andy, priez pour nous » pour que Warhol devienne intouchable et avec lui tout le système d’Art financier qu’il en est venu à incarner.

A Paris, la Fondation EDF accroche un Rembrandt plus vrai que vrai (1). On nous explique que cette gloire de l’art européen n’est pas inimitable puisque, à l’image des sérigraphies d’Andy, on peut maintenant dupliquer le maître hollandais à loisirs en imitant sa facture à s’y tromper. Rembrandt s’est transsubstantié en algorithmes et, par la grâce des imprimantes high-tech, fut inventé le Rembrandt qu’aurait dû peindre le maître, si la mort ne l’avait pas fauché. D’où son titre « The Next Rembrandt ». Continuer l’œuvre de Rembrandt sans Rembrandt, n’est-ce pas adorer le veau d’or de la technique ? Tiens, un sujet pour le Vatican …

Dans quelques années imaginez, Next Rembrandt N°3000 : un tableau sombre qui montre, luisant faiblement dans la pénombre, quelques boîtes remisées, en s’approchant le spectateur incrédule déchiffrera sur celles-ci « Soup Campbell’s ». Le cartel expliquera que si Rembrandt avait pu vivre jusqu’au XXème siècle… il eut été Warhol !

Christine Sourgins

En attendant les salons historiques du Grand Palais, qui voient leur durée d’ouverture se réduire au fil des ans, se tiendront du 14  au 18 février 2018.    Bonnes vacances !

(1) « La belle vie numérique » jusqu’au 18 mars, 6 rue Récamier Paris 7ème.