Author Archives: Christine Sourgins

Une rentrée emballante ?

Malgré des reports et sa mort, Christo a réussi à empaqueter  l’Arc de triomphe. D’où des images spectaculaires de cordistes aux prises avec l’énorme métrage de tissu : prouesse technique et savoir-faire des « manuels » sont toujours impressionnants en soi, cependant accordons à Christo le choix du plissé, des reflets, du flotté, bref de possibles effets esthétiques. Mais pour dire quoi ? Occulter un pareil bâtiment historique et symbolique suppose d’être à la hauteur, d’exprimer haut et fort … quoi donc ? On nous parle d’un geste poétique, provisoire, éphémère, pure « gratuité ». Chez Christo pas d’articulation de la forme et du fond : la forme est le fond (1) ou plutôt il n’y a plus de fond, juste une surface, un emballage, une présentation à apprécier  en mode « do it yourself » : car dans l’AC « ce sont les regardeurs qui font les tableaux »  et donc aussi l’emballage. Or les avis s’emballent : catafalque mortuaire pour Vème République finissante, « chancre mou », voire « burqa » (une séquelle de la chute de Kaboul ?) mais aussi « paquet cadeau » généreusement offert à Paris, avec les râleurs taxés d’ingrats. Empoignade générale : ce lieu étoilé de réconciliation nationale devient soudain clivant comme si la société française ne l’était pas assez, clivée.

Mais, nous dit-on, c’est gratuit et vous être libres d’y voir ce que vous voulez : le nec plus ultra de la démocratie ! Certains n’ont toujours pas compris que  « quand c’est gratuit, c’est toi le produit » : ce que Christo commence par dissimuler est une privatisation de l’espace public. Soit une opération d’Art financier (2) d’un montant de 14 millions d’euros alors qu’on nous suggère un don émouvant à la collectivité  via une fondation (en France les fondations ne font pas de profits) or celle de Christo et Marie-Jeanne est une holding basée… dans le paradis fiscal de l’État du Delaware.

Une célèbre sociologue acquiesce, puisque l’AC se doit de « transgresser les attentes du sens commun concernant ce que doit être une œuvre ». Soit une ficelle, pardon, un gros cordage vieux de plus de 50 ans : jouer avec désinvolture d’un symbole national se concevait peut-être en 1961, date du « rêve » de Christo, quand la France des 30 glorieuses était respectée mais aujourd’hui ? L’actualité est cinglante, le jour où cet Arc en berne est inauguré,  la France reçoit une claque diplomatique monumentale qui retentit jusqu’en Chine  et en Australie (2). L’ordre symbolique se venge-t-il des petits jeux conceptuels des happy few ? Pire, la préparation a montré des groupes sculptés, dont la Marseillaise de Rude, en cage, coincée en des protections quadrillées. Ces symboles de Liberté sont mis sous le boisseau au moment où sévit le pass sanitaire. Je n’ai ni envie ni compétence d’en discuter mais reconnaissons qu’il inaugure chez nous  un début de « crédit social » à la chinoise. Coïncidence cruelle, troublante prémonition d’un ordre nouveau à son lever de rideau ?

Pendant ce temps-là, les chaises musicales continuent dans l’entre-soi culturel : Emma Lavigne qui présidait depuis 2019 aux destinées du Palais de Tokyo (financement mixte privé/public), s’en va à la Pinault collection. Remplaçant  à ce poste Jean-Jacques Aillagon, un ancien président du Centre Pompidou, ex ministre de la Culture : que voulez-vous,  le ballet du domaine public avec les intérêts privés a ses étoiles…

Sinon, la casse de l’enseignement continue aux Beaux-Arts, l’atelier de gravure de Toulouse est menacé, vous pouvez signer la pétition qui tente d’y parer ( cliquer ). Le reste de l’été n’a pas été folichon, décès de Boltanski, héros de l’AC et du peintre et graveur Sergio Birga dont on a moins parlé, lui qui appartint (comme Fromanger disparu en juin) à la Figuration narrative. Côté reconnaissance de la Peinture une petite éclaircie : on annonce pour septembre 2022 une grande exposition Garouste au centre Pompidou. Certes, tous les peintres n’ont pas la chance d’avoir le diligent Daniel Templon pour marchand mais qu’on apprécie ou non l’œuvre de Garouste, c’est un peintre. Et  les rares fois où Beaubourg s’avise qu’il y a toujours des peintres en France, cela reste un événement !

Christine Sourgins

  • (1) Mac Luhan disait ‘le médium est le message ».
  •  (2) Voir Ch. Sourgins « Brève histoire de l’Art financier » in « Les mirages de l’Art contemporain », réédition de 2018, La Table Ronde.
  • (3) L’annulation brutale par l’Australie du « contrat du siècle », dépossédant la France au profit de l’Amérique d’une mirifique commande de sous-marins…

Trois contes de fée d’été

Il était une fois, en Amérique, un certain Hunter dont le papa, Joe, était président. Le fiston était jusqu’ici connu pour ses talents de « lobbyiste » et un bisness juteux en Ukraine et en Chine. Mais voilà que, miracle, Hunter est saisi d’une révélation suivie d’une conversion : le fils Biden s’établit artiste à plein temps,  recherchant la « vérité universelle » entre peinture abstraite et collages… Immédiatement cornaqué par un galeriste new-yorkais, Georges Bergès, une grande exposition-vente doit avoir lieu à New York cet automne. Estimations : entre 75 000 $ (œuvres sur papier) et 500 000 € (peintures de grande taille). Un débutant sacrément doué ?

Même aux USA (1), tous ne croient pas aux comptes de fée, comme l’avocat Walter Shaub, ex directeur de l’Office of Government Ethics (établissement public luttant contre la fraude et les conflits d’intérêts dans l’Administration américaine) et ce sous Obama, détail qui a son importance. L’avocat parle de « honte », « d’arnaque », dénonce « un fils de président capitalisant sur cette relation en vendant de l’art à des prix exagérés »et surtout, sans que le public puisse savoir qui lui déverse ainsi de l’argent. La corruption pointe le bout du nez : un innocent achat de tableau suffirait donc pour investir « dans une connexion familiale avec la Maison Blanche », obtenir les bonnes grâces de la famille Biden. Une agence représentant Bergès (The Townsend Group) aurait défendu auprès de Fox News l’anonymat des ventes, « afin de protéger la confidentialité du collectionneur ». Ben voyons : quand la confidentialité du collectionneur sonne la déconfiture de la démocratie…

Chez nous, c’est l’hommage à Johnny Hallyday qui se transforme en histoire à dormir debout. Quelle idée, pour célébrer l’idole des jeunes, de s’adresser à un artiste d’AC comme Bertrand Lavier, l’homme qui met un frigo sur un coffre-fort ! Notre conceptuel national projette de percher une vraie moto, une Harley, sur un manche géant de guitare, devant l’Accor Aréna de Paris. Fureur des écolos qui y voient une apologie de la pollution et du machisme réunis. Personne ne parle de la pollution visuelle par un kitsch pétaradant. Comment le nom de Lavier est-il sorti du chapeau, où sont les appels d’offre, les concours républicains ? Mystère. Par ailleurs, sur quels critères seront choisis les heureux bénéficiaires des grandes commandes relançant la création après le Covid ? D’où sort le comité ad hoc de 9 « professionnels », réunis sous la houlette de B. Blistène, pour la distribution de la manne financière, soit trente millions d’euros d’argent public ?

Il était une dernière fois, l’ouverture de la fondation Luna, couvée par Maja Hoffmann, «  mécène, productrice et collectionneuse » : Arles est maintenant dominée par l’architecture originale et miroitante comme un cristal de Ghery, ce qui nous change de la tour rectangle, assurément. Mais a-t-elle sa place dans le ciel d’une ville d’art ancienne ? A voir.  Comme il va falloir rembourser le « quoi qu’il en coûte », une piste serait de taxer ceux qui s’accaparent le ciel qui est à tout le monde. Bref, affirmer un principe républicain (et limiter la casse). Luna est un lieu de débats et d’expositions  (le sous-sol abrite la collection maison) mais aussi atelier de production, un jardin poussé sur la caillasse et, bien sûr, les sempiternelles stars de l’AC Tino Sehgal, ( qui vendit de l’immatériel à l’Etat), un double toboggan de Carsten Höller, un  miroir d’Olafur Eliasson, Rirkrit Tiravanija etc. Bref, le monde « d’après » ressemble furieusement au monde « d’avant ».

A noter, un autre Grain de sel  figure à la fin du n° de Juillet-Aout d’Artension, j’y donne mon avis (fort mitigé) sur le livre d’Olivennes. Le Grain de sel prend sa pause estivale ; après tant de confinements, certains s’étonneront d’être déjà en vacances, méditons cette phrase de Cocteau : « de temps en temps, il faut se reposer de ne rien faire ».

A la rentrée.

Christine Sourgins

(1) https://www.foxnews.com/politics/walter-shaub-hunter-biden-art. Merci à J-F L. pour les traductions.

Reprise des activités (ou des hostilités ?)

Ça y est, c’est reparti, l’AC reprend ses petites transgressions entre amis : la Galerie Borghèse de Rome accueille le pied géant et en sandale de Damien Hirst, au milieu des antiques ou des œuvres du Bernin, Canova etc. Cette parodie de sculpture romaine montre, grimpé sur ses orteils de calcaire,  un « rat de laboratoire avec une oreille poussant sur son dos ». Mais l’italien Salvatore Gauru, 67ans et grand spécialiste de l’art du vide, a fait mieux : aux enchères, à Milan, une de ses sculptures invisibles est partie à  14 820 euros, le 18 mai. Une œuvre invisible : pas d’entretien, de restauration, pas d’assurance…une bonne affaire finalement. Le bide retentissant vint du tableau de Monet représentant Dieppe et qui n’a trouvé aucun acheteur malgré un modique  prix de départ d’un million d’euros. Raison invoquée : la covid aurait dissuadé les gros portefeuilles de se déplacer à Montbazon.

Si le dernier rapport de l’Unesco pointe la fragilité des 104 000 musées des 87 États membres (diminution de 70 % de la fréquentation, de 40 à 60 %  des recettes, en moyenne par rapport à 2019), les réouvertures se multiplient après restaurations.  A celle de la Chapelle royale de Versailles (trois ans de chantier et 16 millions d’euros) s’ajoute le musée Carnavalet. Et ce week-end, l’Hôtel de la Marine, place de la Concorde, cet ex garde-meuble de la Couronne était encore occupé par l’état-major de la Marine en  2015. Ce joyau du patrimoine avait failli être vendu à un promoteur pour finir en énième hôtel de luxe. Une bataille homérique le conserva à ses légitimes propriétaires, les citoyens. Sans leur vigilance, cette privatisation éhontée aurait sonné un hallali général contre le patrimoine, tant les financiers ont faim. Architecture de Gabriel, grand escalier de Soufflot, appartements des Intendants (un des plus extraordinaires ensembles de décoration XVIIIème préservé), l’hôtel devenu monument national est sauvé et désormais inaliénable. Prochain défi patrimonial : les travaux de reconstruction de la flèche de la basilique de Saint-Denis débuteront en septembre 2021 pour s’achever en 2028.

J-L Martinez briguait un troisième mandat à la direction du Louvre mais c’est l’actuelle présidente du musée d’Orsay qui a été choisie par l’Elysée. Laurence des Cars a annoncé vouloir créer (enfin !) ce neuvième département consacré à Byzance et aux chrétiens d’Orient.  Le Louvre n’en n’avait pas et surtout, laïcité oblige, n’en voulait guère (les arts de l’Islam ne posant pas problème, eux). Baptisé « Louvre 2030 », le projet de la nouvelle présidente  met en avant l’ouverture à la jeunesse et la vocation universelle du musée. Elle veut en faire « une chambre d’écho de la société ». Houlà, aïe, aïe ! Voilà le biais qui va fournir à l’AC l’occasion d’un retour en fanfare au Louvre. Il paraît qu’à Rome, le pied de Damien Hirst a déjà des fourmis dans les orteils…

Christine Sourgins

La Collection Pinault ouvre à la Bourse du Commerce.

L’inauguration du « musée » Pinault à la Bourse de Commerce entend sonner la relance de l’Art après la crise sanitaire. C’est une ancienne halle au blé de 1763, avec une coupole métallique (1813) et 1400 m2 de peintures (1889) glorifiant le rayonnement commercial de la France à travers le monde. Elle sera désormais l’œil parisien de la collection Pinault qui s’y montre en partie (1), grâce à une coursive  signée Tadao Ando respectant la circularité du lieu : un cylindre en béton (30 m de diamètre, 9m de haut), accueille le principal espace d’exposition.

Au centre de celui-ci, une œuvre d’Urs Fischer qui copie l’enlèvement des Sabines. Que vient faire une sculpture du XVIème siècle en plein Art dit contemporain, l’AC ? L’original fut commandé par des Médicis, fastueux mécènes. Cette comparaison flatteuse avec d’illustres prédécesseurs est désamorcée par la matière de la copie, non en marbre mais en cire : la sculpture telle une bougie géante va se consumer six mois durant. Se comparer bel et bien à l’excellence passée mais en n’en ayant pas l’air, en transgressant, rigolant, kitchisant : les codes de l’AC sont respectés. Et  Mr Pinault n’a pas peur que son musée fasse long feu.

Car l’accrochage est hyper-politiquement correct, même les journalistes du Monde sont frappées (2) par « le nombre important d’artistes Noirs, africains ou afro-américains » dont 26 pièces de David Hammon : il n’en fallait pas moins pour « excuser » les fresques de l’immense coupole vantant l’affairisme colonial. « Surprenante aussi l’accumulation de photos, signées Michel Journiac ou Cindy Sherman, traitant des stéréotypes de genre ». On s’étonne de la surprise de nos journalistes d’autant qu’elles rapportent les immortelles paroles du « conseiller des politiques et des patrons », Alain Minc : « C’est un manifeste politique une expo d’anarchistes avec des Noirs, des marginaux qui disent qu’être capitaliste c’est être sensible aux transformations du monde ». Oui, vous avez bien lu : l’AC arrive à ce que des  anarchistes et autres marginaux célèbrent la vertu du capitalisme ! Vous comprenez mieux pourquoi les capitaines d’industries le bichonne, cet AC…

Bien sûr  on croise aussi les vrai-faux pigeons de Cattelan ou Bertrand Lavier qui investit les 24 vitrines XIXème ceinturant la coupole : là  un nounours, ici une scie flanquée d’une lance (comprenez « silence » : étonnant, non ?). Mais, tout de même, il y a de la peinture avec Raphaëlle Ricol, Claire Tabouret ou l’historique Martial Raysse, car M. Pinault est « son principal collectionneur sinon le seul ».  Le seul ? Oh là,  la Peinture va-t-elle si mal en France et pourquoi ? D’abord, dès que ça marche, comme pour C. Tabouret, l’artiste prend conseil auprès du collectionneur « autour d’un thé dans son hôtel particulier de la rue de Bourgogne » et celui-ci l’encourage « à ne pas s’installer dans un confort petit bourgeois parisien »sic : Tabouret atterrit à Los Angeles. Mr Pinault serait donc  (si on en croit Le Monde) un mécène pro USA.

Il y a pire. Tout le monde sait qu’il existe d’un côté les gadgets d’AC, et de l’autre, les marines bretonnes (au hasard) : il y a « deux Pinault, celui dont on voit la collection spéculative à Venise  et celui qui achète des choses qu’il ne montre pas ». Au  grand dam des heureux élus comme (mais il n’est pas le seul peintre dans ce cas) Rebeyrolle, dont Pinault, dithyrambique, déclara il y a une quinzaine d’années : « C’est l’un des plus grands, et il faut le faire savoir ». Résultat : Rebeyrolle est mort en 2005 sans reconnaissance officielle de l’Etat à Beaubourg  ni aucune rétrospective vénitienne, il est toujours absent de la présente inauguration de son grand admirateur… De quoi mesurer les difficultés des peintres en France et relativiser la sensibilité du capitalisme « aux transformations du monde » chantée par Minc, en un lieu qui n’est pas neutre : la Bourse du commerce, nouveau nombril de l’AC.

 Christine Sourgins

  • La collection de François Pinault est estimée à 10 000 œuvres, 587 artistes. Première acquisition en 1972 , un Sérusier ( école de Pont-Aven; M. Pinault est breton…)
  • Excellent article de R. Azimi et R. Bacqué, « Maître d’œuvres », in M, le Magazine du Monde, 14 mai 2021, p.52 à 61.

Dada piétine Napoléon

« Napoléon n’est plus », ouvrira le 7 mai aux Invalides à Paris : rarement une exposition aura si concrètement illustré son titre : un cas, dans l’art de flinguer le patrimoine national aux frais du contribuable, sinon ce n’est pas drôle. Pour l’occasion, le très sérieux (enfin en principe) Institut national d’histoire de l’art invite des pointures de l’AC à produire des œuvres « en relations directes ou obliques avec l’iconographie napoléonienne » ; « obliques » ? Doux euphémisme.

Pascal Convert, investit le dôme qui protège (en principe) le tombeau de Napoléon ; il ne s’intéresse pas à l’Empereur mais à Marengo, son pur-sang arabe. Les anti-spécistes nous rabâchent que l’animal est plus important que l’homme, les Invalides le prouvent. Confisqué à Waterloo, le cheval mourut en Angleterre, son squelette préservé : la gloire posthume de la cavale serait, nous dit le Monde (très sérieux, lui aussi), « une preuve de la vigueur de la légende Napoléonienne ». Le vrai squelette, trop fragile pour être déplacé, fut scanné et imprimé en 3 D pour être suspendu au-dessus du tombeau de Napoléon : les dadaïstes en rêvaient, la macronie va le faire !

Évidemment, il y a un méchant dans l’affaire : l’historien Thierry Lenz, spécialiste de l’Empereur, sert de bouc émissaire. Sa faute ? Il a protesté et mis en ligne une pétition (maintenant disparue), sur l’air de «  Duchamp réveille-toi,  ils sont devenus fous ». Il n’arrive pas à comprendre « comment on peut réhumaniser Napoléon en suspendant un squelette en plastique »sic au-dessus de son tombeau. Vous n’allez pas le croire mais cet historien n’est pas convaincu du discours de l’artiste qui revendique « une sorte de “rituel” sic  « pour ramener le cheval de la dernière défaite, vers la tombe de son cavalier », «  la position du squelette évoque Pégase, cheval de l’envol et de la chute du demi-dieu Bellérophon, victime de la colère de Zeus ». Et pourquoi pas une des cavales de l’Apocalypse pendant qu’on y est ? En temps d’épidémie, voilà qui est pertinent : rien de mieux qu’un squelette pour remonter le moral de la population ! Est-ce que la dérision doit côtoyer les lieux où la nation rend hommage aux soldats, gendarmes etc. morts pour notre sécurité ? Dans l’art de verser de l’huile sur la déprime des militaires, voilà un remède de cheval !

La laïcité devrait s’abstenir de tout « rituel », rappelons (logique élémentaire), qu’une pratique ne peut porter le nom de « rituel » que si elle est partagée majoritairement par une population : sinon c’est une marotte personnelle. Un tombeau, surtout en ces temps d’hécatombe, mérite, ne disons pas du respect c’est ringard, mais un peu de silence et circonspection. Sinon j’ai bien peur qu’un jour « aller danser sur nos tombes », ne devienne chic et branché.

  Au chapitre des « destructions massives » déguisées en progrès culturel, les NFT : vous pouvez lire mon article mais uniquement sur le site de Causeur cliquer. Cette trouvaille informatique est capable de  certifier l’image d’une œuvre d’art pour se vendre à prix d’or. Mais imaginez que le propriétaire du « Sauveur du monde », le tableau le plus cher du monde, ait compris plus tôt que l’attribution à Vinci était si controversée. Avant que la polémique ne rebondisse et ne plombe la valeur de son bien, n’eût-il pas intérêt à produire et vendre un NFT, dans l’euphorie de son enchère record ? Le NFT aurait sans doute dépassé le prix de l’œuvre physique et (oh, quel dommage !) un malencontreux incendie aurait ensuite réduit en cendres le Sauveur. Il n’en resterait que le NFT, éternellement cessible pour la plus grande joie des spéculateurs ! Pour montrer le chemin de cet iconoclasme juteux, Banksy a déjà détruit une de ses œuvres en direct … décuplant la valeur de son NFT …

Portez-vous bien : la vie culturelle devrait repartir le 19 mai, (si la cavale infernale des Invalides ne nous porte pas la poisse !)

Christine Sourgins Historienne de l’art

Humour noir ?

Le n° 185-188 de la revue Ligeia est paru ! Autour du dossier « Où va l’Art contemporain ? ». François Derivery a réuni diverses approches et j’ai commis un grand article (p.171 à 193) : « Art contemporain, de quoi ces mots sont-ils le nom ?  Car le premier obstacle à la compréhension de cet art est justement son intitulé, véritable piège sémantique. Il fallait donc démontrer combien cet art dit contemporain n’est pas contemporain (surtout  pas au sens chronologique) ni même au sens sociétal : il est, au mieux, l’art d’une toute petite partie de nos contemporains. D’ailleurs est-ce de l’art ? Au sens primaire du mot, celui de « technique », oui certainement : il est un maitre es manipulations (voir un exemple cuisant au prochain paragraphe). Car le nerf de l’AC est une faculté irradiant notre société de marché, vitale pour le mercantilisme, beaucoup moins pour l’Art au sens historique du terme… je vous la laisse découvrir : n’hésitez pas à commander les revues qui gardent ouvert un débat tenu sous cloche (site Ligeia : cliquer)

L’article de Giovanni Lista détaille la Burla,  ce « Burlesque » spécificité de l’art italien. Nos Arts incohérents (qui commencent en 1883) sont un rameau de la fameuse « Indisposition des Beaux-Arts » organisée  à Milan en 1881 où même les recherches les plus novatrices étaient parodiées (1) : Les italiens ont-ils inventé le premier monochrome noir  avant les français (2) ? Possible, cette foire dadaïste avant la lettre essaimant même à Florence où elle prit le nom d’ « Exposition solennelle de la Société de Découragement des Beaux-Arts », avec une section « arti cretine »… Je n’irai cependant pas jusqu’à placer les pitreries actuelles d’un Cattelan dans cette lignée. Au temps des « Incohérents » il y avait une « gravitas », un esprit de sérieux (chez les Pompiers par exemple) qui menaçait les arts. Pas aujourd’hui où c’est justement la blague et l’humour noir qui mènent la danse comme le montre l’exemple carabiné de Claude Lévêque.

Cette  star de l’AC est mise en cause début 2021 dans des affaires de pédophilie, même le Monde a titré « Tout le monde savait : Claude Lévêque  une omerta au nom de l’art ». Mais auparavant,  fin 2020, pour fêter ses 40 ans, Madame Figaro demanda à 25 artistes du monde entier de célébrer chacun une femme remarquable. Parmi eux, Lévêque choisit Catherine Deneuve : ce qui nous vaut une composition nunuche en forme de cœur, un double portrait crayon et pastel, absolument  pas ressemblant (3). Un amateur ferait mieux mais l’épine n’est pas là. Les œuvres, dont celles-ci, furent exposées à La Monnaie de Paris et vendues aux enchères par Artcurial au profit d’associations caritatives choisies par les artistes. A votre avis, au profit de qui choisit de vendre notre star de l’AC ? Au profit d’une association qui vient en aide aux enfants d’un orphelinat au Bénin.  La Justice confirmera-t-elle cet humour noir  manipulant  médias, musées, salle des ventes, association caritative etc.  ? Comment une telle dérive collective pourrait-elle survenir ? Parce que dans les mentalités forgées par l’AC toute discrimination entre déviance (4) et dissidence a été abolie depuis longtemps…

Au chapitre « canular financier » rangera-t-on sous peu la vente du tableau « le plus cher du monde » ?  Un documentaire (France 5, le 13 avril, 20h50) se demande si le « Sauveur du Monde » est bien de la main de Vinci. Les abonnés de ce blog n’en seront pas surpris : cliquez pour lire le Grain de 2017

Pour revenir à Ligeia, vous lirez aussi, entre autres, Sabine Jauffret qui démystifie l’idée d’œuvre engagée chez T. Hirschhorn : ses scènes de carnage décontextualisées sont censées dénoncer la guerre et la lâcheté du public mais elles fonctionnent en violentant le spectateur qu’elles culpabilisent en le forçant au voyeurisme. F. Derivery expose la montée de cet art « transartistique » sur fond de transfert du pouvoir des artistes aux bureaucrates. Mikaël Faujour démonte la pseudo-résistance d’un art qui affiche une diversité de façade : il distingue entre les anywhere (les « n’importe où », ces artistes et commissaires parcourant le monde comme une volée de criquets) et les « somewhere », les floués de la mondialisation, ceux qui restent en plan « quelque part ». Martine Salzmann dissèque la responsabilité historique de P. Restany dans l’assassinat de la Peinture en France et la persistance des thèses d’O Doherty,  grand prêtre de la religion du White Cube, cet espace muséal immaculé (p.229 à 235)…

Bonnes lectures !

 Christine Sourgins

(1)« soleil levant à l’œuf », un œuf sur le plat en fait, plus loin un cadre vide mais  titré : « la peinture n’a rien à cacher ». Quant au « Sac de Rome » , un vrai sac de jute estampillé SPQR (le Sénat et le Peuple Romains), c’était une allusion au saccage des soldats impériaux en 1527, etc. !

(2) Pour les puristes leur « Nuit sombre, sinistre, sans fin, funèbre, avec effet de neige » rate le coche en raison des piqures blanches imitant les flocons.

 (3) Tiré à part Madame Figaro et artistes à la une Togeth’HER, novembre 20, p.32 et 33.

 (4) M. Faujour rappelle que « la déviance consiste à  enfreindre des normes sociales légitimes avec des motivations personnelles » cf Ligeia N° 185-186, p. 209.

Guerres culturelles

Le centre d’art contemporain du château Ujazdowski à Varsovie  a mis à profit son temps de fermeture (covid oblige en Pologne aussi) pour me demander de faire l’histoire des Guerres culturelles de 1945 à nos jours, jusqu’à notre “cancel culture” ou culture dite de l’annulation ( ou du déboulonnage pour ses détracteurs) : un texte court, vu l’ampleur du sujet, à lire sur le site du centre polonais en cliquant ici :

Voici le début

 Avant nos guerres culturelles, sévit la « guerre froide culturelle » formule crée par Georges Orwell en 1945 : Moscou est vainqueur, son Réalisme socialiste a défait le  réalisme rival nazi ; lautre géant victorieux, les USA, est un pays neuf réputé sans culture. Au milieu, lEcole de Paris, internationale, croît à la libre coopération des cultures, lEtat sétant alors désengagé de la direction de lart, elle se soucie peu de géostratégie. La guerre nouvelle est dabord sémantique : au « pour la paix contre le fascisme » des russes, répond « pour la liberté de la culture » aux USA, ce slogan plus consensuel et positif sera vainqueur et le demeure.

 Colombe de Picasso contre dripping de Pollock

Les USA appliquent avec retard la stratégie communiste : eux aussi auront leurs publications, colloques, institutions apparemment indépendantes, donc crédibles, comme le Congrès pour la liberté de la culture, fondé en 1950 à Paris en sousmain par le CIA qui finance, elle travaille avec des fondations ou musées privés, tel le Moma organisant à partir de 1952 des expositions dart moderne US, itinérantes en Europe. Le choix américain se porta sur lExpressionnisme abstrait (né en Europe): aucune narration ou figuration, nulle référence à un passé national, adoptable par tous car exprimant des états intérieurs universels. La grandeur et lénergie de Pollock riment avec modernité. Ironie du sort, les peintres américains promus sont de gauche (comme leurs soutiens critiques Greenberg, Rosenberg) et, Maccarthysme oblige, soupçonnés de communisme or, à létranger, cest eux que le CIA met en avant pour détourner les gauches européennes du communisme … Suite à lire en cliquant ici.

Bonne lecture, Christine Sourgins

La malle aux trésors de l’Art contemporain

Une malle, avec à l’intérieur 17 œuvres des  tumultueux  « Arts incohérents », vient d’être découverte chez des particuliers. De quoi remettre en lumière ce contre-salon qui défraya la chronique à la fin du XIXème siècle, injustement oublié aujourd’hui. On estime qu’en une dizaine d’années, celui-ci produisit  un millier d’œuvres mais aucune œuvre originale n’avait survécu…jusqu’ici ! Le contenu de la malle convaincra ceux qui croyaient que les monochromes bleus d’Yves Klein ou les peintures blanches de Ryman n’étaient que redites du carré blanc sur fond blanc de Malevitch de 1918 : nenni,  car revoilà une huile sur toile, carrée, noire, datant d’octobre 1882 et signée Paul Bilhaud (1854-1933). Attention le titre de ce  “premier monochrome de l’histoire” (conservé) n’est pas politiquement correct : “Combat de nègres, pendant la nuit ».

On savait qu’Alphonse Allais, autre « artiste monochroïdal » autoproclamé, avait exposé lui aussi en 1882 un sobre bristol blanc : « Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige ».  Certes on n’a pas (encore) retrouvé les balles de revolver tirées par Charles Angrand sur sa toile « Paysage financier », mais c’était déjà un happening et une trouvaille verbale. Le  cheval vivant exposé en 1889 a rendu l’âme depuis longtemps mais c’était déjà une installation (le maître de l’Arte Povera, Kounellis, qui en 1969 exposa douze chevaux vivants à Rome, n’est qu’un suiveur ). La « Terre cuite » (pomme de)  d’Allais, les tableaux en pain, (des « croûtes » bien sûr), ont disparus eux-aussi mais c’était déjà du « eat-art » sans en porter le nom. Et c’est bien là le problème, la « faute » originelle des Arts incohérents : ils n’ont pas théorisé leurs découvertes ! Mais ce qui ne s’appelait pas encore « monochrome », « ready-made », « assemblage »,  etc. a bel été inventé de 1882 à 1893 par Toulouse-Lautrec, Caran d’Ache et autres joyeux drilles réunis autour de Jules Lévy pour conjuguer satire et gala de bienfaisance. Ils parodiaient le Salon officiel mais refusaient la sélection comme le sérieux, héritiers d’une longue tradition occidentale de carnaval et de chahut : c’était pour rire ! Or les pitreries Incohérentes lassèrent vite par leur répétitivité et J. Lévy saborda son mouvement. Les Arts incohérents ne firent donc, officiellement, pas école  et c’est bien ce que leur reprochent les théoriciens de l’AC, qui, eux, en tirèrent la leçon : pour durer, la blague doit être prise au sérieux ; elle peut, doit même, intimider le spectateur par un « discours », un appareillage de concepts légitimateurs … Ainsi l’AC, qui recycla sans le dire les inventions des Incohérents,  réussit à s’imposer et dure encore.

Connu des dadaïstes et des surréalistes, le grand public oublia ce contre-salon, malgré les travaux d’historiens et une exposition-dossier du Musée d’Orsay en 1992. Le groupe « Présence Panchounette » avait alors reconstitué les œuvres défuntes mais l’affaire fut assez peu médiatisée car, longtemps, les Arts incohérents furent l’inavouable « origine du monde » de l’art dit contemporain, qui prend un coup de vieux : pensez, 140 ans ! Oui, la Joconde à moustache de Duchamp en 1919 avait une grand-mère : la Mona Lisa de Sapeck fumant une pipe dès 1887 ! L’étoile de Duchamp pâlit : il n’est pas le génial inventeur de cet « objet élevé au rang d’œuvre d’art par un artiste » mais seulement de sa dénomination, le « ready-made ». D’ailleurs la fameuse malle en recèle déjà un, d’Alphonse Allais : un rideau de fiacre vert moiré suspendu à un cylindre en bois, légendé,” Des souteneurs encore dans la force de l’âge et le ventre dans l’herbe boivent de l’absinthe”.

Ces récentes découvertes seront vendues aux enchères : le musée d’Orsay (qui est venu voir, dit-on)  va-t-il acheter et, si oui, comment la malle  sera-t-elle présentée ? Comme la preuve du tour de passe–passe accompli par l’AC, celui du non-conformisme devenu conformisme, ou comme une première tentative, maladroite, d’un art de la transgression qui sut renier bonne humeur et gratuité « immatures » pour s’imposer comme un art officiel et financier ?

Christine Sourgins

Soleil noir sur l’Art contemporain

Nous aimerions tous que 2021 soit meilleure que 2020 mais le doute s’infiltre. Pourtant, l’art très, trop contemporain, a peut-être la clé de la poisse, que dis-je, de la guigne gouvernementale. Le président Macron, empêtré en 2020 dans  les masques et les tests, commence l’année en s’emmêlant non les pinceaux mais les aiguilles, or l’explication de cette malédiction récurrente est peut-être sous ses pieds : dans son bureau, Macron foule régulièrement un soleil noir. Soit un tapis de laine ainsi baptisé et qui représente un énorme lustre en cristal. Comment le pourfendeur des Amishs peut-il choisir une vieillerie en cristal au lieu d’une LED ? Mystère, mais le problème n’est pas là. Le tapis est  signé d’une star, d’un monument de l’Art contemporain français : Claude Lévèque. Or, ce poids lourd artistique est maintenant accusé de viols sur mineurs. Que l’ombre de la pédophilie (apparemment auto-justifiée en louable révolte contre l’ordre moral) plane sur l’Elysée en indispose beaucoup qui suggèrent l’éviction du tapis maudit au Président. C’est en effet en trônant sur ce soleil noir qu’il avait répondu à la première grande interview télévisée de son quinquennat, en octobre 2017 (dixit Le Point). Il n’est pas sûr que nos dirigeants aient encore le sens du symbole mais celui des sondages fera peut-être le même effet. Souvenez-vous, Lévêque avait eu les honneurs de l’Opéra de Paris durant l’année 2019 et le droit de garnir le Grand escalier de deux énormes pneus dorés : qui a décidé ? Sur quels critères ? L’omerta cessera quand, en matière de subventions, la France arrêtera d’être une république bananière : ah, si cela pouvait être  en 2021 !

Le pourrissement des élites n’est, hélas, pas un simple délire « populiste » ou complotiste. Sans revenir sur l’affaire du puissant Olivier Duhamel, qui vient d’être convaincu d’inceste, révélant au passage l’omerta de l’intelligentsia, Sciences Po compris (voir les révélations de l’ancienne ministre de la Culture Aurélie Filippetti), cette déliquescence est aujourd’hui incarnée, involontairement, par l’œuvre phare de la biennale de Venise 2019 : « Barca nostra ». Cette carcasse d’un chalutier, en sombrant en 2015 avait entrainé la mort de 800 migrants, elle fut renflouée à prix d’or ( 33 millions d’euros dit Le Monde (1)!) et transportée pour être exposée à la Biennale par l’artiste suisse Christophe Büchel. L’œuvre se voulait le symbole culpabilisant  « d’une politique migratoire européenne défaillante »sic. L’ennui est que l’œuvre devait ensuite être rapatriée à Augusta en Sicile dans un jardin à la mémoire des victimes : le bateau avait été prêté à l’artiste à condition de le ramener à ses frais.  En 2021,  tout le monde se renvoie l’épave, la Biennale, l’artiste spécialisé dans les projets démesurés, sa galerie zurichoise Hauser et Wirth, la compagnie de transport etc. La splendeur vénitienne hérite d’une carcasse pourrissante car « un destin compliqué » en a décidé autrement dit une journaliste : doux euphémisme pour désigner une incurie générale.

En 2019, devant l’épave, les visiteurs faisaient des selfies et buvaient des spritzs. Le Corona a provoqué le report de  la Biennale d’architecture de Venise 2020 à 21, entraînant celui de la Biennale d’art en 2022. Nous échapperons donc cette année à ce cocktail toxique : divertissement, plus investissements, avec un zest de droits de l’homme, le tout bien agité par le shaker de l’AC, l’Art qui se dit contemporain.

Comme bonne nouvelle pour commencer l’an neuf, c’est peu mais c’est un début…Bonne année quand même !

Christine Sourgins

(1) « L’épave  Barca Nostra », Isabelle Mayault, Le Monde M, le Mag, 31/12/20

Des oursins dans le “caviart”

Dans les rapports Artprice, l’Art contemporain/ Art financier (AC) est un “compte”  de fée émerveillant Thierry Erhmann d’année en année, avec lui, l’AC c’est la méthode Coué : ça va de mieux en mieux ! Exemple : l’AC marginal jusqu’à la fin des années 90, pèse désormais 15% des ventes aux enchères d’art ; de moins de 100 millions de $ en 2000, il totalise maintenant près de 2 Milliards de $ : waouh ! D’une soixantaine de salons d’art en 2000, nous sommes passés à plus de 600 et le nombre de maisons de ventes participant au marché de l’AC a presque doublé, celui des lots vendus multiplié par six. En 2019, le marché de l’Art a atteint un point culminant, un record historique, n’en jetez plus : l’AC surfe sur le bonheur d’être riche.  Cependant il y a quelques oursins dans ce  « caviart ».

Si plus de 30.000 artistes passent aux enchères, le marché ne repose que sur 100. Et parmi eux les seuls Basquiat et Koons pèsent 12% du résultat mondial. Le Contemporain, c’est comme le lait : il est très concentré. Koons a regagné son statut d’artiste vivant le plus cher au monde en 2019, grâce à une sculpture de lapin vendue pour 91m$, un civet un peu vintage puisque daté de 1986. Cette performance cache l’émergence de la Chine (présente pour la première fois à la Biennale de Venise en 2005) et qui, dès 2011 a signé la fin du cavalier seul  des USA et entend bien, elle aussi, mener l’AC à la baguette.

Mais voici l’oursin le plus urticant : parmi les 100 artistes les plus performants… 7 femmes seulement ! Ce qui fait tache pour un art autoproclamé miroir de son temps. Si on est un peu taquin, on va rechercher le rapport Artprice de l’an passé, pour comparer : et que nous disait Thierry Erhmann ? Qu’il y avait 10 ans, en 2009 donc, six femmes (1) comptaient parmi les 100 meilleurs chiffres d’affaires annuels  mais, progrès faramineux, 12 femmes se hissaient dans le top 100 des artistes les plus performants ! Quoi, de 12 l’an passé nous avons progressé… à 7 ? Alors que les médecins nous assurent que Corona virus fait plus de victimes chez les hommes ? Même une pandémie n’arrive pas à remettre un peu de parité dans l’AC. Et ce malgré travail des Guerrilla Girls, dès les années 70, dénonçant la domination des hommes et de belles récidives comme celle Agnès Thurnauer et ses drôlatiques badges muraux de 2009 où l’on pouvait lire : « Marcelle Duchamp », « Joséphine Beuys » et, ma préférée, « Annie Warhol ». Et tout ça pour arriver, en France en plus, un Ministère de la Culture qui veille au grain, à ce que dans les collections du centre Pompidou entre 2007 et 2014, les femmes représentent  16% seulement.  Il est super efficace cet art dit contemporain, lui qui prétend lutter pour les grandes causes !

Artprice nous apprend que dans l’art le plus contemporain, plus de 60% du marché repose sur la peinture. Tempérons notre enthousiasme : dans ce qui est appelé « peinture » il y a beaucoup de « conceptualisme peint » mais enfin, au niveau mondial, il y a un intérêt pour la peinture qu’on aimerait voir revenir en France et au ministère en particulier. Mais il faudrait qu’un virus de la lucidité déferle…

Autre oursin dans le « caviart », Daniel Druet, un de nos derniers sculpteurs prix de Rome qui ferraille juridiquement contre le grand artiste d’AC international Cattelan qui sait très bien jouer du téléphone, du carnet d’adresse ou de la presse mais à part cela…heuh….pour réaliser ses idées, Cattelan a besoin d’un savoir-faire plastique, celui de Druet, avec tout le mépris qu’un conceptuel peut avoir vis-à-vis d’un “manuel”. Cattelan gagne des millions et rétribue chichement son co-auteur, Druet. Pour en savoir plus, regardez cette courte vidéo d’Arte cliquez et vous y découvrirez qu’un grand nom de l’AC est parfois plus commanditaire qu’artiste. Si l’artiste crée une forme, le contemporéaniste  transforme l’objet commandé, le  détourne, en lui attachant un discours, un scandale, une sérialité ou différents formats, etc. pour finir, par concocter, via son « réseau », le nec plus ultra de la cuisine de l’AC : un produit financier doré sur tranche…

Passez de bonnes fêtes malgré tout !

Christine Sourgins

(1) Cecily Brown, Cindy Sherman, Jenny Saville, Rachel Whiteread, Marlene Dumas, Sherrie Levine.