Author Archives: Christine Sourgins

Nudisme, pur art contemporain ?

« Le 18 Janvier prochain se tient au Pavillon d’Art Contemporain de Milan une visite guidée nudiste conduite par l’artiste Stuart Ringholt. La performance participative se déroule dans le cadre de l’exposition «  Australie, Histoire des Antipodes », plus grande rétrospective de l’art australien hors du continent océanien ». 

Ainsi débute le communiqué de Julia Rajacic, la curatrice indépendante (de quoi, de qui ? certainement pas de l’idéologie de l’AC ). L’Australie brûle, les incendies rasent les forêts, font la peau de milliers de Koalas et autres espèces endémiques mais ces messieurs dames de l’AC (vous savez, cet art qui prend en charge les grands problèmes de l’époque, qui est là « pour nous ouvrir les yeux » etc.) n’ont rien trouvé de mieux que de mettre tout le monde à poil. Sans même arguer qu’il s’agirait de sensibiliser à l’intense chaleur australe : balance ton pore !

La commissaire, spécialiste  « du genre et de l’art queer », « aimerait partager cette expérience insolite auprès d’un lecteur sensible à l’actualité de l’art contemporain ». « La visite guidée par l’artiste sera suivie d’un cocktail, où tous les participants (l’artiste y compris) sont invités à rester dans leur plus simple appareil » : on ne saura pas si, toute imprégnée du sujet, la commissaire  travaille en tenue d’Eve.
Le  magazine Artension (1) ayant reçu cette prose, Françoise Monnin, notre rédac chef, la relaya avec malice auprès de ses collaborateurs. Or, en pleine épidémie de grippe, Julia restait floue sur les « modalités juridiques et financières d’une future collaboration », même pas une prime de risque car le but était de transformer la presse en… recruteur de pigeons. Dévêtu, le naturiste branché tient à garder sa couverture médiatique : « Le reportage se présentera sous l’angle d’un retour d’expérience sensorielle. Il explorera la manière dont la nudité influence la perception artistique au sein d’une manifestation collective, et sera enrichi de réactions de l’artiste, ainsi que de témoignages participants. Il sera également l’occasion de reformuler le rapport entre art et nudité, et de se questionner sur la normalité comme convention sociale ». Frileuse de constitution, je n’aime guère les courants d’air mais j’apprécie encore moins qu’on me dicte mes écris. D’autant que la commissaire fliquait : « Le reportage sera livré dans la nuit du samedi 18 au dimanche 19 janvier 2020, à 2 heures au plus tard ».  Artension, un bimensuel ( !),  ne s’est pas précipité sur l’invitation, libre au lecteur de nous remplacer !

Sans surprise,  Stuart Ringholt, artiste australien vivant à Melbourne , « s’intéresse aux confins de la normalité. Il provoque, à travers ses performances, vidéos et sculptures, des situations absurdes provoquant des réactions d’une dimension à la fois personnelle et sociale telles que la peur ou la honte ». Déjà grâce à lui  Canberra en 2015 avait été le théâtre de cette “expérience libératrice” sic. En mai 2018 à Paris, 200 naturistes visitèrent le  Palais de Tokyo, nus comme des vers : jusqu’où ira l’AC pour ” enlever toute barrière entre les œuvres d’art et les visiteurs” ? Il est vrai que l’AC, et le contribuable en sait quelque chose, a toujours su plumer les pigeons.

Bonne année 2020 !

Christine Sourgins

(1) Tous les deux mois : un Grain de Sel inédit dans Artension !

L’art de l’incruste

A Paris, le 23 novembre, lors de la marche contre les violences faites aux femmes, au milieu de la foule d’anonymes et de personnalités, s’agitait une artiste de 28 ans, dont l’incruste est la marque de fabrique : « Marie s’infiltre » (son pseudo et son concept)  n’a pas hésité à fouetter les deux hommes dénudés qui l’accompagnaient tenus en laisse. Ce qui suscita, comme c’est curieux, des réactions hostiles sur place et sur la Toile. Voulait-elle banaliser l’idée que « féminisme égal haine des hommes » ? Ou, comble de l’extrémisme, qu’il est temps que les femmes dominent les hommes ? « Marie s’infiltre » affiche la candeur habituelle des artistes d’AC qui, jamais au grand jamais, ne blasphèment, n’injurient ou se fichent du monde : “Non je ne me moque pas des personnes qui vivent des drames, je ne jouis pas de la méchanceté, non je ne caricature pas les femmes qui meurent sous les coups de leur conjoints. Je prends juste un sujet et je le montre différemment (…). Nous sommes dans l’ère de la moralisation extrême… ». Bref, son combat n’est pas le sort des femmes qui crèvent mais, beaucoup plus méritoire et dangereux, celui contre l’ « uniformité des comportements »,  c’est pourquoi «  il est important de prendre un sujet dramatique et de le détourner “.

Des « Marie l’incruste » les Ecoles d’art sont en train d’en fabriquer à la tonne. Selon un article du Monde (1), ces écoles multiplient les partenariats avec les universités, Sciences-Po, le CNRS et tutti quanti pour intégrer toujours plus de sciences sociales dans leurs cursus, car (tenez-vous bien) : « les artistes ne peuvent plus vivre et créer sans comprendre le monde qui les entoure », il faut  « sortir de l’art pour l’art » ajoute un directeur de centre d’art. Quoi, cela fait au moins un demi-siècle que les écoles d’art nous chantent  « l’Art c’est la vie » et, aux portes de 2020, elles en seraient encore restées au XIX siècle ?

Vous n’y êtes pas : la lutte des classes, la démocratie participative, le féminisme, sont des vieilles lunes devant  les «questions en prise avec l’actualité »  à savoir  les études de genre, l’urgence écologique, les migrations, vrais sujets mais qui ont bon dos (on se souvient comment, en 2016,  l’artiste Ai Weiwei s’infiltra dans la question des migrations en mimant la mort du petit Aylan (2)). La Villa Arson (3) a lancé un  groupe où l’on traite  du post-capitalisme, post-colonialisme, avec  maintenant des cours de cyber-féminisme sic. Place à l’afro-futurisme re-sic soit « un travail d’imaginaire destiné à envisager des futurs à partir de l’histoire de cette grande marge qu’est le fait noir ». Quoi, à l’heure du post-colonialisme, on continue de coloniser les imaginaires au lieu de laisser les africains inventer, en Afrique, le futur qui leur convient ? Quant aux études de « LGBT», quelle aubaine pour y noyer les affaires de harcèlements, dont la Villa a été le théâtre, comme nombre d’écoles d’art – avec  des enquêtes en cours…

 « Maintenant, on va tout enseigner sauf l’art » conclut, lucide, le peintre Pascal Pinaud, professeur historique de la Villa Arson. Une étudiante évacue le problème avec finesse: « Un artiste, au bout d’un moment, il l’a bien travaillée, la matière, il a assez joué avec son caca, et ça l’intéresse d’aller chercher ailleurs. Même si, forcément, les questions de féminisme, de LGBT, ça fait peur à certains. » Pardi, quand on ne sait pas tenir un pinceau, la matière c’est ringard. De quoi expliquer l’indifférence de « Marie s’infiltre » devant la chair des femmes battues : rien que de la matière, pas assez conceptuel. L’important n’est pas la rose mais le « questionnement » !

L’écologie inspire une exposition 100 % recyclée, à partir des ressources du jardin, ou d’une « récupérathèque » pour matériaux non utilisés, etc. Bravo ! Mais alors pourquoi ne pas afficher l’empreinte carbone  du tas de terre exposé au Palais de Tokyo, par exemple ( ou celle des biennales, Fiac et Cie avec le taux de pollution des jets privés des collectionneurs…  ), plus  le coût des expositions et des subventions publiques ? A priori l’écologie a besoin d’experts, de scientifiques, puis de journalistes pour informer et de militants pour répandre les bonnes pratiques : en quoi un artiste, même sincère, serait-il plus efficace qu’un militant écolo ? Quelle intérêt, pour la société, de s’emparer d’une cause déjà équipée (comme disent les sociologues) et déjà populaire : pour enfoncer des portes ouvertes … par d’autres ? Le diable se cache dans les détails, pour le directeur des études de la Villa Arson, il faut « sortir de la figure un peu romantique de l’artiste, sans pour autant fabriquer à tout prix des artistes engagés. »

Car les écoles d’art fabriquent en fait des « incrustes », de pseudo agitateurs aptes à s’emparer de thèmes d’actualité pour en vivre médiatiquement et financièrement. Aptes aussi à polluer les débats comme « Marie s’infiltre » : embrouiller une situation compliquée, c’est  pain béni pour le Pouvoir. Bizarrement, des questions brûlantes, mais qui intéressent les « vrais gens », sont évitées : avez-vous vu beaucoup d’œuvres d’AC traitant du problème des retraites ?

Pour sensibiliser à la faim dans le monde (?), Cattelan à la foire de Miami propose une banane scotchée au mur à 120 000 euros…un autre artiste vient de la manger, en public et sous les caméras. Pas de préjudice selon la galerie Perrotin : il n’a pas détruit l’œuvre, ce qui compte c’est l’idée, le fruit étant remplacé régulièrement et la valeur résidant dans le certificat « d’authenticité ». A quand la décolonisation de l’Art, sa dépollution des miasmes de l’AC ? Rendez-vous en 2020 

Dernière minute : un incruste inattendu ! D’après le Canard Enchaîné, le général Georgelin qui supervise la restauration de Notre-Dame  aurait demandé, en plus de sa retraite de Général, de cumuler un revenu de 14 000 euros par mois pour s’occuper du chantier. Voilà un retraité heureux qui a farouchement nié. Comme Cahuzac un compte en Suisse, Delevoye un cumul de fonctions, etc ? A suivre…

Christine Sourgins

(1) « Climat, genre, migrations : un vent nouveau souffle sur les écoles d’art » d’Emmanuelle Lequeux, Le Monde du 29 Novembre 2019.

(2) En prenant la posture du petit noyé afin de « prendre position »sic sur les migrations…

(2) La Villa Arson, seule institution nationale dédiée à l’art contemporain à réunir un centre d’art, une école supérieure d’art, une résidence d’artistes et une bibliothèque spécialisée.

Deux bonnes nouvelles et des couacs

L’amendement préparé par la Maison des Artistes sur le mécénat et achat d’œuvres par les petites entreprises a été discuté à l’Assemblée Nationale et au Sénat : il a reçu un très bon accueil. Il est centré sur la défiscalisation pour les petites entreprises (car pour les particuliers, Bercy a dit niet ) afin d’aider le mécénat non spéculatif.

Miracle, la Monnaie de Paris fait  machine arrière : elle arrête les expositions d’AC ( l’Art très contemporain, officiel et  financier). Plutôt que de s’intéresser aux arts graphiques liés à la frappe monétaire, elle s’était égarée dans les godes chocolatés de McCarthy ou les fanfreluches de l’expo « Take me ». Mais voilà : elle perd du public, l’AC coute cher et « cannibalise » sic son énergie. Le début de la fin du squat du patrimoine par l’Art mondialisé,  l’arrêt de la fabrique de positions dominantes avec de l’argent public ? A suivre…

Au chapitre, « y a un couac, dans la démocratie » : le feuilleton judiciaire du livre d’Aude de Kerros continue (1). La censure,  à l’heure de la financiarisation, est sournoise et hypocrite. Le fond du livre n’est pas attaqué (mais non, pas du tout, la main sur le cœur nous sommes tous pour la liberté d’expression, si !)  mais ça pinaille sur des détails dont le titre. Or l’accusateur veut éliminer “Géopolitique de l’Art contemporain” mot clef permettant un référencement efficace sur Internet. En droit français, personne n’est propriétaire des mots – ou alors les ayants droit d’André Breton aurait dû attaquer Françoise Hardy pour avoir repris le célèbre titre « L’amour fou » pour son roman (2). Menacer de procès un auteur et son éditeur peut suffire car une longue procédure crée une situation complexe à plusieurs intervenants (l’auteur contestataire, l’auteur contesté, son éditeur, leurs avocats réciproques), ce qui « cannibalise les énergies » comme on dit à la Monnaie de  Paris. Bref, il est trop tôt pour en parler…

Mais, rassurez-vous, la censure de grand-papa, grossière, cassante, la censure d’Etat existe encore : elle a le mérite d’être claire et s’est exprimée devant la Commission des affaires culturelles de l’Assemblée Nationale, le 13 novembre, quand le général Georgelin a déclaré à propos de Philippe Villeneuve (3) qui s’occupe de Notre-Dame de Paris : – « Quant à l’architecte en chef, je lui ai déjà expliqué qu’il ferme sa gueule et que nous avancions en sagesse (sic)….»

Le général est le missi dominici du Président Macron, la voix de son maître. La France doit manquer de sujets d’exaspérations pour qu’il jette ainsi de l’huile sur le feu. Moderniser Notre-Dame est qualifié en novlangue d’ «audace respectueuse », autant dire «  un viol respectueux » détruisant la double identité d’une cathédrale gothique et chef d’œuvre de l’architecture romantique. Comment des dirigeants qui ne respectent pas une vieille dame séculaire pourraient-ils faire respecter les « meufs » des cités ? Me too de retour avec «  Balance ton Général » ? Car enfin, la France a signé la Charte de VENISE et ce traité international impose la restauration des monuments historiques dans leur dernier état connu ! (l’esthétique de la flèche est primordiale, son matériau, toxique, non, bien évidemment). 

 Christine Sourgins

 (1)Aude de Kerros, “Nouvelle géopolitique de l’Art contemporain”, Eyrolles, 2019.

(2) Une excellente analyse d’un enfer amoureux dans un style dépouillé, presque « graphique » : F. Hardy, “L’amour fou”, Albin Michel, 2012.

(3) Cet architecte en chef des Monuments historiques est, logiquement, partisan d’une restauration à l’identique.

Une amnésie française : l’art engagé

La revue Ligeia (1) vient de faire paraître un article auquel j’attache la plus grande importance : « Loin des Gilets Jaunes : l’Art politisé de la France des années 60/70 ». Attention, pas un article purement rétrospectif, encore moins nostalgique. Il a l’ambition de combler une lacune ou plutôt une amnésie collective, un vide de la pensée soigneusement entretenu par nos actuels médias : que s’est-il vraiment passé entre l’Ecole dite de Paris, où régnaient les Picasso, Matisse, Chagall etc. et la période actuelle, en gros celle qui commence avec Jack Lang au ministère de la culture ? Comment, d’une époque où  Paris dominait l’art contemporain (au plein sens chronologique) et même l’art au niveau planétaire, est-on arrivé à une France culturellement à la traîne, voire assistée : pour restaurer notre patrimoine, il faut désormais faire appel aux compétences… des chinois, ce fut annoncé cette semaine pour Notre-Dame ; tant mieux pour le monument, (bravo aux chinois !) mais où est passée notre expertise ? Bref, il s’agit de la période qui précède immédiatement celle couverte par « Les mirages de l’Art contemporain » voir la vidéo de présentation cliquer (2).

Comment un monde où la Peinture-peinture était en pointe, prestigieuse, a pu faire place à l’indécrottable art bureaucratique d’aujourd’hui qui soutient essentiellement les productions conceptuelles et/ou mainstream, d’essence américaine, transformant nos centres d’art en tête de gondole de l’Art mondialisé ? Entre-temps, la peinture a été ringardisée et les quelques rares peintres qui sont tolérés aujourd’hui en avant de la scène française, sont comme les arbres qui cachent la déforestation  où tous les autres végètent.

La conclusion de mon article donne une explication… inavouable. Car il fut un temps, les années 60/70, où les peintres crurent pouvoir faire bouger les choses à coups de pinceaux. Si on sait encore leur implication, en mai 1968, dans l’Atelier Populaire des Beaux-Arts avec les fameuses affiches, on a oublié leurs luttes pour défendre le patrimoine (sauvegarde de la Cité fleurie, contre les bulldozers des promoteurs) ou pour acquérir des droits sociaux : bien des artistes qui bénéficient de la sécurité sociale, par exemple, pensent qu’il en a toujours été ainsi et ne savent plus qu’ils doivent cette avancée sociale aux luttes de leurs aînés. Les artistes étaient sur tous les fronts y compris juridiques : en procès contre la Cavar, caisse de retraite spoliatrice imposée par l’Etat aux artistes, et dont le directeur partit sans laisser d’adresse… Contrastant avec l’actuelle atonie, (la crise des Gilets Jaunes, exceptées une pétition et quelques œuvres de Street Art, n’a guère ébranlé le milieu culturel), la France connaissait alors un art politisé, dont un des axes était le Salon de la Jeune Peinture,(3) longtemps installé au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Or ce Salon remuant est aujourd’hui méconnu au point même d’être difficilement concevable…

Ces luttes ont été mises sont le boisseau car elles ont probablement inquiété le pouvoir qui, lui, a de la mémoire et décida d’une mise au pas des trublions culturels (ce sera le fameux subvention/ subversion où la subvention musèle, apprivoise la subversion) mais aussi la réalisation du Centre Pompidou (contre lequel les artistes d’alors menèrent une bronca, qui s’en souvient ?). Ce courant artistique fut vigoureux jusqu’au début des années 80, mais  au moment où, suite à l’élection de Mitterrand, ces artistes crurent avoir gagné la partie, la situation fut habilement retournée. Raconter cette vingtaine d’années trépidantes dépasse le cadre de ce blog : je vous renvoie donc vers Ligeia, revue courageuse, qui a osé publier un article … censuré ailleurs ! Or c’est un travail d’historienne, qui examine pour tenter de comprendre. Mais il semble que quelques implications, disons « géopolitiques », aient apeuré (on rêve !) certains. Ce genre d’avanie prouve que la liberté d’expression est en grand danger en France et je crains, hélas, d’avoir à en reparler à propos de la récente publication d’une autre analyste mais n’anticipons pas … à suivre…

Christine Sourgins

Attention: l’augmentation des frais postaux étrangle les revues (l’envoi coûte presque aussi cher que la revue ) : pensez-donc à les commander chez votre libraire préféré. Avec moins de moyens…il arrive quelques fautes d’orthographe, comme celle dans le nom de Sourgins…

  • (3) A ne pas confondre avec l’appellation « jeune peinture » désignant un courant pictural de l’entre-deux-guerres dans le sillage de Derain…L’histoire de ce salon est éclairée par l’ouvrage de Francis Parent, Raymond Perrot ; Pierre Bouvier, François Derivery, Claude Lazar, « Le Salon de la Jeune Peinture, une histoire », Patou, 2016 ; réédition augmentée de l’ouvrage de 1983.

C’est confirmé…

 C’est confirmé : Christo va bien emballer l’Arc de triomphe  entre le 6 et le 19 avril 2020  avec 25000 mètres carrés de tissu recyclable en propylène bleu argenté et 7000 mètres de corde rouge (on aimerait quand même connaître l’empreinte carbone totale). En 2018 des manifestations avaient saccagé ce symbole de la Nation, notre élite culturelle va donc l’occulter comme si les bâches couvrant Notre-Dame, autre lieu emblématique de la Capitale, ne suffisaient pas.

C’est confirmé, l’auto-découpage d’une œuvre du street-artiste Banksy en pleine vente chez Sotheby’s en 2018 (voir Grain de sel cliquer)  a bien été, non pas une contestation de l’hégémonie de l’argent dans l’Art mais un coup de maître de l’Art Financier préparant des cotes vertigineuses. Seuls les naïfs crûrent à une rébellion contre les ventes aux enchères. Son tableau représentant le parlement britannique peuplé de singes, estimé entre 1,68 et 2,24 millions d’euros s’est envolé en 13 minutes à 11,13 millions, toujours chez Sotheby’s et toujours à Londres : cqfd ! Officiellement (sans rire) c’est la faute au Brexit !

C’est confirmé, le vent tourne dans le discours des grandes institutions culturelles qui prennent leurs distances, au moins en paroles, avec la mondialisation. Serge Lavignes président du Centre Pompidou a rappelé : «  la nécessité de l’ancrage », « le besoin de se retrouver face à un territoire, un terroir » (1). Alors que le musée d’Art moderne de la Ville de Paris, lui, vient de réorganiser la présentation de ses salles,  Fabrice Hergott, qui le préside, veut mettre en valeur le rôle de Paris dans l’histoire récente des arts : « une collection très majoritairement française, au sens de « fait en France» et non évidemment de par la nationalité de naissance des artistes »(2). Au point que l’identité visuelle du musée est maintenant fondée sur la Tour Eiffel peinte par Robert Delaunay. Comme son jumeau le Palais de Tokyo géré par l’Etat, ce musée de la Ville de Paris est né en 1937 du constat de l’absence d’un musée d’art contemporain. D’où venait ce retard par rapport à New-York ? Pour Le Monde (et Philippe Dagen) l’explication officielle et la faute, impardonnable, vient de« l’ignorance en matière d’avant-garde et (du) nationalisme traditionaliste de la plupart des conservateurs français depuis la fin du XIXème siècle ». C’est un peu court. Car New-York, pour ravir la première place à Paris dans les arts, a eu  besoin moins d’une politique culturelle brillante que d’une judicieuse politique fiscale (3). Or les fonctionnaires français n’étaient pas tous de vieilles ganaches, certains étaient mus par un idéal républicain (le « traditionalisme » du Monde) où l’Etat ne se mêle pas de création, reste impartial, refuse de favoriser par ses achats ou expositions tel artiste plutôt que tel autre : on laissait la spéculation à la porte du musée. Un des premiers à avoir flairé le problème est Emile Zola. Il est sollicité le 22 juillet 1889 par Monet qui organise une souscription pour faire entrer la célèbre Olympia de Manet (mort en 1883) au musée du Luxembourg (le musée « contemporain » de l’époque, antichambre du Louvre). Dès le 23, Zola, qui a tant écrit sur le rôle de l’argent dans la société, refuse violemment : « cette forme détournée de cadeau sentira la coterie et la réclame ». En dépit de tout l’intérêt esthétique qu’il a pu porter à Manet, la manœuvre de la donation ne lui a pas échappé : une générosité (5) rentable puisque c’est un « placement de produit », le prestige d’appartenance à une collection nationale rejaillissant sur toutes les autres œuvres détenues par les collectionneurs privés. Aujourd’hui, « réseaux » ou « lobby » ont remplacé « coterie » et la « réclame » s’est transformée en Art financier. On rêve au « J’accuse ! » qu’aurait écrit Zola suite à la donation d’un certain bouquet de tulipes …

C’est confirmé, les grands médias français sont toujours empêtrés dans le politiquement correct !

Christine Sourgins

(1) « Pompidou doit affirmer son originalité », Le Monde, 1er octobre 2019, p.26.

(2) Cahier Le Monde, 11 octobre 2019, p.2.

(3) Voir la démonstration : Aude de Kerros, “Nouvelle géopolitique de l’Art contemporain”, Eyrolles, 2019, p. 171

(5) Les partisans de la souscription répandirent le bruit que l’achat du tableau à la veuve de l’artiste permettrait d’aider discrètement celle-ci. Le procédé déplut à Suzanne Manet qui fit officiellement savoir qu’elle n’avait nul besoin d’aide… via le Figaro.

Une nouvelle géopolitique de l’Art

A l’heure où les tulipes de Koons, qui viennent d’être inaugurées à Paris, sont taxées de « marqueur de puissance géopolitique » à Sciences PO (1)… Aude de Kerros publie un livre intitulé « Nouvelle géopolitique de l’Art contemporain » aux éditions Eyrolles. Nous lui avons posé 3 questions.

– Depuis quand parle-t-on de géopolitique de l’art ?

De tous temps l’art fut le butin des vainqueurs mais l’art trouvant sa justification dans la politique, la révolution, la propagande ( donc dans les idées) ne devient patent qu’à partir de 1917 :  le grand public ignore la continuité de ce phénomène qui se métamorphose au long du XXème siècle pour s’imposer aujourd’hui sous l’étiquette AC qui prétend être le seul, le vrai, art «  contemporain ». On peut même parler d’ACI : Art Contemporain International, à la circulation mondiale et fluide. L’Amérique y détient une puissance culturelle hégémonique où l’art est à la fois « soft power » et produit financier, construit en réseau autour de collectionneurs « hors normes », ce qui tient plus à leur fortune qu’à leur amour de l’art. On savait que médias, foires, salles des ventes, ports francs, galeries etc. institutions muséales et universitaires légitiment, in fine, les cotes de leurs poulains. Outre qu’il rend de multiples services annexes, une autre caractéristique de ce système apparaît désormais : ne pouvoir fonctionner que de façon fermée. C’est la condition pour atteindre des très hautes cotes et garantir leur valeur.Il est possible aujourd’hui de cartographier ce phénomène : mondial, fermé, rentable parce que transfrontières.

– Votre livre s’intitule “nouvelle” géopolitique de l’AC : en quoi  est-il nouveau ? Par rapport à une autre manière de penser le sujet ou  bien y-a-t-il une évolution mondiale qui le justifie ?

Le système de l’ACI dont le cœur bat à New York se porte bien si l’on en croit les cotes faramineuses, il est même réputé pérenne parce qu’universel et vertueux. Or il s’emballe, comme en Arabie Saoudite  où  en une seule année, 2018, tous les rouages du système apparaissent d’un coup. Cette réussite planétaire de l’ACI, presque trop parfaite, est un trompe l’œil qui dissimule un envers. Il existe un autre monde de l’Art, non labellisé « Art Contemporain International », ni coopté ni  financiarisé, et pourtant ce monde vaste et varié fait l’objet d’échanges au-delà du local, orientés par des affinités naturelles. L’émergence de ce marché guidé par la considération de l’art lui-même, est, en partie, lié à la révolution technologique numérique : internet diffuse l’image mieux et plus facilement que le concept. Internet désenclave et relie ce que le système ostracise de facto.  Après avoir observé le système ACI, j’ai voulu décrire aussi ce monde-là car la mondialisation a mis dans la boucle des échanges artistiques les 5 continents. Le monde occidental ne représente que 1 milliard de personnes sur 7 : il n’est pas possible d’imposer un art, aussi vide, kitsch et global soit-il, à l’humanité tout entière. Plus la mondialisation avance, plus les diversités surgissent et sont valorisées, aimées, assimilées par des publics même lointains, qui ne veulent pas pour autant renoncer à leur propre culture. Les rapports entre le local et le global ne se produisent pas dans le sens de l’uniformisation, comme le prévoyaient les théoriciens de l’ACI, les seuls jusqu’ici à prendre la parole.

-Quelle est la place de la France dans cette géopolitique ?

La France est le seul pays à avoir un art officiel, où ses fonctionnaires inspecteurs de la création rejettent tout ce qui n’est pas conceptuel, pour s’aligner sur le système ACI. Le résultat est qu’il n’y a pas d’artistes français, (même conceptuels !) vraiment visibles internationalement. En France, la scène française n’est pas la priorité ni des institutions ni des collectionneurs : les conflits d’intérêts sont multiples car tout semble permis dès que le mot magique « art » est prononcé. Aucun autre pays n’agit ainsi de façon aussi radicale. En Amérique, en Russie, en Chine, dans les autres pays d’Europe, coexistent les divers courants de l’art de la peinture au ready made, ils se concurrencent à l’intérieur des frontières, même si seuls sont cooptés pour le circuit international ceux qui répondent au label ACI. La situation française apparaît donc comme une exception… anti-culturelle, ce livre l’établit clairement.

Propos recueillis par Ch. Sourgins

  • (1) L’expression est de Nathalie Obadia, galeriste qui enseigne à Sciences Po, auteur d’un livre sur le sujet mais d’un point de vue… plus « ACIquement » correct.

Le retour de Pépé le Moco ?

En avril,  la 37ème foire de Bruxelles se caractérisait  par l’abondance « de la peinture-peinture… » c’est-à-dire  « des tableaux peints, si possible à la main, et parfois par l’artiste lui-même » sic. Or cette foire n’est pas ringarde, c’est même la plus contemporaine : 800 artistes exposés, 90% encore vivants ; un tiers à moins de 40 ans. Une foire innovante qui admet de jeunes galeries au fonctionnement nomade, voire sans but lucratif…qui plus est fréquentée par les collectionneurs belges qui sont, d’après Harry Bellet, « les mieux informés et les plus pointus du monde »(1). C’est dire si, en dehors de la France, la peinture reste appréciée. Au passage, on apprendra, qu’il se passe des choses inimaginables (dans notre hexagone) à la foire de Cologne : « les galeries allemandes y vendent des artistes allemands à des collectionneurs allemands ». Étonnant aurait dit Desproges, non ?

2019 c’était aussi la foire de Bâle (2) et Gagossian en a profité pour  ouvrir une 17éme galerie. Tous les 2 ans, la foire profite de l’effet « vu à Venise, vendu à Bâle » et cette année « les millions pleuvent » sic. En fait la vertueuse biennale est synchronisée avec la très lucrative foire et « jusqu’en 1968, la Biennale percevait même un pourcentage ! ». Maintenant, tout est « clean » au point que la tendance lourde à Bâle était… un art social ! Oui, vous avez bien lu ! Pourtant Art Basel n’ouvre au grand public que le jeudi et le dimanche seulement, à un tarif prohibitif : 52 euros, plus cher que la Fiac ! De l’art social pour que les hyper riches aient bonne conscience, alors ? En tout cas à Bâle, on ne rigole pas avec l’écologie : interdiction absolue des récipients de plastiques à usage unique dans les restaurants de la foire ! Curieusement rien n’est prévu pour réduire l’empreinte carbone de la noria des jets privés qui se posent et décollent sur l’aéroport de Bâle-Mulhouse…

Et chez nous ? Il y a eu l’inauguration en fanfare du Mo.Co à Montpellier, un centre d’art contemporain qui ambitionne de créer alentours « une sorte de Californie française qui s’étendrait sur tout le rivage méditerranéen »(3). C’est le défi géopolitique que s’est lancé le maire de Montpellier Philippe Saurel (divers gauche) qui veut donner « toute sa place à l’art contemporain » et qui a appelé dès 2016 Nicolas Bourriaud à la rescousse. On ne présente plus le fondateur de la revue Perpendiculaire, le père de « l’esthétique relationnelle », du concept de « sémionaute », le créateur ( avec Jérôme Sans) du Palais de Tokyo new look et le seul cité par Square, palme d’or à Cannes. Comme ce film était une brillante satire de l’AC, on peut se demander si c’est un compliment, d’autant que la presse glisse sur les états de service de Nicolas aux Beaux-Arts de Paris, vilipendé par ses propres étudiants qui lui reprochaient de manquer de relationnel (un comble pour le fondateur de l’esthétique du même nom) et de les priver de salles de cours en louant le patrimoine public au secteur privé. Or que verra-t-on au Mo.co ? Avec l’exposition inaugurale « l’art conceptuel est  l’honneur » grâce à la collection d’un homme d’affaire japonais. Réalisée par une commissaire chinoise, une autre exposition « fourmille surtout de vidéos, venues du monde entier ». Peu de peinture-peinture donc, les artistes français repasseront. Mais c’est le principe même du Mo.Co qui fait question : « un endroit où naitront des projets conçus à partir de collections privées ». Quoi le patrimoine public et l’argent du contribuable serviraient à mettre en valeur le patrimoine privé ? Serait-ce le retour de Pépé le Moco ! (pour les plus jeunes : Pépé le Moko est un caïd joué par Jean Gabin dans un film de Julien Duvivier de 1937)

Christine Sourgins

(1) Harry Bellet, “La foire Art Brussels hume l’art du temps”, Le Monde,  27 avril 2019, p.26

(2) Harry Bellet “une foire de Bâle “politiquement correcte”, le Monde, 15 juin 2019, p. 21.

(3) Mo.Co, Montpellier contemporain, Cahier du Monde du 27 juin 2019.

Balance ton mécène !

C’est une déferlante dans les musées : mettre dehors les mécènes compromettants ! En avril, à la Galerie Serpentine de Londres, que dirige le célèbre Hans-Ultrich Obrist, exit les Sackler, malgré un don de 7 millions de dollars. Motif ? Ces médecins reconvertis dans l’industrie pharmaceutique sont impliqués dans le scandale des opioïdes responsable aux USA d’overdoses mortelles. En mars 2018, c’est Nan Goldin, célèbre photographe et victime de la firme des Sackler, qui organisait non pas un sit-in mais un « die-in » au Metropolitain muséum. Ces institutions et le Guggenheim (malgré cette fois un don de 9 millions de dollars) ont renoncé au mécénat des Sackler ; idem le National portrait Gallery à Londres. La Foire Photo London arrêtait, elle, son partenariat avec une chaîne d’hôtel aux mains du Sultan de Bruneï qui a instauré la peine de mort contre l’homosexualité ou l’adultère ; l’Hôtel Meurice suspendait son prix d’art contemporain dans la foulée. En mars 2018, une association écologiste s’allongeait devant le radeau de la Méduse, au Louvre, pour protester contre le mécénat de Total. De 2014 à 2017 le Palais de Tokyo avait, lui, accepté un mécénat « orienté » pour la prospection des scènes asiatiques… réservée aux seuls pays où cette firme  est présente : joli critère artistique !

A l’exemple du greenwashing (recyclage de l’argent sale dans la vertueuse écologie) il y aurait donc de l’art washing dans l’air. Car au Louvre, depuis 10 ans, le budget double mais les subventions publiques stagnent et les gentils mécènes s’empressent ! Comme le cimentier Lafarge, mécène de l’Islam au Louvre et du musée de Cluny, suspecté d’avoir financé, via une filiale, l’Etat islamique. Un collectif « d’art-activistes », Libérons le Louvre, milite depuis 2017 pour que les musées renoncent à ce type de mécénat. Mme Pégard, qui préside Versailles, regrette « qu’on mélange beaucoup de sujets » puis élude la question. On  ne saura rien sur la manière dont le Château trie ses mécènes potentiels (notons que ne pas savoir  ce que font les agents de l’Etat culturel avec l’argent du contribuable n’est pas nouveau). A l’étranger, la transparence n’est pas non plus de mise : la composition du comité éthique de la National Portrait Gallery, par exemple, semble un secret d’état.

La charte du Louvre et du Quai Branly stipule que le musée se réserve le droit de refuser le mécénat d’entreprise lié au  marché de l’art : plus faux-cul, tu meurs car cela signifie qu’en fait, il peut y en avoir !  Le photographe et financier Ahaé dont nous avions conté les mésaventures (1) pourrait couter cher au Louvre et à Versailles qui reçurent ses largesses (et ses œuvres !) : les fonds donnés pourraient être récupérés car frauduleux (2). Et voilà que Ian Brossat, adjoint à la maire de Paris en charge du logement, tance le Louvre  pour son acoquinement avec Airbnb, qui s’offre Mona Lisa sans guère payer d’impôts en France… bref une « utilisation répétée du patrimoine public à des fins commerciales par un géant du numérique ».  Sur le point d’être inaugurées au Petit Palais, le 4 octobre, les tulipes de Koons tremblent déjà… car ça balance pas mal à Paris.
Ch. Sourgins

(1) Ch. Sourgins, “Les mirages de l’art contemporain”, La Table Ronde, 2018, p. 251

(2) Plus d’infos dans l’excellent article de Roxana Azimi, “L’art embarrassé par ses mécènes”, M, le magazine du Monde, 15 juin 2019, p.43 à 45.








Sur l’incendie de Notre-Dame….

Nouveau sur You Tube, une courte vidéo  : “Que révèle l’incendie de Notre-Dame ?” cliquer

Suivi de : “Un grand geste patrimonial pour sauver Notre-Dame ?”cliquer

Récapitulation des articles :

18 avril : Incendie de Notre-Dame : et si le pire était à venir ? cliquer

24 avril : “Notre-Dame n’est pas perdue pour tout le monde” publié sur le site de Causeur : cliquez

20 mai : L’art de profiter des sinistres

Les  « profiteurs de sinistres » voudraient aussi accrocher Notre-Dame à leur tableau de chasse. Marianne a révélé que, dès 2016, un rapport du CNRS avait alerté le gouvernement sur l’état désastreux de la sécurité de la cathédrale. Le rapport a  été classé « confidentiel défense » et rien n’a été fait (plus d’infos, cliquez). On sait l’emballement suspect déployé par le gouvernement Macron pour « reconstruire » (alors qu’il faudrait seulement restaurer) ; tout s’éclaire à la découverte du projet de refonte globale de l’ile de la Cité, présenté au président Hollande, toujours en 2016. Ce rapport Perrault et Bélaval  s’attaquait au vrai problème de Notre-Dame : elle reçoit de 13 à 14 millions de touristes « qui ne seraient pas bien accueillis ». Traduisez en marketing : il y a là une manne financière insuffisamment exploitée et qui ne retombe pas dans les bonnes poches ! D’où 35 propositions et un projet révolutionnaire : une gigantesque dalle transparente à la place du parvis de Notre-Dame,  au-dessus de la crypte archéologique, avec débarcadère, plates-formes flottantes, piscine, cafés, restaurants, salles de concerts. Certains se plaignent de la muséification des villes européennes : mais avec l’Hôtel-Dieu qui part, les policiers du quai des orfèvres qui ont déménagé, l’île de la Cité est vidée peu à peu de sa sève (administrative) et pourrait devenir un juteux centre touristique. Les dessins de ce projet futuriste sont glaçants. Seul détail enquiquinant pour ses promoteurs : les 22 hectares de l’île de la Cité sont classés au patrimoine mondial de l’Unesco et protégés par des nombreuses contraintes règlementaires. On s’étonne donc moins que M. Macron ait préparé une loi d’exception pour accélérer la reconstruction de Notre-Dame, déroger au code du patrimoine, s’affranchir des procédures en vigueur pour les monuments historiques sur un site qui n’en compte pas moins de 35 (1) ! Jusqu’à prendre ses distances avec le Code des marchés publics. Le rapport en concluait, à l’époque, qu’ un tel projet “n’a aucune chance de voir le jour” sauf évènement “inattendu et improbable » qui autoriserait le bouleversement d’un des sites architecturaux les plus protégés de France…Comme les sinistres attendus et probables font bien les choses, non ? Vous avez aimé Koons à Versailles ? Vous allez adorer la privatisation de l’île de la Cité ! (plus d’infos cliquez)

18 juin :Notre-Dame n’est pas tirée d’affaire :

Moins de 10 % des dons promis ont été versés. Les lubies architecturales nées de la légèreté gouvernementale ont tari l’enthousiasme des donateurs : donner oui, mais pas pour financer n’importe quoi. J’en connais prêts à trainer le gouvernement en justice (genre class action) si leur don est détourné et si la double identité de la cathédrale n’est pas respectée : gothique et romantique. La cathédrale est en effet aussi le dernier chef d’œuvre de l’architecture romantique française. A ce propos vous pouvez lire un article où Victor Hugo vient à la rescousse d’une reconstruction à l’identique qui privilégie le bois :

Notre-Dame de Paris : le bois porte l’âme d’une cathédrale cliquez

Ou signer une pétition en ligne demandant la prise en compte de l’acoustique dans la restauration (celle de Reims est mauvaise or sa charpente fut reconstruite en béton) cliquer.

30 juin : Un accident prémédité ?

Le Canard enchaîné  (1) nous apprend que ce n’est pas seulement un mégot ou un dysfonctionnement électrique, comme le serine la grande presse, qui serait à l’origine de l’incendie de Notre-Dame mais de ce qui est (faussement) présenté comme une guerre entre clergé et ministère. Au printemps 2018, les fonctionnaires avaient donné l’ordre au prestataire de la sécurité de ne pas répondre aux salariés du diocèse qui voulaient connaitre l’emplacement des détecteurs de fumée. Ils auraient ensuite interdit « aux équipes de la cathédrale d’organiser des rondes dans la toiture après le départ des ouvriers » ! Encore plus fou : l’après-midi du drame, la Drac (Direction régionale des affaires culturelles) a défendu de relever l’employé en poste depuis 7h30 du matin par un collègue « qui connaissait pourtant comme sa poche la cathédrale et son système de sécurité. Motif : l’architecte de la Drac avait jugé que ce salarié était trop lié au diocèse ». Donc, un : c’est le ministère qui fait la guerre au clergé. Deux, si c’est un accident, c’est un accident prémédité où l’Etat porte la responsabilité première et donc principale. Côté pétition, pour une reconstruction à l’identique, l’une voisine les 100 000 personnes cliquez

1 Le canard enchaîné , 19 juin 2019, p. 4.

Extrait du « Grain de sel » 11 novembre 2019

Pour restaurer notre patrimoine, il faut désormais faire appel aux compétences… des chinois, ce fut annoncé cette semaine pour Notre-Dame ; tant mieux pour le monument, (bravo aux chinois !) mais où est passée notre expertise ?

Extrait du « Grain de sel  25 novembre

Devant la Commission des affaires culturelles de l’Assemblée Nationale, le 13 novembre, quand le général Georgelin a déclaré à propos de Philippe Villeneuve  qui s’occupe de Notre-Dame de Paris : – « Quant à l’architecte en chef, je lui ai déjà expliqué qu’il ferme sa gueule et que nous avancions en sagesse (sic)….» Le général est le missi dominici du Président Macron, la voix de son maître. La France doit manquer de sujets d’exaspérations pour qu’il jette ainsi de l’huile sur le feu. Moderniser Notre-Dame est qualifié en novlangue d’ «audace respectueuse », autant dire «  un viol respectueux » détruisant la double identité d’une cathédrale gothique et chef d’œuvre de l’architecture romantique. Comment des dirigeants qui ne respectent pas une vieille dame séculaire pourraient-ils faire respecter les « meufs » des cités ? Me too de retour avec «  Balance ton Général » ? Car enfin, la France a signé la Charte de VENISE et ce traité international impose la restauration des monuments historiques dans leur dernier état connu ! (l’esthétique de la flèche est primordiale, son matériau, toxique, non, bien évidemment).

Extrait du « Grain de sel »  10 décembre 2019

D’après le Canard Enchaîné, le général Georgelin qui supervise la restauration de Notre-Dame  aurait demandé, en plus de sa retraite de Général, de cumuler un revenu de 14 000 euros par mois pour s’occuper du chantier. Voilà un retraité heureux qui a farouchement nié. Comme Cahuzac un compte en Suisse, Delevoye un cumul de fonctions, etc ? A suivre…








De quoi Sotheby’s est-elle le nom ?

Patrick Drahi, magnat des télécoms, vient d’acheter la maison d’enchères Sotheby’s pour 3,3 milliards d’euros.  M. Drahi serait  déjà collectionneur, veut -il devenir un méga-collectionneur comme F. Pinault qui possède la rivale Christie’s ? Paradoxe : ces deux salles des ventes qui fonctionnent en duopole au service du monde anglo-saxon ont donc à leur tête deux français… Les artistes français n’en ont guère tiré profit jusqu’ici. On espère qu’il ne s’agit pas d’un rachat catastrophe genre l’USA Monsanto se faisant racheter par l’allemand Bayer qui depuis prend l’eau…

Car la santé financière de ces géantes des enchères est extrêmement précaire en raison de leur mauvaise habitude des prix de réserves garantis aux vendeurs. C’est la seule manière pour elles d’obtenir des lots d’exception et de décider les collectionneurs à vendre leurs trophées.  Cette vente cache-t-elle une mauvaise passe pour la maison américaine ? On peut se le demander à la lecture d’un article de la Gazette de Drouot (1): « Quand un proche d’un dirigeant malaisien accusé de détournements de fonds colossaux obtient un prêt de 100 millions de $ de la part de Sotheby’s, avant de faire bondir à près de 50 M$ le record atteint par Basquiat que vaut en fait le tableau en question ? ». Et doit-on ajouter, que vaut la maison de vente qui se livre à ce petit jeu ?  Et l’acheteur quand Le Canard enchaîné titre : Patrick Drahi : « je vais pouvoir vendre ma dette de 49 milliards …aux enchères ! »

Le même journal (2) nous apprend que ce n’est pas seulement un mégot ou un dysfonctionnement électrique, comme le serine la grande presse, qui serait à l’origine de l’incendie de Notre-Dame, mais de ce qui est (faussement) présenté comme une guerre entre clergé et ministère. Au printemps 2018, les fonctionnaires avaient donné l’ordre au prestataire de la sécurité de ne pas répondre aux salariés du diocèse qui voulaient connaitre l’emplacement des détecteurs de fumée. Ils auraient ensuite interdit « aux équipes de la cathédrale d’organiser des rondes dans la toiture après le départ des ouvriers » ! Encore plus fou : l’après-midi du drame, la Drac (Direction régionale des affaires culturelles) a défendu de relever l’employé en poste depuis 7h30 du matin par un collègue « qui connaissait pourtant comme sa poche la cathédrale et son système de sécurité. Motif : l’architecte de la Drac avait jugé que ce salarié était trop lié au diocèse ». Donc, un : c’est le ministère qui fait la guerre au clergé. Deux, si c’est un accident, c’est un accident prémédité où l’Etat porte la responsabilité première et donc principale. Côté pétition, pour une reconstruction à l’identique, l’une voisine les 100 000 personnes cliquez

Le blog part en vacances : rendez-vous en septembre !

Christine Sourgins

(1)            «La gazette de Drouot » N°23 14 juin 2019, p.14.

(2)            Du 19 juin 2019, p.8 et 4.