Grains de sel 2011

By | 8 août 2014

Mardi 13 décembre 2011

Les augures de l’Art contemporain ne peuvent plus se regarder sans rire !

 Une critique d’art  vient d’attribuer le prix Fayot de la meilleure critique d’art ( un gros haricot en bronze de chez Cartier et signé Claude Viallat,), au critique du Monde Phillippe Dagen pour son article du 1er décembre «  Maurizio Cattelan, saint patron des subversifs  ».

 Ce prix est hautement mérité. Ph. Dagen est pourtant sans illusion sur l’enfant chéri des milliardaires : « l’Italien Cattelan compose avec l’Américain Jeff Koons, le Britannique Damien Hirst et le Japonais Takashi Murakami le quatuor des artistes célébrissimes dont les collectionneurs dits “prescripteurs” – François Pinault en France, Eli Broad aux Etats-Unis, Dakis Joannou en Grèce – accumulent et exposent les oeuvres très coûteuses. » Mais voilà que le journaliste du Monde gobe toute la stratégie de com de Cattelan, présenté comme un quinqua sympa, sportif, sans façon. Dagen allant jusqu’à croire que « du reste, la “com'” n’est pas son fort. Cattelan se méfie des questions et du questionneur ». Et pardi, Cattelan est cauteleux, car c’est un communicant roublard ! Ils sont tous aussi futés, les journalistes au Monde ?

  Puis viennent les flagorneries artistiques : « Cattelan est en effet ce que l’on appelle un grand professionnel (…) il manifeste un souci obstiné de la mise en forme. Il faut que les mannequins – à son effigie, celle de Jean-Paul II ou d’Hitler – soient d’une exécution impeccable, les postures naturelles, les vêtements véridiques ». « Son activité ne se conçoit donc pas sans des spécialistes de différents métiers ». On aimerait là, de la part d’un journaliste du Monde, un peu plus de courage ou d’informations : c’est grâce à Daniel Druet, cliquez sculpteur ancien prix de Rome, que l’exécution est impeccable. Tout critique d’art qui se respecte devrait au moins poser le problème : et si, au fond, l’artiste c’était Druet… Cattelan n’étant qu’un simple commanditaire mais homme d’affaires avisé ?

 Cattelan serait aussi courageux politiquement, en effet, c’est fort de tirer sur une ambulance nommée Berlusconi: «   En avril, il n’avait pas de mots assez durs pour Silvio Berlusconi et ce qu’il a fait de l’Italie aux yeux du monde ». Les lecteurs qui pensent que Cattelan est à l’art ce que Berlusconi est à la politique…auront du mal à saisir l’enthousiasme de Dagen.

 « En 2001 déjà, (Cattelan) secouait les spectateurs avec Him, Hitler agenouillé dans la position de la prière. En 2007, il a imaginé Ave Maria, trois bras sortant du mur pour un salut fasciste – pas vraiment une oeuvre de nature à plaire à tous dans son pays natal. » Bien sûr, pour expliquer, justifier, on a droit à l’incontournable « J’ai été élevé dans une famille très catholique, j’ai été enfant de choeur » dit Cattelan. Autrement dit, puisque j’ai mangé la soupe, j’ai le droit de cracher dedans. Mais Dagen est perdu dans son apologie :« C’est cette manière d’appuyer  là où ça fait mal qui convainc de le considérer comme un bouffon, mais dans la meilleure tradition des bouffons ». Il faut d’urgence relire les historiens : de tout temps le Bouffon est au service du Roi qui l’entretient. Enfin, il y a la tirade sur un Cattelan naïf à l’insu de son plein gré:  «Il ose comme malgré lui, sans vouloir mesurer les conséquences de ses inventions »  et ainsi «  pour préserver une apparence d’innocence » . Philippe Dagen est-il le pseudonyme de Richard Virenque quand il écrit dans le Monde des articles en roue libre ?

 Cattelan, qui sait qu’il tient sa dupe, vend la mèche : “Je pourrais vous affirmer maintenant le contraire de ce que j’ai soutenu…Parler, c’est le moyen de donner un petit peu de moi-même et le moyen de créer un peu de confusion.” Entendez : donner un peu pour semer le plus de bazar possible, puis partir en courant avec l‘argent de l‘esbroufe.
 Nicole, pour son prix Fayot,  a beaucoup hésité entre Philippe Dagen, finalement lauréat,  et Jean-Luc Chalumeau qui félicitait chaudement Cattelan d‘être Cattelan (voir le débat sur le site www.schtroumpf-emergent.com). Mais il y a un autre concurrent plus sérieux sur les rangs.

 Sa majesté Saatchi qui débine l’Art financier soi même, dans le quotidien The Guardian. Valérie Duponchelle s’en fait écho dans le Figaro du 7 décembre. Ce publicitaire fit le succès de Mrs Thatcher,  découvrit les futures stars de la Young British Artists (YBA) Generation, dont  Damien Hirst.

  Et que pense Saatchi de l’AC quand il  se lâche ? «C’est le sport de la lie européenne (littéralement Eurotrash), des créateurs de hedge funds, des nantis des Hamptons ; des oligarques à la mode et des rois du pétrole; et de marchands qui ont atteint un niveau de narcissisme masturbatoire» ; «Est-ce que ces gens aiment vraiment l’art? Ou est-ce qu’ils savourent simplement le fait de reconnaître facilement des tableaux au label éclatant, achetés au vu et au su de tous et à des prix exorbitants dans les ventes aux enchères, pour décorer toutes leurs résidences, sur terre et sur mer, dans l’intention d’en imposer par leur richesse et une attitude mortellement cool.»

   Mais voilà qu’un troisième homme va peut-être postuler au prix Fayot de la meilleure critique d’art : l’ancien ministre de la culture Renaud Donnedieu de Vabres est en garde à vue pour…financements occultes : aurait-il lui aussi dénoncé  l’Art financier, ses délits d’initiés, ses conflits d’intérêt et tutti quanti ? Que nenni, il s’agit de l’Affaire Karachi. N’empêche, l’AC pourrait bien en être rendu à un point de rupture. Comme l’ancienne religion romaine quand deux augures, disait-on,  ne pouvaient plus se regarder sans rire. Ce fut le début de la fin. C’est tout ce qu’on souhaite à l’Art financier pour 2012.  …………………………………………………………………………………………….

Mardi 6 décembre 2011

La taxe Duchamp-Bourriaud (du nom de l’immortel auteur de l’urinoir et de Nicolas Bourriaud  actuel directeur des Beaux-Arts ) est l’équivalent, pour le monde de l‘art, de la taxe Tobin. Ce  lauréat du prix Nobel d’économie  a préconisé, pour freiner la spéculation, de taxer les transactions financières. Sa taxe est recommandée par des experts soucieux de sauvegarder un peu de bon sens et d’équité, ( certains réunis sous l’appellation des « économistes atterrés » (cf leur site http://atterres.org/) se demanderaient même si… la finance mérite encore d‘être taxée !).

 La Taxe Duchamp-Bourriaud est, elle, chaudement recommandée par les « contribuables atterrés » de l’Art Financier. En effet, Duchamp a proclamé, la formule est célèbre, « ce sont les regardeurs qui font les tableaux ». Nicolas Bourriaud a approfondi dans son livre Postproduction*, la portée de cette loi d‘airain de l‘AC : il y voit « l’émergence d’une culture de l’usage pour laquelle le sens naît d’une collaboration, d’une négociation entre l’artiste et celui qui vient regarder ». « Pourquoi le sens d’une œuvre ne proviendrait-il pas de l’usage qu’on en fait, autant que du sens que lui donne l’artiste ? » . Et Nicolas de citer Godard : « si un spectateur me dit : « le film que j’ai vu est mauvais », je lui dis « c’est de ta faute, car qu’est-ce que tu fais pour que le dialogue soit bon ? » .  « Le  remixeur est devenu plus important que l‘instrumentiste »  poursuit Bourriaud, « la suprématie des cultures de l‘appropriation et du retraitement des formes induit une morale : les œuvres appartiennent à tout le monde. L‘art contemporain tend à abolir la propriété des formes, en tout cas à perturber les anciennes jurisprudences » . Et Nicolas n‘hésite pas à parler de «  communisme formel » sic ! 

 La cause est entendue : le pape de l’AC et son théoricien nous assurent que nous sommes propriétaires des œuvres d’AC car nous faisons les tableaux (pire, nous devons nous les approprier),  tout travail méritant salaire (surtout le travail imposé), il est « moral » que désormais le produit de chaque vente d’art très contemporain revienne pour moitié à celui qui fait la moitié du travail, l’artiste qui commet un ready-made et décrète qu’un bidet est une œuvre d’art par exemple. Mais pour l’autre moitié, elle reviendra  au peuple des regardeurs ! Très souvent, ils sont déjà les contribuables qui ont subventionné, il s’agit donc d’un retour sur investissement propre à assainir la dette contractée par nos élites. Une taxe très populaire que cette taxe Duchamp-Bourriaud, non ?

  Soutenez-là, parlez-en à votre député !

 Christine Sourgins

*Nicolas Bourriaud, Postproduction,  Les Presses du Réel, 2003. Les citations sont extraites des p.11, 13, 29, 31 et 62.

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Mardi 29 novembre 2011

Le N°13 de la revue Écritique de novembre 2011 est paru. Outre quelques “grains de sel” publiés, vous y trouverez :

Art et société
Du tabou du dessin dans l’enseignement des arts plastiques, Martine Salzmann
Werther, ou le statut de l’artiste, Yak Rivais
Artiste dans un hôpital gériatrique, entretien avec Colin Cyvoct
Londres, cats and dogs, Yak Rivais
Gérôme postmoderne ? François Derivery
La rubrique Ateliers
Chronique
Bientôt plus de censure, Michel Dupré
Bla-bla, enfumage et sanctuarisation de l’art contemporain, Pierre Lamalattie
Sur l’art dit “contemporain”, Francis Parent
Document :
Culture de masse et exception culturelle, François Derivery et Claude Rédélé

 Pour recevoir cette revue hors circuit officiel et marchand, pour s’abonner à cet outil d’analyse du monde artistique et culturel, voir le blog de la revue ,cliquez.

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Mardi 22 novembre 2011

Cette semaine, une bonne et une mauvaise nouvelle. La mauvaise d’abord : Nicolas Bourriaud est nommé directeur des Beaux-Arts. Cet infatigable polyvalent de l‘art officiel est critique d’art, commissaire d’expo, théoricien, co-fondateur et ancien co-directeur du palais de Tokyo …il était chef de l’Inspection de la création artistique, il s’en va régenter les Beaux-Arts : pas sûr que les élèves reprennent le chemin des crayons et des pinceaux !

 Dans son ouvrage Posproduction*, il donnait le recyclage et le piratage comme modèles artistiques adaptés à notre société tertiaire où  « la question artistique n’est plus « que faire de nouveau » mais plutôt « que faire avec ».(p.9) D’où le satisfecit donné à Mathieu Laurette artiste qui monte une banque off shore à l’aide d’une double billetterie placée à l’entrée des centres d’art : il joue, s’enchante Bourriaud, « avec les formes économiques comme s’il s’agissait de lignes et de couleurs d’un tableau » (p.8).  Bourriaud est connu pour avoir théorisé l’Esthétique relationnelle grâce à laquelle l’artiste propose au public de… banquer, de faire du tricotin, de serrer la main des passants dans la rue etc.  « Les rencontres sont plus importantes que les individus qui en sont l’occasion » affirme ce grand humaniste qui ajoute que les  travaux de l’Esthétique relationnelle « organisent et matérialisent (des communautés temporaires) dans des structures qui sont autant d’attracteurs d’humanité » (p.45). Belle humanité que celle décrite p.70 « Il nous est devenu difficile de considérer le corps social comme un tout organique…pour les artistes …la société est devenue à la fois un corps divisé en lobbies, quotas ou communautés… et un vaste catalogue de trames narratives ».

Bref, une société d’agglomérés comme le polystyrène, une banque de données dont l’artiste est rentier. Quand vous serez dans le rouge, allez donc expliquer à votre banquier que votre découvert est un grand moment de fauvisme… ! L’art contemporain,  en fait d‘« attracteur d’humanité », est plutôt le parc d’attraction des oligarchies.

Bonne nouvelle : l’ouverture à Menton du musée Jean Cocteau…un artiste dont l’humanité est plus attractive, non?

*Citations tirées de N. Bourriaud « Postproduction » Les Presses du réel 2003

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Mardi 15 novembre 2011

 Tout baigne….selon la Tribune de Genève  de 3 novembre 2011
Une femme de ménage trop zélée a détruit à jamais une oeuvre d’art, a indiqué le musée de Dortmund, en Allemagne.« La femme de ménage a retiré la patine d’une baignoire en caoutchouc placée sous des planches en bois empilées .«Il n’est plus possible de la remettre dans son état initial» cette installation de l’artiste allemand Martin Kippenberger, aujourd’hui décédé, a indiqué une porte-parole de la ville de Dortmund. Baptisée «Quand des gouttes d’eau commencent à tomber du plafond», l’oeuvre était assurée pour 800.000 euros. L’incident est survenu le 21 octobre. La technicienne de surface (était) employée par une société indépendante du musée. »

Comme on le voit il s’agit d’un drame de la sous-traitante : rien à voir avec une indignée anti-AC, ouf, tout baigne  ! Sauf que :

« Ce n’est pas la première fois qu’une oeuvre d’art est sacrifiée sur l’autel de la propreté en Allemagne: en 1986, «Fettecke» (littéralement «coin gras»), une motte de beurre suintante de l’artiste allemand Joseph Beuys installée dans un musée de Düsseldorf, avait été elle aussi été «nettoyée» ». Et on pourrait multiplier les exemples…

  Cette brave dame ferait merveille au Théâtre de la Ville où, paraît-il, il y a beaucoup de déjections à nettoyer. Mais la femme de ménage de Dortmund n’est pas seulement la solution à Castellucci : si une baignoire encrassée vaut… 800 000 euros nous avons aussi la solution de la dette. Pourquoi ne pas rembourser les méchants boursicoteurs qui nous étranglent en baignoires encrassées… puisque c’est l’Art financier dont-ils raffolent ?

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Mardi 8 novembre 2011

Tout va très bien, fin.

Tout va tellement bien dans l’Art contemporain, que la FIAC 2011 s’est complètement verrouillée….  Non contente d’avoir monté les tarifs d’entrée à 32€, il fallait cette année, outre une carte de presse, une accréditation en bonne et du forme, bref on acceptait que les auteurs amis…ou bien La FIAC vous taxait de 32 euros. Les vilains blogueurs dehors : l’AC vous l’encensez ou bien vous le financez. Ou vous la bouclez, circulez, y‘a rien à voir.  C’est effectivement un « art » très démocratique. Le procédé est commode : on a guère parlé des états d’âme des galeries françaises, sommées au dernier moment de céder une partie de leur stand pour faire la part belle aux galeries étrangères. Certaines se seraient fâchées (tiens, où est passée la galerie Zürcher cette année ?) …

Le mouvement Occupy Wall Street, qui proteste à New York depuis septembre, a  tenu à rendre explicite les liens entre « l’Art excessif » (ainsi nomment les chinois l’AC) et les excès de la finance  : c’est d’ailleurs une revue culturelle contestataire canadienne, Adbusters, qui par un poster imprimé en juillet dernier, appela à occuper Wall Street.  Ainsi le 22 septembre, plusieurs activistes ont perturbé une vente de Sotheby’s à New York. Une jeune femme s’est levée pour dénoncer les profits de la maison de vente ( plus de 500 millions d’euros) et l’augmentation du salaire de son PDG. Puis, un second manifestant exprima son soutien envers les manutentionnaires de la maison dont la grève en août (réclamant une hausse des salaires et des embauches) avait été brisée par l’emploi d’intérimaires…. La vidéo est en ligne sur : http://www.artclair.com/site/archives/docs_article/90117/quand-les—indignes—americains-s-attaquent-au-marche-de-l-art.php

A noter, l’ouverture d’un compte Twitter, @OccupyArtWorld qui reprend la démarche de Occupy Wall Street,  appliquée à  l‘Art Très contemporain  dont le marché reflète la voracité des « banksters » …

 Dans le royaume de l’AC, tout va très bien Madame la Marquise.
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Mardi 1er novembre 2011

Tout va très bien, suite.

My Artinvest.com se vante d’une idée de génie : ouvrir le marché de l’Art contemporain aux petits porteurs, ce qui est censé révolutionner et démocratiser le marché de l’AC. N’importe qui pourrait donc acquérir à faible coût des parts d’œuvres très contemporaines. Le principe est « calqué sur celui de la Bourse, le risque du crack financier en moins »sic. C’est curieux, Bernard Madoff disait exactement la même chose : « suivez-moi, vous ne pouvez pas perdre ». Chaque œuvre est donc divisée en 100 parts. « A partir de 5 parts achetées, l’acquéreur a le privilège de pouvoir exposer l ‘œuvre chez lui pendant un mois. » Là, l’opération ressemble à ces appartements vendus à la découpe ou mieux, à ceux vendus en temps partagé…dont les multipropriétaires ne savent plus que faire… Pour éviter cela, My Artinvest.etc propose à chacun de pouvoir revendre ses parts à n’importe quel moment pour réaliser une plus value…et laisse miroiter 200 à 400 % de bénéfices (mieux que Madoff ?). ..A vous Hirst, Murakami et consort…de quoi épater le voisin en lui agitant sous le nez « votre » Koons au moment de l’apéro….

Et tout cela « sans risque majeur», « sûr et lucratif »…comment en être certain au moment où, en Allemagne, une vaste escroquerie aux faux tableaux met en cause un des plus grands experts : « même Werner Spies s’est trompé » ! Cet ancien directeur du Centre Pompidou de 1997 à 2000, érudit en surréalisme, spécialiste de Max Ernst, sera même entendu comme témoin au cours du procès qui menace. La presse allemande le suspecte de « conflits d’intérêts en raison de ses multiples casquettes dans l’art »,   les authentifications erronées…étant rémunérées.  Un faux Max Ernst, dûment authentifié, fut vendu par une galerie qui… fit un don généreux au musée dont s’occupe le cher Werner… « pour la qualité de son travail ». Dans l’affaire rapportée par le Monde ( 2 juillet 2011, p.22), les escrocs, qui ont encaissé 30 millions, « auraient acheté des tableaux. Des vrais »… Pas sûr qu’ils aient choisi la vente à la découpe genre My ArtInvest.tralala. (notice de présentation 🙂cliquez)

Tout va tellement bien que la FIAC 2011 s’est complètement verrouillée…. pour éviter d’être perturbée comme certaines ventes de Sotheby’s ?  Vous le saurez avec le prochain épisode  de « Tout va très bien… dans l’Art contemporain ».  A suivre…

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Mardi 25 octobre 2011

Tout va très bien….

Selon le Kunst Kompass, les artistes français ne pèsent que 3,7 % du marché mondial contre 31% pour les américains, autant pour les allemands et 11% pour les britanniques. Motif invoqué par Les Echos ( du 20/10/11, p.25) : « l’art français est plus conceptuel alors que le marché ne l’est pas ».
Même si la FIAC 2011 enregistre un fléchissement de sa fréquentation, l’ambiance est à l’optimisme : le premier semestre 2011 fut le meilleur de tous les temps pour le marché de l’art, avec 4,3 milliards d’euros d’enchères dans le monde (toutes périodes artistiques confondues), soit +34% par rapport au premier semestre 2010.
La demande d’Art contemporain entre juillet 1010 et juin 2011, a enregistré un record historique mondial à 895 millions d’euros.
L’artiste premier au Top mondial, dans le rapport d’Artprice, est Jean-Michel Basquiat qui totalise 54 709 532 euros de produits des ventes aux enchères. Le premier français est 145ème : c’est Robert Combas (777 431 euros).

Le rapport  signale la progression de la dématérialisation du marché. « D’ici 5 ans la moitiés des ventes d’œuvres sur la planète pourraient être réalisées via Internet ». Autant acheter les yeux fermés car on sait bien qu’il y a souvent une grande différence entre l’œuvre réelle et sa reproduction informatique. Mais ceci n’a aucune importance pour les spéculateurs d’Art très contemporain qui n’achètent pas des œuvres mais des titres…(à suivre.)

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Mardi 18 octobre 2011

Le président Sarkozy a inauguré à Chaumont, Haute-Marne, le “Centre Pompidou mobile” , un musée itinérant qui présente 14 chefs d’œuvre,  sur le thème de la couleur. La structure est démontable, le Mumo, tel un bibliobus de 16 m de long, ira porter l’art aux populations affamées de province puis poussera, l’esprit missionnaire aidant, jusqu’en…Afrique de l’Ouest. Si ! Ce poids lourd de l’Art contemporain a coûté 2,5 millions d’euros. Chaque étape coûte 400 000 euros, financée par les collectivités locales, les mécènes et le ministère de la culture, c’est-à-dire le contribuable.

Mr le président  a regretté qu’un Français sur deux “n’aille jamais au musée”, “c’est une véritable fracture”,  pour lui,  pas d’opposition entre culture et économie, ce qu’il a abondamment démontré en demandant à tout bout de champ : combien ça coûte ? Admirant  le monochrome orange de Klein, il s‘est exclamé : « Ça, c’est plusieurs millions »… L’Art financier existe, Sarkozy l’a rencontré.

Il suffit de regarder la tronche du Mumo « aux couleurs de Daniel Buren », surmonté du « Red Rabbit » de Paul Mac Carthy.… pour en être sûr : le Mumo a posé un lapin à la culture…

                                                                Mumo

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Mardi 11 octobre 2011

La 10ème Nuit Blanche a battu son plein samedi dernier à Paris.

 Aude de Kerros l’a vu pour nous et analyse   ” What next ? Une image pieuse de la post-modernité”:

http://www.magistro.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=1029&Itemid=246
Je donnerai samedi prochain 15 octobre à 9h30 une conférence sur « La beauté en question » dans le cadre des rencontres « L’artiste contemporain et sa mission » organisées au sanctuaire de Montligeon (près d‘Alençon). Histoire de remettre les pendules à l’art…après ” What next ?”
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Mardi 5 octobre 2011

Quelques remous suite à la nomination de Mme Pégard, ancienne journaliste puis conseillère du Président, à la tête du château de Versailles en remplacement de Mr Aillagon.  Mr Gervereau, président du Réseau des musées de l’Europe, s’émeut (cf le Monde du 6 septembre ) : cette nomination représente pour lui un « pantouflage culturel » et sous-entend que « la direction d’établissement patrimonial n’est pas (n’est plus) un métier, que n’importe quel journaliste non spécialisé ou n’importe quel technocrate peut prétendre à ce type de poste ». Bref diriger Versailles ou un grand monument ne constitue plus le couronnement d’une carrière au service du patrimoine mais sert maintenant de « récompenses aux courtisans », alors que « les professionnels culturels se trouvent mal payés, travaillant beaucoup, sans aucune perspective de carrière »… Qui est donc Mr Gervereau, que Le Monde publie sans sourciller , comme le CNRS (Vous avez dit musées ? : tout savoir sur la crise culturelle un ouvrage de Laurent Gervereau )? Un haut fonctionnaire européen ? Son site le présente comme   très proche des milieux situationnistes et libertaires…. membre du Collège de Pataphysique…ce qui n’ôte rien à la pertinence de son propos versaillais…et le rend même apte à mesurer l’ubuesque de la politique culturelle !

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Mardi 27 septembre 2011.

La censure revient régulièrement dans les articles de journaux (1), qui  informent le public d’une mutation de la censure de grand-papa. Celle-ci n’est plus maintenant le fait du pouvoir institué….mais de « lobbys ». Puis on prévient qu’un danger plus grand que la vieille censure étatique nous menace : l’autocensure.
Que la censure ne soit plus le fait de l’Etat, devrait réjouir, mais au lieu de se féliciter de cette neutralité… les thuriféraires de l’Art- Provocateur-Professionnel lancent un appel du pied aux pouvoirs publics : qu’ils reviennent donc prendre parti ! Mais aux côtés des censurés, présentés comme d‘innocentes victimes. L’Art contemporain, au pouvoir depuis 30 ans, fait semblant de ne pas l’avoir pris et crie au martyr dès qu’on proteste.

 « Lobbys » est en général le nom présentable de « corruption » mais ici il s’agit souvent d’associations diverses et variées dont on sait qu’elles sont une spécificité française. Nul ne se plaindrait de cette solidité du tissu  associatif. L’Art Officiel si, orchestrant une réapparition du thème du complot : d’affreux réactionnaires manoeuvrent dans l’ombre contre ce « fragile » Art Financier, comme si celui-ci n’était pas soutenu par l’Etat, allié aux grands collectionneurs et à la grande presse !

Prenons un exemple. Le Piss Christ de Serrano provoque manifs et procès. Un attentat est organisé. Pour DSK on nous a seriné « la présomption d’innocence » mais ici les réputés « intégristes » sont  montrés du doigt sans preuve ! Des mois plus tard, les vandales courent toujours, cela devrait conduire la presse à plus de prudence mais non.  L’argument massue ? Les réputés « intégristes » protestaient contre Serrano ; l’œuvre de Serrano est attaquée : donc c’est eux ! Bref « à qui profite le crime » suffit pour condamner. Or justement, ce type d’action musclée ne profite pas du tout aux protestataires en vertu du principe de l‘amalgame : tous ceux qui protestent dans le même sac ! C’est ainsi que l’association qui en appelait à la justice, fort démocratiquement, à été ….lourdement condamnée ! Mais Le Figaro vend la mèche  : « les artistes eux-mêmes ainsi que leurs galièristes, jouent sur le scandale et la menace de censure pour faire monter la côte de leurs œuvres. A ce jeu le grand collectionneur Saatchi est l’un des maîtres… ». Dans ces conditions que les vandales soient des gens appointés par les pro Serrano ne peut être exclu. 

 A propos du blasphème, précisons qu’en France, et c’est heureux, la liberté d’expression ne le réprime pas. Ce qui ne signifie pas d’ailleurs que la communauté visée soit obligée au mutisme, interdite de réponse, à condition, bien sûr, d’échanger des arguments et non pas des horions, bref de rester dans le débat démocratique. Mais là où le bât  blesse c’est quand, sous couvert  d’art, le blasphème exige d’être financé sur fonds publics. C’est exactement ce qui a déclenché aux USA les « guerres culturelles ». Au bout de 10 ans les américains ont tranché : la provoc est tolérée mais elle n’a pas à se faire financer par le contribuable. C’est la seule façon pour le multiculturalisme de pouvoir vivre : tout est possible mais personne ne doit obliger l’autre à souscrire à ses idées via le porte-monnaie. En ce débat, la France retarde.

 En réalité, les artistes d’AC, petits ou grands, n’hésitent pas à ce comporter comme les lobbys qu’ils dénoncent : à la moindre critique, ils tentent un procès ! Certains dissidents de l’Art contemporain le savent bien, telle Évelyne Tschirhart qui avait critiqué le travail d’un artiste d’AC auprès de collégiens suite à un reportage télévisé, son article fut publié dans une revue puis repris sur son blog (2). L’artiste, ulcéré de ne pas être encensé, l’a harcelée de courriels, de lettres recommandées puis l’a menacée d’un procès par avocat interposé. Le directeur de la revue, comme l’hébergeur du site, ont heureusement mis bon ordre à cette atteinte flagrante à la liberté d’expression en rappelant l’article 6 de la Loi n°2004-575. Ce que veulent les artistes d’art très contemporain c’est le monopole de la critique, de la provoc et de la transgression réunies.

 L’éclatement de la société rend difficile de s’entendre sur un consensus, sur des valeurs commune pour vivre ensemble. Beaucoup des citoyens qui s’inquiètent et pétitionnent contre l’AC ont compris qu’il est, pour reprendre l’expression de Jean Clair, « une vidange généralisée des valeurs ». Quand toutes les valeurs sont lessivées, il n’en reste qu’une seule intacte qui devient la mesure de toute chose : l’argent roi.

 Quand à l’autocensure ce peut être le nom gentil de « lâcheté ». Les barons de l’AC ne veulent pas mettre leur peau au bout de leurs concepts. Ils veulent faire un coup médiatique comme on fait un coup financier à la Bourse : passer à la caisse sans coup férir ! Transgresser à l’aise,  pratiquer la « provoc » confortablement, avec l’assurance tous risques de l‘Etat providence ! Oui, il y a des rentiers de la provocation. C’est une niche fiscale non répertoriée : provoquer peut rapporter gros…et sans taxation possible.

La morale, se relooke en Éthique, (c’est plus chic), c’est aussi, plus trivialement, ce qui permet à une société de ne pas exploser, lui évite, bon an mal an, de revenir à l’état de Barbarie. Quand à l’autocensure, le débat est mal posé. Quand un locataire se retiens d’étrangler son voisin qui fait du bruit à 2 heures du mat, c’est bel et bien de l’autocensure, mais est-ce condamnable ? Quand madame Mouillefarine du Figaro écrit « grand maîtres » à propos de Kons et consorts, on se dit qu’un peu d’autocensure, c’est-à-dire de retenue dans la flatterie, n’aurait pas desservi son propos.

 Il est à craindre que le retour périodique du thème de la censure en art serve de rideau de fumée destiné à détourner l’attention. Le vrai débat est ailleurs : quand les journalistes scientifiques se retiennent de critiquer Servier dans une revue censée informer les médecins parce que, sinon, Servier va couper la manne de la publicité ! Là gît l’autocensure monstrueuse, tueuse, la vraie censure contemporaine  !

 (1) Le Figaro Madame du 20 Septembre 2011, p.122 à 124.
(2) Voir Tschirh-Art.com : http://tschirh-art.com/index.php?option=com_content&view=category&layout=blog&id=41&Itemid=77&lang=fr

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Mardi 20 septembre 2011

C’est toujours la rentrée…le moment de  réviser nos “classiques”. “L’art s’explose” est un documentaire consacré à l’Art financier ( 1h35) de Ben Lewis. Il est passé sur Arte, le jeudi 19 novembre 2009, à 22h35. Une de nos correspondantes l’a retrouvé sur Internet, fractionné en 5 épisodes.

Au cas ou vous ne puissiez ouvrir les 4 et 5, vous les trouverez sur le site de daily motion….: http://www.dailymotion.com/video/xbc5g1_l-art-s-explose_news   et

  Mardi 13 septembre 2011

Première bonne nouvelle de la rentrée :  la mobilisation citoyenne a eu raison de Mr Aillagon qui s’en va, officiellement terrassé par la limite d’âge. Mais le maître du Château espérait bien une rallonge, un privilège…il y croyait tellement qu’il n‘hésitait pas à interdire (même les rois n’osèrent pas) l’entrée de la « Grille du Dragon » aux versaillais. Les manants pétitionnèrent de plus belle… Après Koons, Murakami, Venet et autres consorts blink-blink…le gouvernement s’est lassé d’un fonctionnaire expert dans l’art d’être impopulaire.

   Deuxième bonne nouvelle, les conférences d’histoire de l’Art reprennent à l’Atelier 43, une ancienne grange nichée 43 rue de Paris, dans St Germain en laye, à 8 mn du RER A.

  En 2011-12, au programme :
Le cycle « Les tribulations de l’art », qui s‘étendra désormais sur 2 ans:  ce panorama, qui va de Manet aux disciples actuels de Marcel Duchamp,  montre que l’histoire des avant-gardes n’est pas aussi limpide qu’on l’a cru. Une histoire riche en rebondissements, non-dits, pour renouer avec toute une continuité historique souvent occultée.

 « A pied d’oeuvre » est un cycle qui explore des thèmes précis comme « L’arbre à travers la peinture, d’Adam à Mondrian », pour mieux  réapprendre à voir, à « lire » une œuvre ; on y traitera aussi d’enjeux brûlants : « Art contemporain : l’artiste, le spéculateur et le contribuable… », « Y -a-t-il encore des critères de  Beauté dans l‘art ? », etc. Les conférences sont indépendantes mais se complètent ; programme complet sur le blog : cliquer ici.

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Mardi 12 juillet 2011

Le “Grain de sel” s’absente… Bonnes vacances ! A bientôt.

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Mardi 5 juillet 2011

Morellet : art du néon, art du néant

  Morellet au Louvre avait agréablement surpris : son travail sur la fenêtre et  l’ovale dans l’escalier Lefuel tranchait, par sa sobriété et sa justesse, avec les interventions tapageuses de ces collègues d‘Art dit contemporain, quand ils « s’attaquent » au patrimoine . Mais sa 455e exposition personnelle, qui vient de s’achever au Centre Pompidou,  laisse dubitatif.

  L’artiste y montrait des installations réalisées  avec son matériau de prédilection, les tubes de néon, mais aussi avec des moyens variés : rubans adhésifs, morceaux de bois,  tas de sel,  plaques de métal… Conçues à l’origine pour un endroit précis, ces œuvres étaient destinées à disparaître à l’issue de la manifestation qui les avait engendrées. C’est le jeu, l’intérêt, la saveur et la grandeur de tout art éphémère. Pourquoi donc, si « la qualité la plus spécifique d’une installation, c’est d’être éphémère » ,  réinstaller vingt-six d’entre elles au Centre Pompidou ?

  Le dossier de presse en ligne l’avoue (1): « Ces installations ne figurent presque jamais dans les catalogues des expositions dont elles font partie : les délais d’impression étant trop longs pour reproduire des photos in situ…». Bref, il s’agit de bétonner le corpus de l’artiste…de consolider une cote…Le musée se glorifie même de l’artificialité de la démarche  : dans ces réinstallations «  réside une grande contradiction liée au fait qu’elles doivent se plier aux contraintes du lieu. Ici, au Centre, les contraintes brillent par leur absence, une absence de mur et de plafond. Il a donc fallu « construire » des contraintes, des cimaises qui évoquent les différents espaces ayant vu naître chacune des installations réactivées. » Pour justifier ce retournement de veste muséographique, les pro de l’AC n’hésiteront pas à entamer leur credo : Rien n’existe, tout se transforme.

  Dans un entretien avec Alfred Pacquement, Morellet  prouve qu’un bon usage de l’éphémère conduit à la postérité : « Quand une installation comme celle de mes « néons pleureurs » est achetée, par exemple, par le Centre Pompidou, elle devient alors une oeuvre, et postule à l’immortalité. »

  Son autre but est « d’occuper l’espace« , (sic) et là, tous les moyens sont bons, comme « des environnements faits de tubes de néon clignotants, parfois d’une grande agressivité visuelle » ou « des tableaux entièrement blancs disposés sur le mur donnant l’impression d’un grand désordre et dont il faudra découvrir le principe » bref, de quoi sidérer le pékin de visiteur.

  Pacquement essaye d’élever le débat : « Les titres de vos oeuvres sont parfois figuratifs, parfois mystérieux. Ce sont aussi des jeux de mots. Est-ce une contribution littéraire à votre oeuvre plastique ? »
Réponse de Morellet : « oui, pourquoi pas ? Mes titres peuvent même plus facilement porter un message que mes oeuvres… qui n’en ont pas ! »

Il suffit de lire, par exemple, un catalogue d’Art curial de 2008 pour voir comment Morellet dénie toute dimension symbolique, mystique ou métaphysique, à ses travaux.  Dégraissée des caprices de la subjectivité, l’œuvre doit résulter de l’application d’un système programmée qui ne désigne rien d’autre que lui-même.

Morellet, artiste tout néant tout flamme,  a réussi à mystifier un dominicain,  comme le rapporte le Figaro dans un article intitulé « François Morellet : que la lumière soit ! » sic : « Dans les vernissages rive gauche de la galerie Kamel Mennour, se trouve parfois un visiteur inattendu. Frère Marc est de la communauté des frères dominicains du couvent de la Tourette.. »(2) . Pendant la Biennale de Lyon de  2009, pour fêter le cinquantenaire du couvent, le Frère invita Morellet à oeuvrer !

  Le pire est à venir. A la question «  Le néon intervient constamment dans votre oeuvre. Comment l’avez-vous découvert  ? ». Morellet répond que, dès le début des années 1960, lui et ses amis  étaient persuadés «  que le règne de la peinture, des tableaux et des sculptures était fini, condamné à jamais. Nous étions passionnés par les matériaux modernes qui n’étaient pas encore trop « pollués » par l’art traditionnel ». Ces artistes officiels n’ont pas seulement occupé le terrain grâce à un provisoire qui dure…ils ont aussi pratiqué la terre brûlée, se répandant en invectives méprisantes pour un art qu’ils abandonnaient, contre des artistes qui avaient choisi, eux, la continuité historique de la peinture et de la sculpture. Ceux-là n’en sont pas à leur 455ème expo personnelle ; et Frère Marc, qui préfère le « néon pleureur », les ignore… (Pastorale des petits fours ?)

  Christine Sourgins

(1) http://www.centrepompidou.fr/Pompidou/Manifs.nsf/0/79D12BE7B900936CC12577E50038C91D?OpenDocument&L=1
(2) Le Figaro 19 avril 2011 article de V. Duponchelle.

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Mardi 28 juin 2011

Versailles aillagonise, suite…

  La revue de défense du consommateur « Que Choisir » vient de publier dans son numéro 494 un essai comparatif portant sur 386 sites culturels (1).

 Que choisir commence par rappeler ce que nous répétons depuis des années : « Selon une étude nationale portant sur les retombées économiques et sociales du patrimoine, 1 euros investi dans ce secteur générerait de 10 à 95 euros de retombées directes ou indirectes selon les zones touristiques… ». Bref la culture n’a pas à être traitée comme une parente pauvre, qui coûte et ne rapporte rien, envers laquelle l’Etat consentirait une forme d’assistanat, charité qui le dispenserait de toute critique.

 La RMN, réunion des musées nationaux, basée sur la mutualisation des ressources, les recettes des grands servant à aider les petits, « a volé en éclats et le « chacun pour soi » est désormais la règle. Le Louvre est ainsi devenu le premier site culturel mondial avec plus de 8,5 millions de visites en 2009. Il est suivi par Versailles (3ème avec 5,7 millions ), le centre Pompidou et Orsay (respectivement 9ème et 10ème). Face à ces musées d’envergure internationale, de plus en plus riches, de plus en plus puissants, le dénuement des « petits » est d’autant plus flagrant ».
 La fracture est aussi territoriale, le fossé se creusant entre Paris et les régions. « De même le rajeunissement du public et l’ouverture sociale n’ont pas été au rendez-vous, loin s’en faut. Selon une étude du ministère de la Culture, le pourcentage des ouvriers ayant visité un musée au cours des douze derniers mois est passé de 23% en 1989 à 15 % en 2008. Même chose pour les agriculteurs, dont la proportion a chuté de 22 à 17 % ».

 Les grands musées, devenus quasiment autonomes, se comportent comme n’importe quelle « pompe à fric » ; ce qui, en termes plus châtiés, s’exprime ainsi : « depuis 10 ans, le prix des billets est monté en flèche : plus 35 % pour le Louvre, plus 113% pour Versailles, plus 160 % pour le Centre Pompidou. Sans pour autant entamer la fréquentation grâce à une clientèle captive de touristes aisés, français ou étrangers, qui forment l’immense majorité des visiteurs »

 « Comme partout ailleurs, le diktat de l’économie quantitative prime sur la notion de service public ». Le grand perdant est le grand public. «  Dans les sites patrimoniaux qui encouragent la sur- fréquentation par tous les moyens, la visite, même en semaine et hors saison, relève du parcours du combattant ». Versailles, à ce titre, devient un cas d’école mention « victime de son succès ». Tarifs trop élevés et opaques (c’est tout juste si Que choisir ne parle pas de vente forcée quand, les jours des grandes eaux, le tarif est augmenté d’office qu’on y assiste ou pas). Le pire est à venir, dénoncé également par un article du Parisien du 16 juin : « Certains jours c’est deux à trois heures d’attente pour les visiteurs individuels… » c’est mieux pour les groupes, « quarante à quarante-cinq minute de retard ». Le « surbooking » n’est pas loin.  Bousculade et brouhaha, le palais ressemble  au métro à l’heure de pointe, certains visiteurs ne voient…que les plafonds ! Les expositions temporaires sont montrées du doigt et « Que choisir » rejoint le Parisien : le « parcours du combattant se poursuiv(ant) dans les grands appartements, encombrés par une exposition de trônes. Sans compter qu’ils gênaient la circulation, ces lourds objets gâchaient la perspective de la galerie des glaces »…Versailles obtient, outre une 3ème place mondiale,  « la palme du monument le plus mal géré ». Merci qui ?

  Mr Aillagon, dans un musée hypersaturé, attire les badauds : on sait que ceux-ci se précipitent à la moindre toile froissée, Mr Aillagon leur organise des accidents culturels et ils vont roder aujourd’hui autour des carcasses d’acier corten. S’agit-il de servir Versailles ou la culture ou de soigner sa carrière en apparaissant comme « l‘homme qui déplace les foules » ?  L’exposition sur les trônes, moins légitime qu’il y parait (à Versailles on ne mettait guère en valeur le trône… car c’était la personne du Roi qui était mise en scène), pêche surtout par sa tenue hors d ‘une salle dédiée, ce qui fut source de pagaille.

 Voilà qui devrait devenir une règle d’Or : les expositions temporaires… doivent se dérouler dans des salles idoines… Arrêtons de livrer les monuments historiques aux égos surdimensionnés des gestionnaires, sinon il faudra pousser les murs. Et Versailles continuera d’Aillagoniser….

 (1) « Valorisation à deux vitesses » , p. 46 à 54.

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 Mardi 21 juin 2011

Un article de Pierre Grégory, dans le dernier numéro de la revue Commentaire nous livre la vérité sur l’évolution du marché de l’art en France.

Le marché de l’art se caractérise non seulement « par l’ampleur des bénéfices que peuvent dégager les professionnels en peu de temps » mais encore par une « forte asymétrie d’information entre les acteurs » :  d’un côté les  vendeurs, « souvent des particuliers peu compétents sur ce marché ésotérique », de l’autre les acheteurs, « souvent des marchands, des professionnels bénéficiaires de l’asymétrie d’information » .

Un marché si complexe où se retrouvent face à face des acteurs permanents et puissants face à des acteurs ponctuels incompétents « présents sur ce marché soit à la suite d’un décès, soit parfois obligés par des contraintes financières de se défaire d’objets aimés, doit absolument être régulé. C’est donc bien à l’Etat de protéger les faibles et les petits en garantissant la présence d’arbitres efficaces ». Henri Mercillon, grand spécialiste du marché de l’art, avait donc, en son temps, préconisé que les commissaires priseurs restent des « officiers ministériels dont le monopole se trouvaient justifié par la nécessité de protéger les vendeurs ».

 Mais au prétexte qu’une concurrence est toujours préférable à un monopole…les commissaires priseurs ont perdu leur monopole. Le résultat fait frémir : « il y a trente ans, l’intermédiaire de vente publique prévalait 22%. Il prélève aujourd’hui 36 %. La ponction des intermédiaires en ventes publiques a donc augmenté de 63% » ! Sans compter que « les ententes, parfois qualifiées de « révision », y sont nombreuses »… Une réforme du Conseil des ventes volontaires s’impose…« pour garantir la protection des vendeurs ainsi que la transparence des échanges »…

 Sinon la main invisible du marché, qui est une main crochue, n’a pas fini de faire main basse sur le patrimoine des citoyens…

 A lire aussi dans ce N°134 de Commentaire :

« Culte de l’avant-garde et culture de mort » par Jean Clair, version élargie d’une conférence prononcée dans le cadre du Parvis des Gentils en mars 2011 et qui critique allégrement la politique culturelle de l’Eglise envers l’avant-garde artistique.
– « Pierre Lamalattie et Michel Houellebecq » un article .. de Ch. Sourgins qui commence ainsi :

 « Paris Match  prétendant avoir retrouvé le héros de Michel Houellebecq dans «La carte et le territoire» en la personne de Pierre Lamalattie, une visite s’imposait  à la Galerie Blondel où le peintre exposait. Pierre Lamallatie fut effectivement pendant vingt ans le complice de l’écrivain, au point d’avoir édité ensemble la revue littéraire “Karamasov” et incarné un artiste fou dans un film tourné par le futur Prix Goncourt.

Mais est-il le modèle esthétique du fameux Jed Martin ? »

 Pour lire la suite, se procurer le N°134 de Commentaire cliquer
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Mardi 14 juin 2011

Venet, le Bernard-limite de la sculpture

 Versailles aillagonise, en 2011, c’est Venet qui s’y colle, Bernar de son prénom, mais sans « d », c’est plus chic, quoique consonnant toujours dangereusement avec le fameux « nanar »  qui désole nos écrans.

Dans le dossier de presse de Versailles l’homme se vante d’avoir commencé sa carrière en peignant au goudron puis en exposant une sculpture composée d’un simple tas de charbon, autrement dit libérant l’œuvre des contraintes de la composition : bref, un bernard-limite de la sculpture. Le crustacé s’est aussi lancé dans la musique concrète : « je prends une brouette, lance un enregistreur à cassette et tourne en rond avec la brouette, j’obtiens un son monotone, très répétitif et ce sera l’équivalent auditif du goudron » sic ! (1)  Les services du ministère nous claironnent, eux  que Nanar, pas fier, « s’empar(e) de New-York en 1966 » et par la même occasion de l’art minimal et conceptuel. Il en conçoit un programme qui prévoit d’arrêter sa carrière artistique en 1971 (Clin d’œil à Duchamp). Notre Bernar, qui se vante d’un « bac niveau moins 2 », ira donc pendant ce temps là, enseigner à la Sorbonne : voilà un sculpteur habile, sinon dans les formes, du moins dans la recherche des appuis ;  il n’aura aucun mal à épouser une riche américaine (clin d’œil à Marx Ernst épousant Peggy Guggenheim). Bernar s’incruste donc à New-York et devient alors un « afreu » = artiste  financier, résident aux états-unis ».

 Malheureusement pour Louis XIV, le Bernard-limite ne tient pas son programme et repique au marché de l’art, fournissant des œuvres minimalistes, aux formes aléatoires, avec prétextes mathématiques pour épater le bourgeois, mais qui ont la rigueur et la profondeur spirituelle de la brouette concertante. 

 Nanar a trouver le filon, « la misère formelle compensée par le gigantisme ». Il y a même une usine entière dans les Balkans exclusivement dédiée à sa production dont la « dimension n’est limitée que par les problèmes de transport ». Mais que font les écologistes ! Voilà un art qui bafoue le développement durable, à quand la taxe carbone sur les délires de l’Art contemporain ? Car enfin, à Versailles  pour soutenir les 60 tonnes d’acier corten de 22 m de haut « il a fallu dépaver la cour pour y poser une résille métallique destinée à ancrer la sculpture »(2). Sa première idée, installer, coté jardin, les côtes de diplodocus en corten « s’est révélée d’une difficulté technique colossale : il fallait une sous-structure de près de 10 tonnes d’acier » pour faire tenir  l’œuvre sur un sol meuble. D’où le budget avancé de 2,5 millions d’euros (3)…pour mettre la statue de Louis XIV entre parenthèses ferrugineuses.

 L’ambition, selon le dossier officiel, est de nous « faire redécouvrir » Versailles, quitte parfois à s’inscrire en opposition avec son dessin…(et à placer) un effondrement d’arcs entre le bassin d’Apollon et le Grand Canal, sorte d’épave non pas informe mais informelle ». Il faudra que Bernar explique la différence entre informe et informel au Monde, le journal n’a pas compris, au point d‘écrire que : «  l’effondrement évoque un tas de fagots oubliés par un jardinier négligent »… N’est-ce pas plutôt une fine allusion à la toute première œuvre de Nanar « une performance où on le voit couché au milieu de détritus » ? 50 ans après, elle enchante toujours le commissaire de l’exposition, Bernard (avec un d) Marcadé. Même la presse amie a du mal à avaler les couleuvres de corten : Le monde est bien mal inspiré quand il évoque les « Lignes verticales » que le Bernar-limite a aussi incrustées dans la perspective de Marly : « le domaine de Marly a été récemment restitué au château de Versailles. L’installation d’une telle borne est un excellent moyen pour M. Aillagon de marquer son territoire ». Marquer son territoire comme un vulgaire animal ? Vraiment le Monde n’est guère courtois.  « Direct matin » ne s’en tire pas mieux en s’extasiant sur : « ses arcs courbés (qui) mettent en relief les perspectives rectilignes du château »(4). Tiens, des arcs courbés ? Vous connaissez des arcs droits ?

  Voilà ce qu’on gagne à s’enticher du « nanart » contemporain !

 Christine Sourgins

 (1) Excellent article d’ Artension N°107, p. 96.
(2) Le Monde 31 mai 2011, p.23.
(3) Le Monde 2 et 3 avril 2011, p 32.
(4) Direct-matin, 7juin 2011, p.26.

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Mardi 7 juin 2011

   A signaler la parution d’ éCRItique 12

Revue semestrielle d’arts plastiques
Théorie / Pratiques

1er semestre 2011- parution : juin 2011

 Plus d’infos, commandes et abonnements sur : http://ecritique-revue.over-blog.com/

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 Mardi 31 mai 2011

Jusqu‘au 19 septembre le Centre Pompidou présente « Paris-Delhi-Bombay », le titre voudrait rappeler les grandes expositions historiques des débuts de Beaubourg mais les mœurs muséales ont bien changé et même Le Monde est forcé d’en convenir (1).

  Officiellement il s‘agit  de « l’Inde vue par les artistes indiens et français ». Les indiens sont triés sur le volet, ils vivent dans de grandes métropoles et sont « rompus aux pratiques de l’art contemporain international ». Art tribal s’abstenir, Art financier bienvenu, le seul, disent les commissaires, à révéler « la situation actuelle du pays », autrement dit la mercantilisation des valeurs indiennes, comme du reste du monde. Coté français, a-t-on sélectionné des artistes ayant fait l’effort de s’intéresser à la culture indienne, quitte à aller vivre sur place ? Même pas. Ils sont dix-sept, mandatés par le Centre pour pondre un produit avec référencement indien. 

  Et là, même le Monde s’interroge : « Quel sens y a -t-il à leur commander des travaux sur un pays qu’ils ne connaissent pas ou mal et qu’ils n’ont pas eu le temps de connaître en raison de la brièveté des délais ? ». Remarquez la (fausse)naïveté du journal : de toutes façons, pour pondre un produit d’art financier, donc de saveur internationale,  point n’est besoin de s’enraciner dans une culture, c’est d’ailleurs plutôt mal vu. Mais Le Monde insiste :«  On aimerait comprendre quelle logique a présidé à la sélection en espérant qu’elle ne soit pas seulement celle des réseaux. »

 Le mot est lâché : logique des réseaux. L’Inde n’est qu’un prétexte, une attrape-subvention, doublée d’une attrape-public… et d‘un attrape-médias. On aimerait que la prise de conscience journalistique aille jusqu’au bout. A quoi bon, tenter de faire de la critique d’art si les dés sont pipés ? A quoi bon monopoliser l’attention des visiteurs, conviés à regarder, non pas l’Inde, mais un système se regardant le nombril ?

 (1) Le Monde, 27 mai 2011, page 21. Article d’H. Bellet et P.Dagen

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Mardi 24 mai 2011

A signaler cette semaine : la mise en ligne de l’article sur la réouverture de la maison de Cocteau à Milly-la-forêt. Cliquez ici  

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Mardi 17 mai 2011

Monumenta est de retour avec Léviathan !

  Le monstre biblique qui avalait les âmes, est reconverti en avaleur de badauds par Anish Kapoor qui applique une méthode simple et efficace : « Un seul objet, une seule forme, une seule couleur ».

 Zébré par les ombres de la verrière du Grand Palais, le monstre ressemble à une cacahuète-aubergine, gonflée à bloc ; on vadrouille à l’intérieur puis on zieute la baudruche de l’extérieur. C’est géant, incongru en ces lieux, et donc forcément, « ça en jette » : sensations garanties mais qui relèvent plus de la fête foraine que de l’art. Qu’importe, le dossier de presse nous convie à une « découverte sensorielle et mentale » grandiose, une remise en question de « ce que nous croyons savoir sur l’art, de notre corps et de notre vécu le plus intime, de nos origines ». C’est une Lapalissade gonflable : la couleur rouge évoque le sang, la transparence du tissu, une membrane charnelle…. nous voici de retour dans la matrice, ou, si l’on s’en tient au titre, dans le ventre de la baleine qui engloutit Jonas.

 L‘engloutissement débouche moins sur une renaissance que sur l’infantilisation du public. Il s’y mêle un zest d’apprentissage de la servitude volontaire : la presse se complaît à souligner combien le visiteur se sent petit, réduit à presque rien devant cette colossale démonstration de force de l’AC, « tellement gigantesque qu’on ne peut avoir une vue d’ensemble »…

 Petit détail, mais le Léviathan est dans les détails, c’est bien connu : la file d’attente risque d’être monumentale ( c’est le cas) « le ventre du Léviathan ne peut pas contenir plus de 130 personnes » prévient « A nous Paris» (1) qui incite ses lecteurs à courir sus à l’événement. Or le site de Monumenta revendique « L’art contemporain accessible au plus grand nombre » : 130 personnes pour une nef de  13 500 m²,  autant dire que la file est organisée pour susciter l’ébahissement et la pulsion visiteuse du mouton de panurge toujours pressé d’aller où tout le monde va. « Léviathan ? », « j’y étais ! »

  Cette sidération du public permet alors de perdre de vue d’éventuels conflits d’intérêts : la galerie parisienne de Kamel Mennour expose en parallèle un artiste fétiche … Anish Kapoor… merci l’Etat !

  Cette année encore, Monumenta ment, monumentalement…

(1) du 16/05/11, p.46 .

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Mardi 10 mai 2011

 Une pétition « très, très urgente » circule pour « sauver » Olivier Kaeppelin si contrarié dans son projet mirifique  au Palais de Tokyo, qu’il le quitte pour offrir ses services à la Fondation Maeght. Cet institutionnel se retrouve donc promu, par les pétitionnaires, sauveur  de leur avenir culturel.

   Olivier Kaeppelin, ancien délégué aux arts plastiques, a été la clé de voûte d’un système qui a enterré  la peinture et la diversité artistique  pour promouvoir depuis 30 ans des artistes officiels conceptuels… J‘ai souvenir d‘une émission sur France Culture où j‘avais (aux côtés de Jean Clair) ce délégué comme contradicteur. Hors micro, Olivier Kaeppelin m‘avoua vouloir soutenir la peinture mais ne pas y avoir réussi ! Ce double discours m’étonna, je lui demandais qui étaient les peintres qu’il voudrait défendre. Je compris alors qu’il s’agissait moins de promouvoir la peinture qu’un certain conceptualisme peint (comme disait Max Ernst, «  ce n‘est pas la  colle qui fait le collage » et on peut très bien indexer une imagerie à un travail conceptuel prégnant).

D’autant que Jean de Loisy était de la partie…lui qui, en 2000, commissaire de l’exposition sur la beauté en Avignon, n’avait guère fait de place à la Peinture-peinture….On peut avoir de gros doutes sur  la teneur exacte du projet du Palais de Tokyo « consacré aux artistes français confirmés » sic et qui, maintenant qu’il tombe à l’eau, apparaît auréolé de toutes les vertus (comme la jument d’Alexandre qui avait toutes les qualités sauf une, celle d’exister) .

  D’autre part, le récent rapport de la Cour des Comptes souligne la faillite du navire de la culture officielle ; ceux qui l’ont construit et piloté peuvent donc être tentés d’aller, à l’approche de la retraite, pantoufler dans une fondation privée.  Ce fait illustre à nouveau la collusion public/privé qui gangrène la vie culturelle française : on prend toujours les mêmes et on  recommence partout ;  ils disent qu’ils vont faire, qu’ils aimeraient tant faire, mais ne font rien. En attendant ils règnent.

  La nouveauté est que l’ancienne  génération (cf C. Millet venant à la rescousse de Kaeppelin dans Libération)  est contestée par de jeunes loups aux dents longues….L’article de C. Millet  a le mérite de nous apprendre que la fréquentation du Palais de Tokyo, repaire des jeunes loups, n‘est pas si triomphale qu‘on le dit : « les entrées payées (ayant) ces dernières années, baissé de 30% ».…André Rouillé dans ParisART   précise  que Wahler  (qui apparaît comme le « tombeur » de Kaeppelin) appuie sa conquête du Palais de Tokyo  sur un réseau qui comprend Mark Alizart. Ce dernier, « successivement chargé de programmation au Centre Pompidou, directeur adjoint du Palais de Tokyo avec Wahler, puis conseiller au cabinet de Frédéric Mitterrand: c’est lui, ce jeune météore à la mystérieuse force de propulsion, qui a reçu Kaeppelin au ministère, et qui l’aurait poussé à la démission — à l’insu du ministre qui, souligne Le Monde, l’aurait apprise par la presse… » . D’où le titre de l’éditorial de ParisART du 5 mai  « Petits meurtres entre amis »…

  Est-il si urgent de jouer les figurants pour ces révolutions de Palais ? D’autant que trop de pétitions tue la pétition…

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Mardi 3 mai 2011

Un commentaire dessiné publié dans le  New Yorker du 3 mai :

L'oeil du New Yorker 3-5-2011 (Large)

En tant qu’artiste, je prends un objet du quotidien -disons un réverbère – et en urinant dessus, je le transforme en quelque chose d’unique et de personnel…

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Mardi 26 avril 2011

En cette période pascale, quelques réflexions de Jean Cocteau :

“Je ne crois pas que la souffrance et la misère nous fécondent. ..je croirais plutôt qu’elles nous paralysent, et…j’aimerais voir une grande oeuvre sortant du bonheur”.

 “Notre époque fut dominée par la peur du beau. Par une peur panique de faire preuve de faiblesse en admettant la douceur et le charme. Cette crainte a conduit l’art sur les routes abruptes parmi les fils de fer barbelés et a ouvert la porte aux monstres. Qui, en 1956, oserait avouer préférer Ariane au Minotaure, et une promenade en mer à une promenade dans le labyrinthe ?”…Suivait un appel à la révolte contre le “conformisme anti-conformiste” de l’avant-garde, “cette révolution défunte immédiatement transformée en impérialisme” …Cahiers Jean Cocteau N°8, p.65 ,72, 73.

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Mardi 19 avril 2011

 Piss-Christ : un piège

Le Piss-Christ, photo montrant un crucifix dans de l’urine, a été détruit dimanche par des individus armés d’objets percutants.
L’art contemporain cherche non pas la beauté mais le scandale et Piss Christ est emblématique à ce sujet : la photo diffuse une chaude lumière orangée,  qu’on pourrait qualifier de belle tant qu’on ignore la teneur de ce bain lumineux : urine agrémentée de sperme. Voilà une beauté scandaleuse, l’équivalent du baiser de Judas, signe d’amitié au premier abord, trahison en réalité. La tension entre esthétisation et intention déviée, fait partie de la construction de l’œuvre comme piège, selon les principes de l’art dit duchampien.
Que Serrano se disent chrétien ne devrait donc tromper personne : on ne s’autoproclame pas chrétien tout seul, mais on rentre dans une communauté enracinée dans l’histoire, dans une famille ; cracher sur qui vous accueille n’est pas le meilleur moyen de se faire reconnaître.
Pourquoi ce goût du scandale ? Le but de l’exposition actuelle est de” faire événement”, à tout prix, donc le carême est la période indiquée, de même la ville d‘Avignon, ville des Papes ! Car engranger des retombées médiatiques fait monter les cotes de l’art financier qui excelle à récupérer l’indignation. Voir l’exemple plus ancien de « La nona ora » de Cattelan, montrant Jean-Paul II écrasé par une météorite (un don du ciel !) : exposée en Pologne elle déclencha la colère des catholiques. En salle des ventes elle atteignit alors des sommes astronomiques…l‘œuvre avait«  trouvé  son public » sic
Les naïfs qui se sont attaqués à la photo, ont été les jouets du système sans le savoir. Ils s’apercevront vite qu’ils n’ont rien détruit du tout, car l’œuvre est conceptuelle, ce qui compte c’est l’idée. Et une photo appartient à l’ordre du multiple…il y a fort à parier que le Piss Christ va renaître encore plus prisé qu’avant. L’opération est en cours, Libération nous apprend que  le musée rouvrirait ses portes dès mardi matin avec les «oeuvres détruites montrées telles quelles». C’est donc l’œuvre martyrisée (et une pièce voisine) avec les stigmates de l’agression qui sera exhibée. L’Œuvre sera christifiée, suivant les méthodes habituelles de l‘AC.

  Récupération et discrimination

 En revanche, cet acte violent va être récupéré par le politiquement correct pour diaboliser tous les chrétiens blessés par Serrano. Et tout futur protestataire sera suspect d‘intégrisme. Avant même de connaître l’identité des meneurs, la presse dénonce « un commando catholique » , terme militaire qui permet de mettre tout le monde dans le même sac, avec les islamistes. Pourtant les différences avec l’affaire des caricatures de Mahomet sont criantes. En Avignon, les protestations ont été pacifiques, puis, devant l’insensibilité des organisateurs à sa souffrance un petit groupe désespéré est passé à l’acte (NB, s’il s’agissait de « jeunes » commettant des exactions en banlieue, le politiquement correct leur trouverait toutes les souffrances existentielles, tous les désespoirs, toutes les excuses possibles …). Mr Yvon Lambert n’a pas fatwa sur sa tête… mais il crie à la persécution : «Je suis persécuté au téléphone. J’ai reçu 30 000 mails, je n’exagère pas, 30 000 mails des intégristes (…) Cette ignorance, cette intolérance. C’est le Moyen-Age qui revient à grand-pas». Que lui, Lambert Yvon, ait fait violence aux consciences chrétiennes ne l’effleure pas un instant. C’est un homme de l’Art financier donc il est innocent des blessures infligées aux âmes car celles-ci ne sont pas quantifiable en monnaie sonnante et trébuchante, donc le dol n’existe pas. De même, ne lui dites surtout pas qu’il faisait de la provocation : montrer cette photo en Avignon, en temps de carême, relève juste d’une bonne stratégie de com. Mais qu’on ait troublé sa quiétude de business man, d’homme qui fait la seule chose en ce monde qui compte, du fric, voilà qui est intolérable ! Que le Christ ait sorti manu militari (mais sans blesser personne) les marchands du Temple, ne doit pas lui rendre sa religion sympathique non plus. Car le Temple, le seul, le vrai, c’est le Marché  (« la main invisible du marché » censée tout réguler dit bien qui est le Dieu providentiel de notre sainte laïcité….)
Les manieurs de marteaux auraient mieux fait de manier un argument que le Politiquement correct peut encore entendre : celui de la discrimination. La fondation Lambert ferait-elle la même chose avec une étoile jaune ou un coran ? On peut en douter : l’Art dit contemporain pratique la discrimination sans vergogne.

  Double langage et escamotage

Il pratique aussi le double langage, audible dans la réaction fort prévisible du ministre de la culture : Frédéric Mitterrand a condamné une «atteinte à un principe fondamental, la présentation de ces oeuvres relevant pleinement de la liberté de création et d’expression qui s’inscrit dans le cadre de la loi», tout en reconnaissant que «l’une des deux oeuvres pouvait choquer certains publics». Il n’est pas sûr du tout qu’une œuvre qui bafoue la croyance et la sensibilité d’un nombre considérable de citoyens soit légalement exposable, surtout avec le montage financier qui est derrière, d’où la concession sur « pouvait choquer » alors que cela a bel et bien choqué, c‘est avéré.

Ce qui est escamoté, c’est le débat qui agita aux Usa, non pas comme il est rapporté faussement uniquement les “extrémistes américains”. Car cette œuvre de Serrano qui date de 1987 avait en Amérique provoqué les « guerres culturelles » : une affaire nationale qui posa un problème politique devant le Congrés. Les USA, à la suite d’un procès qui dura presque dix ans, répondirent que la puissance publique ne pouvait pas financer des expositions blasphématoires ou choquantes avec l’argent du contribuable. Ce qui est pour beaucoup, chrétiens ou pas, l’aspect le plus choquant de l’affaire Piss Christ en Avignon. Dans une démocratie, c’est par procès que doit se régler ce genre de litige, précédé par un débat contradictoire et loyal.

Celui-ci sera difficile à organiser car le double langage règne. Ainsi pour L’Observatoire de la liberté de création, émanant de la Ligue des droits de l’homme, qui a dénoncé «ces actes de vandalisme» et rappelé: «C’est au public de juger les oeuvres, pas aux censeurs autoproclamés». Or le public qui pétitionne, proteste, défile…n’est pas pris au sérieux. Le public a droit de cité  uniquement s’il cautionne le choix des agents culturels au pouvoir. Sinon, il déchoit de sa qualité de public et devient censeur, grave injure.

 A l’intérieur de l’Eglise aussi le débat est mort-né, Mgr Rouet et quelques autres clercs ayant déjà donné leur bénédiction, écrivant ainsi le enième chapitre de la “trahison des clercs”, pour reprendre le titre de Julien Benda. Parmi ces « clercs » figurent des intellectuels chrétiens qui fourbissent des arguments pour justifier Piss Christ. « Certes, la photo est réalisée avec un liquide ignoble, mais la belle lumière montre la puissance de la transfiguration « (sic) ! Voilà un argument de raisonneur, habile à jouer avec les mots mais incapable de voir ce qui est transfiguré : la banalité d’un objet proche de St Sulpice. Autre argument, avancé, paraît-il, par un philosophe : les secrétions corporelles, la sueur, la sanie, il y a dû y en avoir lors de la crucifixion, alors pourquoi pas Piss-Christ ? Cette fois c’est la symbolique qui est perdue de vue par le raisonneur : tous les produits corporels n’ont pas même valeur, on est sauvé par l’eau et le sang, pas par l’urine qui est justement le liquide émis quand on a peur, ou qu’on crève de lâcheté. Or le Christ est mort par amour…

  Que l’Art financier soit, en soi, une censure de tout art, de tout artiste différents de lui, nous entraînerait trop loin….et pourtant. Si cette censure féroce est si peu vue, c’est bien que l’Art officiel est un piège. Ne pas y tomber, nécessite un effort de compréhension et d’analyse, surtout parmi les chrétiens qu’ils soient tentés par les sirènes de l’art dit contemporain ou, au contraire, par une réplique musclée.

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Mardi 12 avril 2011

Le discours de Jean Clair au Parvis de Gentils a répondu par avance à l’exposition du Piss Christ de Serrano qui défraie la chronique actuellement : d’où cet article “Culte de l’avant-garde et culture de mort” (cliquez)

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Mardi 5 avril 2011

En guise de Grain de sel, cet article publié cette semaine à propos du dernier livre de Chantal Delsol.

http://www.libertepolitique.com/culture-et-societe/6689-chantal-delsol-aux-prises-avec-nos-renoncements

   Le fil conducteur du livre est notre rapport à la vérité, ce qui est crucial pour les problèmes d’esthétiques qui sont gangrenés par l’idée reçue « qu’on ne discute pas des goûts et des couleurs », autrement dit, l’art serait gouverné par le relativisme absolu. Il peut être, certes, difficile de discuter des goûts en raison de la subjectivité (liée à notre liberté de réception d‘une oeuvre) qui s’y mêle, mais on devrait au moins être en mesure de rendre compte d’un goût personnel sans en faire un oukase qu’on impose ou oppose au voisin ; en revanche, des couleurs (à moins d’être daltonien) il est possible de discuter. C’est même ce qu’on a fait pendant des siècles dans les ateliers et les salons de peinture : telle couleur trop froide ou trop chaude déséquilibrait ou non la composition…etc.

  L’art ressemble à l’Histoire, qui, si elle n’est pas une science « dure », n’est pas irrationnelle pour autant : elle est gouvernée par des logiques de méthodes, une déontologie. Ce n’est pas non plus parce que l’Art n’est pas une science qu’il serait n’importe quoi…
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Mardi 29 mars 2011

La conclusion du dernier livre de Jean Clair , « L’hiver de la Culture » chez  Flammarion :
«Les gesticulations convenues des gens d’Eglise et des fonctionnaires d’Etat admirant  « l’art contemporain », si contraires à leurs fonctions et à leur mission, évoquent les pantomimes burlesques des Fêtes des Fous lorsque le Moyen-Age toucheait à sa fin.

Cela aurait peu d’importance. Combien d’artistes, dans le siècle qui s’est achevé et dans celui qui commence, incomparablement plus maltraités que leurs compagnons de la fin de  l’autre siècle qu’on avait appelés des artistes « maudits », ont-ils disparus, en effet sacrifiés, dans l’indifférence des pouvoirs supposés les  aider, morts sans avoir été reconnus désespérés trop souvent de cette ignorance ? C’est pour eux que ce petit livre aura été écrit. »

  Ces phrases annonçaient son discours  de vendredi au « Parvis des Gentils », manifestation culturelle organisée par l’Eglise pour dialoguer avec les non-croyants. Discours qui a du faire grincer quelques dents. Autrement dit c’est biblique : les fidèles ont du manger de l’Art dit contemporain et les clercs ont les dents agacées…à suivre…
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Mardi 22 mars 2011

Si les français n’avaient pas renoncé à leur esprit frondeur, ils inonderaient la direction du Louvre de lettres de ce type :

  Monsieur le directeur,

Je découvre sur le site du votre musée : « Assistez aux matchs de boxe donnés par des danseurs hip-hop en écho aux sculptures du musée. Le chorégraphe propose une vision décalée de ce sport qu’il érige en art, jouant sur les contrastes et donnant aux codes et aux gestes de la boxe une dimension chorégraphique ». Vous avez en effet invité Mourad Merzouki et sa compagnie Kafig à boxer entre (ou avec) les statues des cours Puget et Khorsabad. Hercule ou Milon de Crotone défiés par 10 danseurs en baskets et gants vermillon, comme le souligne le Figaro du 7 mars : « les statues vont atteindre la grandiloquence des héros de péplum ». Malgré les échauffements de ces culturistes, la température des salles a encore baissé et Jean Clair serait au bord du “malaise” (1).

  Cependant, j’apprends avec plaisir que le Louvre a enfin délaissé les activités poussiéreuses de conservation des œuvres d’art pour entrer dans l’âge moderne du renoncement, illustrant à merveille le titre du dernier livre de Chantal Delsol (2). Le Louvre renonce donc à être un musée pour accéder au statut, ô combien plus prestigieux, de salle polyvalente.

   Il était temps, à l’exemple  Triffouilly-les-oies ou des bourgades les plus reculées, Paris obtient enfin un Louvreland,  un Pinacodrome, à la mesure de l’ homo festivus qui a supplanté le vieux sapiens.

   J’ai donc le plaisir de solliciter la location (au choix) :
-de la salles des 7 cheminées pour l’anniversaire de Tante Paulette,
-de la galerie d’Apollon pour le pacs de la petite dernière,
– du salon carré pour le concours de pétanque de mon comité d‘entreprise.

 Veuillez agréer, Monsieur, mes sincères félicitations, pour votre contribution à l’américanisation, non, pardon, à « l’ alzheimerisation »de la culture française.

  Signature

(1)A lire d’urgence : Jean Clair, “L’Hiver de la culture” et “Malaise dans les musées”, Flammarion, coll. Café Voltaire.

(2)Chantal Delsol, « L’âge du renoncement », Cerf,  livre important, que je recommande et sur lequel un prochain Grain de sel reviendra.
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Mardi 15 mars 2011

Entre la Princesse de Clèves (1):

  princesse-de-cleves blog

et Kadhafi (2)…

   mouammar-kadhafi versailles- 

 …l’Art officiel a choisi !!!

 (1) Rappelons qu’en 2006, candidat à l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy avait ironisé sur la présence du premier roman moderne à l’oral du concours d’attaché d’administration : « Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d’interroger les concurrents sur “La Princesse de Clèves”. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu’elle pensait de “La Princesse de Clèves”… Imaginez un peu le spectacle ! ». Une guichetière se doit  à son guichet, point barre ; pas de chef-d’œuvre pour les sous-fifres. Notre président était déjà passé « de la culture pour tous à la culture pour chacun ». L’horizon de la guichetière des années 2010 n’est pas prêt de s’élargir… celle des années 60 allait applaudir le film de Delannoy dans une adaptation de Cocteau, avec Marais, et Marina Vlady dans le rôle titre…Un déclinologue en tirerait argument…

(2) Le 14 décembre 2007, le Colonel Kadhafi  venait visiter le château de Versailles, sur le cliché on reconnaît  Mr Aillagon qui s’empressa : pour un amateur d’Art financier, tout ce qui est célèbre est fréquentable, en art comme en politique, on n’est guère regardant sur les titres de gloire….

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 Mardi 8 mars 2011

Liberté d’expression

Pourquoi les peintres figuratifs n’utilisent pas plus souvent leur art pour se défendre ? Ils pestent contre le système, crient au martyr… mais évoquez la possibilité de ce genre de riposte (de donner les traits d’un ministre à un personnage servile par exemple) et l’artiste vous fait comprendre qu’il est « au dessus de ça », qu’il n’est pas un « caricaturiste ». Les maîtres d’antan n’avaient pas ces pudeurs, les expressionnistes allemands, Dix, Grosz , n’hésitaient pas à brocarder leurs contemporains… Certes, toutes les types de figuration ne conviennent pas à cet exercice et il ne s’agit pas d’en appeler à un art « engagé », juste à un art un peu plus « incarné ».

Rappelons que le droit de suite a été acquis justement grâce à un dessin de Forain qui fit polémique. On y voyait deux enfants en haillons sur les marches d’un hôtel des ventes commentant une enchère millionnaire : « c’est un tableau de papa ! »…
 Le crayon de Forain entraîna le vote des députés…en 1920.  En 2011, la liberté d’expression s’use quand on se s’en sert pas…

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Mardi 1er mars 2011

Les enjeux du droit de suite

   La France a créé le droit de suite en 1920 : elle risque fort de l’enterrer pour complaire à la mondialisation qui procède par dérégulations successives. Pourtant le droit de suite ne concerne que la revente d’une œuvre ; il attribue à l’artiste ou à ses héritiers une faible part des plus-values. Une œuvre mettant du temps à être reconnue,  c’est justice pour l’artiste, qui l’a souvent cédée à vil prix, de récupérer 4% lors de chaque revente. Comment, si on supprime ce droit, continuer à s’apitoyer sur Van Gogh qui ne vendait rien ? Les Bobos mondialistes d’aujourd’hui seraient-ils  plus féroces que les bourgeois du XIXème ?

   Durée (70 ans après le décès) et taux ont été aménagés ( au dessus de 50 000 euros le pourcentage est dégressif ; un plafond de 12 500 euros a été fixé pour éviter que les œuvres ne quittent la France vers un pays où ce droit n’existe pas, les USA par exemple). En 2001, l’Europe a étendu ce dispositif à tous les pays…avec dérogation pour le Royaume-Uni qui ne l’applique qu’aux artistes vivants. Et voilà que l’exception deviendrait norme, ce droit ne s’appliquerait plus qu’aux artistes vivants  ?

  Punition collective

   La Commission européenne a lancé une consultation à cette fin. Supprimer ce droit, alors qu’on nous a assuré que l’Europe se bâtissait sur la clause de la nation la plus favorisée, revient à établir les marchands comme seuls vrais citoyens européens. Car c’est bien les marchands, antiquaires et maisons de vente qui sont en guerre contre les artistes, ou plutôt contre leurs prospères héritiers, ceux des successions Picasso, Matisse et autres célébrités. Pour tarir les ressources de ces derniers, tous les autres seraient punis ? Or nombre d’héritiers d’artistes moins connus utilisent le droit de suite pour faire des catalogues, attaquer en justice un faussaire, bref, défendre la mémoire d’un artiste qui sera peut-être un jour reconnu comme important… Toute cette vie culturelle s’arrêtera si ce droit est mutilé, ou plutôt « enjeu culturel » sera uniquement synonyme de spéculation  économique.
Or ce droit, qui ne représente que 0,37 des ventes aux enchères, serait, selon les marchands, responsable du dépérissement de la place de Paris. Or, quand Paris tenait le haut du pavé, ce droit était bien vigoureux et même pas plafonné, ce qui ne faisait fuir personne.  « Léger, mort sans héritier, ne bénéficie pas dudit droit, et son marché n’en est pas plus parisien pour autant ». (1) L’Adgp, principale société de perception le dit : «  si le marché est désormais à New-York c’est que les grandes fortunes y sont aussi ». Et là-bas, ironie du sort, un sénateur du Wisconsin envisage de déposer un projet de loi en ce sens soutenu par Koons, Schnabel, Serra etc. Des vedettes de l’Art financier, peut-être sur le retour, et qui s’avisent soudain, ces cigales,  qu’elles seront  démunies quand la spéculation les lâchera. Or survivre dans la glaciation engendrée par les réseaux d’art officiel est le lot commun, le droit de suite est une des rares bouées encore disponible….

 Dans leur pétition collective (2) les artistes comparent ce maigre droit aux frais pratiqués par les sociétés de vente, ( ces derniers, en revanche, sont intouchables ) et signalent que les galeries ont obtenu en compensation de ce droit une diminution des 2/3 de leur cotisation à la sécurité sociale !

 L’Adagp est aussi mise en cause : lui est reproché une opacité de fonctionnement mais les aménagements du droit de suite l’ont rendu complexe (en dessous d’un seuil d’adjudication, il n’y a pas de perception, ce que l‘artiste ne comprend pas toujours). En théorie, l’Adagp ne peut percevoir et reverser que si l’artiste lui a donné mandat  lors de son adhésion… mais il y a aussi des sommes perçues et non réclamées qui finissent à la Caisse des Dépôts et Consignations… Il est possible que ce droit mérite d’être recadré, mais encore faut-il qu’il continue à exister sans être vidé de sa substance !!!

 Un test pour le gouvernement et l’Europe

  Le gouvernement s’est répandu en déclarations fracassantes sur la défense du droit d’auteur quand il s’agissait de faire passer la loi Hadopi. Abandonner le droit de suite serait pour lui avouer qu’il a, cyniquement, instrumentalisé les artistes à la seule fin de surveiller et punir.  Si l’Europe bat en brèche ce droit (qui s’applique à 60 pays ) elle redimensionne la culture au seul profit d’une oligarchie financière.

  Ch. Sourgins

(1) Cf le Monde du 18 fév p.22.
(2) Voir le site de l’Adgp  : http://www.adagp.fr/FR/static_index.php

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 Mardi 22 février 2011

Selon l’AFP (1), Frédéric Mitterrand a lancé une concertation sur les arts plastiques, réunissant  une centaine de représentants des organisations professionnelles, associations et institutions actives dans l’art contemporain. Quatre groupes de travail vont être constitués sur l’enseignement, la création, l’international et la diffusion. En juin, à l’issue de ces entretiens, le ministre de la Culture  prendra des mesures.

  Dans un discours devant les professionnels, Frédéric Mitterrand a relevé un “paradoxe”. “A première vue, le secteur des arts plastiques donne l’impression de très bien se porter. On parle sans cesse de ventes aux montants extravagants, du marché qui s’envole. L’art contemporain est partout: dans les magasins, dans les hôtels, dans les villes”, affirme le ministre. Et pourtant, il y a “un malaise dans les arts plastiques”, dit-il. Le “boom” de l’art contemporain “masque des disparités importantes”, entre les grandes places internationales de l’art, mais aussi entre Paris et les régions, entre les maisons de vente et les galeries, “entre les têtes d’affiche et le terrain”, ajoute-t-il.

  A ses yeux, les arts plastiques subissent un “choc”: le monde de l’art s’est internationalisé, les acteurs privés ont pris “une importance inédite”, de nouvelles formes et de nouvelles pratiques artistiques sont apparues tandis que le rapport du public à l’art a changé.”Ces bouleversements nous imposent de revoir en profondeur nos modèles d’intervention dans le respect des valeurs que nous portons ensemble”, a-t-il déclaré. Le ministre veut “imaginer”, jusqu’à … un nouvel état d’esprit”.sic !

  Doit-on se réjouir de cette prise de conscience ? A-t-on invité les dissidents de l’AC ?
Non, bien sûr, tout est orchestré par la Direction générale de la création du ministère, dirigée par Georges-François Hirsch, et « Le Centre national des arts plastiques (CNAP), créé en 1982, devrait jouer un rôle important dans le dispositif. »

  On prend les mêmes et on recommence. On bouge…pour que rien ne change, l’important c’est de communiquer. Et surtout, on demande aux incendiaires de jouer les pompiers !

Car le remède à l’art officiel est (depuis toujours)…encore plus d’art officiel !

Les artistes non cooptés par les réseaux (en France un seul réseau : l’Etat et ses collectionneurs amis) s’inquiètent : ils pétitionnent :
http://www.gopetition.com/petition/42831.html
http://www.adagp.fr/FR/static_index.php (sur le droit de suite en danger).
Car pour faire entrer le réseau Etat/Collectionneurs dans l’international, il faut “dérégulariser ” les lois qui sont en pratique en France ….

 C. S.

(1)Relayé  par la rédaction internet de France Télévisions http://culture.france2.fr/art-et-expositions/actu/frederic-mitterrand-lance-des-consultations-67349529.html(et par un de nos abonnés)
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Mardi 15 février 2011

Un espoir pour l’Hôtel de la Marine ?

  La remise des dossiers est différée. L’Hôtel de la marine échappera-t-il à la Grande Braderie du Patrimoine ? Ce lieu, éminemment historique, possède une somptueuse décoration d’époque extrêmement bien conservée, cas rarissime, or l’armée s’en allant….le fumet des conflits d’intérêts commençait à s’élever place de la Concorde. Certains se demandaient même si tout n’était pas joué d’avance pour favoriser le projet Allard monté avec la complicité de Renaud Donnedieu de Vabres, ancien ministre de la culture. Le comportement de Monsieur Aillagon à Versailles a mis la puce à l’oreille : un petit tour au ministère, un petit tour dans le privé et le bien public se retrouve comme par hasard disposé en faveur de « certains réseaux d’Art financier »…. Une commission a donc été chargée d’enquêter, elle a été confiée à Mr Giscard d’Estaing, un des premiers signataires de la pétition rédigée par Olivier de Rohan,
président des Amis de l’Hôtel de la Marine (plus de 9000 signatures : http://www.hotel-marine-paris.org/) : « J’ai signé pour que l’Etat garde ce monument » déclare l‘ancien Président de la République. Voilà qui est rassurant.

   Ce qui l’est moins, ce sont les déclarations (1) de Mr Allard, qui croyait la partie gagnée. Le fringuant PDG du groupe qui porte son nom, 42 ans : « L’Etat doit-il ou non céder son patrimoine, et pour en faire quoi ? J’ai depuis longtemps tranché. » Ainsi ce jeune homme a « tranché », au nom de qui, à quel titre ? A-t-il quelques lumières en matière de culture et d’histoire ? Est-il élu du peuple pour décider, à sa place, quoi faire de son patrimoine ? La seule légitimité de Mr Allard semble être une parfaite compréhension de « par ici la bonne soupe ». La soupe est tellement bonne que son estimation oscille du simple au double : privatiser le lieu rapporterait à l’Etat « entre 9 et 18 millions d’euros ». Pour un projet, paraît-il super bien ficelé, cette indétermination ne fait pas très sérieux.

   Mr Allard promet un lieu dévolu aux métiers d‘art « artisans, luthiers, ébénistes, gantiers …qui vivent dans la misère » . Mr Allard va donc parquer 150 métiers d’art dans les deux cours ouvrant sur la rue Royale… A la question « Les métiers d‘art rentabiliseront-ils seuls le projet ? ». La réponse fait intervenir « un chiffre d‘affaire réalisé par chacun avec une facturation progressive » : là on se dit que ceux qui « sont dans la  misère »  sont mal partis, Mr Allard évoque alors une « fondation pour aider les plus démunis » …puis passe aux aveux « le cœur du projet, c’est un lieu rassemblant  toutes les formes d’expression des arts plastiques, un lieu de rencontres, d’expositions, d’événements pour les marchands, les artistes, les mécènes, les galeries, les collectionneurs, les musées, les fondations ». Voilà nos luthiers et gantiers bien marginalisés, d’autant qu’ « il est prévu une partie immobilière, on a besoin de retenir les gens ». On aura noté qu’au chapitre « événements », les marchands sont cités en premier…quand au bon peuple, il n’est même pas mentionné ! 

   C’est pourquoi on sourit quand l’interview s’achève sur « la vocation absolue du lieu est son ouverture au public ». Tiens donc, ouvrir un lieu au public supposerait donc de le privatiser, et depuis quand ?

 Mr Allard fait semblant d’apporter une idée neuve : « le patrimoine n’est pas  un fardeau mais un fantastique gisement de croissance et d’emplois pour notre pays, une source de rayonnement », ce dont tous les amoureux du patrimoine sont convaincus depuis longtemps !  Le patrimoine rapporte beaucoup plus qu’il ne coûte : l’industrie touristique en sait quelque chose mais n’aime pas le dire (2).  Encore faut-il ne pas tuer la poule aux œufs d’or… en l’offrant à celui qui a les dents les plus longues….
C.S
(1) Le monde 23/24 janvier 2011
(2) Des fois qu’on lui demanderait quelques subsides….

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Mardi 8 février 2011

En réponse à la récente identification de la Joconde par des chercheurs italiens :

« La Joconde sourit parce que tous ceux qui lui ont dessiné des moustaches sont morts »

  André Malraux, La tête d’Obsidienne.
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Mardi 1 fevrier 2011

La sociologue Nathalie Heinich dans son article « L’Etat face au marché de l’art » (1) pointe deux types de conflits d’intérêts qui  gangrènent un  marché de l’art contemporain français où l’Etat intervient sans vergogne.

 Coproduction, piège à contribuables

 Il y a d’abord « la coproduction », très mode : un musée ou une institution publique, aident charitablement un artiste et sa valeureuse galerie à exposer. La sociologue donne un exemple concret : la Mission pour la célébration de l’an 2000, était dirigée par Jean-Jacques Aillagon, elle coproduisit  pour l’exposition « La beauté en Avignon »  Split-Rocker de Jeff Koons, une folie kitsch et monumentale de 100 000 fleurs fraîches. «  Le coût pour l’Etat n’a pas dû être négligeable : lorsqu’elle fut réinstallée en 2008 à Versailles, il fallut une structure métallique (un mois de travail), dix tonnes de terre, une équipe de jardiniers pour remplacer chaque jour les fleurs fanées, une nacelle pour arroser le sommet de la sculpture et des éclairages pour qu’elle soit illuminée de l’intérieur. L’œuvre sera achetée en 2001 par François Pinault (..) Le galeriste de Jeff Koons a-t-il rétrocédé à l’Etat la part investie dans la coproduction de l’œuvre lors de la vente au collectionneur ? Si oui, sur quel budget ? Et si non, ce financement par l’Etat d’une œuvre vendue sur le marché relèverait-il d’une subvention déguisée, d’un détournement de fonds publics ou d’un abus de bien social ? » 
Les 3 mon capitaine !

 L’exposition comme brosse à reluire

Après la coproduction, il y a « l’exposition de prestige » : Versailles est un exemple criant de la transformation en « show-room »des musées ou lieux patrimoniaux pour valoriser les cotes. Depuis 2007, Jean-Jacques Aillagon préside aux destinées du palais. Cet ancien ministre de la Culture fut, de 2004 à 2007, directeur du Palazzo Grassi à Venise (où M. Pinault expose sa collection d’AC) . Il ouvre Versailles à l’art très contemporain et pourfend les obscurantistes qui s’y opposent. La presse joue le jeu et ressuscite (à tord) la querelle des anciens et des modernes, histoire de détourner l’attention du contribuable de l’essentiel : Jeff Koons en 2008, Xavier Veilhan en 2009 et Takashi Murakami en 2010, sont, comme par hasard, dans la collection Pinault.

En novembre 2009, l’un des trois exemplaires d’une œuvre exposée à Versailles par Koons, atteignit  chez Christie’s à New York, 5 682 500 dollars, alors qu’ en 2001, chez Christie’s Londres en 2001, elle avait été vendue 994 961 ! . « Il n’est pas totalement absurde de supposer que l’exposition de Versailles n’a pas été pour rien dans ce quasi quintuplement. Une institution d’intérêt national utilisée par son directeur pour mettre en valeur des artistes collectionnés par celui dont il est ou a été le conseiller (le nom d’Aillagon apparaissait encore en 2008 dans le conseil d’administration de la fondation Pinault » conclut Nathalie Heinich qui signale les questions et accusations du site louvrepourtous et l’article de Marc Fumaroli dans le Monde du 2 octobre 2010.

 Le phénomène devient épidémique : le Tri postal de Lille consacre la collection Charles Saatchi, après celle de François Pinault, le Magasin (Grenoble), le Frac Paca (Marseille), l’Espace de l’art concret (Mouans-Sartoux) ont déjà joué les brosses à reluire  de collections privées. Toutes ces expo sont des aveux : «  les responsables des achats pour le compte de l’Etat sont-ils si peu sûrs de leurs choix qu’ils préfèrent montrer ceux des collectionneurs privés ? ». L’Etat devrait en tirer les conséquence : faire glisser les budgets  d’achat, du contemporain au patrimonial, et à sa restauration en particulier. Autre dégât collatéral de la politique marketing du ministère de la culture : les « dons des mécènes aux musées se retrouvent plus souvent dans les réserves que sur les cimaises, n’incitant guère à la générosité », priorité à la spéculation oblige !

  On a connu les sociologues travaillant sur le sujet, plus frileux. Longtemps, ils se réfugiaient dans une neutralité scientifique, se refusant à tout jugement qui aurait terni leur impartialité supposée. Or, non seulement, refuser de s‘engager dans une situation d’oppression, c’est, ipso facto, se ranger avec le plus fort (et tous les artistes qui mettent l’art au dessus du bisness sont éradiqués) mais la situation a tellement empiré, la collusion de l’Art officiel avec l’Art financier est telle, qu’un chercheur, un historien, un critique qui se tait, doit s’attendre, tôt ou tard, à être accusé de non dénonciation de malfaiteurs….

 (1) publié dans Libération le 7 janvier 2011

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 Mardi 25 janvier 2011

Le prix de l’immatériel

  Beaubourg refuse de rendre public les prix d’achat des œuvres d’Art très contemporain, payés avec l’argent du contribuable. L’artiste Fred Forest relance le débat, alors qu’en 1997 il  avait perdu son procès contre le centre Pompidou devant le conseil d’Etat. Le principe de transparence des finances publiques étant bafoué, l’Art dit contemporain se révélait ainsi au dessus de la démocratie.

 Fred Forest a publié sur son site, Webnetmuseum.org, une “lettre ouverte à Alain Seban, président du Centre Pompidou” pour lui demander  d’avouer dans quelles conditions a été achetée en 2010 l’oeuvre de  Tino Segahl « This situation ». Tino Sehgal, grande pointure de l’Art très contemporain, réalise des œuvres immatérielles, des situations interprétées par des acteurs qui, par exemple à la galerie Marian Goodman en 2009, discutaient de thèmes proposés par lui (1). Comme à Beaubourg on manque de sujets de conversation, le musée est rentré en contact avec la galerie pour acquérir ces papotages élevés au rang des Beaux-Arts. Généralement, une œuvre conceptuelle consiste en un protocole de montage avec un mode d’emploi, rédigé par l’artiste, et ce document est payé à prix d’or par nos musées. Mais Tino Sehgal va plus loin car il prétend à une oralité pure : aucune trace écrite, ni photo, ni enregistrement, l’immatérialité absolue. Un artiste radical, un PUR !

 “Cet achat a fait l’objet d’une rencontre orale, le 20 avril 2010, chez un notaire, explique Alfred Pacquement, directeur du musée parisien. Il y avait l’artiste, un conservateur du MNAM, un représentant de la galerie Marian Goodman, et moi-même. L’artiste a énoncé les règles qui régissent l’oeuvre pour que nous les ayons en mémoire et que nous puissions ensuite les consigner dans un dossier conservé au musée.”(2)

 Sehgal  ne délivre pas de certificat pour garantie d’authenticité, l’acheteur  paye en liquide et ne reçoit aucun reçu, seul le témoignage d’un notaire formalise la vente  !  Un établissement public peut-il mener une transaction financière sans reçu, alors que le fisc poursuit tout contribuable qui perd un justificatif ? Alfred Pacquement se défend  d’avoir contrevenu aux règles bureaucratiques. Mais alors, rétorque Fred Forest, si une facture a été remise à Beaubourg, l’œuvre orale, immatérielle absolue, est dénaturée, la transaction devient une “grave escroquerie intellectuelle et morale”. Pire, elle perd, avec sa légitimité, « toute valeur marchande ».  

 La directrice de la galerie Marian Goodman explique qu’avec le succès, ses prix flambant, Tino Sehgal est devenu moins rigoureux mais  que si « la facture est envoyée par mail, elle n’est jamais sous forme de trace écrite ». Quand au prix de l’immatériel : motus et bouche cousue. La nomenklatura culturelle achète sans complexe du bavardage…au frais du contribuable qui voit, lui, ses retraites et  prestations sociales rognées.

 L’argument invoqué par  les fonctionnaires de la culture est que les musées achètent “à des prix privilégiés”, et divulguer les transactions pourrait perturber le marché, les autres collectionneurs se sentant lésés, (que les contribuables se sentent lésés ne gêne personne). Argument fallacieux car l’entrée d’un artiste dans le patrimoine public valorise cet artiste, sa côte monte, et tous ses collectionneurs (sa galerie, son réseau) en profitent. Ces zélés serviteurs de la République prônent que tous les coups sont permis, du moment que l’Etat fait de bonnes affaires : à ce compte là, le racket, infiniment plus rentable, va vite remplacer l’impôt. La différence entre une taxe et un racket passant aussi par la transparence.

 Fred Forest n’en démord pas : si les fonctionnaires demandent le secret ce n‘est pas pour protéger des tarifs « privilégiés » mais pour cacher qu’ils achètent au prix fort ! Un fabliau du moyen Age suggère une solution :  un rôtisseur traîna chez le juge un badaud qui humait l’odeur de ses viandes. Le juge ordonna de payer mais d’un tintement de monnaie… Sehgal vend des conversations ? Pourquoi pas, mais qu’il soit payé  en paroles…

C.S

 1) Beaubourg réalisait au même moment une grande exposition sur le vide et l’œuvre de Tino Sehgal était signalée dans notre article “La saga du vide à Beaubourg “voir la revue « écritique » N°9 p.12 à 17 cf  en ligne : cliquez

(2) cité par Michel Guérin, le Monde du 16.01.11

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 Mardi 18 janvier 2011

Il est paru  ! Le N°11 de la revue Ecritique est disponible . Une partie de ce numéro  s’interroge sur les peurs du milieu artistique : Christel Valentin répond et Martine Salzmann se demande qui a peur de Kosuth… J’ai commis à ce propos  un article « Peur de la sculpture, peur du métier ? » qui dresse un bilan de la sculpture sur socle après la biennale de Yerres…Plus une relation de l’odyssée au crayon de Jean de Maximy couronné à la Maison Rouge. N’hésitez pas à commander cette petite revue qui n’a pas peur des grandes !  Ecritique est 100% non subventionnée, donc totalement libre….
Pour voir le sommaire et commander : cliquez

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Mardi 11 janvier 2011

Quel est l’enjeu majeur du ministère de la Culture pour 2011 et après ? « Passer d‘une culture pour tous à une culture pour chacun » (1) sic. Rien moins que d‘inverser  la politique culturelle qui fut l’ambition de Malraux.

   Pourquoi ? Parce que la « démocratisation culturelle a échoué » : la faute à qui ? A un ministère qui crée un art officiel administré par une caste de fonctionnaires liés aux intérêts mercantiles ? Non, vous n’y êtes pas : l‘obstacle à une politique de démocratisation culturelle, c‘est… la culture elle-même ! Car elle conduit «  sous couvert d’exigence et d’excellence, à un processus d’intimidation sociale» et  cette quête d’«exigence et d’excellence» de la «culture pour tous» en ferait une culture d‘élite, horresco referens ! La «culture pour chacun», serait  plus populaire , et pourrait, à partir de l’intime, déjouer l’«intimidation sociale» pour créer du lien social. Contradiction dans les termes : plus on se replierait sur l’intime, plus on resterait entre soi… plus on se relierait aux autres !

  «La culture, j’aime à le dire, est du domaine de l’intime», confie le Ministre. Donc la culture est tombée au niveau de la religion en régime de laïcité : ravalée au niveau d’une affaire personnelle ! En réalité, on ne saurait opposer « culture pour tous » à « culture pour chacun » sans détruire ces deux acceptions, tant elles sont complémentaires : car c‘est au sein d‘une culture générale qu‘on peut forger la sienne propre. Mais non, on nous promet de passer d’une culture de l’offre à une culture de demande : la culture presse-bouton en somme. Et à 2 vitesses : ceux qui « slament »  resteront entre eux, (cela ne les dérangera guère, la vie en clan et en tribu étant tendance ) ; les amoureux de La Princesse de Clèves s’apprêtent, eux, à dépérir : pas de subventions pour une aristo ! La « culture pour chacun » découragera encore plus toute pratique artistique jugée « élitiste » par l‘élite économico-médiatique au pouvoir.

  Le ministère bouge pour que rien ne change : l’état n’a pas besoin de citoyens cultivés mais juste de consommateurs.
L’exigence, l’excellence ? Beurk, dit le Ministre !  Rappelons lui, ce mot de Goethe : « la barbarie, c’est le refus de l’excellence »

 Christine Sourgins
(1) Document interne de sept 2010 : «Culture pour chacun. Programme d’actions et perspectives».

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