Grains de sel 2013

By | 8 août 2014

 Mardi 17 décembre 2013

Dans son   livre « L’art d’en rire » l’humoriste Florence Foresti propose «  une approche décomplexée de l’art », l’ouvrage a l’ambition d’être drôle et instructif, jugez-en : cette « historienne de l’art pour rire » trouve très Woodstock le Jésus bénissant de Bellini ; «on dirait qu’il fait le V de peace and love». Quant au  Pérugin, il a peint d’un «ton sûr» un profil de moine . Voilà un jeu de mot qui décoiffe : Duchamp a de la concurence…
A l’heure où la presse titre sur  « l’art à croquer » on peut trouver plus savoureux les sites net qui proposent des toast “inspirés” des tableaux de Van Gogh, Matisse ou  Mondrian, tel le projet d’Ida Frosk  (cliquez).

Finalement, on se prend à rêver : et si 2014 marquait la fin de l’ère du Dérisoire ?

Bon Noël 2013 !

Christine Sourgins

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Mardi 10 décembre 2013

Ecritique N°17  est paru ! Avec un dossier consacré au « Temps de l’Art », les rubriques habituelles, dont un  atelier sur Julio Le Parc etc. Pour découvrir cette petite revue consacrée à l’Art actuel et 100% indépendante, voici le début d’un article consacré à :
Art contemporain : la temporalité prise en otage

Arthur Danto, un des théoriciens de l’Art contemporain, ne se demandait plus, dans les années 60 « qu’est-ce que l’art ? » mais « quand y-a-t-il de l’art ? » : c’est sur la prise en otage du facteur temps, par l’entremise du mot « contemporain », que s’est jouée la fortune de l’Art du même nom. Celui-ci,  un  art officiel au fort potentiel marchand, est l’expression d’une partie seulement de nos contemporains : il sera donc ici dénommé « AC » pour éviter toute confusion avec d’autres démarches artistiques exercées par les artistes vivants.

Au milieu des années 70, l’AC a succédé à la notion plus guerrière d’avant-garde, or cet art, qui se targue d’être contemporain,  n’en finit plus de l’être, il est en somme un présent qui ne passe pas, du passager durable, oxymore redoutable. De fait l’AC  éternise : combien de peintres vivants estampillés « obsolètes », « ringards », tandis que Duchamp, né en 1887 et mort en 1968, est toujours labélisé contemporain ? L’AC a souvent revendiqué d’être éphémère mais ce provisoire exige de durer : au désespoir des restaurateurs et au profit de  Buren s’indignant que l’Etat ne restaure pas assez vite ses colonnes. Ce contemporain qui ne cède pas la place, dissimule, derrière un anodin prétexte temporel, un appétit d’hégémonie  : il s’empare du temps pour mieux occuper le terrain et éliminer de l’espace culturel tout ce qui n’est pas lui, « le contemporain est ce qui lutte contre ce qui est » a-t-on écrit fort justement.  « Contemporain » ne désigne  pas une catégorie temporelle, mais un genre d’art ou plutôt un type de pratiques artistiques.

La grande supériorité de l’AC s’exprime en termes temporels, car le contemporain fuse, rapide comme l’éclair, sa célérité explique qu’il commotionne facilement les consciences : l’AC se veut percutant et foudroyant. Cette faculté de jaillissement est du à son caractère conceptuel, mental, intellectuel voire « spirituel ». Il oppose la fulgurance de l’esprit au labeur de la main. Autant un peintre ou un sculpteur est lent, besogneux, appliqué, minutieux, prenant (donc perdant) son temps, autant le conceptuel est un génie qui fulgure, ou, a minima, celui qui crée « spontanément » tel un enfant. Un tableau prend des jours à peindre, des semaines à sécher, des mois à se parfaire, s’encadrer, à satisfaire maintes formalités qui ralentissent sa vitesse de circulation à travers les frontières. Certaines œuvres conceptuelles se délocalisent en un clin d’œil : ainsi la baraque à moules de Rirkrit Tiravanija peut se réduire à des instructions de montage, traverser les douanes dans une poche pour réapparaître illico à Venise, Bale, Miami ou Hong Kong… Pour ne rien dire d’une œuvre photo ou vidéo, voyageant au fil des écrans à la vitesse d’un clic planétaire. Cet art liquide comme l’argent circule vite : l’AC a le don d’ubiquité tandis que les vraies peintures ou sculptures pâtissent d’être une œuvre unique, lestée de son poids de réel, ni remplaçable, ni interchangeable. D’un côté l’AC proclame « time is money », de l’autre les artistes de l’œil et de la main savent « que le temps ne respecte pas ce qui a été fait sans lui ». Viser la beauté prend du temps, de l’énergie ; miser sur la blague, la provoc, le pied de nez est plus rapide et d’un rapport plus sûr.  La temporalité de l’AC est celle du sport, de l’économie, avides de « performances », le temps de l’art au sens premier du terme, non duchampien, tient, Marc Fumaroli l’a rappelé, de l’otium, ce temps antique qui s’opposait au negotium, celui du  négoce, des affaires.

A suivre…
Christine Sourgins
Extrait de Ecritique N°17, pages 25 à 31. Pour se procurer cette revue, voir le blog d’Ecritique
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Mardi 3 décembre 2013

Ils ont dit : « NON ! »
Les russes ont dit « non » à la malle géante (9m sur 30m) installée  sur la place Rouge par Vuitton (dont le président Mr Arnault est friand d’AC). L’objet, tel un gigantesque ready-made, polluait ce site historique avec le justificatif habituel, dégoulinant de bien-pensance, et censé rendre vertueux n’importe quel coup de pub ou de com d’AC : « bénéfices au profit des enfants handicapés ». Des députés russes intervinrent et Vuitton a été prié de plier bagages  :« des dizaines de milliers de personnes viennent spécialement ici voir la place Rouge, non du racolage… ». Argument à transmettre d’urgence à la direction du château de Versailles où palais et jardins tapinent régulièrement pour les grands collectionneurs… Ca tombe bien, il paraît qu’une loi anti-racolage va maintenant punir les clients…

Zidane aurait dit non à l’œuvre d’AC d’Adel Abdessemed qui a immortalisé son fameux « coup de boule » dans un bronze de 5,40 m de haut. L’œuvre, achetée entre 2 et 5 millions d’euros par le Quatar, fut  implantée sur la corniche de Doha, à la vue du grand public. Officiellement elle choquait de pieux musulmans et a été précipitamment retirée… Officieusement il se murmure que Zizou, engagé à prix d’or par le Quatar pour décrocher la coupe du monde de 2022, aurait joué de ses relations  contre « cette utilisation abusive de son image » ;  Zidane avait protesté, en vain, lorsque l’oeuvre avait été exposée devant Beaubourg.

La justice française a dit non : le 26 novembre le FRAC de Metz a été condamné pour atteinte à la dignité humaine à la demande d’une conseillère régionale et d’une association anti-raciste. L’exposition s’intitulait «Infamille » (jeu de mots mariant la  « famille » à l’ « infamie ») ; on y lisait, sponsorisés par l’argent public (sinon c’est moins drôle)  des slogans tels le doux et tendre « Les enfants, nous allons faire de vous nos putes. Vous êtes notre chair et notre sang. A plus tard Papa et Maman. » …et autres amabilités pour tous.
Plus d’info sur le site « Sauvons l’Art » qui suit l’affaire (cliquez).

Fin d’année difficile pour l’AC, même les psychanalystes s’en mêlent ; ainsi  Gabrielle Rubin* analyse le ready-made de Duchamp à partir de la notion d’emprise :  « La Pulsion d’Emprise a été créée par Freud pour désigner l’élan qui nous incite à nous emparer ou à dominer psychiquement un autre être grâce à la force de cette pulsion. C’est une tendance qui existe en chacun de nous mais qui, comme c’est le cas pour toutes les autres pulsions, devrait rester sous le contrôle de la raison. (…) La pulsion d’emprise a été relativement peu étudiée, alors qu’elle est une des plus agissantes puisque c’est elle qui permet à un individu de dominer une seule personne ou des milliers d’individus, pour lesquels la croyance se substitue alors à la raison ».
Verdict de la psychanalyste : le ready-made Fontaine est un « objet répliqué à des milliers d’exemplaires, dont le créateur est une machine, une chose sans pensée et sans émotion, que seule la pulsion d’emprise permet d’imposer au public ».  Nous sommes devant un cas d’emprise évident poursuit-elle , puisque Duchamp proclame “Je dis que ceci est un objet d’Art, qui a sa place dans les plus grands Musées du monde, vous devez me croire et l’admirer comme tel”. “Il n’y a pas d’échappatoire, on est devant une Vérité Révélée, c’est–à–dire dans le domaine de la croyance » qui repose sur « la toute-puissance de la pensée ».

Plus d’informations sur le site de Gabrielle Rubin, rubrique « liberté de penser » (cliquez).

Depuis longtemps, les historiens d’art dissidents se doutent de ce phénomène d’emprise mais, n’étant pas psychanalystes, ils ne pouvaient le dire publiquement : voilà qui est fait.

Christine Sourgins

*Merci à Malvina pour l’info.

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Mardi 26 novembre 2013

Le retour de l’Art  caché

L’Art caché d’Aude de Kerros vient de reparaître aux éditions Eyrolles, avec une nouvelle préface, augmenté d’un chapitre (« Signes des temps ») et d’une bibliographie. Ce livre réintroduit le point de vue de l’artiste  de la « main pensante » : tout peintre, graveur, sculpteur, ne peut que s’interroger sur l’ostracisme qui frappe, en France, quiconque maîtrise d’ancestrales techniques.  L’Art caché  analyse les mécanismes d’occultation de l’Art par l’AC, cet Art dit « contemporain », d’ascendance  conceptuelle et de destin financier. Pour comprendre les  commencements de cette relégation de l’Art, le livre s’ouvre sur la toile de fond américaine où vibrionne la philosophie analytique.  Identifier  les agents de cette occultation nécessite de dresser le portrait des « inspecteurs à la création » et autres collaborateurs zélés de l’Etat culturel.  Cependant, cette proscription ne s’est pas déroulée sans controverses  ni résistants,  et  nombre de penseurs dissidents  ont tenté de combattre ce grand Eteignoir de l’Art officiel. Le livre s’achève sur la quête d’artistes singuliers, qui survivent à la solitude du bannissement, échappent à la grande machine uniformisatrice et mondialisée : c’est là qu’il faudra chercher, au milieu des décombres et des dégâts collatéraux, des œuvres qui relèvent non du spectacle mais de la création.

Christine Sourgins
Si l’ouvrage co écrit avec Marie SALLANTIN et Pierre Marie ZIEGLER, 1983 – 2013 Les Années noires de la peinture Une mise à mort bureaucratique ? (Éditions Pierre-Guillaume de Roux) est, lui, centré sur la Peinture, les 2 ouvrages  sont disponibles… même dans des librairies peu enclines, jusque ici, à la dissidence (celle du Musée d’art moderne de la Ville de Paris par exemple).

A noter les auteurs signeront 1983 – 2013 “Les années Noires de la peinture” A La Librairie Contretemps, Lundi 2 décembre 2013 de 19 heures à 21 heures , 41 Rue Cler –  Paris 75007 Metro Ecole Militaire ou La Tour Maubourg

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Mardi 19 novembre 2013

Les années noires de la peinture ou  la carte du territoire …
Vient de sortir aux éditions Pierre Guillaume de Roux le livre « 1983-2013 » Années noires de la Peinture » écrit par Aude de Kerros, Marie Sallantin et Pierre-Marie Ziegler.

Les 3 auteurs ont constitué un florilège de formules chocs qui en, quelques mots ou en un court paragraphe, définissent un mal français : la mise à mort bureaucratique de la Peinture.

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 Mardi 12 novembre 2013

L’art de la discrimination contemporaine ?

Le sociologue Alain Quemin analyse dans son dernier livre, Les stars de l’art contemporain, CNRS éditions, les palmarès et les processus de reconnaissance de l’Art contemporain depuis plus de 40 ans. L’entretien qu’il a accordé au Point ( publié le 24 10 2013) laisse entrevoir  la place ridicule que l’Art dit Contemporain, l’AC, fait aux femmes en ces temps de parité proclamée à corps et à cris. « Les femmes sont majoritaires dans les écoles des Beaux-Arts mais, plus on accède à des niveaux de visibilité importants, plus leur part diminue. Elles ne sont jamais plus de 22 % au niveau des institutions, et de 10 % sur le marché. Leur situation reste discrète par rapport à celle des hommes, pour ne pas dire dominée – bien que, là encore, les collectionneurs ou les galeristes n’aient pas conscience de privilégier les artistes hommes ».

Voilà qui tord le cou à un mythe : l’Art contemporain est transgressif, provoquant, mais il aurait droit à notre mansuétude, voire à notre reconnaissance, car il serait « le miroir du monde » ; quelle blague ! L’AC ne reflète qu’une toute petite partie de nos contemporains… celle qui opprime les autres. Comme l’exprime un des 5 artistes, indéboulonnables au sommet du Kunst Kompass, sa majesté Baselitz.

« Les femmes ne peuvent pas peindre, déclare Baselitz, car elles n’ont pas la personnalité nécessaire ». Autrement dit il y a, non des races (ça les allemands n’osent plus le dire) mais des genres inférieurs. Mme Filippétti va-elle retirer à Baselitz la légion d’honneur que celui-ci a reçu de la France en 2012 ? Visiblement certains artistes sont violemment carencés en histoire de l’art : Artémisia Gentilleschi, Frida Khalo ou Viera Da Silva, connaît pas ; pas plus que le National Museum of Women in the Arts de Washington.

Mais Baselitz a un  allié qui détiendrait la preuve de l’infériorité féminine : « Elles ne passent pas le test du marché, le test de la valeur. Comme toujours, le marché a raison…il y a des exceptions: Agnès Martin, Cecily Brown et Rosemarie Trockel”. Plus c’est cher plus c’est beau ? Comme si le marché n’avait pas des incohérences, poussant la Trans-avant-garde  italienne pour la mépriser ensuite : il n’y a guère de logique (esthétique) du marché, les aléas de la spéculation suffisent….
Et les exceptions concédées, confirment-elles la régle ? Même pas : s’il complimente Paula Moderson-Becker, il ajoute qu’elle n’est ni Picasso, ni Modigliani, ni Gauguin. Faut-il comprendre que le divin Baselitz  est cette trinité à lui tout seul ? Voilà qui serait plus renversant que ses tableaux…(rappelons que si Buren est reconnaissable à ses rayures ou Viallat à son « haricot » de couleur, Baselitz,  lui, peint ses sujets à l’envers).

Lors d’un colloque à Londres, au Southbank centre, le cas Baselitz fut examiné ainsi que ses déclarations : “c’est un fait, les femmes n’ont pas la brutalité nécessaire”, maisil assure  “j’aime beaucoup les femmes “. Ouf,  heureusement, qu’est-ce qu’il en dirait sinon ! Une des participantes, femme chef d’orchestre, a répondu qu’il est impossible de contrecarrer les arguments machistes sauf par l’humour.

SOS Aurélie : on attend avec impatience le trait d’humour ministériel qui va remett re Baselitz à l’endroit !
à suivre…Christine Sourgins
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Mardi 5 novembre 2013

La vacuité pour tous.
A quoi sert l’AC appliqué aux enfants ? Réponse  en visionnant une courte vidéo, la séquence N°2 « Exposition Timothy Perkins : visite guidée » de  l’ hebdo de 7 minutes à Nanterre du 28 octobre 2013

Le haut niveau des activités culturelles est criant : faire l’expérience de l’espace  de la Galerie des Tourelles, un lieu hyper-connu des nanterriens, est une grande revendication locale en ces temps de crise, on s’en doute  ! Ne manquez pas le clou de l’expo : une table… oui mais la table de l’artiste.  Autre urgence, faire distinguer aux enfants le jour de la nuit … Pour ces sujets cruciaux l’on fait venir (aux frais du contribuable) un artiste américain …  «  in residency at the Collège République Nanterre since December 2012 », comme le proclame son site, en bon français, monochrome blanc à l’appui. Le plus drôle est que cet artiste « en résidence » à Nanterre… a son atelier à Saint-Ouen ! http://www.perkins.fr/ Mystères du copinage? ……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………..

Mardi 29 octobre 2013

En cette semaine de Toussaint, je vous propose une lecture de vacances,  publiée dans le numéro d’Automne de la revue Catholica (N°121 pages 113 à 119) « la Beauté fait-elle encore signe ? ». Ce texte est une analyse critique du livre de Père Valadier, philosophe et jésuite, « La Beauté fait signe » paru au Cerf. J’ai essayé là de pointer les avancées mais aussi les ambiguïtés, voire les aveuglements, d’une pensée représentative de certains milieux catholiques s’occupant d’art. Vu les propos tenus par Paul Valadier, j’ai tenu à dédier ce texte à Pierre-Marie Ziegler, récemment disparu et co-auteur, avec A. de Kerros et M. Sallantin,  des « 1983-2013, Années noires de la peinture ». Ce livre venant de sortir en librairie aux éditions Pierre-Guillaume de Roux, nous en reparlerons dans un prochain Grain de Sel.

En attendant, méditons cette phrase fort appropriée : « Toute la philosophie n’est fondée que sur deux choses : sur ce qu’on a l’esprit curieux et les yeux mauvais » Fontenelle (1657-1757) Entretiens sur la pluralité des mondes…

Christine Sourgins

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Mardi 22 octobre 2013

Ça rue dans les brancards !

A la suite du documentaire de Marianne Lamour « La ruée vers l’art », accusé d’être « caricatural » voir « extrémiste » (c’est fou, quand on dénonce un extrémisme, comme on est vite accusé de l’être )… Antoine Perraud sur Médiapart (1) met les pieds dans le plat à propos de l’expo Pinault qui vient d’ouvrir à la Conciergerie : « Triple tour » serait en somme un bon tour de cochon (cf une des pièces de Mac Carthy collectionnée par notre mécène franco-vénitien)

M. Pinault nous refait le coup de Koons à Versailles : faire monter les côtes de sa collection en exposant dans un monument public de prestige. Mais cette fois, les fonctionnaires commencent à comprendre qu’ils participent, sous couvert de mécénat, à une opération commerciale : « Nous fournissons à Pinault le plus beau stand de la Fiac. 1 700 m2. Je n’ose imaginer ce qu’il aurait dû débourser pour le même espace au Grand Palais », s’agace un fonctionnaire du Centre des monuments nationaux. En pleine ouverture de la Fiac, M. Pinault entend se démarquer des ploucs qui exposent, les pauvres, au Grand Palais

Certains journalistes deviennent curieux (comme quoi tout arrive,  même si le Figaro, qui avait l’info, l’a vite avalée) et l’on sait enfin, grâce à Médiapart,  les sommes payés par le contribuable dans ce genre d’exposition “hyper généreuse” : sur 800 000 €, 300 000 € sont financés par le mécène, et 500 000 € pour l’établissement public donc le contribuable, Youpi, vive la crise ! Autant dire que ce sont les contribuables qui sont le mécène de M. Pinault …Et ceci n’était qu’une estimation basse au début de l’opération, les clauses du contrat étant jugées léonines par certains fonctionnaires ! Officiellement la Caisse des monuments nationaux ne communique pas sur la question : on la comprend.  Mais que font nos députés ???

Et que fait M. Arnault, le rival de M. Pinault ? Quand on est, première fortune de France, à la tête de LVMH, on se fait faire des lois sur mesure comme le révèle le documentaire « Au Bonheur des riches » d’Antoine Roux (Antenne 2, le 1er octobre, 23h40). Mr Arnault est un patriote qui ne délocalisera pas sa collection à Venise, lui ! Il entend l’installer auprès du jardin d’Acclimatation (rappelons que la législation française ne laissant pas le loisir lucratif d’acheter et revendre sans cesse les œuvres d’une fondation, François Pinault a préféré Venise à Boulogne-sur-Seine). Le Maire de Paris, ému de tant de grands sentiments, a signé, les yeux fermés, le permis de construire à M. Arnault ; son adjoint à la culture, Christophe Girard, étant alors le directeur de la stratégie de LVMH, il y aurait du conflit d’intérêts dans l’air …et le permis fut annulé en janvier 2011 par le tribunal administratif. En trois semaines LVMH réussit à obtenir des députés, (tiens, c’est drôle, les voilà qui bougent d’un coup nos chers députés ) dont M. Rogemont, élu PS, qu’ils rajoutent un amendement à la loi sur le prix du livre numérique pour… ré-autoriser la construction ! Ce genre de tour de passe-passe s’appelle un « cavalier législatif » et personne ne s’en émeut…surtout pas le conseil constitutionnel qui valida. M. Rogemont a agi, dit-il, croit-il, pour « l’intérêt public » vu le projet architectural et « pour que la seconde collection d’Art contemporain ne quitte pas le pays ». Elle devrait ouvrir en 2014. Interrogé après la demande de nationalité belge par M. Arnault, notre député s’est dit « gêné » mais par rapport à l’homme, pas vis-à-vis du projet. Bref une autre stratégie d’AC à suivre…

Christine Sourgins

(1) cliquer sur le titre ci-dessous pour accéder à l’article qui vous est offert. Ce faisant, vous autorisez Mediapart a vous tenir informé de ses publications. Votre adresse e-mail ne sera pas divulguée.Article offert : François Pinault, épieu dans le flanc de la culture

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Mardi 15 octobre 2013

« La ruée vers l’art », le documentaire de Marianne Lamour  sort en salle cette semaine.

Ce film est  inspiré du livre «  Grands et Petits Secrets du monde de l’Art », de Catherine Lamour et  Danièle Granet, publié chez Fayard. Nos journalistes indépendantes ont accompli un périple dont rêve tout enquêteur sur l’AC  : rentrer dans un « port-franc » et rencontrer les gens qui comptent dans le milieu de l’Art contemporain (l’AC) autour de la planète (ce qui rend la place de Paris ici tenue). Or la formule de Flaubert convient à merveille : « à trop s’approcher des idoles, la dorure en reste sur les mains ». Voici des gens fortunés et  puissants,  élite devrait rimer avec élégance et raffinement : or, à voir les mines et les mises, on songe soudain que se payer des marques de luxe ne veut pas dire savoir les porter…Le milieu est monotone : ce qui se passe à Hong Kong ressemble furieusement à ce qui a lieu à Miami. Les propos tenus par les mécènes admirateurs de l’AC prouvent que les poches bien garnies n’empêchent pas les pensées plates. Ainsi Koons est bombardé génie pour avoir vanté la consommation, comme si le Pop Art  n’avait pas déjà entonné cette chanson ! Gagosian, lui,  se fend d’un « don’t touch me » comme s’il était le Christ et la journaliste Marie-Madeleine … avant de photographier avec son portable brandi comme une arme, la caméraman, genre arroseur arrosé…  Ce qui en dit long sur le  climat de suspicion et le repli sur soi du milieu de l’art financier. Il est amusant d’entendre, ce matin, une radio qualifier « le repli sur soi » de marqueur du …populisme !

Plus sombre, cet artiste chinois passé à l’Art financier, d’une lucidité qui frise le cynisme, dur avec ses employés qui font également le tour des temples bouddhistes car l’artiste travaille avec des cendres humaines. Cet aspect de la culture bouddhiste (un dégât collatéral de l’AC ?) aurait mérité d’être creusé…Mais, sans viser la polémique,  sur un ton bonhomme, emmené par deux sympathiques Miss Marple (l’héroïne d’Agatha Christie, une senior tenace qui perce les énigmes) ce film peut contribuer à démythifier ce milieu “Arty”, en plein prospérité à l’approche de la Fiac, mais qui, finalement, ne fait pas rêver….

Déjà, Nicolas Bourriaud, directeur  alléché par  la jet-set et ses mécènes, ne fait plus rêver les étudiants des Beaux-Arts. Pour 1,5 million d’euros de mécénat, le groupe américain Ralph Lauren a organisé un défilé et un dîner jet-set, le 8 octobre : pendant les cinq jours de préparation, quatorze ateliers de l’école furent inutilisables. Les étudiants ont organisé une fronde,  rejoints par les professeurs. “En réalité, nous crevons de faim. Atterris, Nicolas !” s’écrie l’un d’eux qui trouve révoltant de demander depuis quatorze mois un écran dans un amphithéâtre … « l’argent ne va jamais du côté de la pédagogie ». Du coup, à l’unanimité, professeurs et élèves ont voté contre le projet de café-restaurant haut de gamme que Nicolas Bourriaud comptait installer dans l’atelier du plasticien Jean-Luc Vilmouth. Les étudiants plébiscitent la préservation des espaces réservés à la pédagogie… Les jeunes deviennent de plus en plus bizarres : après l’école d’Avignon, celle de Paris veut étudier ? (source LE MONDE | 11.10.2013)

Christine Sourgins……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………….

Mardi 8 octobre 2013

Où va l’argent de la dette ? (Suite et fin provisoire).
«  Près de 5 millions d’euros de subventions publiques pour financer le porno soft de la 12ème biennale d’art contemporain de Lyon ». La communauté urbaine de Lyon a versé  2,68 millions d’euros. L’ Etat a participé : 1 443 482 euros, la région Rhône-Alpes : 806 000 euros. La biennale a également reçu 142 000 euros provenant d’autres subventions. Dixit l’observatoiredessubventions.com . Certains volent  au secours de la Biennale et allèguent  les retombées économiques : «plus de 300.000 visiteurs, autant qui vont à l’hôtel, au restaurant, dans les galeries d’art de la ville… ». C’est l’argument des vendeurs de canons pour justifier la guerre : « ça fait du business ». Le problème n’étant pas le commerce utile et nécessaire, mais l’affairisme à tout crin…

Où vont les peintres ?
Le peintre Vadim Korniloff, est l’initiateur du projet WC National exposant des peintures dans les toilettes de 34 restaurants de la ville de Metz. Une manière de protester contre l’hégémonie de l’art conceptuel dont l’urinoir duchampien est l’emblème :
-« Les défenseurs de l’art contemporain (et non des artistes contemporains !) précise-t-il, ont à Metz et sa région : Pompidou Metz, le F.R.A.C., la galerie Faux mouvement, galerie Toutou Chic, galerie Octave Cowbell, la Synagogue de Delme, etc…tous sont subventionnées de l’Etat ! ».
Bref, les peintres, eux, se retrouvent le plus souvent exposés dans des bars ou des restaurants…  Quand un urinoir entre au musée, la peinture en sort et c’est elle qui se retrouve vouée aux… gémonies : restons polis et prudent, il y a toujours quelqu’un pour prendre les choses au 1er degré.

L’initiative a rencontré du public ; l’hôtel de ville de Metz a relayé en exposant le mois dernier, des photos de l’événement. « C’est le salon des Refusés d’aujourd’hui », « les WC c’est démocratique : tout le monde y va », « là on a le temps de regarder, c’est plus intime  ». Mais le public a-t-il compris les arguments et le cri d’alarme derrière la dérision ?  Vadim Korniloff, en doute à la fin du petit reportage en ligne sur le site de “Sauvons l’art” cliquez : «  Le public a perçu la forme, transgressive, et non le contenu » dit-il .
Ce qui montre l’extrême difficulté de combattre l’AC sur son terrain, la dérision. Inversement, trop d’arguments « sérieux » seront taxés d’ennuyeux, tant le public, à son insu, est imprégné des antivaleurs de l’AC répandues par les médias… Trop d’indignation ou de colère lui serviront encore à se victimiser. Reste l’ironie … et le principe de réalité qui gagne peu à peu, crise oblige.

Où vont les artistes en herbe ?” Sauvons l’art” fournit une première liste des derniers ateliers privés où se transmet le savoir : cliquez

Bonne semaine

Christine Sourgins

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Mardi 1er octobre 2013

Où va l’argent de la dette ?

Un artiste contemporain marseillais Abraham Poincheval,  a passé une semaine sous terre à Tours, installé dans une buse en béton de 1,80 mètre de haut sur 1 mètre de large, l’entrée ayant été bouchée avec une pierre de 3 tonnes. Cette performance artistique a coûté 30 000 euros d’argent public. Une affaire révélée par la presse et «  l’Observatoire des subventions » de Contribuables Associés.

Le président de l’association Eternal Network, qui a financé ce projet, se défend d’avoir utilisé de l’argent public : il  explique que les subventions servent au fonctionnement annuel de son association, qui… organise des expositions et accompagne des commandes ! Tandis que cette performance artistique serait, d’après lui,  financée par l’épargne de l’association et par des dons. Oui mais d’où vient l’épargne de l’association ? Les contribuables apprécieront ces sophismes. Sur son site Eternal Gallery annonce fièrement bénéficier (pour attirer les dons ?) du soutien de la ville de Tours, de la DRAC Centre, de la région Centre et… du Crédit Mutuel.

Le Parisien précise : l’artiste équipé d’une caméra va filmer cette expérience hors norme et réaliser une sculpture à partir d’un os de boeuf. Pour survivre, le strict nécessaire, une lampe, des livres…”Un voyage intérieur avec l’envie d’explorer ses limites” dit ce journal, “une aventure verticale entre les cieux et le monde souterrain” dit un autre. Pourquoi pas ? Là où le bât blesse c’est lorsqu’un individu entend faire financer par la population ses lubies personnelles (en l’occurrence des expériences de survie qui pour être bénéfiques à la collectivité devraient être accompagnées d’un suivi médical et scientifique : n’est pas Michel Siffre qui veut ). «  On perd la notion du temps, tout se mélange, jour et nuit, sommeil et réalité, avec même des hallucinations.» dit l’artiste qui semble s’en délecter. Veut-il ainsi relativiser le calvaire des victimes des tremblements de terre ou des prisonniers, enfermés dans des conditions « hors normes » ?
Poincheval, un artiste d’AC, a un concept, “l’exploration”, qu’il décline et use jusqu’à l’inepte…l’art conceptuel tourne vite en rond. Ainsi la performance du ” gyrovague” : installé à bord d’un habitacle cylindrique servant à la fois de véhicule et de lieu de vie, Abraham Poincheval arpente le nord des Alpes pendant un mois de chaque saison. Des rencontres sont organisées dans les villages proches ; “sous forme de veillées, de récits de voyage, tel un ermite qui retrouverait pour un temps la vie en communauté. » Ah, il existe donc des villages français, sans télé, sans radio, sans portable, sans internet, sans aucun touriste qui circule, des autochtones tellement isolés qu’il serait vital pour eux qu’on leur fit charitablement une veillée ? D’où l’urgence d’un financement public ?  Encore un fois, c’est moins la démarche qui choque que la présence d’argent public.  Or l’équipée du Gyrovague relève du projet VIAPAC,  porté par le Conseil général des Alpes de Haute-Provence, la Réserve géologique de Haute-Provence,  la Région Piémont, en collaboration avec le Musée Gassendi.

En 2001, avec un comparse, Poincheval tentait de retrouver les conditions de vie au Paléolithique en vivant en autarcie, sur l’île du Frioul, comme si les archéologues ne pratiquaient pas déjà une archéologie expérimentale.  En 2006, ils installent un camp d’altitude au sommet d’un building  en Corée, ils seront évacués par hélicoptère (voilà qui est peu écologique : à quand une taxe carbone sur l’AC qui use  la planète ?). En 2008, ils s’enferment dans une cage infestée de moustiques, en slip et armés d’élastiques. Ou encore, ils creusent  la terre, en ligne droite, vingt jours durant, en rebouchant leur tunnel au fur et à mesure, avant réapparition à la surface. En subventionnant ses démarches farfelues, les élus et l’administration ne retirent-ils pas aux vrais explorateurs ou chercheurs de quoi travailler ?

« Gagner de l’argent est un art » disait Andy Warhol, et l’art dit contemporain, l’AC, s’y entend : avec des projets nombrilistes, autistiques sous couvert de convivialité factice, des « expériences » qui sont jeux pour bobos, arriver à trouver du financement public auprès d’organismes qui vivent de la vache à lait du contribuable, voilà cet art.  Et ce, sans états d’âme, avec même un soupçon d’arrogance, genre « puisque je suis artiste tout m’est du », le tout  dans une Europe endettée jusqu’au cou : un chef d’œuvre non ?
La seule question est : jusqu’à quand le public acceptera-t-il d’être l’otage et le banquier du système… ?

Christine Sourgins
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24 septembre 2013

Suite de la visite des « Nouvelles Folies Françaises » exposées dans les Jardins du Château de St Germain en Laye jusquà mi octobre.

Une certaine improvisation semble avoir régné dans les « installations » : les cartels  ne correspondent pas à ce que l’on voit. L’œuvre de Fabrice Langlade promet une pyramide avec nénuphar, lapin, tulipe, cerf et scaphandrier etc… alors qu’on découvre 3 sculptures échelonnées, plates et blanches comme des fèves.
– Pourquoi ? s’étonne une visiteuse.
– Parce qu’on croit qu’à St Germain on a « de la galette » ! s’exclame son interlocuteur, dubitatif sur l’origine du financement de ces « folies » car ,qui dit argent public, dit poche du contribuable.
Plus loin, dans un bosquet, de petites boites éclairées montrent des radiographies de crânes, de squelettes, l’œuvre est un brin morbide mais le commentaire précise : « un hommage aux hommes qui ont créé ce jardin ».  C’est Le Notre qui va être content qu’on lui rappelle qu’il est mort,  et les jardiniers actuels donc ! Eux aussi ont  créé ce jardin : ils  gratteront désormais la terre en songeant qu’ils vont y retourner…

1er prix de l’humour noir à YU Sung Il ? Non, il est battu d’une courte tête, pardon d’une trompe, par le petit éléphanteau blessé qui gambade dans un parterre ; un cartel proclame alors «  depuis toujours une des principales questions que se pose l’humanité est : que faire du cadavre ? ». On se pose des questions bizarres à St Germain !

La palme de la rigolade revient à la Colonne Pascale. Constitué d’ustensiles de cuisine, ce totem de faitouts, penche un peu (une influence pisane peut-être ?) mais surtout il est bien mis en situation. Ainsi le panneau qui proclame l’excellence du chef d’œuvre se conclut par : « Totem mais aussi symbole des besoins naturels humains ». Or ce glorieux symbole est planté à côté des toilettes publiques : on savait l’AC contextuel, mais quel sens de l’à propos !
Espérons que les associations de défense du consommateur aient le même humour, sinon gare à l’affiche. Celle-ci met en valeur l’œuvre de Van der Hurk, peut-être une des rares plastiquement réussie. Sauf quand une bourrasque la disloque, certains visiteurs ont pu alors en recueillir des morceaux ( mais les artistes ont signé une convention les obligeant à réparer…). L’affiche combine donc les fleurs-miroirs de Hurk et la perspective de la Grande Terrasse : l’effet est puissant mais ne correspond à rien que puisse voir le visiteur alléché.  Ces fleurs-miroirs ne figurent pas à cet endroit et, en aucune manière, ne sont aussi monumentales. Bref, de mauvais esprits pourraient y voir une publicité mensongère … Dans l’AC, l’Art très contemporain, il n’y a plus beaucoup d’art (au sens où une forme véhicule un contenu) ici ne reste que la “com” …et le média  dissoult tout message.

Christine Sourgins
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Mardi 17 septembre 2013

Folies Françaises ?

Saint Germain en Laye semble courir après sa rivale, Versailles, affichant  elle aussi  un énième hommage à Le Nôtre, conçu, à nouveau,  sur le principe paradoxal de l’hommage-croque en jambe, cher à l’Art dit « contemporain ». Ainsi pour fêter l’inventeur du jardin à la française, donc d’un monde organisé par la raison, Penone montre à Versailles des  arbres déracinés, emmêlés, foudroyés, à l’envers une pierre sur les racines, s’inspirant ouvertement de la tempête de 1999 qui a dévasté le chef d’œuvre de Le Nôtre…

Dans les jardins de St Germain en Laye, l’exposition est intitulée « Nouvelles folies françaises ». Mais pourquoi « Nouvelles » folies françaises en un lieu où il n’y a jamais eu la moindre ancienne folie ? Les folies, classiques ou exotiques, à la mode dans les jardins paysagers au 18ème, n’ont jamais existé  au château de Saint-Germain. Il est curieux que ce soit Rainer Gross, l’un des participants à cette exposition, qui le rappelle sur le  cartel explicatif de son œuvre…Son œuvre est censée s’intégrer harmonieusement dans les lieux mais, au delà du discours promotionnel, elle casse de façon grossière la perspective de la terrasse, au point qu’une promeneuse croyait à une palissade cachant des travaux autour d’une statue…
-Mais non Madame c’est de l’Art très contemporain.
-Alors là, je sais bien que l’art n’est pas fait pour être beau sic mais, dit la dame fâchée, quand même …!
à suivre…
Christine Sourgins

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Mardi 10 septembre 2013

La rentrée commence avec une bonne nouvelle : un Van Gogh a été retrouvé dormant dans le grenier d’un collectionneur, persuadé qu’il s’agissait d’un faux. L’œuvre, « Coucher de soleil à Montmajour »,  a été dévoilée hier au Musée Van-Gogh d’Amsterdam, authentifiée par une équipe d’experts. Ce paysage de chênes des environs d’Arles, est mentionné par Van Gogh dans une lettre à son frère Théo datant du 4 juillet 1888 dans laquelle il décrit le tableau. Des analystes scientifiques ont confirmé l’attribution. On ne sait qui est l’heureux collectionneur, mais la toile sera visible, dès le 24 septembre et pendant un an, au Musée d’Amsterdam, qui abrite la plus grande collection de Van Gogh au monde, (140 toiles… plus une ).

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Mardi 9 juillet 2013

Lectures d’été N°2 :
   Le dernier livre de François Derivery réunit de récents articles parus dans  les revues Artension et Ecritique, il traçe le portrait de « L’art contemporain produit et acteur du néolibéralisme »( édition écritique). A l’heure où fleurissent des ouvrages sur ce thème, mieux vaut s’en remettre aux témoins oculaires ou aux analystes à long cours, plutôt qu’à ceux qui prennent le train en marche…
F. Derivery fait partie de ces artistes perspicaces qui ont d’emblée flairé et combattu la nouvelle donne que son texte d’ouverture appelle « le tournant des années 70 ». Il y rappelle le coup de force que représenta l’exposition 60-72 grâce à laquelle l’Etat enclencha sa politique de création dirigée…en commençant par diviser le milieu des artistes pour mieux régner.  A l’époque, Paris bruissait de « collectifs d’artistes » forts actifs qui devaient être mis au pas : « Un collège de commissaires présidés par F. Mathey était chargé de procéder à une sélection et de séparer, en les invitant, les artistes considérés comme potentiellement « opérationnels »-autrement dit susceptibles d’accéder à une visibilité internationale- et les autres, destinés à être abandonnés en chemin. Il ne s’agissait plus, donc, de s’adresser aux artistes « en général » mais de considérer chaque cas en particulier quitte à l’opposer aux autres.»

Il est cocasse de lire ces lignes à l’heure où, à Beaubourg, de jeunes philosophes s’interrogent sur l’influence des technologies numériques et leur remise en cause du supposé « mythe démiurgique du créateur solitaire (…) à la lumière des communautés d’amateurs-contributeurs particulièrement actives sur le web ». Comme si l’institution n’avait pas imposé de force « le renvoi à l’atelier »… Un pseudo mythe qui permet d’orwelliser l’histoire de l’Art ; ou bien le énième exemple d’une perte de la mémoire récente : voilà où mène l’art sans véritable histoire de l’art… (1).

Christine Sourgins
(1)  Cf les témoignages et analyses  édités par Ecritique dont les  ouvrages de F. Derivery , « L’exposition 72-72 », 2001 et « L’art contemporain produit et acteur du néolibéralisme », 2013. Renseignements sur le blog de la revue .

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Mardi 2 juillet 2013

Lectures d’été N°1 : le dernier numéro d’Artension (N°120 Juillet-Août 2013) nous réserve un dossier consacré à l’art exposé dans des « lieux bizarres » (p.65 et ss). Artension a donc recueilli les confidences d’acteurs de l’AC…. en cet été qui ressemble à un automne, « y’a plus de saison », les vestes se retourneraient-elles …?

Marie-Laure Bernadac, grande prêtresse de l’AC et introductrice de l’Art très contemporain au Louvre… (cf Pistoletto avec son actuel tas de chiffon ) trouve pourtant qu’on en fait trop ! Mettre de l’AC dans tous les monuments ? Il ne faudrait pas que cela devienne une mode dit-elle, « ce serait très mauvais pour l’art contemporain. Il ne peut pas tenir le coup, apparaître gratuit, inutile, voire gênant pour certaines collections » ; pour elle, « le Grand Palais n’est pas fait pour cela » sic .. (les organisateurs de Monumenta vont être ravis de l’entendre).

Paul Ardenne (p.67,68), lui aussi fervent défenseur de l’AC, n’y va pas par quatre chemins : cette pratique systématisée est « une plaie de la démocratie contemporaine ! ». Le voilà qui reconnait que depuis 40 ans « l’Etat est lourdement prescriptif »… L’AC à Versailles ? « du pain et des jeux ! » dit-il se demandant si le public « prend plaisir à ce type de nivellement » ou bien est-ce un concept institutionnel permettant un buzz médiatique « inadmissible ». « Pourquoi quand je vais à Versailles pour voir la galerie des Glaces je devrais y voir de l’art contemporain ? », « Versailles est devenu caricatural et risible en la matière ». Et une perle à encadrer : « Le système de l’art en France est un monstre que nous avons créé. Et qui est actuellement en panne de positivité ». Curieux, il y aurait donc du positif à attendre d’un monstre en bon état de marche ? Serait-ce une forme de regret du monstre chéri mais dont le « désir actuel d’hégémonie, d’invasion symbolique, est propagandiste » et aboutit à « des formes d’assujettissement de la création aux pouvoirs publics »… Ardenne termine même sur… la nostalgie du White Cube : il nourrit encore à ce sujet des illusions de pureté et de neutralité que nous ne partageons pas, à la différence des propos précédents ( mais qui ne sont que la redite, sans le mentionner, de la critique de la Dissidence).

Pour se convaincre de la rouerie des intellectuels officiels, on lira avec gourmandise, toujours dans Artension, le papier de Jérôme Serri (p.86-89),  journaliste au magazine Lire et ancien directeur du Fonds régional d’art contemporain d’Ile de France, le seul directeur de Frac à avoir, en 1985, rompu avec l’Etat en demandant « moins d’argent, plus de liberté ». Son article « AC : y-a-t-il un pilote dans l’avion ? » montre comment un directeur de l’Ecole des Beaux-Arts a détourné Barthes pour faire l’apologie de l’AC, Malraux faisant également l’objet de citations tronquées, toujours pour une justification fallacieuse de l’Art très contemporain….Quid de la super-hyper-incontournable-expo-de l’été concoctée par un nouveau Malraux, le génial-BHL : je ne saurais trop vous recommander le démontage de ce coup médiatique par Mathias Remond pour le site Acrimed,* observatoire des médias  http://www.acrimed.org/article4104.html cliquez
Il y est question de pâte à crêpe : à lire par tous ceux qui ne veulent pas se laisser rouler dans la farine…

Christine Sourgins
(*remerciement à HL)

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25 juin 2013

Les ladys se crêpent le chignon : l’artiste française de Body Art, Orlan, qui a fait de son corps une sculpture, accuse  Lady Gaga de plagiat.  La pochette de l’album Born This Way (2011), montrant le front et les épaules de la chanteuse américaine parsemés d’excroissances, Orlan a vu rouge. Notre Body-arteuse qui a décidé de transmettre son geste de plasticienne à la chirurgie du même nom, porte, on le sait, des embryons de cornes sur le front grâce à des implants : elle réclame, devant le Tribunal de grande instance de Paris, 31,5 millions de dollars (23,7 millions d’euros) à la chanteuse américaine et à Universal Music France pour contre façon (soit un pourcentage de 7,5 % du chiffre d’affaires de la star américaine… mais un accord amiable n’est pas à exclure)

Lady Gaga serait une récidiviste : sa robe en viandes portée en 2010, lors des MTV Vidéo Music Awards, ressemblait étrangement à celle de l’artiste Jana Sterbak. Cette œuvre source de 1987 est  intitulée Vanitas – Robe de chair pour albinos anorexique  et fut exposée au musée national d’Art moderne à Paris.  « Le jour du vernissage, quand on expose la robe, la chair est crue. Puis, la viande sèche et commence à ressembler au cuir ; elle devient alors acceptable. Cela est aussi vrai pour les artistes » déclare Jana Sterbak. Sa robe censée « questionner sur la condition humaine » est devenue son  « image de marque » ; plusieurs fois copiée, la plasticienne n’a jamais porté plainte : un indice de sincérité ?

Lady Gaga, elle, n’a pas mentionné de qui elle s’inspirait en s’exhibant dans une telle robe : pillage de l’AC par les médias ? La lady ne manquant ni de culot ni de cynisme aurait alors justifié son geste ainsi :

« J’ai voulu dire que si l’on ne se bat pas pour faire respecter nos droits, on n’en aura pas plus qu’un morceau de viande accroché sur un os. ».

Message reçu 5 sur 5 par Orlan et son galiériste qui ne décolère pas :«le corps d’Orlan est son œuvre, son image  et son travail», «il s’agit d’un pillage du patrimoine artistique». Oui mais lequel ? Des cornes sur le front, une contrefaçon ?  Dans l’iconographie biblique, le rayonnement du front de Moïse s’est traduit en sculpture par des cornes… Il paraît même que Méphisto, qui en a assez d’être « pompé », se demande si, lui aussi, ne va pas porter plainte. Si tous les cocus demandent des dommages et intérêts, pour sûr la Lady va réellement  finir Gaga…

Christine Sourgins

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18 juin 2013

La Fondation IFRAP : think tank dédié à l’analyse des politiques publiques et laboratoire d’idées innovantes a publié un rapport sur “l’Art contemporain : des collections publiques à fonds perdus”. C’est une extension de l’enquête de Charlotte Uher sur les Frac dont vous a informé le Grain de Sel du 20 Novembre dernier.

A télécharger gratuitement sur le site de l’IFRAP. (cliquez)
A savourer et à diffuser sans modération.

Le passage sur les Arthotèques est éclairant : celles-ci prêtent aux particuliers les oeuvres collectionnées, elles avaient donc un  réel impact “populaire” et un rôle d’éveil à l’art, étant le “fruit d’un partenariat public-privé qui a responsabilisé les acheteurs publics, en les obligeant à acquérir en priorité des œuvres faciles à exposer” plutôt que de dispendieuses “installations”. Cette belle initiative a été torpillée au profit des Frac et même délaissée par le ministère de la culture…
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Mardi 11 juin 2013

Suite et fin de la visite de « L’arbre de vie »,

exposition des Bernardins (jusqu’au  28 juillet ; entrée libre).

Une vidéo de Jean-Claude Ruggieri montre un arbre déraciné, suspendu par le tronc, sa motte de terre équilibrant le feuillage…  « Je ne vois pas chez les sculpteurs qui m’intéressent de geste qui ne soit pas violent » dit l’auteur. Pourquoi cette violence ? Pour «soumettre au spectateur une vision intégrale de l’arbre arraché à son paysage ». Que cherche-t-on à nous faire croire : que personne n’ aurait vu de tempête, ni d’arbres déracinés ?  A l’extérieur, dans le jardin attenant, Mathieu Mercier, avec son « commissariat pour un arbre », propose à des artistes de réaliser des nichoirs, c’est ludique et coloré en diable mais assez indigent formellement. Le public est invité à picorer, ça et là, un ou deux objets qui lui souriront. Ca ne mange pas de pain ; le nichoir qui rappelle une lunch-box de fast-food plaira aux enfants.

Plus militant, Bruno Serralongue photographie les bois près de Calais, refuge précaire des migrants. Ce sont des sujets traités par la presse, mais Serralongue reconfigure les codes de la photo de reportage, (cadrage, agrandissement différents etc) et se targue de ne pas produire d’image utilisable par la presse mais ce faisant… il en produit d’utilisable par les musées et les catalogues ! Sa stratégie de prise de vue casserait la logique de camp dit-il (« dans quel camp es-tu, presse, ONG, organisateur ? » ). Oui, mais comme ce parti pris risque fort d’esthétiser la misère…le texte de la revue « Question d’artiste », qui sert de catalogue,  conclut sur un appel à la lutte :  la logique de camp, mise à la porte, rentre par la fenêtre…

Henrique Oliveira travaille avec du bois récupéré à partir des matériaux issus des bidonvilles,  il recompose ainsi  des structures qui paraîssent organiques. Le catalogue montre une photo de « Desnatureza » œuvre puissante : un tronc noueux s’extirpe du sol et se diffuse dans le plafond, comme si cet arbre mutant enlaçait la terre et le ciel. Bravo, voilà une œuvre qui mérite le déplacement ! Mais accourrez sur place et c’est la déception. La pièce montrée est loin d’avoir la même force ascensionnelle, elle ressemble à une « croix flapie », une croix ventrue et bien fatiguée : symbole cruel d’un christianisme aussi exsangue que ventripotent ? Les Bernardins, pour qui l’œuvre fut conçue sur mesure,…pudiquement ne commentent pas. On-t-ils seulement réalisé la leçon qui leur est faite ? Pas sûr, quand on est énamouré d’AC, la lucidité est en berne…

L’oeuvre la plus aguicheuse à l’œil est le triporteur d’Anthony Duchêne  qui véhicule gaillardement un arbre. L’objet semble ludique et fantastique : sur ses branches, des nez sur pattes d’oiseaux jouent  le rôle de « goutteur » et veillent sur des arômes volatiles.  Cet objet hybride doit beaucoup à l’habituel travail de l’artiste sur le goût et les arômes. Il  ne fait pas mystère de ses intentions, avec l’habituel cynisme des artistes duchampiens, et n’hésite pas à dire que « les règles sont tronquées » que « la notion de leurre est récurrente dans son travail », d’où l’association arbre-arôme-triporteur « proposant une dégustation olfactive fictive faisant référence aux véhicules des bonimenteurs »

Dans bonimenteur, il y a menteur…cqfd !

Ceux qui voudront voir traiter le sujet honnêtement traité (rappelons qu’aux Bernardins une bonne partie des artistes ne traitent pas le sujet) iront à Neuilly (au  tout nouveau Théâtre des Sablons 62-70 avenue du Roule, qui expose  «L’arbre qui ne meurt jamais », jusqu’au 30 juin. Incontestablement, mais il vous en coutera 8 euros, les propositions sont plus pointues qu’aux Bernardins : depuis des oeuvres qu’on classerait plutôt dans l’art brut ( De Villiers) aux grosses pointures, telles Yves Klein ou Giuseppe Penone. Mais si certains déçoivent (Goldsworthy célèbre « landarteur » est mieux inspiré d’ordinaire), d’autres surprennent, tel le japonais Susumu Shingu et son ballet de feuilles d’ombres autour de son arbre flottant. Le niveau de la peinture n’est pas relevé par les « Deux arbres généalogiques » de F. Remond qui imite à la perfection le style des grandes sections maternelles. Mais ce qui  ressort de la visite est une vision statique, d’un arbre souvent artificiel desséché/ desséchant, très peu d’œuvres restituent l’exubérance végétale ou sa fécondité. Au fond cet « arbre qui ne meurt jamais » c’est… l’arbre déjà mort…!

L’arbre est le sujet fétiche de Penone, qui plante ses végétaux de bronze ou de marbre à Versailles ;  n’intervenant « que » dans les jardins (ceux-ci étaient quand même pour Louis XIV aussi importants que le Palais, au point que le roi rédiga un guide de visite).  D’un artiste issu de l’Art pauvre, on pourrait s’attendre à de la modestie, de la finesse dans le « dialogue » avec un chef-d’œuvre du patrimoine, plus en tout cas, qu’avec  les artistes tapageurs qui l’ont précédés…Pas sûr que le pari soit totalement réussi : voilà notre “pauvre”  artiste  pris de la folie des grandeurs et plantant une sculpture en plein milieu de la grande perspective, selon la technique habituelle des artistes d’AC, celle du coucou :  faire son nid dans celui des autres,  bien au milieu. Choisir d’occuper cette place facile, c’est s’avouer m’as-tu-vu plutôt qu’artiste…

Les fanatiques du sujet pourront encore aller à Marseille au Centre Régional de la Méditerranée (CeReM) Les photographes Jean-Christophe Ballot et Joseph Rottner proposent “Arbres. Puissance et frémissements”. Ayez cependant une pensée émue pour le contribuable ; Marseille, capitale culturelle, jouit là d’une  structure qui fait doublon avec le Mucem,…( Musée des civilisations de la Méditerranée) inauguré récemment. Une dette ? Quelle dette ?

Christine Sourgins

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Mardi 4 juin 2013

Auprès de mon arbre…

L’arbre est tendance : 2 grandes expos parisiennes (dont une à Neuilly)  s’y consacrent. Voyons la première pour commencer…
Les Bernardins  affichent, jusqu’au 28 Juillet, un « arbre de vie », fidèle à leur option AC. Mais aux habituelles versions AC/ tendance ascétique et désincarnée, succède cette fois une veine ludico-écolo-environnementale.

En vedette, Michel Blazy qui plante des balais de sorgho dans des pots en terre. Que croyez-vous qu’il arriva ? La végétation repousse…Si !  Voilà qui amusera l’enfant qui sommeille en nous et qui, il y a 30 ans, achetait l’inénarrable Pif Gadget …mais Pifou n’avait jamais prétendu ériger l’astuce divertissante en art.  Oserais-je dire que la petite mousse têtue qui réapparait dans une cicatrice goudronnée à la Défense m’émeut vraiment, « me relie plus au reste du monde » que les balais Blaziens ? Cet artiste est l’auteur d’une déclaration (rapportée dans la revue « Question d’artistes N°V» qui fait office de catalogue) : « j’ai beaucoup de mal à exprimer les choses et c’est aussi pour cela que je fais des documents sur mon travail pour introduire la parole et pour ne pas passer à côté de l’essentiel ». Doit-on comprendre que l’œuvre blazienne est incomplète ou inefficace sans le discours qui la traverse ? Remarquons que Blazy ne prétend pas au grand art et déclare «  mon seul but est de me faire plaisir, d’apprendre des choses sur moi-même ». Bel hédonisme jouisseur. « Je considère que le démiurge fait les choses par hasard et qu’il n’a aucun intention de départ », bigre, voilà encore de quoi renouveler la théologie chrétienne …

Peu de peintres dans cette exposition, mais Jenny Bourassin qui se focalise sur les catastrophes qui la plongent dans un état qui « frôle l’addiction » dit-elle : tsunami, incendies, inondations, sont certes brossés avec élan mais on se dit que c’est assez loin du sujet. Ca y est, j’y suis : l’arbre s’est envolé !

Ismaïl Bahri filme une goutte d’eau qui palpite sur la veine d’un bras ; la modestie du sujet touche, le commentaire agace : le travail « tend généralement à épuiser la forme, c’est-à-dire à en puiser les débords d’une essence ». En termes choisis, voici le vieux truc qui mène à l’iconoclasme : affaiblir au maximum le visible et affirmer que c’est un gage de profondeur. La petite allusion à Duchamp et à sa notion d’infra mince ne  manque pas : «L’essence ou cet infra qui échappe aux sens et à la pensée ». Le lien avec l’arbre n’étant pas flagrant, on feuillette frénétiquement la revue pour comprendre aussi pourquoi  Michel Sanejouand ne nous montre que des cailloux : « Ca ne m’empêche pas d’aimer les arbres, un tas de choses, les fesses, mais j’aime plus les cailloux » dit-il. C’est son droit ; c’est le nôtre aussi de dire qu’aimer plus les cailloux que les arbres est une raison un peu mince pour figurer dans une exposition consacrée à l’arbre.

J’abrège, mais près de la moitié des artistes présents ne traitent pas le sujet !

Pas plus Roland Flexner qui peint des bulles d’encre avec une paille  que Thomas Fougerole qui se lance dans une série de « peintures de pluie » qui laissent place au hasard. « J’ai toujours eu ce désir de faire des peintures qui ne ressemblent pas à des peintures », « être une espèce de machine sensible qui déjouerait les attentes », bref, faire que la pluie se peigne elle-même. Il y a encore 10 ou 15 ans, un  « artiste émergent » … eut clairement affiché la couleur : il prend la suite d’Yves Klein qui avait déjà mis en œuvre de tels procédés. Là, l’allusion est feutrée : « je considère beaucoup moins mes tableaux comme des images que comme des éponges ». Seuls ceux qui connaissent les arbres-éponges de Klein comprendront l’allusion.

Mais que vois-je ? O miracle, enfin quelqu’un qui traite le sujet ! Et un peintre en plus !  Un arbuste mirifique qui fructifie dans la nuit, des racines au sommet et secoue sa constellation de pommes rouges. Ce peintre, c’est Séraphine, avec un tableau prêté par le musée Maillol. Séraphine est ici à l’insu de son plein gré. Comme Fernandel qui se retrouve faire de la pub après sa mort…Séraphine est brandie pour dire « c’est toujours le même art qui continue », puisqu‘on vous le dit, pensez-le !

Jean-Luc Blanc vient pourtant prouver le contraire. Il crayonne des portraits (ne cherchez pas de rapport à l’arbre …) «Avec la peinture, je doute avant de brûler : pour la punir, je la mets sous la pluie, parfois pendant plusieurs jours ». Punir voilà un mot qui fera mal à tous les peintres qui triment pour conserver à la peinture le droit de vivre. encore une phrase que Jean-Marie Ziegler aurait pu épingler dans son recueil “les années noires de la peinture” (voir l’hommage du Grain de Sel du 21 mai).

J-Luc Blanc trouve que « les fantômes sont une belle allégorie pour parler des images ». Tiens, voilà qui va nous revitaliser encore la théologie : que diraient les théologiens d’un  Christ, non plus image mais « fantôme de Dieu » ?
Encore un exemple emblématique de ces « peintres », plus conceptuels que peintres, qui jouent l’anti-peinture, bref qui pratiquent pour détruire….

….à suivre. Fin de la visite la semaine prochaine…

Christine Sourgins
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28 mai 2013

La raison du plus fort

Le « peintre » américain Richard Prince est accusé d’avoir pillé le photographe français Patrick Carriou en reprenant, en totalité ou par fragments, 30 photos de Rastafaris de Carriou pour réaliser  un collage intitulé « canal zone » ; celui-ci fut exposé à la Galerie Gagosian de New York, sans même l’élémentaire courtoisie de prévenir l’artiste « source ».

Ce dernier entama des poursuites pour violation du droit d’auteur ; en 2011, une cour de New York avait été dans le sens du photographe mais le 24 avril dernier, en appel, le juge trouve que, dans l’ensemble, Prince a fait un « usage loyal » du travail du Français et que les collages de l’américain relève d’une « esthétique toute différente ». Bigre, quels sont donc les critères de cette différence esthétique ?

Là, surprise, les critères ne sont pas esthétiques mais financiers ! Le livre de Cariou, « Yes Rasta », a rapporté 8000 dollars….alors que les collages de Prince se vendront 10,4 millions de dollars… attirant De Niro, Brad Pitt, Angelina Jolie etc. donc, a osé dire le juge, « un public très différent » ! Avec ce jugement, tous les artistes de l’appropriation (euphémisme pour dire « pilleurs patentés ») se frottent les mains ! Mais l’avocat du français n’a pas dit son dernier mot dans cette lutte contre le Prince Goliath.

Etrangement, c’est le même genre d’argument qui est opposé, encore par une autorité américaine, au conservateur italien du musée archéologique d’Aidone à propos du trésor d’Eupolemos, des pièces en argent doré, qui témoignent de la présence grecque au IIème siècle av JC en Sicile. Découvert par des fouilleurs clandestins en 1970, le trésor fut vendu au Metropolitan Muséum (Met) de New York en 1981, puis restitué à l’Italie en 2010, ce qui semble conforme aux conventions internationales.

Mais voilà qu’une clause était passée inaperçue dans le contrat de restitution signé entre le Met et Rocco Buttiglione, le ministre de la culture italien de l’époque en 2007. Elle prévoit que… le butin soit rendu au receleur : comme dans un divorce, le trésor sera en résidence alternée, passant 4 ans à New York puis 4 en Italie etc jusqu’en 2050 où les pièces resteront en Sicile.

Argument massue : les pièces archéologiques sont vues par plus de monde à Manhattan, qu’à Aidone : à ce compte-là, Pekin va bientôt nous réclamer la Joconde !

Christine Sourgins

Sources : Le Monde, 4 mai 2013, p.2 et 6.

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Mardi 21 mai 2013

Histoire de l’art à l’école ?

La circulaire interministérielle Education / Culture sur le parcours artistique et culturel publiée au BOEN du 9 mai 2013, est parue avant même le vote de la loi d’orientation et de programmation…elle augure mal de la présence de l’Histoire de l’art à l’Ecole….
Voici quelques extraits de la Lettre d’information du réseau culture – N° 391 (20/05/2013)

« La référence aux « trois étapes complémentaires » constituant l’itinéraire d’éducation artistique et culturelle (école, collège, lycée) disparaît.  Il n’est plus question qu’à son terme, chaque élève ait abordé la plupart des grands domaines des arts et de la culture, mais juste « souhaitable » qu’au moins une fois par cycle, à l’école primaire et au collège (exit le lycée !), l’un des grands domaines des arts et de la culture soit abordé. »
« Ces actions inscrites dans le projet d’école ou d’établissement s’articulent, est-il maintenant précisé, avec les activités «menées par chaque enseignant dans le domaine des arts et de la culture au sein de sa classe, selon « son » projet et dans le respect de « sa »  liberté pédagogique. »
« Il faudrait encore ajouter…la suppression du  « respect des spécificités locales ».

« Ainsi cette circulaire a-t-elle été vidée de tout contenu contraignant,  l’essentiel du pouvoir d’initiative et d’appréciation étant restitué au professeur dans sa classe, ses horaires… »
La lettre se veut optimiste : « tout espoir n’est pas perdu car il existe une base d’enseignants et de futurs enseignants infiniment moins fermés à ces perspectives que les représentants de certains syndicats veulent bien le dire , et qui sauront s’inspirer de l’esprit de cette circulaire davantage que de son texte. »

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Hommage

Tragique disparition du peintre Pierre-Marie Ziegler.  Sur une petite vidéo publiée par le site ” Face à l’Art” dont il était un des fondateurs, cliquer sur le lien, on le voit  se livrer à la passion de sa vie “la peinture (qui) améliore la rétine, améliore la pensée”… avec son thème favori, les arbres…
En affirmant qu’un peintre n’existe pas, n’est pas un artiste “contemporain”,  les experts de la culture dirigée administrent une mort conceptuelle et bureaucratique. Quand on leur  suggère  que leur cécité et leur ostracisme fait des victimes, ils haussent les épaules. Or la culture du mépris tue…
Pierre-Marie Ziegler était un des auteurs (1) des ” Années noires de la peinture”, un livre qui dénonce le négationnisme de la peinture, en cours de parution aux  éditions Guillaume de Roux, ce qui rend son départ d’autant plus dramatique.

Christine Sourgins

(1)    Avec Aude de Kerros et Marie Sallantin

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Mardi  14 mai

Chap(art)dages républicains

 Mr Guéant avait déjà un problème avec la vente de deux toiles du peintre néerlandais Andries van Eertvelt censée justifier un virement de 500 000 euros ( mais y-a-t-il eu un certificat d’exportation du territoire ?  Mystère…). Voilà qu’un journal ivoirien du 10 mai 2013 évoque un tableau du peintre James Houra, offert en 2011 par le président de la République ivoirienne, Alassane Ouattara, à celui qui était alors ministre de l’intérieur de Nicolas Sarkozy : M. Guéant est suspecté par la presse ( voir l’article du Monde ) d’avoir « privatisé » le tableau qui est maintenant accroché au mur de son cabinet d’avocats. M. Guéant s’est même laissé filmer devant cette œuvre par le magazine télévisé ” Arrêt sur image”, preuve, si la privatisation était avérée, de la sensation de totale impunité qui sévit dans la classe politique.
Interrogé par Le Lab d’Europe 1, Claude Guéant affirme que « ce tableau n’a pas de valeur marchande mais il a une valeur affective bien réelle.”.Affection débordante pour l’art ? M. Guéant parle d’une autre valeur affective : celle de son amitié pour M. Ouattara… Au passage on suggére qu’un tableau figuratif un peu « naïf » ne peut pas avoir une grande valeur marchande…

Partir avec les petits cadeaux est une pratique interdite par une circulaire du 18 mai 2007, signée de la main de François Fillon qui stipule que “les cadeaux offerts aux membres du Gouvernement (…) dans le cadre de l’exercice des fonctions gouvernementales, sont, pour leurs auteurs, la manifestation de la volonté d’honorer la France. C’est donc à l’Etat qu’ils s’adressent, au-delà de la personne du récipiendaire (…) Il est par conséquent normal qu’ils n’entrent pas dans le patrimoine personnel du ministre ou de sa famille”. Le cadeau peut être conservé en toute légalité par un ministre durant son mandat mais doit obligatoirement être rendu au “service du mobilier national”, c’est-à-dire à l’Etat, dès qu’il quitte ses fonctions.
M. Guéant jure n’avoir “jamais reçu de demande de versement sur cette œuvre”, c’est ainsi que les services du ministère auraient dû procéder : négligence ou pression dissuasive ? Faut-il attendre un rappel à l’ordre, quand on est ministre, pour appliquer la loi ?

Le principal problème est que le cas est loin d’être isolé, pour des explications plus détaillées, suivez ce lien vers un article très édifiant du Figaro de 2009. Intitulé « Ces trésors de la République qui disparaissent » vous y apprendrez que 10 % du mobilier prêté aux ministères et aux ambassades est introuvable. Où sont passés : l’horloge Boulle déposée au château de Maisons-Laffitte, le dessin de Dufy du Musée Cantini de Marseille,   l’huile de Zoran Music (XXe), accrochée en principe sur un mur de Bercy… ou la tapisserie XVIIIe siècle d’une valeur de 80 000 € disparue de l’ambassade de France à Londres …etc ? Mystères républicains !
Les ministères les plus chapardeurs sont apparemment l’Éducation nationale (la moitié des pièces sont «non vues»), la Défense et celui de l’Économie. Malgré un millier de plaintes déposées, des responsables du Mobilier national qui s’arrachent les cheveux, les ministres en prennent à leurs aises, déplaçant les objets sans prévenir quiconque, selon leurs caprices,  attendant bien sûr que  les faits soient trop anciens pour pouvoir déclencher des poursuites.

On attend donc avec impatience l’enquête que « Sauvons l’art » a confié à ce sujet à la journaliste Ariane Warlin (voir le Grain de sel du 23 avril)…A suivre…
Christine Sourgins  ………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………..

Mardi 7 mai

Pistoletto-L

Petit jeu pour les vacances…La photo ci dessous, que montre-t-elle ?

réponse A : le départ d’un fripier pour les Puces de Vanves

réponse B : un plagiat de l’exposition de Boltanski au Grand Palais lors de Monumenta en 2010. Pour ceux qui auraient oublié, cliquez

réponse C : la dernière exposition d’Art très contemporain du Louvre.

à noter : il peut y avoir plusieurs réponses vraies (par exemple, au hasard, la B et la C)

Pour plus d’infos cliquez ici...

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Mardi 30 avril

Marcel Duchamp, le début de la fin  ?

2013 est un double anniversaire. Il y a 100 ans, Duchamp inventait la roue…de bicyclette, un premier ready-made (qui ne portait pas encore ce nom). Il triomphait aussi en Amérique, lors de l’exposition de l’Armory Show, avec le scandale déclenché par son tableau « Nu descendant l’escalier ». De là date une notoriété  devenue une hégémonie artistique mais qui voit poindre les premiers signes de son déclin.

Le N° de mai-juin 2013 d’Artension, en kiosque,  consacre un dossier au cher Marcel, le « gourou malgré lui du snobisme à deux balles » comme l’écrit Françoise Monnin. Vous verrez, en autres,  que les femmes ne sont pas en reste pour dire son fait au grand homme  ; j’en ai commis un sur « L’homme à la fontaine trahi par les siens ». Après cela, il sera difficile croire les tenants de l’Ac quand ils se réclameront de lui…

Autre contestation de cette figure tutélaire de l’AC : un député de gauche, le suédois Viggo Hansen va défendre cette semaine, dans la région de Södermanland, près de Stockholm, une loi obligeant les hommes à uriner assis. De quoi sonner le glas, de cet ustensile sexiste et démodé : l’urinoir duchampien !
Objectifs premiers de Mr Hansen : améliorer l’hygiène (les toilettes gagneraient certes en propreté) mais aussi renforcer l’égalité homme-femme, thème cher aux Suédois. Le pays est champion de l’égalité des sexes : depuis l’an dernier, le dictionnaire compte même un nouveau mot «Hen», un pronom neutre entre  «il» et «elle».
Viggo Hansen a d’autres justifications plus surprenantes. Selon lui, et sans faire référence à une quelconque autorité médicale, la position assise permettrait de lutter contre le cancer de la prostate et contribuerait «à une vie sexuelle meilleure et plus longue».

Quand on sait que cette même obligation avait déjà été défendue (sans suite) par le ministre de l’environnement taïwanais, Stephen Shen, en août 2012, on mesure à quel point les jours de la suprématie duchampienne sont comptés. Duchamp, qui fut un des précurseurs de la question de l’identité et du genre, lorsqu’il se travestissait en femme Rrose Sélavy, ….finirait donc enterré par la vague du « gender » ? Bref, Duchamp périrait là où il a détourné…

C’est finalement un peu ce que prédisait une suite savoureuse de huit tableaux peints collectivement par Gilles Aillaud, Eduardo Arroyo et Antonio Recalcati, en 1965. Intitulé «  La Fin tragique de Marcel Duchamp », Marcel y mourait… d’une chute, nu, descendant l’escalier… ! Cliquer pour visionner.
Christine Sourgins
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Mardi 23 avril

Evasion du patrimoine

La rumeur court depuis longtemps : des conseillers logés dans les Palais de la République, quelques préfets, voire, horresco referens, certains ministres, auraient tendance à imiter Mazarin (confondre biens publics et biens propres). Autrement dit, à la faveur d’une mutation, d’un départ en retraite, certains fonctionnaires emporteraient un tableau de maître, une tapisserie, un encrier, bref, un petit souvenir des jours heureux passés dans les ors de la République… C’est normal, un fonctionnaire zélé finit par s’attacher à son cadre d’action.
Aussi les recollements réguliers montreraient que des objets disparaissent. De deux choses l’une : ou il s’agit d’erreurs d’inventaire et il y a un problème de compétence ; ou bien, au sein des administrations, il y aurait, non plus des fonctionnaires mais des « ponctionnaires de la République » agissant en toute impunité …
Peut-on estimer la somme des biens ainsi volatilisée ? A l’heure de la transparence, de l’éthique et de la moralisation de la vie publique, il est grand temps de faire la lumière sur ces pratiques.
L’association « Sauvons l’art » a décidé de confier une enquête à une journaliste indépendante, Ariane Warlin, auteur de “La face cachée du Louvre”, qui saura bien nous dire s’il y a une « évasion du patrimoine ».

L’association lance un appel à témoin, la qualité de journaliste d’Ariane Warlin garantissant le secret des sources : contact@sauvonslart.com.

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Mardi 16 avril

Comment entrer aux beaux-arts ?
Ce mois-ci, à la halle Martenot à Rennes, 700 jeunes candidats venus de toute la France passaient les épreuves d’entrée aux écoles d’art de Rennes, Lorient, Brest et Quimper.. Sud-Ouest nous restitue la délicieuse “ambiance artistique”(1).

“La veille, les jeunes candidats  devaient commenter une oeuvre contemporaine prêtée par le Fonds régional d’art contemporain (frac)… un canard recouvert d’un tissu en treillis. Et également s’en inspirer pour réaliser un tableau de chasse sur le thème du retournement de situation, de l’humour, de la dérision. « Un prétexte pour chercher chez les candidats la capacité à répondre, du tac au tac, à un sujet », lance la chargée de com de l’école européenne supérieure d’art de Bretagne (EESAB).
Méditatifs et contemplatifs s’abstenir…!

Les enseignants des Beaux-arts enchaînent les entretiens pour choisir leurs futurs étudiants qui ont « 8 minutes pour convaincre» et répondre à une batterie de questions “parfois déroutantes”. Exemple : « Tu es féministe ? » « Un peu. » « Comment ça ? On est féministe ou on ne l’est pas ! » « Tu as lu Virginie Despentes ? » « Non. » « Tu devrais. Qu’est-ce que tu aimes en cinéma ? » « Tarantino. » « Tu peux citer un vieux film en noir et blanc ? » « Heu… Le Dictateur. » « Tu as envie d’apprendre des choses ? » « Ben oui, sinon je ne serais pas là. » « Tu es une bosseuse ? » Manon tapote sur le dessin au feutre qui lui a demandé 40 heures de travail. « Non, non, ça, c’est juste du temps passé”.
Consciencieux s’abstenir ; Cézanne, qui passait bien trop de temps sur ses peintures, dehors !

Beaucoup de ces candidats sont encore lycéens, certains ont passé un an dans une prépa d’art, ce qui fait bondir le jury: « Ils dépensent entre 6 000 et 10 000 € pour ces prépas privées. C’est du racket ! ». Environ un tiers va être retenu mais, attention, il ne s’agit pas de “dénicher des artistes”, precise une jurée, presque fachée d’une question sur les critères d’admission :” S’ils sont déjà artistes, ils n’ont pas besoin d’une école (préparatoire). On est là pour recruter des gens qui ont envie de suivre des études longues, difficiles et… géniales ! Le critère n° 1, c’est leur dossier, les travaux qu’ils nous présentent. Le critère n° 2, c’est la MO-TI-VA-TION. Si elle est forte, même si leur dossier est moyen, on va leur faire confiance. » Effectivement pas besoin de dépenser un centime pour se former ; avoir l’air motivé suffira ! Les jeunes ont compris la loterie et  postule aux quatre écoles “pour maximiser leurs chances”.

Les virtuoses intimidés sont priés d’aller voir ailleurs. En revanche, les adeptes de la soumission volontaire, les friants du politiquement correct, du conformisme déguisé en non-conformisme, ceux-là ont toutes leurs chances…

Christine Sourgins

(1) http://www.jactiv.ouest-france.fr/job-formation/se-former/rentrer-aux-beaux-arts-cest-tout-art-16430 (Merci à Yves G. pour la référence)

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Mardi 9 avril

La France, comme chacun sait n’a pas de problèmes de dette et peut donc s’offrir le luxe d’initier sa belle jeunesse au monopoly financier de l’Art très contemporain.

Ainsi depuis 2008-2009,  « les nouveaux collectionneurs » sont un  programme pédagogique, qui concernent des adolescents des classes de 4ème et 3ème . Il est soutenu par le Conseil général des Bouches du Rhône, Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la culture, la Direction des Services Départementaux de l’Éducation Nationale des Bouches-du-Rhône (l’Inspection Académique), et le Ministère de la Culture et de la Communication (DRAC PACA). Youpi !

Les collégiens suivent un parcours de « sensibilisation » d’une année (on a guère l’impression que l’histoire de l’Art, longue durée, y joue un véritable rôle) : visites de galeries d’AC marseillaises, rencontre avec les artistes et les professionnels de l’Art très contemporain. Ensuite les élèves se regroupent par affinités et choisissent des œuvres «( souvent des travaux de jeunes artistes déjà côtés) dont ils aimeraient faire l’acquisition pour la collectivité » !

Le journal « A nous » (11/03/13) qui se félicite de l’affaire et précise « chaque groupe d’élèves  travaille à construire un argumentaire, qu’il présente devant un jury de professionnels . Le plus convaincant l’emporte, en fonction bien sûr de plusieurs critères, esthétiques, philosophiques, historiques et de marché.. Le Conseil général fait effectivement l’acquisition des œuvres lauréates, qui sont exposées quelques jours dans les collèges » «  Par l’art, il est donc question d’apprendre à argumenter ses choix, mais ausssi de les faire au nom d’une collectivité, c’est à dire de gérer de l’argent public »sic
A ce jour, le fonds compte une centaine d’oeuvres  qui constituent les fonds des Collèges qui deviennent donc de nouveaux clients institutionnels du système. Cf
http://www.nouveauxcollectionneurs.org/lacollection/lacollection.html

Il n’y qu’a voir les titres de certains des thèmes retenus (« Jeux de détournements » « la mort et la dérision » « construction/destruction » « Jeunes et agités »…) ainsi que les œuvres elles-mêmes pour se persuader que cette belle opération a pour but de formater les jeunes à l’AC et surtout à son marché aux frais du contribuable !

Les hommes de l’Etat recrutent donc des « experts », influencables à souhaits,  parmi de jeunes mineurs…et leur confient les cordons de la bourse !  N’est-ce pas là , une corruption de contribuables ? Car enfin, comment ces braves collégiens, embarqués dans cette affaire, pourraient-ils, plus tard, avoir le culot de protester contre le gaspillage des deniers publiques ? Eux qui y auront participé dans la joie et la bonne humeur …

Christine Sourgins

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Mardi 2 avril 2013

Les franciliens sont invités à une table ronde confiée par la revue AREA

à l’équipe de Sauvons l’art !  sur le thème de « l’art et l’argent ».
Cette table ronde aura lieu dans les locaux d’AREA,
ce mardi 2 avril prochain
au 50, rue d’Hauteville, 75010 Paris
à partir de 19h

Au menu :
– Christine Sourgins, historienne de l’art, décrira la métamorphose du marché de l’art depuis les années 60 ;
– Aude de Kerros, artiste et essayiste, fera une étude comparative entre le marché classique de l’art, et l’art financier ;
– Fabien Bouglé, Marchand d’art, expliquera le processus de formation du prix d’une oeuvre d’art ;
– Raphaël Jodeau, Coordonnateur de Sauvons l’art !, traitera de la question de la place de l’argent dans l’art.

A ce sujet, une bonne nouvelle :
La mobilisation des contribuables (70 000 personnes avaient signé la pétition de Contribuables Associés)  a permis d’annuler la subvention de 400.000 euros que la ville de Marseille voulait verser à David Guetta pour son concert payant du 23 juin prochain dans le cadre de Marseille Provence Capitale de la Culture 2013 !
L’artiste (qui souligne que la subvention concernait surtout les organisateurs ) se produira non plus au Parce Borély mais dans la salle privée du Dôme «dans le cadre d’une production ne bénéficiant d’aucune subvention» et «par respect pour tous ses fans qui ont néanmoins déjà acheté leurs billets».
Fin du «Guettagate» comme la presse avait baptisé l’affaire

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Mardi 26 mars

Voici, résumée, l’alerte lancée par la Maison des artistes (MDA) :

Une lettre interministérielle du 23 janvier 2013 (signée par 3 ministres, Touraine, Filipetti, Cahuzac) annonce le projet de fusion de La Maison des Artistes et de l’Agessa dans le but de créer une caisse anonyme de sécurité sociale.

Ce projet vise à casser La Maison des Artistes. Les pouvoirs publics, en collusion avec tous les syndicats et organisations professionnelles (sauf le SMdA-CFDT), veulent casser cette structure  exceptionnelle, où les artistes se sont pris en main et, tenez-vous bien, dont le régime est excédentaire !!! Rien à voir avec la caisse des intermittents du spectacle ! La MDA n’est pas contre une réorganisation des services de sécurité sociale, la  modernisation du régime des artistes auteurs, mais il est quand même extraordinaire qu’elle soit tenue à l’écart de ce qui se mijote en douce. Et qu’un  gouvernement « normal » punisse des citoyens financièrement vertueux en les « normalisant » laisse pantois.
Qui dit unification par la  création d’une caisse dit perte de l’agrément pour La MDA.   Cette  perte entraîne celle de la légitimité statutaire  et remettra en cause la représentativité nationale de la MDA
D‘où:
–  perte de la compétence nationale de La MDA qui ne pourra plus lutter contre la concurrence déloyale des amateurs sur l’ensemble du territoire, ni intervenir à juste titre auprès des interlocuteurs institutionnels.
–  perte du pouvoir de négociation de La MDA auprès des partenaires publics et privés (musées, lieux d’expositions pour la gratuité d’entrée ou tarif préférentiel, fournisseurs, etc.)
–  perte de la capacité d’intervention et d’investigation de La MDA auprès des collectivités locales et territoriales, des services sociaux, fiscaux, etc.
A terme se sont tous les services rendus aux artistes professionnels qui sont menacés : fin de l’aide sociale,  fin de l’assistance administrative aux artistes,  fin des services (consultations juridiques, comptables, sociales,etc.),  disparition de la carte, bref  : fin de la MDA qui deviendra une coquille vide.

Sans aucune concertation avec le Président de La Maison des Artistes, son représentant légal, ce projet fait l’objet d’une mission d’inspection qui remettra un rapport le 1er juin au gouvernement.  Rien n’est donc décidé, tout peut encore changer : défendre La Maison des Artistes dépend de chacun d’entre nous... Signez l’appel de la MDA en suivant ce lien .

Et surtout profitez-en pour  laisser des commentaires sur le site, c’est important pour créer un buzz...

Je vous laisse vous interroger :

Pourquoi la MDA dérange? Parce que gérée par les artistes pour les artistes…?

Pourquoi cette atteinte contre le seul contre pouvoir libre!

Pourquoi cette atteinte à la diversité ?

Pourquoi le pouvoir politique en veut à ses artistes, ils n’ont rien demandé!

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Mardi 19 mars

Le N°16 de la revue 100% indépendante Ecritique vient de paraître, vous y retrouverez quelques Grains de sel et surtout un dossier sur la Figuration Narrative.

Plus d’informations, sommaire, commandes, abonnements cliquez:

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Mardi 5 et 12 mars

Le Grain de sel de ces vacances de Printemps sera télévisuel :

Mardi 1er mars 2013, la Chaîne TV Histoire a diffusé l’émission « Historiquement Show » avec  la guerre de 14-18 en fil rouge. Michel Field m’ayant demandé* de chroniquer le catalogue de la grande exposition 2012 du Centre Pompidou-Metz sur 1917, j’interviens entre la 16ème et la 31ème minute, aux cotés de spécialistes du peintre Mathurin Méheut et de Dominique Jamet.

Pour suivre cette émission sur le net cliquez.

C’est à ma connaissance la première fois qu’est expliqué à la TV que Duchamp n’a pas élargi l’Art mais l’a scindé en deux, pourquoi et comment. Le temps m’a manqué, bien sûr, pour approfondir mais j’ai pu également recadrer d’autres fausses perspectives du catalogue (dont l’oubli d’une notice consacrée à Cocteau, alors que l’exposition était bâtie autour du rideau de scène de son ballet Parade !)

Pour ceux qui voudraient en savoir plus : l’année 1917 fera l’objet d’une de mes conférence à la galerie Peinture Fraîche, 29 rue de Bourgogne Paris 7ème, le 28 mars à 19h plus d’infos sur le blog.

Christine Sourgins

* voir la petite confusion  avec « les arts sous l’occupation », autre exposition sur laquelle il y aurait beaucoup à dire.

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Mardi 26 février

L’exemple marseillais
Ce que fait Marseille, Capitale de la culture 2013, est emblématique de la gestion administrative de la culture. Lorsqu’il s’agit d’ « d’arts du spectacle » , l’omerta n’est pas aussi forte que dans les Arts plastiques aussi les chiffres arrivent-ils à être connus, ils font frémir et donnent une idée de ce qui se passe ailleurs en matière de subventions et de clientélisme. Voici ce qu’a découvert Contribuables Associés :

Marseille  va verser une subvention de 400 000 euros à une société privée pour organiser un concert géant de musique techno. Pourtant, la ville est déjà très endettée (plus de 2 000 euros de dette par Marseillais), la mairie augmentant les impôts chaque année, comme si de rien n’était.

Or ce concert  payant (plus de 40 euros la place), sera réservé à une poignée alors que tous les Marseillais y contribueront avec leurs impôts locaux.  L’emplacement (le Parc Borely) est prêté gratuitement, les artistes, David Guetta et Mika, seront grassement rétribués avec la complicité de la ville. (Guetta est le 4e DJ le mieux payé au monde avec 10 millions d’euros en 2011, pas du tout « le petit jeune qu’il faut aider » ). Le concert sera rentable, la société organisatrice prévoit une recette de plus d’ 1 million d’euros. C’est le classique « socialisation des pertes, privatisation des gains ».

Une pétition, circule sur Internet, avec déjà plus de 30.000 signatures. Contribuables associés a également publié un dossier  « Associations : le scandale des subventions ». Cette politique d’arrosage par subventions qui concerne tous les échelons et tous les partis politiques a de nombreux dégats collatéraux : par exemple l’achat de telle association, qui officiellement devrait défendre  tels citoyens, telle cause, mais qui, une fois subventionnée, se tait.
Résultat constant : une concurrence déloyale avec les associations ou les artistes non subventionnés et c‘est là que réside en France la difficulté à faire émerger des alternatives à l‘Art officiel. Les artistes dissidents du système ont des tarifs affichés nets, ils ne feront pas ensuite les poches du contribuable via les impôts. Mais le public lui, qui ne saisit pas que la place à 12 euros du théâtre subventionné en vaut en réalité 80, la différence étant les impôts et la dette, ce public, donc, sera toujours enclin à trouver que le petit théâtre non subventionné à 40 euros est « super-cher » ; c’est le contraire ! Mais peut-être à la faveur de la crise, le public va-t-il commencé à s’ apercevoir que le pain et les jeux  distribués pour l’amuser et l’endormir, c’est lui qui les paye !

Christine Sourgins
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Mardi 19 février

Rendez-vous jeudi prochain 21 février 20h, aux Bernardins
L’Institut de Paléontologie Humaine et le Collège des Bernardins propose des conférences sur le thème “L’émergence du sens de la beauté, une caractéristique de l’Homme” au Collège des Bernardins (20 rue de Poissy, Paris 5e) dans le grand auditorium.

Jeudi 21 février à 20h00 : Sens du beau.
-Émotion esthétique, indignation morale, étonnement philosophique : la sortie de l’ombre, Chantal Delsol, professeur des universités en philosophie, membre de l’Institut ;
La signification du beau dans l’art contemporain, Christine Sourgins, historienne de l’art, essayiste, écrivain ;
-La beauté interdite en art – 1960-2013. Régression et ré-émergences, Aude de Kerros, graveur, essayiste ;
-La Nature de l’Art, Edmond Couchot, Professeur émérite des universités ;
-Perspectives théologiques sur le sens de la beauté, Monseigneur André Dupleix, recteur honoraire de l’Institut catholique de Toulouse, professeur à l’I.C. de Paris ;
-La route de la beauté et les chemins de la contemplation, Monseigneur Rino Fisichella, président du conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation ;
Retrouvez l’entretien  avec Valérie Duponchelle à propos de Marcel Duchamp et paru dans le Figaro du 15 février p.28.: cliquez

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Mardi 12 février

Un double mensonge
La presse pavoise : la rétrospective Hopper au Grand Palais a réuni 784269 visiteurs, mieux que Picasso, moins bien que Monet qui garde la tête des exposition les plus vues.

Le gratuit « 20 minutes » du 1er février  2013, page 4, titre : « Les expositions prises d’assaut ». En temps de crise les exposition drainent les foules.  Le Louvre, musée le plus visité au monde, dépasse les 10 millions de visiteurs en 2012. En progrès aussi, Orsay avec 3,6 millions et le centre Pompidou à 3,8 millions… pour qui 2013 s’annonce un bon cru vue la queue devant l’expo Dali. La province (Louvre-Lens et Pompidou-Metz excepté ) ne bénéficie pas du même engouement, ni le reste des musées européens  d’ailleurs et qualifier la visite d’exposition de « sport national », comme certains n’hésitent pas à le faire, est impropre puisque les records sont essentiellement parisiens. Ou pour être plus exacte, ils sont liés à des politiques de marketing, des campagnes publicitaires qui déplacent les foules, usant même des réseaux sociaux, applications smart phone etc. Combien de bonnes expositions montées dans les musées de province ont peu de public car peu d’écho médiatique, n’ayant aucun budget de « com » ?
Mais, presque subrepticement, comme en passant, l’air de rien, le journal lâche une information capitale : «  En revanche, l’art contemporain, à l’exception de Gerhard Richter (1) l’an dernier à Beaubourg, attire moins. Un grand nom ne suffit pas ». Et le journaliste de glisser à un autre sujet. Or que nous répète-t-on en boucle pour justifier, imposer de l’art très contemporain dans les lieux de patrimoine ? «  C’est pour faire venir du monde ! ». On voit ici la preuve d’un double mensonge. D’abord, le Louvre, Versailles etc se portent très bien, merci, et n’ont nul besoin de public supplémentaire. Il est même fort possible qu’il y ait, dans certains cas, trop de public qui use prématurément les lieux. Mais, top secret, tabou, on n’avouera jamais qu’on tue la poule aux œufs d’or. Et surtout, Bobos exceptés, (mais il y a une boboïsation de la société en cours à ne pas sous-estimer), l’Art contemporain n’attire pas les foules…

Christine Sourgins
(1)  Richter, cité comme contre-exemple, est, comme par hasard,  un artiste qui use de peinture.

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Mardi 5 février

Le colloque au sénat du 23 janvier ; toutes les interventions sont à écouter sur :

le site de sauvons l’art : cliquez

http://www.sauvonslart.com/modules/news/article.php?storyid=68589

Ma conclusion, version écrite, est en ligne sur le blog , cliquez.

Mise en application des résultats de ce colloque du Sénat  : le traitement juridique de l’AC, l’Art trop contemporain.
Le Grain de sel du 15 janvier, évoquait la Perspective Karavan et les continuelles reconstitutions-restaurations d’un AC qui se targue souvent d’être éphémère… Si la puissance publique finance sans sourciller celles-ci c’est qu’elle respecte le droit moral de l’artiste : son œuvre ne doit être ni altérée, ni modifiée, etc… (Art. L 111-1 du code de la propriété intellectuelle) droit moral qui, en France, est imprescriptible. L’Etat dès qu’il commande ou accepte une œuvre s’engage-t-il alors dans un processus infini de remplacement ?

Michel Favre-Félix, rédacteur de la revue Nuances, avait publié (N°35, 2005)   un rapport sur la restauration et droit moral des artistes, dans un dialogue avec une avocate spécialiste, Me Catherine Denon : « Il en ressort que le droit américain, mais aussi la jurisprudence française, reconnaissent “l’usure du temps” pour un phénomène normal, c’est-à-dire non répréhensible. Autrement dit, un artiste ne pourrait pas faire valoir son droit moral pour exiger la réparation d’un dommage causé par le simple passage du temps sur les matériaux qu’il a lui-même mis en œuvre, dans les conditions d’exposition qu’il a prévues ou acceptées…. ». Voilà qui paraît s’appliquer aux poutres pourrissantes de la Perspective Karavane… Alors que manque-t-il ? Peut-être qu’une association qui attire l’attention des pouvoir publics ?

Christine Sourgins

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Mardi 22 janvier 2013

colloque au Sénat,  23 Janvier, sur : 1982-2013  – 30 ans de création dirigée par l’Etat
Constat, conséquences et perspectives

L’exposé des faits et le débat porteront sur le bilan d’une politique qui considère  nécessaire et bonne la  direction étatique de la création par les CNAC, FRAC, DRAC, etc., institutions crées entre la fin de l’année 1982 et le début de l’année 1983.
Dix ans après cette mise en place, Marc Fumaroli dans « l’Etat Culturel »  fit un état des lieux qui marqua les esprits ; vingt ans après, un colloque au Sénat, Art’Senat 2003, reprit et actualisa cette analyse. Qu’en est-il aujourd’hui, trente ans après ? Peut-on mettre en doute cette orientation, si particulière à la France, unique au monde dans un pays de liberté ?

Cette journée a ceci d’exceptionnel : elle donne la parole à des acteurs du milieu de l’art non liés à l’Etat. Les assistants à ce colloque, politiques, journalistes, acteurs de la vie artistique, historiens d’art ou sociologue, auront la possibilité de juger par eux-mêmes d’une « contre-expertise » parallèle à « l’expertise »  revendiquée par les « inspecteurs de la création », régents, théoriciens,  commissaires d’expositions et par conséquent juges uniques de la création d’aujourd’hui.
Tout le long de 2013, seront célébrés les anniversaires de ces Institutions régentes de la création en France . Chacune fera le bilan officiel de ses « réussites » et, comme de coutume, l’auto-critique de ses « dysfonctionnements » pour les prolonger encore.
Ce colloque s’attachera de façon critique et plurielle à évoquer les points de vue exclus de la célébration officielle en examinant les conséquences perverses de la création dirigée et la terre brûlée qui en résulte.

Avec Margaux Berry,  Noël Coret , Laurent Danchin, Raphaël Jodeau, Aude de Kerros, Me Roland Lienhardt, Marie Sallantin, Christine Sourgins, Pierre Souchaud, François de Verdière, Ariane Warlin.

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Mardi 15 janvier 2013

La paille et les poutres…

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Les lecteurs des « Mirages de l’Art contemporain » se souviennent des pages 122 à 124 où sont narrées les mésaventures de la Perspective Karavan. Que devient ce lieu insigne, l’esplanade Charles de Gaulle, située à Nanterre Préfecture ? Une petite photo vaut mieux qu’un long commentaire :     Les cubes de verre (garantis incassables) se brisent toujours régulièrement et les habitants assistent à leur remplacement périodique : de vrais cubes des Danaïdes.

Maintenant, l’allée de poutres est pourrissante…Mais quand l’Art contemporain s’effondre, l’administration  le ressuscite : la semaine dernière environ 250 poutres neuves allaient être mises en place aux frais du contribuable….

A quand l’Art contemporain « durable », éthique, avec des projets “eco-responsables” qui se soucie de l’environnement sans détrousser le citoyen ?

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Pensez que l’AC passe son temps à critiquer la peinture, à voir la paille dans l’oeil du  rétinien, sans voir ces  250 poutres  !

Christine Sourgins

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Mardi 8 janvier 2013

2012 n’a pas vu la fin du monde mais celle des ampoules à filament accusées d‘être trop gourmandes en énergie. Or ce genre de luminaire a été abondement utilisé par les artistes très mode dans leurs fameuses « installations » : En 2001, le prix Turner fut gagné par Martin Creed, ou plutôt par un  interrupteur, avec «  The Lights Going On and Off » , une ampoule qui s’allume et s’éteint…. En 2006 le Palais de Tokyo présentait dans l‘exposition « Une seconde une année » la célèbre pièce d’Alighiero e Boetti : une boîte contenant une ampoule qui ne s’allume qu’une fois par an (espérons que personne ne s’avisera de confondre ces 2 chefs d’œuvres).
Bref, en 2013 l’art très contemporain risque donc de prendre un coup de vieux, pire de s’éteindre !
Que faire ? Euréka au Carré d’Art de Nîmes, la Directrice Françoise Cohen a acheté 1700 ampoules : « il faut que nous (les) remplacions à l’identique. En utilisant un autre type d’ampoule, ce serait comme changer la couleur d’un tableau » ; « le musée qui a dépensé 5100 euros pour ces ampoules, fait ce que les conservateurs appellent « la restauration préventive » » sic. Ce stock est l’équivalent d’un siècle de consommation luminaire de 5 installations de Christophe Boltanski, Annette Messager et Jessica Stockholder (1)

Dire que beaucoup d’artistes d’AC revendiquent l’éphémère ou se disent écolos ! Rien de plus figé que cet Art contemporain là : il est confit mais confit de subventions…

Christine Sourgins
(1) Le Figaro 18 avril 2011, p.1 article de Guillaume Mollet  « Un stock d’ampoules pour conserver des œuvres