L’art du dé-confinement

By | 4 mai 2020

L’empaquetage de l’Arc de Triomphe par Christo est reporté à l’automne 21 : en plein dé-confinement (on l’espère) se mettre à confiner l’Arc eût mal augurer du triomphe sur l’épidémie. Officiellement, l’opération est entièrement autofinancée par Christo grâce à la vente d’études préparatoires, maquettes, lithos etc. Mais le report à une date ultérieure de la Grande expo Christo, prévue au Centre Pompidou, laisse à penser que celle-ci était une forme de contrepartie.

L’art du dé-confinement tient du tango : deux pas en avant, un pas en arrière. Dans son allocution, le président Macron affirmait que musées, cinémas, concerts et théâtres, resteraient fermés après le 11 mai.  Edouard Philippe, le  28 avril, s’est prononcé en faveur de la réouverture des “petits musées” à cette date. Mais qu’est-ce qu’un petit musée ? Petit par la superficie, le nombre de visiteurs, la taille de l’équipe muséale ? A l’heure où j’écris, on cherche toujours. Mais le gouvernement annoncerait mercredi 6 mai des mesures en faveur de la culture…

Anxiété chez les (petits) galeristes : “C’est l’impression d’un tsunami : la mer se retire et on ne sait pas comment arrivera la vague”, a confié Emmanuel Perrotin, dont la galerie de stature internationale n’est pas menacée. Lui s’inquiète de la disparition des petites structures craignant une concentration accrue du marché à l’issue de la crise. Il est moins inquiet pour les foires (toutes reportées) car “on peut dire qu’il y (en) a trop “sic. Thierry Ehrmann, président d’Artprice, leader mondial de l’information sur le marché de l’art, assure, sans en dire plus, que deux grands salons ne reprendront pas l’an prochain”. Vue la crise, il note que les maisons de ventes migrent d’autant plus sur internet, à commencer par Sotheby’s. Marion Papillon, présidente du Comité professionnel des galeries d’art, a interrogé ses 279 membres : sans plan d’aide, la fermeture d’un tiers des galeries françaises est à prévoir dans les douze prochains mois. Rassurez-vous, « si les maigres meurent », les gros risquent de s’en sortir. Pascal Neveux, le directeur du Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur élu, en 2018, président du CIPAC, fédération des professionnels de l’art contemporain a déclaré : « Les structures labellisées ne sont pas en danger immédiat ».

 Le monde de l’art compte déjà des victimes définitives comme Germano Celant, critique d’art et père fondateur de l’Arte Povera, mort en Italie le 29 avril, à 80 ans, du Covid-19. Et des victimes collatérales : nos évêques, ceux qui chantèrent les louanges de l’AC le plus transgresseur, comme Mgr Di Falco qui, à Pâques 2009, accueillait au sein de sa cathédrale de Gap, un Christ sur une chaise électrique, la Piéta de Paul Fryer, chouchou de F. Pinault. Ces cigales ecclésiastiques se trouvèrent fort dépourvues quand le temps du Corona fut venu : avoir courtisé César, fait tant de concessions pour être « modernes », ne leur a pas donné le moindre égard ni le droit d’entrouvrir leurs parvis le 11 mai… Vraiment ce Corona va découronner beaucoup d’illusions.

NB : En raison de la minceur de l’actualité artistique, la publication des prochains Grains de sel pourrait s’espacer… à suivre !

Dé-confinez vous en douceur…

Christine Sourgins