Rivalités mimétiques

Par | 30 mars 2026

Maastricht est d’actualité : D’Artagnan (son squelette) aurait été découvert dans une église de la ville et ce mois de mars eut lieu la grande foire Tefaf. Certains spécialistes d’objets anciens s’étant retirés, le design et l’art tribal stagnant, comment la foire a-t-elle attiré les bonnes affaires et les représentants du Golf, malgré la guerre d’Iran ?

Artistes oubliées

S’ouvrir à la photographie ? Insuffisant, la foire néerlandaise proposa de rivaliser avec le prince héritier saoudien, détenteur de l’oeuvre la plus chère au monde, le « Salvator Mundi » attribué à Vinci (1) : elle présenta la version d’atelier dite « de Ganay ». En outre, une trentaine de stands « surfaient » sur une tendance de fond : la redécouverte de femmes artistes oubliées, comme la peintre Juliette Roche (1884-1980) épouse du cubiste Gleizes et proche de Dada, Duchamp ou Picabia…

Confrontation contre ghettoïsation

Or à Paris (2) expose Miriam Cahn, née 1949, artiste suisse multicarte, peintre, photographe, performeuse etc. Féministe, volontiers sulfureuse (3), elle déplore dans l’art « tant de sujets qui manquent, le monde vue par les femmes…la grossesse, l’accouchement … ». Jusqu’à dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : « je que je voudrais voir, ce sont des expositions de comparaisons. Surtout pas ces expositions actuelles qui se disent féministesparce qu’elles ne présentent que desfemmes, ce qui conduit à la ghettoïsation ». Et ce citer le mauvais exemple de la biennale de Venise, concoctée en 2022 par la curatrice Cecilia Alemani : 80% d’artistes-femmes et un sous-titre, « Le Lait des rêves », s’inspirant de la surréaliste Leonora Carrington (vedette actuelle du musée du Luxembourg). Retenue dans la pléthorique sélection vénitienne de 213 artistes « femmes ou artistes au genre non-conformé qui défient la figure présumée universelle de l’homme blanc guidé par la raison » (dixit la curatrice), Miriam Cahn assure cependant en avoir été « malade » !

Et de déclarer la guerre au Pape de l’AC, bien que le ready-made duchampien fut une très bonne idée, dit-elle «  quand (Meret) Oppenheim prend un objet, une tasse à café, et le transforme en autre chose, c’est bien plus fort. Duchamp est surestimé selon moi. »

Voilà du nouveau que cette critique interne qui oppose la tasse en fourrure de Meret à la froideur de l’Urinoir ! Miriam Cahn, veut en découdre personnellement avec ses contemporains mâles et propose une confrontation de son œuvre avec celle de Kiefer : « sa peinture est extrêmement lourde – de tous les points de vues. Qu’on nous expose ensemble et on verra »(4). Chiche ? Qui a dit que la post-modernité était la guerre de tous contre tous ?

Christine Sourgins

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(1) Une vingtaine d’autres versions sont connues, celle « attribuée » à Vinci devant sans doute beaucoup… à l’atelier !

(2) Galerie Jocelyn Wolff.

(3)cf son tableau «  Fuck Abstraction » exposé au Palais de Tokyo en 2023, accusé d’incitation à la pédocriminalité.

(4) Propos recueillis par Ph. Dagen « A Paris, Miriam Cahn peint les objets du quotidien », Le Monde, 15 et 16 mars 2026, p. 25.