Grains de sel 2012

8 août 2014

Mardi 17 décembre 2012
Louvre Lens  un cadeau empoisonné ?

   Paris est favorisé en musées, la faute, non aux Parisiens mais à l’histoire ;  la Capitale est aussi plus centrale que Lens, cette fois c‘est la géographie qu‘il faudrait incriminer : pour les « Sudistes » venir voir des œuvres majeures du Louvre dans le Pas de Calais, va s’avérer beaucoup plus compliqué et onéreux. La moitié de la France est  pénalisée de fait. Il y a pire : certes le bassin minier a beaucoup souffert mais est-il le désert culturel qu‘on nous serine ? Deux des plus riches musées de France, Lille et Arras, sont respectivement à une demi-heure et un quart d’heure de train. Plutôt que de créer un nouveau musée, n’aurait-il pas mieux fallu aider ceux déjà existants ? Louvre-Lens a dérapé sur le plan financier avec  50% d’augmentation soit un coût de 150 millions qui explique que les autres musées du Nord-Pas-de-Calais voient  leurs budgets diminuer… Et depuis quand « déshabiller Paul  pour habiller Pierre » s’appelle décentralisation ?
   Si la construction de cette antenne de province se justifie pour des raisons d’équité ou de compensation de pertes d‘activités, combien de villes méritantes et déshéritées ont-elles droit elles aussi à leur antenne ? Vider le Louvre parisien n’y suffirait pas, sauf à le mettre sur roulettes pour un grand tour de France : à quand la caravane du Louvre ?

   Le résultat ? Extérieurement pas de grand geste architectural, l’agence japonaise Sanaa, a privilégié une structure basse, dont la discrétion laisse dubitatif : est-ce un musée ou une aérogare ? La volonté de nier la notion de « Palais » accolée au (vrai) Louvre, est claire : il faut montrer qu’on démocratise la culture et donc priver le peuple de Palais (démocratiser voulant dire : ne pas lui donner des idées de grandeur ).  En revanche, à l’intérieur, tout le monde reconnaît une belle lumière, une qualité de visibilité des œuvres indéniable.  L’immensité des lieux est spectaculaire, c’est vrai, mais »La Liberté guidant le peuple » de Delacroix, fleuron de la présentation,  « flotte » dans cette Kunst-hall démesurée : « je la voyais plus grande » commentent certains visiteurs.

   Le gros du spectacle est donc la Galerie du Temps qui présente de manière chronologique et transversale, des d’œuvres du 4ème millénaire avant Jésus-Christ au 19ème siècle. En fait ces œuvres n’ont d’autre lien que d’être des chefs-d’oeuvre du Louvre  et d’avoir appartenu à la même époque. Mais tel peintre florentin connaissait-il l’œuvre du céramiste musulman exposée quelques pas plus loin ? Le lien entre deux œuvres d’une même époque n’est pas toujours évident et, faute d‘explication, le visiteur peut penser que deux œuvre de la Renaissance sont influencées l’une par l’autre, alors que toute deux ne font que se référer à l’Antique.
   Voilà posé le problème de la contemporanéité : si on est toujours contemporain de ce que l’on regarde, deux artistes vivants au même moment peuvent fort bien ne partager aucune communauté de pensée. Le Louvre-Lens fait donc, involontairement, une démonstration de la relativité de cette notion pourtant si hégémonique et si politiquement-correct  qu’est « le contemporain ».
   L’amateur qui fréquente déjà ces chef d’œuvres appréciera une sensation de proximité nouvelle. Un peu comme lorsqu’on croise en villégiature des voisins trop connus, Mr Bertin (portraituré par Ingres) par exemple,  que l’on redécouvre alors sous un autre jour ; cependant ces voisins là sont des exilés forcés supportant des transports dangereux. Les œuvres sont fragiles, ainsi des experts, dont M. Pomarède conservateur en chef des peintures au Louvre, se sont alarmés en vain de l’état du tableau de Delacroix : visiblement  les politiques (1)n’en n’ont cure et ont décidé de brandir « La Liberté guidant le peuple »  jusqu’à ce que la toile s’effondre. Inquiétant symbole.
   Si le Louvre a pu être privé d’œuvres insignes, c’est que sa cohérence interne est niée, comme l’est celle de l’exposition Raphaël :  le Balthazar Castiglione a été décroché  sans vergogne plus d’un mois et demi avant la fin de cette grande exposition : bref  « Déhabiller Paul pour habiller Pierre » devient le maître mot de la politique muséale française.
Le dépeçage de la collection du Louvre, entre Atlanta puis Abou Dhabi ou Lens montre un Palais parisien ravalé au rang d’un entrepôt, d’un show-room  où l’on pioche à volonté pour faire des  coups médiatiques. Le Louvre parisien est en train de devenir un  gruyère, certains s’amusent déjà à en photographier les vides, tandis que d’autres s’agacent des audio-guides commentant les tableaux  absents des cimaises…
    En ce mois festif de décembre, Le Louvre-Lens pourrait bien être un cadeau empoisonné.

Christine Sourgins
(1°)Sur les enjeux politiques voir A. Warlin « La face cachée du Louvre » ,Michalon, p.73 et ss.

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Mardi 12 décembre 2012 

Qatar ou Qatart ?

   Artprice a  constaté, depuis plus de 18 mois, un nombre impressionnant de requêtes sur ses bases de données en provenance d’abonnés haut de gamme : des institutions culturelles du Qatar. Ces mouvements sont d’une vaste ampleur : les 1 800 000 Qataris, produisent un ratio 45 fois supérieur à un pays comme, par exemple, l’Allemagne !

Artprice observe que ces consultations proviennent d’experts internationaux de hauts niveaux recrutés par les Qataris et à la recherche d’œuvres d’art, systématiquement au-delà de la barrière des 100 000 euros, avec de nombreuses enchères millionnaires.  Grâce à ses moyens financiers très importants, le Qatar peut surenchérir avec une marge de près de 40 à 45 % au-dessus de la cote établie…et des collections entières, nord américaines et/ou européennes sont acquises par différentes fondations culturelles Qataries. Le Qatar aurait tenté en vain de racheter Christie’s et continuerait  de chercher à détenir une ou plusieurs maisons de ventes international.

Artprice a constaté des recherches  spécifiques sur des périodes, des courants ou sur des artistes :  Richard Serra, Murakani, Koons et Damien Hirst, Louis Bourgeois, Rothko, et Paul Cézanne (d’où l’achat de « Les joueurs de cartes » à 250 millions de dollars qui représente la plus importante transaction jamais enregistrée sur le marché de l’art).
Les artistes du Proche et Moyen Orient et Maghreb, ne sont pas oubliés, bien au contraire, sont recherchés :  le Français d’origine algérienne Kader Attia, le Syrien Adel Abidine, Khalil Rabah, l’Irakien Dia Azzawi, le Marocain Farid Belkahia, l’Egyptien Ahmed Nouar, Walid Raad, Ghada Amer, Mounir Fatmi ou Zineb Sedira.

90 000 musées et centres d’art contemporain sont clients d’Artprice ; il y a en aura bientôt un de plus : l’architecte français Jean Nouvel s’est vu confié la construction du nouveau bâtiment du musée national du Qatar.

Quand on sait que la quasi-totalité de la Famille Royale est très impliquée dans le développement culturel, le Qatar  ambitionne certainement de devenir numéro un de l’industrie muséale.
Christine Sourgins

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Mardi 4 décembre 2012

 Le N°15 de la revue indépendante Ecritique est paru :  Plus d’informations, abonnements etc sur le blog de la revue cliquez   http://ecritique-revue.over-blog.com/  ……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

Mardi 27 novembre 2012

Vers l’exil artistique ?

Le galiériste Daniel Templon constate : « les artistes français des années 1960, 1970, 1980 n’ont pas de marché sur la scène internationale ». Pourquoi ? Les acteurs internationaux, conservateurs, marchands, collectionneurs « répondent tous que c’est d’abord à la France et ses institutions d’en assurer la promotion, la diffusion ; ce qui à leurs yeux n’est pas le cas. Il suffit de regarder… comment le centre Pompidou défend la création française » (1) .

Alain Quemin dresse lui « La carte et le territoire » du marché (2). « A l’ère supposée de la globalisation et du métissage, de l’effacement des frontières nationales, l’immense majorité des artistes, même les plus consacrés internationalement, continuent de vivre et de créer dans le pays même où ils sont nés. Aucun d’entre les plus internationaux ne semble vivre et créer durablement dans plus de deux pays ». A quoi on peut répondre que les journées n’ont que 24 h mais surtout que si « à eux seuls les Etats-Unis concentrent près de la moitié des artistes internationaux les plus consacrés » : quel besoin un américain aurait-il de s‘expatrier ? New York est la métropole la plus attractive, Berlin loin derrière. « Le monde de l’art et de la consécration internationale, entendu au sens de l’espace dans lequel se répartissent les 100 artistes internationaux les plus reconnus, touche 21 nationalités, il ne s’étend qu’à 15 pays seulement quand on envisage les lieux de résidence » .

Les nations non-occidentales (c’est-à-dire hors Europe et Amérique du Nord ) étant pratiquement incapables de faire accéder seules leurs artistes à la consécration. L’Italie, en vogue dans les années 70/80 décroche ( le Maxxi, musée d‘Art contemporain de Rome dessiné par la star Zaha Hadid et inauguré en grande pompe en mai 2010 est en faillite aujourd‘hui (3).

Les pays émergents, tel la Chine, ne semblent pas être encore pris en compte dans ces classements établis à partir de l’Artindex 2011 : pour y obtenir un rang élevé un artiste doit sans doute justifier de quelques années de présence, sous peu « la carte et le territoire » risquent d’être bouleversés avec un polycentrisme succédant au monopole américain.

Si Paris fut prophète et agent de cette mondialisation avec en 1989 l’organisation des « Magiciens de la terre » à Beaubourg et à la Villette, la France n‘en profite pas comme elle devrait : si elle a su donner une visibilité à un suisse comme Thomas Hirschhorn ou attirer l’allemand Kiefer, « il apparaît que la France peine désormais à jouer un rôle de consécration maximale. Si elle peut encore lancer des artistes et les faire accéder à des niveaux importants de visibilité internationale, le franchissement des marches les plus élevées peut nécessiter de s’orienter vers d’autres horizons ».

Bref après l’exil fiscal… l’exil artistique ?

Christine Sourgins

1 Le journal des Arts N°376, tiré à part pour la Fiac, 5 au 18 octobre 2012. Ceux-ci étaient donc sous-représentés à la Fiac, exception faite de Supports/Surfaces  bénéficiant de tout un stand.
2 Ibidem, p.14 et 16.
3 Le Monde 27 octobre 2012, p.2.
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Mardi 20 novembre 2012

Les FRAC fossiles de l’Art très contemporain

Les 22 FRAC,  fonds régionaux d’art contemporain, fêtent leurs 30 ans et Charlotte Uher de la Fondation IFRAP (Institut français pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques) leur consacre un rapport « FRAC : LES RÉGIONS BOULIMIQUES D’ART CONTEMPORAIN ». (SUIVRE CE LIEN http://www.ifrap.org/FRAC-les-regions-boulimiques-d-art-contemporain,12982.html:  )

 Créés entre 1982 et 1983 à l’initiative de Jack Lang, les Frac avaient deux objectifs qui se sont avérés divergents : diffuser l’Art contemporain tout en soutenant les artistes par des achats. Financés très largement par l’État ou les collectivités, au bout de 30 ans, les FRAC sont obèses : « certains de ces fonds dépassent déjà en nombre les collections des musées, sans en avoir le public » constate le rapport Uher.
Les expositions du FRAC Picardie, par exemple,  sont vues en majorité par le public « captif » des scolaires et des groupes.  Dès 1993,  les FRAC avaient  abandonné les expositions dans les campagnes ou les lieux non muséaux car « de telles conditions d’expositions ne permettent pas à une œuvre, surtout quand il s’agit d’art contemporain, de prendre son sens plein ». Amère vérité : l’Art contemporain majoritairement collectionné par les FRAC est duchampien et procède donc par détournements et délocalisations d‘objets, transférés du quotidien au musée. Imaginons l’urinoir de Duchamp présenté, hors musée, dans un terrain vague : il redevient un débris ménager et les fringants médiateurs des Frac un brin ridicules…D’où le preste retour au classique « white cube » de présentation .

Chez les FRAC, la boulimie d’achats est telle qu’ils n’ont jamais pris le temps, vu leur urgence dépensière, de préciser quelles étaient  leurs conditions d’acquisitions : impossible de savoir qui achète, selon quels critères  et pourquoi X plutôt que Y . Les Frac « ne motivent pas les refus des œuvres qui leur sont proposées, comme c’est le cas en Allemagne, par exemple.  Le prix n’est jamais communiqué, au nom du secret commercial ». Bref une gestion qui ne «  permet pas de vérifier l’absence de conflits d’intérêt dans les achats ». Charlotte Uher a eu la curiosité de vérifier si  la collection du Frac des Pays de la Loire,  par exemple, se conformait à sa vocation d’aider « les jeunes artistes peu connus ». Peu concluant : parmi les achetés,  seulement trois « jeunes artistes » …

Plus inquiétant, Charlotte Uher pointe une dérive muséale des FRAC de nouvelle génération. Quinze FRAC sur 22 ont été établis sous statut associatif loi de 1901,  qui n’empêche pas, théoriquement,  la revente des œuvres acquises.  Mais certains « FRAC nouvelle génération » se voient dotés du statut d’Établissement public de coopération culturelle, qui risque d’être requalifiés d’EPA par le Conseil d’État ce qui donnerait  un caractère inaliénable aux œuvres acquises. Or à  force d’acquérir sans revendre, les collections des FRAC sont d’ors et déjà devenues pléthoriques.

Les FRAC était conçus au départ comme des « musées sans murs »  : « patrimoines essentiellement nomades et outils de diffusion et de pédagogie originaux, les collections des Frac voyagent en France et à l’international. » Ces dinosaures d’un autre temps, celui de Jack Lang, ont aujourd’hui des catalogues qui rivalisent avec les  musées. Certains FRAC ont plusieurs milliers d’œuvres par région quand le Centre Pompidou,  la  collection la plus riche d’Europe en Art contemporain, n’expose dans ses salles que 486 œuvres contemporaines, le reste relevant de l‘art moderne. « Faute de pouvoir montrer au public leurs collections, et à défaut de les exposer hors de musées, les FRAC sont en train de se faire construire des « super-réserves, comprenant salles d’exposition temporaires ou permanentes pour leurs œuvres ». Or, en se sédentarisent, en devenant des musées qui ne veulent pas encore dirent leur nom, les FRAC contreviennent  à leur mission première d’une collection fluide, mouvante, allant à la rencontre du public. Plus les FRAC se bureaucratisent et se muséifient, plus les crédits réservés aux acquisitions se réduisent. C’est déjà le cas au FRAC Picardie, « le budget réservé aux acquisitions a été considérablement réduit, au profit des dépenses de fonctionnement. Un comble pour un fonds dont la mission première est l’acquisition ! » .
    Les FRAC de par leur ventripotence  « opèrent aussi une mutation dont l’impact budgétaire sera très important dans les années à venir : une forte hausse des coûts de fonctionnement, restés jusqu’ici encore assez limités. Qui paiera la facture ? ». L’Etat bien sûr : depuis la crise, la région est progressivement passée du statut de premier financeur, à la seconde position derrière l’État.
 Avons-nous vraiment besoin de 22 nouveaux musées d’Art contemporain ?   se demande Charlotte Uher et même allons plus loin, « Est-il encore utile aujourd’hui d’avoir des fonds publics d’art contemporain ? »

La question est légitime : utile peut-être lorsque Jack Lang était ministre, « l’échelon régional du FRAC perd beaucoup de son attrait au XXIème siècle », vu l’essor des fondations privées extrêmement actives en ce domaine : Fondation Cartier pour l’art contemporain, fondation des Galeries Lafayette (250 œuvres), Fondation Francès à Senlis (350 œuvres), Fondation Louis Vuitton , … avec des  expositions itinérantes en France, facilement consultables sur Internet, à l’instar de la plupart des collections des musées français et internationaux. Jack Lang oeuvrait à une époque antédiluvienne : avant le déluge d’infos d’Internet et le déluge d’argent de l’Art Financier. La prétention à aider, grâce au secteur subventionné, un art non commercial est devenue une tartufferie. Lang c’était aussi avant le déluge de la Dette.
    «  Les acteurs publics devraient donc se réjouir de voir l’art contemporain se diffuser largement sans coûter aux finances publiques, dans une période où le budget alloué à la mission culture se réduit. Mais, s’il faut en croire le magazine Beaux-Arts, il n’en est rien ». La jalousie fait rage et la nomenklatura culturelle rêve « d’ imposer aux entreprises qui créent leur fondation et bénéficient pour cela d’un avantage fiscal de reverser ne serait-ce qu’1% des sommes à l’État pour abonder les musées ». La situation deviendrait ubuesque dans un pays qui prétend avoir une économie libérale : prélever de l’argent destiné à exposer des œuvres au grand public pour le donner à un musée public afin de faire exactement la même chose…reviendrait à ce que l’Etat concurrence le secteur privé innovant. Concurrence totalement déloyale : est-ce déjà ce que cache la manie de ne jamais communiquer les prix d’achat  « au nom du secret commercial » ?

Voilà à quoi aboutit 30 ans de création dirigée par l’ETAT.

Pour soigner l’obésité des FRAC et alléger le fardeau fiscal du citoyen, le rapport Uher propose de revendre les collections des FRAC, organismes de droit privé dont les acquisitions sont aliénables. Ou bien de faire gérer les FRAC « nouvelles générations » par des opérateurs privés, contre redevance.

Mais les FRAC ne sont pas les seuls mic-mac, tous boulimiques de l’Art très contemporain :  il y a aussi le FNAC, Fonds national d’art contemporain (90 000 œuvres) ; Paris dispose d’un FMAC, Fonds municipal d’art contemporain, Marseille du FCACA  et  Nice du délicieusement nommé MAMAC. Qui nous délivrera de ces fossiles ruineux de l’AC ? Mme Filippetti ?

Christine Sourgins
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Mardi 13 novembre 2012

Censure à géométrie variable

La dernière Fiac 2012 ne montrait qu’une seule œuvre outrageusement transgressive : l’américain Paul Mc Carthy présentait un Georges Bush sodomisant un cochon, en trois dimension, grandeur nature. Aucun remous dans les allées du Grand Palais où, quelques Fiacs  plus tôt, Wim Delvoye exposait ses porcs tatoués de Vierges Marie et autres sujets chrétiens. Aucune huile ne trouva à y redire non plus.

Novembre 2012, une artiste peintre, invitée d’honneur dans un salon municipal de la région parisienne, expose une thématique animalière et propose en guise d’affiche, et en accord avec les organisateurs, un morceau de bravoure : une immense toile décrivant, en vue aérienne, une portée de petits porcelets soyeux et frétillants, blottis contre leur mère. L’artiste (de la génération que Disney enchanta avec Naf-Naf et son grand méchant loup) est végétarienne, et porte un regard amical et compatissant sur le monde animal. Donner à voir la beauté de chaque créature vivante, même de celle jugée «  triviale », n’est ce pas une des fonctions traditionnelle de la peinture ? Quelque temps après, coup de fil gêné des organisateurs (visiblement « conseillés « de plus  haut  ) :
-« Impossible de mettre « ça  » sur une affiche dans la ville : cela pourrait heurter la communauté musulmane …….Vous n’auriez pas plutôt des oiseaux de mer,  ça ne ferait aucune histoire  ? »

Au même moment, au centre Beaubourg, le franco-algérien Abdessemed montre une truie qui tète une femme, histoire de prouver, nous dit-on, que « l’instinct maternel d’une femme vaut bien l’instinct maternel d’une truie ». (Selon Nicole Estérole, cette femme est même voilée).

Cherchez l’erreur !

Noter aussi que la vraie censure (pas celle dont les journaux s’indignent) est toujours sournoise, orale, donc indénonçable explicitement.

Christine Sourgins
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Mardi 6 novembre 2012

Pour savoir ce que collectionnent les fonctionnaires avec nos contributions : vous pouvez lire mon étude « Au coeur de l’art officiel, Fnac et attrapes «   à télécharger en ligne gratuitement sur le site de « Sauvons l’Art » cliquez

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Mardi 30 octobre 2012

Cette semaine de vacances vous pouvez lire les « 9 propositions pour une renaissance artistique en France », à diffuser,  à télécharger en ligne sur le site de « Sauvons l’Art », cliquez.

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Mardi 23 octobre 2012

En revenant de la Fiac…

  Au Grand Palais, passé le salon d’honneur, au pied des escaliers, un saisissement : une dizaine de Manessier dressent  leurs verrières abstraites. D’immenses toiles, reparties sur deux salles qui ont l’air, soudain, de chœurs d’église. De la très grande peinture. Plus loin un portrait, un dessin spectaculaire de Hucleux, récemment disparu, impose lui aussi l’Art avec majuscule, celui qui avait à dire et possédait un savoir faire. Mais qui a parlé, dans la presse, de ces morceaux de choix ? C’est bien le problème, il y a encore de la bonne peinture à la FIAC mais c’est l’exception et celle-ci relève plutôt de l’Art moderne et quand bien même, Viera Da Silva, Kirchner ou Brauner n‘intéressent pas une presse à sensations. Mais ils jouent le rôle indispensable des arbres qui cachent la forêt de l’art financier.
  Les Desgrandchamps (et le Garouste) étaient poussifs et ce n’est pas la peau de girafe qu’Etienne Chambaud aime à tendre sur châssis qui nous convaincra : question peinture contemporaine, la FIAC peigne la girafe.
  Et l’on s’ennuit. En ces temps de crise la transgression fait profil bas. Sauf Paul Mc Carthy qui présente un Georges Bush sodomisant un cochon (l’ex président a le nez est cassé, il faudrait y voir une allusion cultivée au sphinx d‘Égypte (?)) La chose à l’air en terre crue, humide, comme sortant de l’atelier, sujet trash mis à part, beaucoup sont sur le point de s’extasier : « quel boulot, comment fait-il pour que la terre  ne sèche pas ? ». En fait (merci à P.P de ces précisions) il s’agit d’élastomère coloré, ce qui doit simplifier le moulage de certains objets, mais surtout entretient un semblant  de continuité avec la grande sculpture. Pour la modique somme de 2 millions de dollars.
    La transgression se décline : Abdessemed l’affiche en grand à Beaubourg dans les institutions (Le coup de tête de Zidane statufié comme un exploit ou le Christ de Grünwald rejoué en barbelés…) mais à la Fiac, on vend la version soft de la grande transgression : les salons bobo se contenteront de cercles en jolis barbelés plats (sans grand danger) ainsi  participeront-ils par échantillon interposé, au culte de la transgression généralisée. Sinon, on baille devant le piano poissé de Lavier ou le filet d’Annette Messager qui écrit « chaos » sur un mur avec une résille (ça aussi c’est vendable : du chaos bien domestiqué pour  adolescents attardés ). Même la salle de bain/scène de crime ne déclenche pas un frisson : mal fichue, bâclée, une poupée Barbie aurait pu la signer. Partout on voit du sous-untel (Horowitz pastiche Lichtenstein etc) du rabâchage mais onéreux.
    Seul le bois pourri de Hermann de Vries a déclenché quelques inquiétudes : l’Art dit contemporain, l’AC,  pose des problèmes de conservation et 20 Minutes en a fait sa une, le 19 octobre, et conte au passage une histoire savoureuse. Un musée avait acquis une installation avec des poussins vivants or, en deux mois, voilà l’installation dénaturée : les poussins étaient devenus des poules. « Dans ce cas, ce que l’on conserve c’est un procédé conçu par l’artiste pas une oeuvre »… L’éphémère du contemporain est souligné par le catalogue.
    L’ouvrage est lourd, il faut montrer que la culture  pèse, en couverture des régimes de bananes mûres, photographiées  à l’étal d’un marché, le prix visible (ce qui n‘est pas le cas dans la Fiac !) : s’agit-il d’opposer la consommation courante bon marché à la consommation culturelle du marché financier ? Faut-il y voir un message subliminal, genre « les carottes sont cuites » ? Car parmi les sponsors de la FIAC, on remarque, o ironie du sort, la maison de champagne RUINART (voyez page 82).
    Est-ce un signe ? Un aveu ?

Christine Sourgins

Voir aussi l’Article publié dans le Figaro du 18 Octobre 2012, page 30, à propos de la FIAC, suivre ce lien : cliquez

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Mardi 16 octobre 2012

    Emois et embrouilles autour de l’intégration des œuvres d’art de plus de 50000 euros dans l’ISF. La proposition est venue d’un député PS mais Jack Lang, Mme Filippetti, le 1er ministre et dit-on François Hollande seraient contre. De l’aveu même du rapporteur général du Budget à l’Assemblée, Christian Eckert, le rendement de cette mesure «  ne devrait pas être très important ». Ce qui laisse dubitatif.  Les garde-fous proposés ne semblent guère convaincants : consentir à exposer son patrimoine au public pour être exempté ? Nouvelle embrouille : qui va payer l’assurance, les dégâts éventuels des mimines baladeuses ? Exposer demande un personnel d’accueil, d’entretien, de garde…en avons-nous les moyens ?
    L’embrouille majeure porte sur la confusion entre taxation d’une plus value et imposition frappant la simple possession d’un patrimoine. Autant on peut être en faveur d’une sorte de taxe Tobin qui frapperait les grandes ventes spéculatives et donc l’Art Financier, autant on doit être très très méfiant à l’égard d’une proposition qui s’attaque au patrimoine artistique.
    En effet, la possession d’un objet d’art coûte et ne rapporte pas toujours :  en  matériel de protection (combien de château, ouverts à la visite, et dévalisés !) assurances et surtout de restauration car toute œuvre patrimoniale est une miraculée en sursis. Il arrive même qu’on soit perdant. Celui qui aujourd’hui vendrait des meubles XVIIIème acquis il y a 30 ans subirait une moins value car la mode a tourné. On mesure l’injustice si son impôt dans l’ISF était estimé en fonction du prix d’achat réactualisé ! C’est un coup à provoquer le largage en masse d’un patrimoine devenu  tonneau des danaïdes !

Autre problème d’une taxation de la simple possession (et non d’une plus value dûment constatée) : qui va estimer ? Les inspecteurs des impôts vont -ils devenir historiens d’art ou les historiens d’art des supplétifs des contributions ? On imagine l’atmosphère de délation : « Mr l’inspecteur, je vous signale que mon voisin possède dans son salon, une gouache d’un certain Bonnard… » le tout écrit genre collage cubiste avec des coupures de presse. Sans compter sur l’inquisition des huissiers (?) tirant votre sonnette à 8 heures du mat et demandant à rentrer chez vous dans la minute (forcément par surprise, sinon vous auriez le temps de cacher le petit Bonnard ).

   Et puis vous connaissez l’Etat, on commence par faire la chasse au Bonnard mais après…l’AC nous a appris que tout est art, n’est-ce pas  ? Après, ce sera par exemple les disques ou BD de collection qui pourront être taxés. Jusqu’au porte clé et à l‘argenterie de Grand-maman ! On est toujours le « riche » de quelqu’un d’autre. Ne souriez pas, la proposition de loi portait au départ sur 5000 euros ! Ceci devrait mettre la puce à l’oreille : ce ne sont pas les grands spéculateurs d’AC qui sont visés ; à 5000 ou 50 000 euros, peu importe, leur assise internationale et leurs services juridiques auront tôt fait de transformer un patrimoine perso en fondation sous pavillon de complaisance… ils échapperont à la mesure en délocalisant, comme d’hab. Seront pressurés ceux qui préservent à la force du poignet  un bien familial.Comme d’hab ?

     Pas tout à fait, en agitant le chiffon rouge de l’Art financier et des banksters honnis (alors que ces oiseaux de proie s’envoleront vite), on aura réussi à faire souscrire à la mesure… les vrais pigeons !

Christine Sourgins

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Mardi 9 octobre 2012

 Quelques signes de craquements se font entendre dans l’empire de l’AC : non seulement les étudiants se révoltent en Avignon, mais  la baisse des crédits vient de compromettre Monumenta, « l’expo qui ment monumentalement » et confisquait le Grand Palais au profit d’un seul des business artistes ; l’édition 2013 qui, après Buren, devait couronner les russes Kabakov est annulée. Mais voilà qu’ un mur (du XVIIème) s’est effondré à la villa Médicis alors sous la direction d’Eric de Chassey : un signe providentiel  de la culture menée dans le mur par nos apparatchiks…?

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Mardi 2 octobre

La mutinerie d’Avignon (suite)

 Mr Ferrari vient d’être écarté de son poste de Directeur de l‘Ecole d‘Art d‘Avignon : c’est une première victoire des étudiants mutins d’Avignon qui s’opposent non pas tant à un homme qu’à un système qui a éradiqué l’Art des Ecoles d’Art.  Avignon concentre tout le cocktail de l’AC français  : l’état, la municipalité, la région, le collectionneur, les médias… et les jeunes. Le directeur est maintenant lâché, transformé en fusible pour éviter la crise systémique. Ses projets étaient tout à fait emblématiques : lui qui voulait faire d’Avignon la quintessence de l’Ecole d’AC fut sur le point de réussir  grâce à l’affaire de la collection Lambert.

 La collection Lambert 

Celle-ci a ouvert ses portes en 2000, dans un  hôtel particulier du XVIIIe siècle, elle comporte 600 œuvres pour une valeur estimée par Christie’s à près de 100 millions d’euros.  En 2011, le Président Sarkozy, en visite, reçu d’Yvon Lambert lui même la confirmation de la donation de ce « trésor » à l’État et son dépôt permanent à la ville d’Avignon. Mr Hollande, à peine élu, accouru en juillet pour remercier ce mécène : le Département, la Région et l’Etat vont subventionner un maximum  ce «plus important geste de générosité pour les collections publiques depuis plus d’un siècle ». Geste qui pourrait bien cacher un calcul dont les politiques sont régulièrement dupes : en donnant sa collection le TGC (très gros collectionneur) valorise les pièces restantes, que celles-ci soient en sa possession ou en mains amicales,  ainsi se  garantit la côte des artistes et des produits de l’Art Financier qui est un jeu de réseau. Mr Lambert a la réputation de n’avoir jamais découvert aucun artiste mais d’avoir collectionné très opportunément plutôt de l’art américain que de l’art français ou européen. Si certains étudiants ont pu se réjouir d’être logés dans la proximité vivifiante des « grandes œuvres de notre temps », ils ont vite déchantés, requis pour des stages artistiques de balayage, de manutention ; le plus intéressant fut de repeindre les murs de l’exposition Lawrence Weiner…

Une donation de cette ampleur justifie une extension prévue en 2014 et voilà la prestigieuse collection Lambert qui lorgne pour s’agrandir vers les superbes locaux voisins : l’Hôtel de Montfaucon, édifice historique classé, qui n’est autre que l’école des Beaux-Arts !  Peut-on rêver symbole plus fort des ravages de l‘AC ? Une collection de milliardaire qui exproprie les étudiants de leur Ecole d‘Art. Non point place aux jeunes mais place au jeu financier. Tout portefeuille bien garni devenant illico « une personne qualifiée », Mr Lambert siège donc à ce titre au Conseil d’administration de l’Ecole : notez le conflit d’intérêt car la personne « qualifiée » est juge et partie. Notez aussi les collusions entre bien public et intérêts privés, pointées par la pétition des élèves : «  La mairie préfère investir massivement de l’argent public pour la Collection d’un milliardaire,  plutôt que d’assurer la survie d’une école ». Mme la  Maire a barre sur l’établissement en tant que présidente du conseil d’administration ; des lettres recommandées l’ont, semble-t-il, avertie depuis longtemps de certaines anomalies. Mais officiellement le déni est de règle et les disfonctionnements seraient dus à un manque de moyens  ou au passage à un autre statut, celui d’EPCC, Etablissement public de coopération culturelle (une invention juridique de 2002 qui sert à pomper les finances privées). Déni aussi lors d’un dépôt de plainte au commissariat à l’encontre du directeur pour  faits de harcèlement  : refus d‘enregistrer, accusations répétées de « mythomanie » se plaignent les étudiants…qui ont fini par trouver une oreille plus impartiale à la gendarmerie voisine. Déni aussi dans la presse car les étudiants,  invités à un débat par un grand quotidien, se sont vite aperçu que le journaliste était copain d’un copain de Mr Ferrari : réseau quand tu nous tiens !

L’Ecole Nomade supérieure
    Le Directeur, déjà à la tête d’une école d’art vidée d’art et menacée d’expropriation par une « personne qualifiée » eut un coup de génie : au lieu de se rebeller contre la puissance occupante, il surenchérit et prétend que la « réappropriation du réel » est au coeur de son nouveau projet que «  tout concourt à faire de la situation la condition de l’oeuvre » : bref il invente une Ecole Nomade supérieure (sic) « mobile, étoilée, en réseau avec tous ses partenaires » soit la quintessence de l’école d’art contemporain :  déracinée, virtuelle et polyvalente. Dans le jargon cela s’appelle des pratiques artistiques « collaboratives et participatives » (par exemple donner des cours de cuisine… dans  la section restauration).  Même plus de locaux (en attendant une hypothétique nouvelle école, en périphérie de la ville), une désorganisation encore pire qu’aujourd’hui mais le salaire du directeur serait une des rares choses à ne pas être  évanescente… Une pétition de soutien à ce projet fumant reproche aux étudiants leur conformisme, leur « académisme »  car ils veulent des locaux, des enseignements !  Ces pauvres étudiants manqueraient donc d’originalité et d’adaptation concluent les amis du directeur, Jean de Loisy en tête, par ailleurs président du Palais de Tokyo. D’un coté des Etudiants fautifs de vouloir étudier ; de l’autre « les nomades supérieurs » qui félicitent le directeur d’avoir développé, dès les années 90, une recherche axée sur l’apparition et la disparition de l’oeuvre. L’école Nomade supérieure est effectivement un accomplissement absolu puisque c’est maintenant l’Ecole d’Art qui disparaît !

    Les « Nomades supérieurs » invoquent les situationnistes et le Black Mountain College pour justification. Mais ce qui est frappant, en discutant avec les jeunes révoltés, c’est leur ignorance des résistances antérieures et de plus de 30 ans de luttes contre la culture dirigée. Non seulement le système leur a coupé les mains mais il leur a aussi volé la mémoire.

Christine Sourgins

Plus d’infos sur : http://sud-etudiant-esaa.blogspot.fr/
Pour soutenir les étudiants, ne pas se  tromper de pétition, celle des mutins est sur :
http://www.petitionenligne.fr/petition/petition-des-etudiants-de-l-ecole-d-art-d-avignon/2673
cliquez

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Mardi 25 septembre 2012

La mutinerie d’Avignon
Le jeudi 13 septembre la librairie Tropiques,  rue Losserand, Paris 14e, recevait trois étudiants de L’Ecole d’Art d’Avignon plus un de leurs professeurs, un des rares qui ose les soutenir. Tous les quatre étaient  venus expliquer pourquoi depuis fin mai, l’Ecole d’Art d’Avignon est en grève, pourquoi ils demandent la réintégration des 20 étudiants  évincés et… l’éviction du capitaine,  Mr Ferrari. Cet ex-artiste devenu directeur  a donc bénéficié du principe de Peter qui veut que tout homme s’élève jusqu’à son niveau d’incompétence. Mr Ferrari se targue d’une devise toute nietzschéenne : « dans une école d’art, il y a le chaos d’abord, et de là ensuite peut émerger quelque chose qui peut interroger la beauté du monde ». Ce lyrisme s’est traduit par une organisation kafkaïenne :  livret étudiant inexistant, horaires non respectés, cours improvisés, bref la confusion élevée au rang des beaux-arts. Les étudiants se plaignent de situations ubuesques : un étudiant qui a déplu ne peut ni passer ni redoubler  car les modalités d’admission et les critères de sélection relèvent du flou artistique. Certains crédits (de notes) accordés sont retirés sans explication,  normal, finalement, dans un système qui cote  « à la gueule et au copinage »….Voilà  un bon entraînement pour avoir, plus tard, l’échine souple face aux gros collectionneurs et aux petits chefs de Frac ou Drac qui font le charme de l’AC. Ces faits relèvent du tribunal administratif qui dira si ces dysfonctionnements sont des abus de pouvoir mais cette instance mettra 2 ans à statuer…

    S’y ajoute du  harcèlement et de curieuses méthodes (pour qui ne connaît pas l’AC) : en guise de performance, il a pu être suggéré à certains (certaines plutôt) de se déshabiller pour prouver le don de leur corps à l‘Art. Une étudiante témoigne  : on lui a reproché de ne pas être «  habillée comme une artiste et qu’à moins que je vienne toute nue à ma soutenance de bilan, ou que je fasse des photos de moi où l’on me verrait déshabillée, on décrétait que je n’étais pas une artiste et que si je voulais avoir mon diplôme c’était la seule condition. » Ce genre d’ initiation à l’art contemporain s’est traduit par deux plaintes pour harcèlements moral et sexuel. De son côté, le directeur, après avoir annulé des élections étudiantes et débarqué ses mousses, les a attaqués en justice leur demandant rien de moins que 10 000 euros de dommages. Car le groupe de rebelles  avait utilisé le nom de l’Ecole pour titrer un blog. Jeudi 13 septembre,  résultat du procès : l’Ecole est condamnée à 1500 euro de dommages et intérêts, convaincue d‘avoir «  truqué les preuves » (et corrigé une capture d’écran ), ce qui ne surprenait guère les étudiants habitués à voir leurs bulletins trafiqués, mais les jeunes mutins furent surpris d’entendre l’avocat de l’école les comparer au Ku Klux Klan car, paraît-ils, ces jeunes avancent masqués… Car face au système (qui unit l’Ecole, la Mairie, l’Etat et, on le verra, un grand collectionneur) les mutins se sont réfugiés sous le pavillon du syndicat SUD, plutôt gauche que KKK….
    On se demande qui avance masqué puisque, bizarrement, après un piratage du site et postage de photos porno, des personnels administratifs, soudainement très prudes, ont exercé leur droit de retrait ce qui entraîna l’annulation des examens et ressemble fort à une punition collective qui ne veut pas dire son nom.
    Le n’importe quoi et les injustices ne sont pas nouveaux, mais généralement c’est un seul  élève à la fois qui en pâtissait . L’erreur du directeur fut c’est d’avoir vu grand et viré par-dessus bord  20 membres d‘équipage (de 3ème année). Sur 150 étudiants, 120 ont alors signé une pétition. Suivi un appel à témoins qui   recueillit 50 récits très croquignolesques . Comme l’affaire a été un peu médiatisée dans les journaux locaux, la presse nationale restant frileuse, voici nos mutins recevant moult SOS d’autres écoles des Beaux-Arts . Aix ? Rouen ? Villa Arson ? Partout pareil, autrement dit : « si c’est de l’art, tout est permis ».

    Ce qui montre, derrière le dilettantisme des capitaines,  un gros problème de  pédagogie.  Nouveauté inouïe par rapport à 1968, voilà des étudiants qui se rebellent,  revendication Numéro 1, pour  APPRENDRE  ! Et apprendre quoi ?  Le conceptualisme ? La sémantique duchampienne ?  Non, ils veulent apprendre des Techniques. Une révolution de réactionnaires ? Un étudiant n’avait pu suivre cette année qu’un vague cours d’anthropologie au 1er semestre puis un cours de droit d’auteur au second. Pas un seul cours de dessin bien sûr :le dessin fait figure de savoir merveilleux…d’Eldorado dispensé dans des écoles privées et payantes.

    Une partie de l’école s’occupe de restauration mais «  les professeurs habilités en Conservation-Restauration, en histoire de l’art, histoire des techniques ou en pratiques telle que la copie, sont présents au sein de l’école mais n’ont pas été inclus dans l’emploi du temps » .  Le directeur semble avoir très mal supporté la présence de cadres à restaurer  : le cadre est un objet fasciste, une incarnation de la frontière, de la limitation, un suppôt de la réaction  ! ( Là dessus tout le monde est d’abord : il faut supprimer d’urgence les cadres du Ministère de la culture ).
    Comme, sur le papier, Avignon est une grande Ecole, les étudiants furent éberlués de voir qu’ on leur confiait, pour étude et pour restauration, des œuvres qui peuvent être  « importantes »  or les jeunes restaurateurs sont complètement démunis, on ne leur apprend rien !

    Une poignée fait de la résistance, au cours de photo argentique : ils sont traités de « mélancoliques » . Eh, oui, les dinosaures ne sont plus les attardés du pinceaux  mais les amateurs de photo ! Le prof de photo argentique est méprisé par le prof de numérique :  c’est un technicien de l’argentique mais les élèves préfèrent les techniciens.
La désorganisation totale d’un enseignement vide  soulève la question qui fâche : comment fonder un diplôme valide sur l’enseignement de rien ? On savait l’enseignement de l’art moribond en France, les techniques, le dessin, passés par-dessus bord et remplacés par le marketing et le réseautage. Mais la mutinerie d’Avignon montre que les Ecole d’Art sont en coma dépassé.  Les élèves sont là pour  justifier nominalement les financement et un système qui accepte largement , en premier cycle, et  jette impitoyablement ensuite tout ce qui n’est pas conforme au label AC.

  Le système (tout le système de l’AC)  ne vit que de l’omerta : les victimes, les étudiants en servitude volontaire,  se taisent pour ne pas révéler que leur diplôme est vide. Omerta aussi chez beaucoup de professeurs non titulaires, donc fragiles. Ils ont quelques consolations dans l’ usage des locaux et du matériel  « ils se servent », lâchent les étudiants qui qualifient le système d‘ « hédonisme institutionnel ». L’ Atelier de gravure, fermé pour cause d‘archaïsme, envoya à la poubelle des milliers d’euros de matériel de sérigraphie …. Pas grave, le contribuable payera.

  Mais gardons le meilleur pour une prochaine fois : l’affaire de la collection Lambert qui vit s’incliner  bien bas nos deux présidents, le « normal » et l’autre. Pas de chance pour les mutins : l’AC ne connaît pas d’alternative… que le vent souffle à droite ou à gauche, l’AC est en passe de réussir un exploit :  exproprier des jeunes artistes de leur école d’Art… Voilà qui mériterait le livre des Records…à suivre.

Christine Sourgins

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mardi 18 septembre 2012

A l’approche de la Fiac, les idées fusent, ainsi le Le 15 octobre à 20 h,  Le PALAIS de TOKYO organisera une vente aux enchères de l’immatériel au bénéfice, non pas des syriens, de Haïti ou une autre population sinistrée, mais au bénéfice … du Palais de Tokyo . Cette charité bien ordonnée se déroulera « avec l’aimable participation du commissaire-priseur Simon de Pury ». C’est donc très sérieux.

Parmi les participants : Pierre Bergé / Christian Boltanski / Martin Bethenod / Gloria Friedmann / Ryan Gander / Jean-Paul Goude / Bertrand Lavier / Jean-Jacques Lebel / Claude Lévêque / Annette Messager / Philippe Parreno / Yan Pei-Ming / ORLAN / Franck Scurti /  Xavier Veilhan / Francesco Vezzoli……

On nous donne quelques exemple de lots :
Un veinard va gagner celui de Pierre Bergé : l’homme d’affaires vous ouvre exceptionnellement les portes des réserves de sa Fondation Yves Saint-Laurent et joue les conférenciers.

Christian Boltanski, lui  vous fait participer à son « œuvre ultime » (il a vendu sa vie filmée à un milliardaire de Tasmanie) et vous convie dans son atelier filmé 24/24h pour devenir, en sa compagnie célèbre (mais  en Tasmanie) ; (bref, une énième version du quart d’heure warholien ). Quant à l’artiste Francesco Vezzoli ,  il vous invite à passer une nuit avec lui dans un night-club à Milan. Et plus si affinité ? L’annonce ne le dit pas….!

L’Art contemporain a donc trouvé la solution de la crise financière : vendre nos actifs immatériels à nos créanciers !
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Mardi 11 septembre 2012
C’est la rentrée…! A l’heure où Mme Filippetti annonce des économies dans le domaine de la culture ( il semble que ce soit plutôt le patrimoine qui en fasse les frais…) j’ai le plaisir de vous annoncer que les conférences d’Histoire de l’Art auront lieu à Paris,  dès le 27 septembre :
Et  toujours des conférences à l’Atelier 43 de St Germain en laye lundi 19h et mardi matin et après-midi, avec, c’est nouveau, les dimanches de l’Art …
Le programme  est en ligne  rubrique conférences

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Mardi 10 juillet 2012
Une plagiaire à Versailles ?
Versailles, parité oblige, invite une dame, Joana Vasconcelos, « à dialoguer »  avec le palais.  Le numéro est parfaitement rodé. D’abord un petit scandale, pour se faire mousser dans la grande presse. L’artiste projette donc d’exposer un lustre en tampons tampax chez Marie-Antoinette. Pour défendre la cause des femmes, dit-elle, mais Mme Pécard refuse. D’une pierre deux coups : l’artiste peut revendiquer la palme du martyre puisqu’elle a été « odieusement » censurée : la presse s’en fera l’écho, son lustre fut  à la une partout. Mme Pégard, qui règne sur Versailles, peut se prévaloir à son tour d’un certain bon sens, d’une gestion raisonnable. Les sponsors sont contents : parmi eux, la galerie Nathalie Obadia. C’est une femme, bien sûr, qui expose habituellement l’artiste et qui engrangera, avec l’artiste et ses collectionneurs,  les bénéfices de l’opération Versaillaise…. Sans que personne ( nouvelle ou ancienne majorité) trouve à redire à ses petits arrangements entre amis publics et privés…
 
 Deuxième temps, Vasconcelos, pas si fâchée que ça, ne démissionne en rien de la place (elle est trop bonne) et installe  par ci par là ses trucs en plumes  (un hélicoptère à plumeaux roses, très chou, ma chère !), puis son coeur rouge et ses crustacés, un hommage à l’ami Jeff K., sans doute, mais qui donne à sa prestation un goût de déjà vu.
 
La dentelle Vasconcelienne est  parfois plus discrète que le clinquant des exposants précédents, mais dans la galerie des Glaces, l’artiste préposée à la « féminisation »sic des lieux donne toute sa démeusure avec des escarpins géants constitués de casseroles. Là, nous ne sommes plus dans le déjà vu mais probablement déjà dans le plagiat. Les casseroles versaillaises miment furieusement les travaux de Subodh Gupta, star de l’art contemporain indien qui a multiplié les œuvres géantes en ustensiles de cuisine (cf l’expo sur l’Inde à Beaubourg). Versailles serait-il complice d’un règlement de compte post-colonial, favorisant le pillage du brillant indien par la plantureuse portugaise ? Horresco referens ! Pendant que dame Vasconcelos pose avec ses airs ingénus de Castafiore sous les lambris dorés… mais que fait donc Mme Taubira ?
C.S
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Mardi 3 juillet 2012
Wim Delvoye suppôt de l’Art contemporain
Wim Delvoye, après Jan Fabre et d’autres pointures de l’Art très contemporain, l’ AC, occupe le Louvre : rien de nouveau sous le soleil ? Si ! On nous dit que Delvoye, pour une fois, c‘est joli. Les affiches, les journaux exhibent son « gothique technologique » qui en séduit plus d’un : dessinées par ordinateur, Delvoye plaque des résilles flamboyantes sur toutes sortes d’objets. Notez que son Gothique techno, Delvoye l’a d’abord appliqué sur une pelleteuse : histoire de dire « je déblaye le passé » … et dans une vidéo en ligne:
Wim déblaye à grandes pelletées : « On pourrait remplacer le mot art par le mot gaspillage… » « pour moi l’art c’est pas grand chose… »   Dans un grand numéro  de fausse humilité, notre Wim se sent tout petit face aux  artistes du passé… mais « le Louvre est mieux avec les artistes contemporains que sans » ; quant à Notre-Dame , elle peut mieux faire et Delvoye décerne des notes (ce qui est très vieux jeu)  : 10/10 à son gothique dessiné par ordinateur !
Delvoye est connu pour avoir inventé « Cloaqua », la très technologique machine à fabriquer des excréments. Il faut écouter ce grand penseur de la Post modernité dire que la scatologie est le summun de la démocratie égalitaire… Delvoye nous donne une version bouffonne du désir secret de l’oligarchie au pouvoir : la démocratie, qui prend du temps et  coûte de l’argent, est à évacuer d’urgence.
 
Le « joli » de Delvoye cache deux bombes : la première s’attaque à l’humanisme, car Tim a posé sous les lambris dorés du Louvre. Tim, cet homme dont Delvoye tatoua le dos en même temps qu’un cochon. Le cochon est une spécialité de Wim, il les élève dans une ferme en Chine, les tatoue, et quand un collectionneur veut son œuvre dans son salon, Wim tue le cochon, lui tanne la peau et le tour est joué. D’autant mieux qu’en Chine, notre BB nationale ne peut pas râler. Le défunt Tim subira le sort du cochon, Tim a vendu sa peau à Delvoye et dans le contrat signé avec l’artiste, Tim doit s’exhiber quelques jours par an, d’où sa présence au Louvre. Toute l’intelligentia pro AC s’émerveille de « cette manifestation ultime de la fusion de l’art et de la vie », quand on pense que le quai Branly vient de monter une exposition pour expliquer que c’était très mal d’exhiber autrefois les sauvages dans les musées et autres zoos humains : mais que fait donc le Louvre ? Au secours Mme Filippetti : y a-t-il encore une humaniste au ministère ? Quelqu’un qui  comprenne la leçon assénée par le Louvre où, du haut de sa pyramide l’inculture nous contemple : l‘homme est une marchandise comme une autre. Et l’AC est l’art du fondamentalisme marchand.
La deuxième bombinette, pour la énième fois, explose la figure du Christ.  Avant d’envahir le Louvre, Wim avait squatté le musée Rodin en 2010, on y voyait Helix, sculpture qui  partait « d’un objet classique, omniprésent en Chrétienté et chargé de sens, pour le multiplier, le tordre, l’assembler et en faire une double hélice » digne de l’ADN. Ce jeu formel avec le crucifix était censé s’inscrire  «  dans le mythe du progrès scientifique, mais aussi dans toutes les angoisses bioéthiques ou évolutionnistes » écrit un admirateur. Au Louvre, rebelote : des crucifix tordus, intitulés Moebius , « en cercles et rubans infinis, tout comme Dieu ».  Question mystique Delvoye est loin de Ste Angèle de Foligno qui entendit la voix du crucifié lui  dire :
– Ca n’est pas pour rire que je t’ai aimée…

Le dernier Livre d’Aude de Kerros « Sacré Art contemporain », éditions Jean-Cyrille Godefroy, est donc le viatique indispensable pour comprendre les rapports très tordus de l’AC et du christianisme.
Cependant, après « Gogotha pique-nique » et  la pièce de Castelluci, rebaptisé Scatoluci par les connaisseurs, cette provoc anti-catho, esthético-ludique, fait kitsch, pétard mouillé. On se consolera avec Suppo, jolie pièce fuselée en Gothique à 10/10. Les journaux jubilent «  le fondement de la pyramide de Pei accueille la pièce maîtresse de l’événement » (sic Direct matin 22 juin p.38) !
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Mardi 26 juin 2012
Hommage à Mathieu, (suite et fin)
 
Dans le petit opuscule d’une trentaine de pages, intitulé « Cet « art » que l’on dit « contemporain » », Mathieu visait « les technocrates de l’art ». On sait que la formule fétiche du peintre était : « Le signe précède sa signification », autrement dit, il y a un langage visuel, perceptible avant la mise en concept et en mot. Tout discours amphigourique prenant la place d’un art de l’œil et de la main le hérissait.  « Le signe  précède sa signification » était l’équivalent du fameux E=MC2 et démontrait l’absurdité d’une conceptualisation outrancière de l’art.
 
Mathieu dénonçait aussi « la véritable « mafia » qui dirige l’orientation de l’art dans le monde », cet art dont la finalité « n’est plus que sa propre mort », une « gangrène culturelle » où sévit « l’influence des modes américaines ».
Là, une mise au point s‘impose : Mathieu fut rédacteur en chef pendant 10 ans d’une revue culturelle bilingue et ne peut être soupçonné d’antiaméricanisme primaire, au contraire, il fut « le premier en Europe à révéler l’importance de l’art américain dès 1948 sans savoir alors qu’il s’agissait, non d’une pure manifestation artistique spontanée, mais d’une volonté déterminée de voler l’idée d’art moderne à l’Europe et à Paris en particulier » ( le livre de Serge Guillebaut l’avait passionné).
« Harold Rosenberg et Clément Greenberg créèrent le mythe d’un art spécifiquement américain alors qu’en Europe Hartung, Wols, Atlan, Soulages, et moi-même n’avions pas attendu leur exemple ». Puis le galièriste Castelli et l’historien Alfred Barr  annexèrent « vers 1960 le Pop Art né en Angleterre entre 1952 et 56 », avec la complicité de Restany, le père du Nouveau Réalisme  affirmait (ce que Mathieu contestait vigoureusement)  que l’abstraction lyrique  s’épuisant en redites, il fallait passer de la peinture à… la sociologie.

Mathieu, qui épinglait « ces renégats dont la légitimité ne s’est conquise qu’à l’aide d’un passé récusé », qualifiait l’œuvre de Duchamp de « transartistique », ce qui est bien vu, il rapporte une conversation avec Castelli :
-« savez-vous que je vous considère comme le plus grand fossoyeur de l’art contemporain ?
– Non, répondit l‘autre, ce n’est pas moi, c’est Duchamp.
– Oui, mais Duchamp avait de l’humour…

Significative encore, l’anecdote où Clément Greenberg  lui dédicace une photo « A G. Mathieu, le peintre d’outre atlantique que j’admire le plus » « tout en m’interdisant de rendre public ce jugement craignant d’attenter à la réputation d’hégémonie artistique des Etats-Unis ». « L’intelligentsia américaine de gauche, voulant se démarquer du stalinisme …prit partie pour la peinture abstraite… ». L’avant-garde américaine (devient) une arme culturelle contre la propagande soviétique », bref un effet « du nationalisme américain incarnant une véritable idéologie dont le sectarisme n’a cessé de croitre ». Avec la complicité des médias, de l’intelligentia et de la bureaucratie française peut-on ajouter aujourd‘hui.

Vous retrouverez les idées de Mathieu dans le livre qui publia suite à ce  pamphlet : « Le massacre de la sensibilité », Odilon Média 1996.

(Evitez la FNAC car la FNAC ne connaît pas Mathieu : leur site a inventé un Gérald Mathieu, auteur de ce livre !)
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Mardi 19 juin 2012
Hommage à Georges Mathieu.
 
La même semaine disparaissaient Georges Mathieu et un commentateur sportif : vingt minutes d’hommage au JT pour le spécialiste du ballon rond ; toute la journée radios et journaux ont glosé sur  « Thierry Roland, sa vie, son oeuvre ». Et pour l’inventeur de l’Abstraction lyrique ? Trois lignes, trente seconde ; réduit au logo d’Antenne 2, à la pièce de 10 francs, les jeunes générations auront à peine pu entrevoir que Mathieu peignait. Au mieux, on l‘a présenté comme un performer, « un organisateur de happening, d’événements en public ». Au siècle du divertissement travesti en culture, la Peinture  est donnée comme un club, avec des GO pour « amuser la galerie ».

Le représentant du ministère de la culture a brillé par son absence à ses obsèques. Logique : la rue de Valois organise l’invisibilité de Mathieu depuis trente ans. Beaubourg ne lui a même pas consacré une grande exposition, préférant les réserves aux cimaises pour un morceau de bravoure tel que « Des capétiens partout ». Ce titre, qui fleure bon l’histoire de France, est-il politiquement correct ? Et Mathieu tel St Georges rompit des lances pour demander, horresco referens, le retour de l’éducation artistique à l’Ecole…voire la suppression du ministère de l’inculture.
 Nous étions donc 80 à lui rendre hommage à Notre Dame de Paris ; à côté de son cercueil blanc, une de ses toiles : un ciel bleu où des zébrures d’or ouvraient une plaie rouge. Deux académiciens arboraient leur bel habit vert. Mathieu, qui organisa des manifestations commémorant la « seconde condamnation de Siger de Brabant », aimait le faste, le panache ; il était de ceux qui pensent qu’il « faut étayer les supériorités morales par des symboles matériels, sinon elles retombent » ; de plus, la voie de l’Abstraction lyrique est une voie de l’enthousiasme qui suppose un sens de la fête, de la vitalité, une certaine théâtralité qu’on lui a parfois reproché. La cérémonie de ce 18 juin fut simple et digne ; elle s’ouvrit sur le témoignage de Pierre-Yves Trémois, un salut magistral autant qu’amical au « samouraï du geste » à celui qui, conjuguait « la révolte, la vitesse, le risque et la lucidité dans l’extase ».  
 
Mathieu était inquiet de son temps, un homme aux aguets qui remarqua immédiatement le texte d’une jeune historienne de l’art qui contestait l’hégémonie de l’art officiel. Il décrocha son téléphone et m’invita à prendre le thé…au George V : toujours ce sens du symbole et de la classe. Nous eûmes une longue conversation où il me confia quelques souvenirs et ses désillusions : l’académie n’était pas la chevalerie qu’il imaginait et sa voix étouffait un rugissement, les moustaches frémissaient. C‘est le souvenir que j‘ai gardé de lui : un homme-lion sanglé dans un costume impeccable ! Il me dédicaça l’ultime exemplaire d’un pamphlet qu’il avait fait imprimer. Le papier avait souffert quelques déchirures qu’il avait raccommodées exprès : le fauve avait une habileté de couturière. Ce petit opuscule, relié d’un cordon rouge, eut valeur pour la jeune historienne de passage de témoin.
 Il s’intitulait : « Cet « art » que l’on dit « contemporain » ».
 Désormais c’était à ma génération de continuer le combat…
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Mardi 12 juin 2012
Une info et un rappel :
Selon Libération du 11 juin : Bercy  dans son plan de rabotage des avantages fiscaux,  a prévu de réduire de moitié l’abattement proposé aux entreprises pour leur action de mécénat (de 60 % du montant du don, on passerait à 30 %).
Une arme fatale pour la culture et le monde associatif en général…commente Vincent Noce : la position du ministre n’est pas arrêtée… mais la menace  réelle.
Rappel  : la vidéo de la conférence/débat organisée par la Fondation de Service Politique le 18 janvier 2012, « L’Etat et Dieu dans l’art dit contemporain »   ; Espace Bernanos, Saint Louis d’Antin est accessible sur : http://www.libertepolitique.com/L-information/Liberte-politique-TV/Culture-politique-et-politique-culturelle-l-Etat-et-Dieu-dans-l-art-dit-contemporain
(J’interviens dans la seconde partie)
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Mardi 5 juin 2012
Beaubourg et l’art accessible…
Aurelie Filippetti, ministre de la Culture, agrégée de lettres classiques, a effectué sa première sortie officielle au Musée d’art contemporain MAC/Val de Vitry-sur seine. Elle déclara souhaiter que l’Art contemporain soit « accessible à tous ». Mais alors, que faisaient donc les autres ministres avant-elle ? Les Mitterrand, Aillagon, à commencer par Lang ? L’AC doit être accessible, comme les trains, les bus…est-ce à dire que notre ministre nous considère comme des handicapés culturels ? Beaubourg, lui, a trouvé le moyen imparable de rendre accessible l’Art contemporain aux enfants.
 
Un professeur des écoles (abonné à ce blog) voulait emmener sa classe de CM1 à Beaubourg, pour une visite intitulée « des modernes aux contemporains » ( retenez bien le thème ). Le professeur, prudent, se renseigne : cette visite est censée montrer le cubisme,  Picasso, Léger,  Delaunay, puis  Dada et les  surréalistes, les nouveaux réalistes, l’art cinétique, les abstraits….Bon, va pour l’Art moderne, avec juste un aperçu final de l’AC…La visite a lieu et le professeur de raconter une méthode sidérante pour «  rendre accessible » l’Art contemporain aux enfants.

La conférencière commence habilement par :
-Alors les enfants, on est content d’être au Centre Pompidou ?
Les enfants, de sortie :

–  Wouiiiiiiiiiii !
Et là arrive le Scud, qui va exploser la conférence sous le nez du professeur éberlué. La jeune femme aux enfants excités :
Vous souhaitez visiter le musée dans le sens normal ou à l’envers ?
Evidemment, face à un choix amusant, les enfants ont crié d’un seul coeur :
-A l’envers ! Chouette !
Difficile pour le professeur de désavouer, devant ses élèves,  un adulte qui représente le musée ;  d’ailleurs le temps qu’il y réfléchisse, la visite a déjà commencé. Là, tout devient prévisible : au bout d’1h15 d’art très contemporain et rien que contemporain, le guide regarde sa montre :
-Oh, zut, le temps est si court, plus qu’un quart d’heure… !
L’intitulé de la conférence n’a absolument pas été respecté : ce n’est plus Beaubourg, c’est le rebours contemporain !

 
La conférencière a passé son temps à montrer des œuvres comme ce champignon doublé (vénéneux et comestible), et, après quelques explications, elle le laisse « admirer »… aux enfants qui s’assoient, écrivent des remarques dans leur cahier d’essai, en attendant la suite.. « Là, elle part dans son délire : « oh, c’est fou ce qu’on est bien à l’ombre de ce champignon, les enfants sont biens là, c’est agréable, on aimerait rester longtemps… » Pas étonnant qu’on ait vu 5/6 oeuvres en 1h15 », s’énerve le professeur . 
Vous constaterez au passage que pour commenter de l‘AC, dix ans d‘études universitaires, au moins, sont nécessaires pour appuyer sur le champignon ! Est-ce une initiation  aux champignons hallucinogènes, très mode chez les bobos ?
 

Maisqu’est-ce que Mme Filippetti va bien pouvoir inventer pour rendre « accessible » l’Art contemporain aux enfants ?

 Christine Sourgins
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Mardi 29 mai 2012
  nouveau livre d’Aude de Kerros
« Sacré Art Contemporain »
Evêques, Inspecteurs et Commissaires
Editions Jean – Cyrille Godefroy
 
 Ce livre évoque une controverse artistique et intellectuelle qui traverse notre époque sous l’angle particulier du lien qui existe entre la création, l’art et le sacré. Une crise s’est ouverte en 2011 avec les manifestations populaires contre des œuvres subventionnées de Serrano (Piss Christ) Castellucci (Sur le visage du Christ) et Garcia (Golgotha Picnic ). Fruit de la commande publique, faite désormais selon des critères conceptuels de l’Art contemporain, c’est un  art sacré d’Etat qui a pris place dans les églises. Ce phénomène massif a provoqué des transferts inédits, de légitimité, de sens et de sacré. Un véritable clergé administratif, « les inspecteurs de la création », a usé de  son prestige et de sa séduction auprès du clergé d’église, et imposé dans les sanctuaires la foi conceptuelle, son culte et son dogme fondé sur la déclaration créatrice de l’artiste.  Concevoir une œuvre d’art devient désormais un acte terroriste non sanglant visant, par le détournement des objets, situations, lieux et mots à faire exploser tout contexte et semer la confusion dans le monde immatériel de l’esprit, des idées et du sens. Cette nouvelle définition de l’art défendue et sacralisée par l’Etat est estimée être un Service Public. Aude de Kerros est graveur, essayiste, critique d’art, auteur de « L’Art Caché  » et de nombreux articles et analyses sur l’Art contemporain. Elle nous fait l’histoire de la captation du sacré par une administration en quête de légitimité historique et monétaire. Elle révèle la dernière métamorphose de « l’Art contemporain », AC, en une nouvelle religion aux pratiques cultuelles archaïques.  

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Mardi 22 mai 2012

  Lyon, le jeudi 14 juin, au musée d’Art religieux de Fourvière, pour le colloque « Arcabas et ses contemporains face à la Passion et Résurrection »,

voir le site www.lyon-fourviere.com

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Mardi 15 mai 2012
Invitation :
Pour fêter l’arrivée des premiers exemplaires à Paris, du livre
« Art ou Mystification – Huit Essais »
Paru aux célèbres Editions « Russkiy Mir »(éditrice de Soljenitsyne et fondée au tout début de la perestroïka), ce livre en russe et en français, réunit un ensemble d’analyses sur la crise de l’art en postmodernité. Les auteurs sont :
Jean Clair, Marc Fumaroli, Jean Philippe Domecq, Jean Louis Harouel,
 Aude de Kerros, Boris Lejeune, Kostas Mavrakis, Christine Sourgins.
 
La réception de ce livre est un événement à Moscou et à Saint-Petersbourg.
 
Une présentation sera faite le 22 mai 2012 – 17 h. – 20 h.
« Galerie « Russky Mir »
7 Rue de Miromesnil, 75008 Paris
Pour voir la couverture du livre : cliquez 

  

Ce qu’on nomme « art contemporain » suscite, pour qui n’est pas de cette boutique, perplexité, désarroi, interrogations ou simplement hostilité impuissante. Comment en rendre compte ? C’est à cette question que tente de répondre le livre bilingue français/russe Art ou mystification ? huit essais publié à Moscou aux éditions Russki Mir (Monde russe).
  Les auteurs, tous engagés de longue date dans le débat, viennent de différents horizons. Joignant leurs voix, ils apportent une contribution nouvelle, permettant au lecteur de se faire une opinion en toute indépendance par rapport aux mécanismes d’inculcation idéologique, aux intérêts spéculatifs et aux circuits institutionnels qui mènent la danse. Ils prouvent ainsi qu’une critique savante et cultivée de cet art prétendu est possible malgré les efforts pour la réduire au silence.
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Mardi 8 mai 2012
Du rôle de l’Art contemporain dans la défaite de M. Sarkozy
  M. Sarkozy vient de rater sa réélection d’assez peu. Tous les commentateurs ont souligné qu’il souffrait d’un « problème d’image » dont l’origine remonterait à la soirée du Fouquet’s puis au séjour sur le yacht d’un ami richissime pour fêter son élection en 2007. L’intéressé lui-même l’a concédé, quand, interrogé récemment au journal télévisé, il s’est mis à bafouiller péniblement sur le mot Fouquet’s. On ne s’approprie pas impunément la symbolique du couronnement : M. Sarkozy est conscient d’avoir gaffé, d’avoir commis une de ces erreurs qui se changent en faute, surtout une fois la crise venue. Car, comme dit l’adage, « se tromper est humain, persévérer est diabolique ». Or régulièrement, l’Art très contemporain, officiel et financier, a poussé M. Sarkozy à persévérer à l’ insu de son plein gré.

  Chaque star de l’AC, cet Art très contemporain, rentrant à Versailles avec strass et paillettes pour donner un coup de pouce à la cote d’un grand copain collectionneur, a fonctionné comme une piqûre de rappel de la gaffe présidentielle. L’image d’un président m‘as-tu-vu, volontiers mufle avec la princesse de Clèves, s’est mise à lui coller à la peau. Koons, Murakami et consorts, imposant leurs babioles tapageuses au sein d’un symbole national, historique, ont régulièrement humilié l’électeur de base. En effet, ce Palais des Rois, pris par le peuple lors de la Révolution, était donc repris par des milliardaires de l’Art officiel.  Ils y marquaient leur territoire reconquis par d’onéreux joujoux aussi éphémères que désinvoltes. M. Aillagon se chargeant de d’entretenir une présidence tape-à-l’œil en multipliant les provocations…avant de finir par soutenir M. Hollande.

  Au final, Pompidou a laissé le centre Beaubourg, Giscard lancé le musée d’Orsay, Mitterrand d’Arche en Pyramide, laisse des « Grands travaux », Chirac un musée au Quai Branly et Sarkozy…l’art Blink-blink à Versailles !

  Ironie du sort, c’est la conjonction de Fouquet et Versailles qui provoque la chute de l’astre Sarkozy : M. de La Fontaine eut écrit une fable, avec Mr Aillagon dans le rôle du renard, orthographié « renart » :

 Maître Sarko sur un arbre perché

Tenait dans son bec un fromage.

Maître Renart par l’odeur alléché…etc

   Il n’est pas sûr, en revanche, que le nouveau Président (ou Martine Aubry qui lorgne, dit-on, la place de Frédéric Mitterrand) ait retenu la leçon :

 « Il jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y reprendrait plus ».

 Nous verrons.

Christine Sourgins

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 Mardi 1er mai 2012
les artistes font de la résistance, suite
Comment survivre à un art dirigé par l’état ?
   Que faire? Pour reprendre une formule célèbre, quelles « réformes structurelles » proposer aux élus ? D’abord, dit le manifeste, « rendre l’expertise aux professionnels » car « il n’existe pas d’autres professions où l’expertise des gens de métier soit aussi méprisée alors qu’ils sont le centre de toute une filière culturelle ». Parmi les quinze points défendus par le manifeste beaucoup visent à restaurer une modernité de synthèse : « réhabiliter la transmission des savoirs et des pratiques artistiques ». « La réintroduction des fondamentaux des pratiques dans les programmes du collège et du supérieur »(1). Le dessin, les techniques des arts de la main, peu chères et fort démocratiques puisque tout le monde, en principe, possède dix doigts, sont à remettre au programme d’urgence. Or on sait que l’éducation nationale a été jusqu’à sanctionner des professeurs qui avaient le culot…de faire dessiner leurs élèves.(2)

Autre revendication du Manifeste : « redonner une visibilité aux artistes dans leur diversité ». Que l’Etat arrête de donner, rubis sur l’ongle et aux frais du contribuable, le Grand Palais à un seul artiste de l’establishment officiel international (le prochain bénéficiaire sera Buren, programmé par l’administration Sarkozy mais qui soutient Hollande… c‘est dire l‘enjeu politique !). Car, ce faisant, l’Etat subventionne chichement les salons historiques de peinture et sculpture.  Moyennant quoi, l’Etat est fier comme Artaban de dire qu’il aide aussi les artistes de l’œil et de la main…alors qu’il leur reprend, en douce, la maigre subvention octroyée, en leur louant à prix d‘or, l’espace donné à Buren et consort  !
 Faire respecter les obligations sociales et fiscales ; créer un dispositif d’incitation fiscale, développant un mécénat, qui ne soit pas systématiquement orienté vers un art spéculatif, est un autre volet du manifeste ( la défiscalisation des achats d’œuvres non spéculatives déjà soutenu par la MDA a connu l’échec, vu la lutte contre les niches fiscales).
 Le fonctionnement des commissions est à revoir pour mettre fin à l’opacité devenue, hélas, règle courante : qu’il s’agisse du 1% ou d’attribuer subventions ou  marchés publics, il faut une transparence des critères. La composition des commissions d’achat doit être connue, leurs choix motivés et les sommes dépensées clairement publiées, il s’agit quand même de l’argent du contribuable et nous sommes censés être en démocratie. En matière d’opacité, le ministère donne l’exemple : un rapport de mars 2011, consacré à l’ensemble des musées, fut jugé « si explosif que le ministère de la culture s’est opposé à sa publication »(3).
 
 Laissons de côté la révision des procédures d’attribution d’ateliers, ou des normes juridiques et administratives qui permettent d’obtenir le statut d’artiste, de calculer des droits sociaux, les dispositions actuelles n’étant plus adaptées à un univers des plus précarisés. On ne s’attardera pas non plus sur le soutien des artistes en direction de l’étranger (absence de visa de travail et lourdes formalités douanières freinent le rayonnement de la France à l’étranger). Ne retenons que la défense du droit d’auteur. La mode actuelle est au partage des informations, à la libéralisation des échanges y compris en matière intellectuelle et artistique. Le droit d’auteur est donc de plus en plus présenté comme un archaïsme, un frein à la diffusion des connaissances, une privation du collectif au bénéfice d’un égoïsme particulier. Le droit anglo-saxon étant beaucoup moins favorable aux auteurs que la législation européenne, la tentation est grande, pour l’oligarchie au pouvoir, de céder aux mirages du mondialisme. Or, ne pas permettre à un auteur de vivre de son travail c’est, à terme, tuer la poule aux œufs d’or. Ici, comme dans d’autres filières, les différents intermédiaires prospèrent au détriment du producteur initial et toute la chaîne fait pression pour qu’il accepte de moins en moins de rétribution et ainsi sauver ou agrandir les marges…
 
Résister c’est apprendre, créer et transmettre
 
 Dans la mesure où la MDA représente tous les artistes, de toutes les modernités, certains doutent de sa capacité à être un contre-pouvoir, puisque il est historiquement démontré que la modernité de rupture est prédatrice de la modernité de synthèse. Sur le net les propositions fusent. La suppression du corps des « inspecteurs de la création artistique » est un vœux fréquent : rien que leur intitulé hérisse le milieu artistique depuis des lustres. Car enfin, un inspecteur inspecte normalement d’autres fonctionnaires, or ceux-ci inspectent des artistes, fonctionnarisant ainsi la profession artistique !

Autre revendication : créer une deuxième école Nationale des Beaux Arts où seraient enseigné les métiers artistiques, les techniques de l’œil et de la main, au plus haut niveau.  Les Beaux-arts actuels, si mal nommés,  deviendraient « l’ Ecole d’Art contemporain », on y enseignerait, comme aujourd’hui, le marketing, la mise en réseau, les détournements sémantiques, l’art de courtiser les subventions etc. Proposition conjointe : demander qu’un certain nombre de commandes, d’achats, de résidences d’artistes, de séjours à la Villa Médicis, de bourses, soient réservées aux arts de la main avec un accès équitable aux médias du service public de tous les courants artistiques… (car l’exclusion du service publique entraîne celle du privé, tant, en France, l‘Etat depuis Colbert donne le ton) .
 Bref, certains en arrivent même à imaginer une scission du ministère de la culture en deux : le patrimoine, la modernité de synthèse d‘un côté, l‘art très contemporain, officiel, financier et spéculatif de l’autre avec sa « com » strass et paillette ! C’est dire le malaise d’une profession devant une situation anormale : une administration étatique de la création, gérée de façon opaque par des réseaux fermés. Les artistes veulent d’un Etat régulateur et non plus juge et parti. « Un retournement à 180° » dit le manifeste de la MDA : une révolution ?
 
Christine Sourgins
 
1-On note aussi la revalorisation de la profession d’historien de l’art …il est vrai que la création d’une chaire et d’une agrégation d’histoire de l’art est un vieux serpent de mer.
2-Ch. Sourgins, Commentaire, N°117, printemps 2007, « Un cas d’inquisition dans l ‘Éducation nationale », p.223 à 230, en ligne sur le blog.
3- Ariane Warlin, « La face cachée du Louvre », Michalon, 2012, p.162.
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Mardi 24 avril 2012
 
Les artistes font de la résistance : le Manifeste des Arts visuels
 
 En 2012, la place de la culture et des artistes a semblé bien ténue dans la campagne présidentielle. Dès 2007, ce fait, déjà notable, avait été attribué à une nouvelle génération d’hommes et de femmes politiques, moins férus de culture que leurs aînés : la Princesse de Clèves, brocardée par le nouveau président de la République, en est restée le symbole. Au-delà des personnes ou des générations,  la culture générale sortie des concours de la République ou  l’histoire de l’art en passe d’être enseignée par les prof de gymnastique, tout conduit à se demander si les politiques culturelles n’ont pas, aussi, une responsabilité dans l’effacement du monde de la culture au sein du débat politique.
 
Le dernier manifeste

C’est bien ce qu’il ressort de la lecture du «  Manifeste des arts visuels » publié par la Maison des artistes (1), qui, forte de ses milliers de membres, entend marquer un soixantième anniversaire revendicatif. Or les manifestes avaient rythmé la marche de l‘Art moderne : celui du Futuriste Marinetti lança, en 1909, le genre avec fracas « à vos pioche et à vos marteaux », suivit par ceux de Dada ou du Surréalisme pestant contre « les êtres révolutionnairement mal intentionnés », textes passés à la postérité. Mais, après les manifestes des années 70 et ceux de l’allemand Beuys, qui rêvait d’un art dilué dans la vie (et d’une « sculpture sociale » réalisée à coup de référendum), le genre s‘était fait rare : le temps des grands récits était passé, on ne croyait plus aux lendemains qui chantent. L‘art, longtemps aventure collective, avec des courants et des groupes faisant loi, voyait alors les artistes se replier frileusement sur leur atelier. Beaubourg n’était pas, en France, étranger à ce repliement, les Frac, Drac et autres « inspecteurs à la création artistique » non plus : ils prirent en main une étatisation de l’Art qu’épingla Marc Fumaroli dans son Etat culturel. La marchandisation fera le reste. Et l’artiste, aujourd’hui, se trouve affronté à un art officiel inouï, inédit dans l‘histoire. Non plus imposé par de vieux barbons, académiciens, certes, mais artistes quand même, l’art officiel du XXI ème siècle est dirigé par une bureaucratie alliée à la finance. Et cet art officiel est sans contrepoids : l’Etat, L’Eglise (2), les grands entrepreneurs, tout ce qui possède argent, pouvoir ou légitimité soutient la même mouvance artistique qu’on appelle abusivement Art contemporain. Car cet art est l’art d’une toute petite partie de nos contemporains. Le Manifeste de la MDA le rappelle : « le paysage artistique officiel actuel ne privilégie qu’un petit nombre d’artistes au détriment d’une majorité pourtant extrêmement riche et diverse, et au détriment d’un public dont on restreint et dénie la liberté de choix » ; et depuis 10 ans, outre un glissement « vers le business-art ou financial-art », « il s’est produit une collusion scandaleuse entre l’art spéculatif globalisé et uniformisé et l’Etat culturel de notre démocratie ».
 La MDA le dit sans ambages, tant le fait est criant : les artistes sont « tenus à l’écart par une administration de la culture qui ignore la diversité de la création pour n’avoir d’attention que pour une minorité d’artistes conformes à ce qu’il faut appeler « une esthétique d’état » ».« Depuis trente ans, exactement, nous assistons à une érosion systématique de la place des artistes et de leurs représentants dans les circuits de décision et les choix sur les politiques culturelles ». Depuis trente ans donc, que le vent politique souffle vers la gauche ou vers la droite, la mise à l’écart des artistes se poursuit. Pourquoi s’étonner, dès lors, de leur absence dans le débat politique, de leur réticence à soutenir les uns ou les autres ? La bureaucratie culturelle est au-dessus des partis : Mr Aillagon, ancien ministre de la culture d’un gouvernement de droite, introducteur de l’art Blink-Blink à Versailles…soutient Mr Hollande. C’est dire si le système fonctionne en vase clos, poursuivant ses intérêts propres.
 
Les damnés de la main

Fin 2011, la Maison des Artistes a donc appelé ses adhérents à élaborer ce Manifeste qui, cas rarissime dans l’histoire des manifestes,  s’adresse non pas seulement au public ou aux autres artistes, mais d’abord à l‘Etat.  Le manifeste est un genre littéraire qui satisfait à 3 points, ici respectés : refuser un état de fait artistique, en promouvoir un autre et surtout, très important, signer.  Ici, le nombre de contributeurs bat des records : 17 000 ! Car la MDA a tenu à consulter tout le milieu : « des avant-gardes aux expressions les plus classiques » autrement dit sans oublier les plus nombreux, les « laissés pour compte des politiques culturelles ». Le rôle d’internet serait à souligner dans la renaissance d’une action collective : grâce au net, les artistes retrouvent, depuis une dizaine d’années, une convivialité évanouie. Il ne faudrait pas que la roublardise étatique, sous couvert de protéger les droits des artistes, leur confisque, via une énième mouture d’Hadopi, cette liberté retrouvée.
 Pour « inscrire dans un temps historique l’exaspération des artistes créateurs », la MDA a choisi le moment où les historiens s’intéressent à nouveau à ce fait majeur de la vie intellectuelle et politique : le manifeste. Vient de paraître en librairie, « Démocratie et Révolution , cent manifestes de 1789 à nos jours », un ouvrage de référence dont Stéphane Courtois est un des  maîtres d’œuvre (3)  et qui éclaire un leit-motiv du manifeste des Arts visuels :  « les pouvoirs publics depuis trente ans ont failli à leur mission d’encouragement et de développement de la diversité de la création et des créateurs » et le manifeste de revendiquer :« l’expression de toutes les diversités » et même : cette « liberté de toutes les diversités », « il faudra l’arracher aux pouvoirs publics ».
 Dans « Démocratie et Révolution », le chapitre « Vie et mort des manifestes artistiques » (4) démontre que le premier manifeste de l’Art moderne n’est pas celui de Marinetti, comme on se plait à le croire. Bien avant lui, en 1891, l’excentrique et esthète Sar Péladan publia dans le Figaro le proto-manifeste des arts plastiques pour la période moderne, celui du Salon Rose-Croix. Or ce texte n’est pas révolutionnaire comme celui de Marinetti qui, pour la première fois, demandait aux artistes de détruire les musées et toute forme de tradition. Péladan lui, prend la défense du « Beau contre le laid, du rêve contre le réel, du Passé contre le présent infâme, de la Tradition contre la blague ». Le manifeste pictural n’est donc pas né offensif mais défensif : « à la race latine qui va mourir, nous préparons une dernière splendeur, afin d’éblouir et d’adoucir les barbares qui vont venir ». Il convient aussi de souligner que bien des mouvements d’Art moderne se passeront de manifeste : les impressionnistes n’auront qu’une œuvre-manifeste, « Impression soleil levant » de Monet, mais point de texte signé, les pointillistes, si méticuleux mais presque tous anarchistes, sont dans le même cas. Rien pour les Fauves ni pour les Cubistes. Apollinaire sera l’auteur, en 1913, d’un manifeste qui tient, pour une part, de la farce : « l’Antitradition futuriste, Manifeste-synthèse », « synthèse » le mot clé est lâché. Car Apollinaire commence par crier « à bas le passéisme ! » alors que Marinetti hurlait pour faire du passé table rase.
 
Et c’est toute la différence entre modernité de synthèse et modernité de rupture. En 1909, avec le Futurisme, c’est cette modernité de rupture, celle des avant-gardes, qui s’impose et va confisquer la modernité de synthèse qui s’accommodait fort bien, jusque là, d’une innovation qui fût sœur de la tradition et œuvrait avec le meilleurs de son temps et non pas contre lui. Cette modernité de synthèse, soit se passe de manifeste, soit en produit de défensifs dans la lignée de Péladan. Certains modernes, et non des moindre, se sont méfié de l’idée d‘avant-garde, comme Baudelaire : « Les poètes de combat. Les littérateurs d’avant-garde. Ces habitudes de métaphores militaires dénotent des esprits non pas militants, mais faits pour la discipline, c’est-à-dire pour la conformité, des esprits nés domestiques. »
 
L’histoire des manifestes fait donc clairement ressortir le clivage des deux définitions de la modernité. Longtemps ces deux pôles arrivaient, tant bien que mal, à pulser, à palpiter, puis l’Etat s’en est mêlé et a systématiquement privilégié la modernité de rupture, celle des « avant-gardes »…jusqu‘à éradiquer les tenants de la modernité de synthèse. Voilà l’origine historique de ce que le manifeste de la MDA appelle « une ségrégation artistique ».
A suivre…
Christine Sourgins

(1) La MDA assure une mission de service publique (association agrée par l’Etat elle gère les assurances sociales des artistes) et d’autre part elle remplie une mission d’intérêt général : l’accompagnement des artistes dans leur vie professionnelle.

(2) Aude de Kerros, « Sacré Art contemporain : Evêques, inspecteurs et commissaires », Editions Jean Cyril Godefroy, (3) « Démocratie et révolution », Presses universitaires de l’ICES, éditions du Cerf, 2012.
Voir aussi Antje Kramer ,« Les grands manifestes de l’art des XIXème et des Xxème siècles », Beaux-Arts éditions, 2011.
(4) Chapitre X, Christine Sourgins, in « Démocratie et révolution » op.cit. p. 567 et ss.
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Mardi 17 avril 2012
Vous pouvez visionner l’émission Historiquement Show, présentée par Michel Field sur la chaîne Histoire. Elle portait sur le livre « Démocratie et Révolution », qui étudie 100 manifestes, de 1789 à nos jours. Ayant assuré la partie consacrée aux manifestes artistiques, j’étais invitée en compagnie de Stéphane Courtois et Ladan Bohrouman.
L’émission dure 35 mn, j’interviens dans le dernier quart d’heure… Suivre le lien ci-dessous :
http://www.histoire.fr/histoire/emissions/historiquement-show/0,,7128678-VU5WX0lEIDQ5Ng==,00-historiquement-show-94-manifestes-.html
 
Un américain à Paris

L’ex-homme d’affaires et amateur d’art, Robert Rubin, président la Fondation Centre Pompidou, ne mâche pas ses mots concernant la gestion du Centre. (Le Monde du 25 février, p.2)

« La direction a payé très cher le rédacteur en chef de la revue Beaux-Arts pour qu’il soit co-commissaire de l’exposition « Paris-Delhi-Bombay » en 2011. Outre l’insulte aux conservateurs du Centre, l’exposition était médiocre, le nombre d’entrées peu significatif, et elle a coûté 2 à 3 fois le prix d’une exposition normale ». Néanmoins : « C’est en France que je trouve des passionnés qui aiment les œuvres sans évoquer leur coût . Mais tout cela est menacé ».

 Pourquoi ? Cet américain est fort lucide sur nos lubies : « On demande aux lieux culturels de s’inspirer du modèle américain, de trouver de l’argent, mais sans avoir encore ni les armes, ni la mentalité, ni la culture pour y arriver. » De plus, l’Etat ne donne pas l’exemple aux collectionneurs qui sont, aux USA, « fiscalement encouragés à donner ».  « Là encore, je ne vois pas l’Etat français prendre ce chemin ».

A la suite de l’opération Louvre /Abou Dhabi, quand l’Etat intime à d’autres musées (y compris au centre Pompidou ) de faire de même, il est injuste, conclue Robert Rubin, car « aucun autre musée que le Louvre ne pourrait refaire cette opération ».

Rubin s’étonne que le centre Pompidou lui ait demandé de trouver une œuvre de Jeff Koons : «  C’est incroyable, il n’y en a aucune dans les collections ». Or en 2008 on a donné à Koons,  dit-il, « les clefs de Versailles, on lui a fait une publicité énorme, son principal collectionneur américain, Eli Broad, était impliqué dans l’exposition, François Pinault, son collectionneur français aussi, et le monde muséal français n’en a pas profité pour lui demander quelque chose en retour »! C’est sûr, on est pas doué, quoique j’en connais qui se consoleront facilement de la carence en Koons.
Pour chercher du mécénat les français s’y prendraient donc mal :  les historiens ou conservateurs ne sont pas formés à cela, or « ce sont les professeurs réputés qui séduisent les grands donateurs » car ces derniers « se fichent des gestionnaires ». Il est donc capital que les responsables d’un musée soient des conservateurs, « c’est le cas dans les musées américains » où ils ont autorité sur l’action et la programmation .  En France , « curiosité française », dit Rubin, le pouvoir « place des conseillers à des postes où ils sont peu légitimes ». Or « les personnes parachutées ne se contentent pas de gérer mais interviennent sur les questions de fond : choisir les expositions, attribuer l’argent, commenter… Autant de responsabilités qui, j’insiste, devraient être assumées par un conservateur ».

Conclusion à méditer : « Il est plus facile à un conservateur d’apprendre la gestion qu’à un gestionnaire d’apprendre l’art ». Et c’est un américain, ex homme d’affaires, qui le dit !

Christine Sourgins
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Mardi 10 avril 2012
Une brève parue dans le Figaro Magazine du 3 mars, p. 97.
Jean Clair, interrogé à propos de son dernier livre, «  Hubris », chez Gallimard, signale que « l’exposition du grand peintre américain Edward Hopper (1882-1967) prévue pour octobre prochain au Grand Palais a été refusée au Centre Pompidou parce qu’Hopper est considéré comme réactionnaire et académique », au passage on apprend qu’au Moma de New York « la Rue de Balthus achetée par Barr, le directeur du musée, dans les années 30, a été descendue des cimaises, en même temps qu’un superbe paysage de Hopper, cela au nom d’une vision de l’histoire débouchant, j’imagine, nécessairement sur Damien Hirst ». La haine de la peinture n’est pas un vain mot !
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Mardi 3 avril
Vendredi dernier, un colloque au Sénat,  organisé par la Maison des Artistes, a lancé « le Manifestes des Arts Visuels » (cliquez )et confirmé le malaise et les revendications de toute une profession devant une situation anormale (une administration étatique de la création), gérée de façon opaque (par des réseaux fermés). L’artiste, c‘est bien normal, est accaparé par son oeuvre,  il subit donc de plein fouet la confusion des mots et des sentiments ainsi que toutes les ambiguïtés entretenues par le système (à commencer par l’équivoque terme « Art contemporain »). Mais pour en sortir, il lui faudrait d’accepter de prendre du recul et de lire les analyses des sociologues ou des historiens dissidents qui ont étudié et démythifié ce système…
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Mardi 27 mars 2011
Le contenu du Grain de sel du 27 mars a été enregistré …sur le plateau de l’émission TV « Historiquement show » présentée par Michel Field pour la chaîne Histoire…une vidéo sera mise en ligne sur internet, vous en serez avisés par ce blog…
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Mardi 20 mars 2012
  Une question à Mr Seban qui imagine le centre Pompidou qu’il dirige  en 2042 , ceci dans les colonnes de Beaux-Arts Magazine de février,  p.74 . En attendant, un centre Pompidou virtuel sera bientôt lancé en 2012 :  il « tourne le dos à tout ce qui s’est fait jusqu’ici », « nous numérisons donc les œuvres de la collection, des entretiens avec les artistes, des captations de conférences, mais aussi des catalogues d’exposition…nos archives etc ». Merveilleux non ? A quand , pour tourner « le dos à tout ce qui s’est fait jusqu’ici » le prix d’acquisition des œuvres et les critères de choix ainsi que le nom des décideurs ?  Car le Centre Pompidou ,en chiffres, c’est : 121,9 M d’euros de budget total, dont 80 M de subventions. D’où cette lancinante interrogation :
 -A quand la transparence envers le contribuable, après 2042 ???


Christine Sourgins

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Mardi 13 mars 2012
L’AFFAIRE DUSSAERT  revient au Théâtre du Ranelagh , du 29 mars au 2 juin 2012.
Cette pièce de théâtre, de et par Jacques Mougenot, est « incontournable » pour comprendre la scène artistique officielle (et en rire). Mais la bande annonce (cliquez) vous en dira plus long ainsi que cette lettre ouverte …
 
 Cher Jacques Mougenot,

    Combien sommes nous à avoir été cruellement déçus lors de la grande rétrospective organisée en mars 2009 au centre Georges Pompidou(1) ! Alors que 9 salles entièrement immaculées resplendissaient de blancheur, pas une n’était consacrée à Dussaert. Quel scandale, alors que tous ses prédécesseurs, à commencer par Yves Klein, avaient droit à leurs exégètes : rien, pas même un mot dans un catalogue de 500 pages !

 Dans la foulée, l’artiste Tino Sehgal, qui, n’en doutons pas, connaissait parfaitement le cas Dussaert, vendit à Beaubourg une oeuvre immatérielle, totalement orale, si bien que le journal Le Monde  du 16 janvier 2011 s’en inquiéta : un établissement public, comme Beaubourg, peut-il mener une transaction financière sans reçu, alors que le fisc poursuit tout contribuable qui perd un justificatif ? Mais si jamais, pour complaire à la bureaucratie, Sehgal avait délivré la plus légère  attestation, alors l’œuvre, payée par les contribuables, perdait sa légitimité morale (que dis-je spirituelle)… et donc  toute valeur marchande (2).
 Cette péripétie montre à quel point l’œuvre de Dussaert était prophétique, or sans vous, cher Jacques Mougenot, elle resterait, comme tant d’autres, inexplicablement ostracisée ! Merci d’éclairer le public avec cette opiniâtreté souriante qui vous caractérise, et de poser, au fond, la seule question qui vaille : un art qui méconnaît à ce point un génie tel que Dussaert mérite-t-il encore d’être contemporain ?
 Soyez assuré de ma vive considération ainsi que celle de mes collègues, les historiens dissidents de l’AC.
Christine Sourgins

 

(1)C. Sourgins, revue « écritique »N°9, « La saga du vide à Beaubourg « , p.12 à 17.
(2)C. Sourgins, revue « écritique »N°12 , « le conflit d’intérêts élevé au rang des beaux-arts », p.49 à 53.
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Mardi 6 mars 2012

Sagesse chinoise…ivresse provençale.

Selon Art Price, les acheteurs chinois  ont dominé le marché de l’art mondial en 2011 : six des dix artistes les plus cotés sont chinois, seules quatre vedettes de l’art occidental sont encore présentes : Andy Warhol (325 millions de dollars), Pablo Picasso (315 millions de dollars), Gerhard Richter (175 millions de dollars), Francis Bacon (129 millions de dollars).
Les chinois se distinguent donc des nouveaux riches de la mondialisation : ils soutiennent d’abord leurs artistes et leur tradition culturelle. Ces six premiers artistes chinois au classement 2011 n’étaient pas, (ils sont tous morts), des grands noms de l’art-contemporain-passe-partout : ils pratiquaient un art classique chinois, ou modernisé. L’un d‘eux, Zhang Daqian, (550 millions de dollars) a  « battu »  Picasso  comme Warhol !
Bref, l’argent chinois n’alimente pas la bulle d’un art contemporain mondialisé, et l’Etat chinois, qui avait persécuté nombre de peintres et de calligraphes, a su faire machine arrière dans sa politique culturelle.
Un exemple pour la bureaucratie culturelle française ?
En attendant la sagesse chinoise s’oppose à l’ivresse provençale.
 
Les plus hautes autorités nous ont déclaré que « la culture était la première réponse à la crise » (M. Sarkozy au Forum d’Avignon, La Croix 21/11/11 p.19). Les habitants et commerçants de St Rémy de Provence sont, eux, fort perplexes. Ils viennent d’apprendre que leur maire, également conseiller Général aux finances, s’est fait voter 1,7 million d’euros pour l’embellissement d’un » futur musée de France », le Musée Estrine. Pour l’instant celui-ci ne serait  qu’une association loi 1901…richement dotée : en pleine crise, l’ampleur de la somme et du projet fait désordre. L’urgence est telle (gageons que l’Art très contemporain trépigne d’impatience )  que le maire a avancé les travaux, ceux-ci vont donc paralyser la vie économique d’un village, déjà fragilisée par la crise…au plus fort de la période estivale. Le comble est que la commune de Saint Rémy est en zone touristique et les arrêtés municipaux interdisent tous travaux de réaménagements, ravalements, constructions etc… du 1er juin au 30 septembre, sous peine d’amende !!! « Faites ce que je dis mais pas ce que je fais », bel exemple républicain.
 
Une solution : délocaliser les édiles en Chine ?
  
Christine Sourgins
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Mardi 28 février 2012
Déclassifier Beaubourg ?
 
L’exposition Vidéo Vintage consacrée aux œuvres fondatrices du vidéo art, de 1963 à 1983, vient de s’ouvrir au Centre Pompidou. La commissaire, Christine Van Assche, est une experte, par ailleurs directrice du Centre Multimédia de Beaubourg. Toutes les conditions semblent réunies pour avoir une exposition bien documentée et objective.
 
Or, même un étudiant en première année d’histoire de l’Art contemporain le remarquerait, il manque justement un des pionniers de l’Art Vidéo :  Fred FOREST. Oubli étrange puisque que Fred Forest, qui jouit d’une reconnaissance internationale,  est un artiste français et que collectionner son travail ne devrait pas avoir été trop difficile : il a exposé au démarrage de l‘Art Vidéo, à Beaubourg même, avec de nombreux artistes américains, qui font partie aujourd’hui et des collections du musée et de cette exposition.
 
Seulement voilà, Beaubourg a acheté les américains et pas le pionnier français qui ne figure même pas parmi les 3000 vidéos dont le centre a fait l’acquisition. Une telle exclusion porte un nom : censure !
Pourquoi Forest est-il censuré ?
Première raison, il a beau être un pionner artistique, il est français, c’est-à-dire  soumis à l’impôt, bon à fournir les subventions dont se gorgent les centres culturels. Mais pas question d’exposer un contribuable, non mais ! Le nombre d’artistes français, (et pas que vidéastes), restés sur le carreau est tel que le directeur de Beaubourg, Alain Seban, a fini par l’avouer dans un article du Monde du 22 avril 2007 : « … Longtemps, on a répugné à défendre les artistes français de crainte d’être accusé de nationalisme. La mondialisation a changé la donne. La Grande-Bretagne, l’Allemagne ou les Etats-Unis le font. Pourquoi pas nous ? Et nous le faisons bien pour le cinéma ou dans la musique… ».  Cet entretien avec Michel Guerrin et Emmanuel de Roux s’intitulait « Je veux défendre davantage les artistes français », Seban venait d‘être nommé, aujourd‘hui il est en fin de mandat, on voit le superbe résultat et combien il a tenu parole… et paroles… et paroles : Beaubourg ou Dalida, même combat !
 
Deuxième raison. Forest est un artiste citoyen qui a voulu savoir ce que Beaubourg faisait de ses impôts. Comme les circuits d’acquisition lui paraissaient opaques, il a jadis, en 1997,  intenté un procès au Centre Pompidou dont j’ai rapporté dans « Les mirages de l’art contemporain » l’issue malheureuse. L’oligarchie culturelle envoie donc un message fort aux artistes tentés de suivre son exemple. L’Art très contemporain est censé très critique de la société, très transgresseur. On voit comment Beaubourg dresse les rebelles. « Si vous voulez être exposés, bouclez-là ! ». Transgressez, SVP, mais là où ça nous arrange !
 
Conclusion : Beaubourg a force d’être cachottier et rancunier, tronque,  truque l’histoire de l’art. Car Fred Forest n’est que la petite partie &e
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Mardi 21 février 2012
Le Carnaval bat son plein à la galerie Gagosian qui expose… des confettis.   Soit la série complète des  » Spot Paintings  » de Damien Hirst, qui, lorsqu’il ne plonge pas les requins dans le formol, fait des ronds dans la peinture, rien que des ronds et encore des ronds, ce qui fait beaucoup d’argent.
Question esthétique, l’intérêt frôle celui du nuancier en peinture industrielle. Ces pustules proliférantes ont-elles un sens caché ? Certains glosent sur les points colorés qui, en galerie, symbolise la vente ou l‘option etc… d’autres remarquent que des titres font allusion à des drogues ou des produits toxiques… l’AC est, on le sait, un cynisme à valeur ajouté.
Collectionnés par les plus grosses fortunes qui ont prêtés leurs boutons multicolores, les plus grands critiques d’art sont requis au catalogue pour la célébration planétaire de ce zéro pointé : l’exposition a eut lieu simultanément dans les onze espaces du galeriste, à Londres, Hongkong, New York, Rome, Athènes, Beverly Hills, Genève et Paris… Il fallait bien ça, pour cette apologie de la pastille qui risque d’être difficile à avaler pour certains collectionneurs : sur Abelone Acetone Powder une « Spot painting » de 1991, présentée à la Biennale de Venise en 2004, de larges craquelures étaient visibles. Le catalogue citera-t-il le savoureux article du Journal des Arts – n° 184 – 9 janvier 2004, « L’art contemporain à l’épreuve du temps » ? J’en doute, voici quelques morceaux choisis :
« Les « Spot paintings » de Damien Hirst posent de sérieux problèmes de conservation. En cause, la mauvaise qualité de la peinture utilisée par l’artiste  » : une « banale laque de peinture, (…), moins résistante que la peinture à l’huile, (qui) s’adapte mal à un support aussi souple que la toile ». 
 
De la peinture industrielle ? Non seulement la valeur du tableau est menacée mais les questions d’assurance peuvent devenir délicates. Le cas est tellement fréquent, pour les œuvres d’AC, qu’une conférence au titre explicite ,« Avant que l’art ne s’effondre », fut organisée en 2003 à la Royal Society of Arts de Londres par la compagnie d’assurances AXA Art : elle révéla un point d’achoppement, un gros point noir. En effet, certains artistes d’AC ne voyaient pas très bien où  était le problème : ils considèrent l’utilisation de matériaux éphémères comme partie intégrante de leur travail.
 
 Un point c’est tout, dirait Hirst et sa galerie, que d’aucun on déjà rebaptisée la « galerie GAG-osian ». Bon mardi-gras !
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Mardi 14 février 2012
Lectures
Ariane Warlin, « La face cachée du Louvre », Michalon.

Désolée. Nous avons déjà nos propres éditions. Si c’est un ouvrage sur le Louvre, il doit être produit par le Louvre !
C’est ce que s’entend répondre Ariane Warlin qui enquête sur le musée le plus fréquenté du monde. A ces fins de non recevoir la journaliste opposera son obstination à comprendre : son ouvrage, « La face cachée du Louvre », vient de paraître aux éditions Michalon.  Vous y traverserez  les coulisses du Louvre d’Abu Dhabi, du Louvre-Atlanta, du Louvre-Lens, ou comment la culture est instrumentalisée au profit de la politique, voire des ventes d’armes. Comment aussi, depuis qu’une pyramide s’est installée au Louvre, son directeur, Henri Loyrette, jouit d’un pouvoir pharaonique au point d’être plus puissant que ses autorités de tutelle. Et ce dans la plus entière opacité : un rapport de mars 2011, consacré à l’ensemble des musées, fut jugé « si explosif que le ministère de la culture s’est opposé à sa publication » (p.162). Bref l’ambiance est délétère avec crises de nerf dans les couloirs : « on critique plus volontiers la gestion humaine de France Télécom que celle du Louvre. Pourtant le harcèlement moral y semble également de rigueur » (P. 155). Le Louvre, une entreprise comme une autre ? La censure et le fait du prince auront alors beau jeu de la déguiser en stratégie commerciale doublée du secret d’Etat !
 
Pierre Magré et Danielle Grimaldi, « Art Abstrait, défense et illustration », Somogy.
 
Voilà un véritable traité de peinture abstraite qui entend prendre la suite des travaux de Kandinsky, prouvant que l’Abstrait est bien vivant, que la voie ouverte par les pionniers n’est pas close. Chaque paragraphe a été longtemps médité, vécu, expérimenté de la pointe du pinceau, par ces deux peintres dont les œuvres illustrent cet ouvrage, joignant la théorie à la pratique. Même si certaines citations de Michel Henry, nous renvoient à l’époque de la petite guerre abstrait/figuratif, les auteurs reconnaissent que la peinture figurative est « une voie artistique tout à fait valable »( p. 45). On y trouvera moult réflexions sur l’inspiration, la différence entre conceptuel et abstrait, sur la nécessité de « transposer » au lieu de céder au pur jaillissement etc. Toutes choses qui intéresseront les amateurs de Peinture avec une majuscule.
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Mardi 7 février 2012
« Breughel, le moulin et la croix », un film qui ne tourne pas très rond…
 
Se promener dans un tableau, camera en main, voilà la gageure que voulait relever Lech Majewski en scrutant « Le Portement de croix » de Breughel l’ancien, chef d’œuvre de 1564, conservé à Vienne : au premier plan une Vierge douloureuse, puis, perdu dans une foule de 500 personnages, le Christ entouré de rouges gendarmes, le tout dominé par un improbable Moulin perché sur un rocher.

L’ambition est élevée : réfléchir à la suite de Breughel sur ce Pain du ciel moulu par un céleste moulin (mise en décor impressionnante) qui n’est autre que ce Pain vivant, le Christ broyé par la vindicte humaine lors de la Passion. D’un premier abord, l’esthétique du film est superbe, grands plans d’ensemble, costumes somptueux, bons comédiens. Maigres dialogues  mais pour laisser parler l’image. Jusqu’à la mise à mort d’un jeune homme par les rouges mercenaires à la solde des espagnols, le film marche effectivement au rythme du tableau. On comprend bien la parabole visuelle : le Christ se continue en tout innocent persécuté et le plus important est dérobé au regard de la foule. Que le cinéma l’explicite, bravo ! Mais dire que « le Christ est au centre de la toile comme une araignée » est une métaphore plus discutable car l’araignée est prédatrice et le Christ, au contraire,  victime.


Puis l’historien aperçoit des détails qui grincent : les bicornes des bourreaux ne sont apparus que sous Louis XV…Marie-Charlotte Rampling porte une coiffe plus une guimpe (or c’est l’une ou l’autre). Mais surtout  : Breughel dessine …avec des gants ! Certes chic et beaux, ces gants de peaux, mais la Flandre n’est tout de même pas la Laponie. Ce n’est pas une bévue accidentelle car le cinéaste persiste et signe : Breughel tient dans la main un fusain tandis que son esquisse est une mine de plomb ! Après tant d’années à dénigrer la peinture, à prendre ses distances avec cette activité salissante, voilà qu’un cinéaste prend lui aussi des gants pour parler d’un tableau ! Son Breughel (au costume aussi impeccable que le costard de trader de Koons ) ne s’abaisse pas à peindre : il dessine, compose, raisonne. Mais jamais n’entrera dans le vif de la peinture, c’est-à-dire dans le vif du sujet !
 Ce refus à un prix : faute de continuer avec le passage à la peinture, le film est condamné à se répéter, il bégaye en montrant cette fois la mise à mort du Christ par les occupants de la Flandre. On imagine mal un tel comportement, sacrilège dans le clan espagnol. Le cinéaste  en réalisant lourdement ce qui était une métaphore subtile chez Breughel en arrive donc à prendre le tableau à contre sens : le portement de croix se fait parodie, ce n’était pas l’intention du peintre !

Mais il est des ratages qui font sens. On sort édifié : le Père Breughel avec ses pinceaux et ses chiffons reste indépassable ; toutes les images de synthèse ne remplaceront pas une vraie peinture. Rien que pour cela, et pour le plaisir de l’œil, on devrait quand même aller voir « Breughel, le moulin et la croix » .

Christine Sourgins

Merci à Agnès E. pour ses remarques de professionnelle du costume et du cinéma.

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Mardi 31 janvier 2012
Le luxe pris la main dans le Tag…

   Le tag est une pratique qui suscite des réactions contrastées. Art d’aujourd’hui pour les uns ; exemple de la confusion des genres pour les autres, quand sous la houlette de Jack Lang, cette activité, née dans la rue pour la rue, fut détournée vers le musée et la marchandisation.

 Ce phénomène est loin d’être un simple jeu, parfumé d‘interdit. Il y a le tag et le graff, ce dernier demande plus de recherches graphiques, jusqu’à la 3D ; il peut être lié à des groupes en compétition dans la rue et…sur internet où la guerre de territoires fait rage. Le tag est plus individuel, c’est une signature, le jeune l’appose le plus en vue possible, le plus souvent possible : autoroute, train, métro, et son nom voyage fantasmatiquement d’un bout à l’autre du continent.

    Enflure de l’ego, assurément. Ecoutez un jeune sorti de « l’enfer du tag » comme d’autres de la boisson, et vous mesurerez à quel point cette pratique est une addiction : du matin au soir, c’est une obsession, chaque intervention est préparée comme un défi à relever, dans une sorte de « toujours plus » qui peut finir par de gros ennuis avec la police et la justice… Décrocher est  difficile, tant le mental s’accoutume et réclame sa dose d’adrénaline, suivie du contentement d’avoir épaté, non la galerie, mais la rue, la rame, la ligne, et pourquoi pas la planète entière. S’y ajoute une soumission sans vergogne à une américanisation caricaturale : un bon graff se doit de causer « globish ». Mes sympathiques interlocuteurs revendiquaient une identité française…un slogan yankee à la main. De quoi laisser songeur : cette activité réputée transgressive porte à incandescence, bien au contraire, les valeurs d’une société férocement marchande : esprit de compétition, médiatisation forcenée, conduite addictive, appropriation de l’espace privé comme publique sur le mode « du plus fort ou du plus malin qui a toujours raison ».  Pas de quoi empêcher de dormir les multinationales qui veulent breveter le vivant par exemple.

 Du coup, on s’étonne moins de la récupération de cette « révolte » par le système. Encore moins si on considère qu’une partie de ceux qui la pratiquent venaient de « bonnes familles », à commencer par Basquiat d’ailleurs. Basquiat ne taggait pas n’importe où, mais de préférence dans la rue du grand galiériste Castelli… comme quoi la spontanéité peut voisiner avec le calcul. Après les politiques qui se servent du graffiti comme faire valoir auprès des jeunes, les marchands qui le monétisent, la pub et les grandes marques y ont vu un juteux bisness. Depuis 2 ou 3 ans les grandes griffes multiplient les « collaborations » avec des taggers : l’un réalise une ligne de carrés de soie pour Hermès (Kongo) ..Chanel et Colette ont ouvert une boutique éphémère avec atelier de customisation de sacs à main, (une urgence en temps de crise) animé par Fafi ;  André signe des gants pour le gantier de Chanel et Vuitton, le tout estampillé de Mr A , son avatar graphique à tête ronde. Mais c’était sans compter sur les purs et durs, les incorruptibles du Tag en quelque sorte. Il existe un terme important dans la culture hip-hop : « être ou ne pas être un sellout », un « vendu »*. Alors les « sauvages » du graffiti s‘énervent et vandalisent  les vitrines des corrupteurs !
 Agnès b. a donc subi les foudres de Kidult qui a stigmatisé sa boutique d’un tag vert, giclant sur fond noir. Avec malice, Agnès b. a répondu au graffeur sur Twitter pour s’excuser du nettoyage du tag : « Hey ! Kid, j’adorais votre graff, désolée » . Pas si désolée que ça, sinon qu’est-ce qui l’empêchait de garder ce tag, spontané, gratuit, en situation en somme ? Ou elle n’aime pas tant que cela, ou la clientèle pourrait s’offusquer qu’une boutique chic soit taggée comme un RER de banlieue… Bref le tag est bienvenu dans le luxe a condition de rester aux ordres.
 Les marques peuvent sévir, mais plutôt à l’étranger, loin d’une opinion occidentale prête à tout pardonner au nom de la liberté d’expression. En 2009, à Hong-Kong, Armani porte plainte : Zevs lui a taggué un immense logo Chanel sur sa façade ; facteur aggravant, la boutique Chanel est juste en face ! Au moment où Zevs était jugé en Chine, l’enseigne italienne faisait refaire ses vitrines londoniennes par des graffeurs. Comme quoi, la solidarité n’étouffe pas le milieu des « rebelles » dont certains ont même les moyens de traverser la planète, en avion, pour aller régler leurs comptes, on n’ose imaginer l’hypothèse d’une sponsorisation de Chanel contre…Armani ! Voilà qui serait amusant, après tout entre Mr A qui, dans un reportage en 1990, se vantait de faire 50 tags par nuit « frénétiquement, compulsivement. J’ai du en dessiner 300 000 » et les marques qui nous matraquent avec leur logo, la stratégie est la même. Zevs, en Chine, a échappé à 2 ans de prison ferme : les chinois, pourtant amateurs de calligraphie, ne plaisantent pas avec cet avatar du graphisme occidental.

Le graffiti est apparu dans les cahiers de tendance dès la fin des années 90, Vuitton s’en saisit pour casser une image « tradi » et viser un public nouveau. En 2001 Marc Jacobs faisait donc taguer des sacs à main par Stephen Sprouse, mais il se murmure dans le milieu des graffeurs que le dit Stephen… était inconnu au bataillon des graffeurs…
Quoi, un quasi faussaire en somme ? Le luxe pris la main dans le tag…
 

Christine Sourgins*cf « Une bombe contre les marques », article de H. Gonzales in Les Inrockuptibles du 28.09.11, pages 76 à 80.

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Mardi 24 janvier 2012
Coup de torchon à la Tate Britain

D’après le SUNDAY TIMES du 15 janvier 2012, trois experts des Maîtres historiques, dont un de renommée internationale, viennent de claquer la porte de la Tate Britain qui regroupe les collections d’art britannique, de la Renaissance à aujourd’hui.Le musée étant dirigé par Penelope Curtis dont les vues « modernistes » sont connues, désormais tous les postes importants sont occupés par les tenants de l’art très contemporain à l’assaut du patrimoine.
Un éminent universitaire, qui a demandé l’anonymat, ( c’est dire si la liberté démocratique règne dès qu’il s’agit d’AC !) constate que désormais le patrimoine historique est considéré comme mineur : « La Tate manque à son obligation statutaire de gardien de la meilleure collection historique de l’art britannique au monde. On ne peut plus enseigner l’art britannique à partir de ce qu’il y a sur les cimaises.» conclut-il. Car une partie  des collections est désormais reléguée aux réserves, à part les Turner. (Turner est intouchable, car produit d’appel de l’industrie touristique). A la place des chefs-d’oeuvre de Stubbs, de Hogarth ou autres, on trouve l’œuvre de Cerith Wyn Evans, soit un candélabre à la flamme vacillante, accompagné d’une bande-son qui répète en boucle « Ouais » ; le tout occupe une salle entière. Voilà comment désormais la Tate Britain éclaire le monde de la culture.
Un étudiant en histoire de l’Université d’ York a fait les calculs suivant : sur les 42 Reynold anciennement exposés, il n’en reste que 4 ; 3 Hogarth sur 20 ; 5 Gainsborough sur 39… Autrefois 20 salles étaient occupées par les collections historiques, aujourd’hui il n’en reste.. que 2. La Tate reconnaît elle-même que  l’espace est occupé par les modernes à 63% et par les historiques (de 1600 à 1900) pour 37%, Turner mis à part. Il ne s’agit pas de la énième querelle des anciens et des modernes mais du remplacement de la culture par une forme de divertissement lié à de douteuses spéculations intellectuelles et financières. Il est loin le temps où Pasolini pouvait dire : « La culture c’est ce qui lutte contre le divertissement ».
Le musée britannique prétexte d’importants travaux  de rénovation qui seront achevés en 2013, et qui permettraient alors une exposition « plus représentative » des oeuvres. Il faudra juger sur pièce, car  une stratégie de l’AC étant le provisoire qui dure (ou réitère, comme à Versailles)…D’ailleurs la Tate Britten a commencé sa dérive en organisant annuellement, depuis 1984, le prix Turner. En 2001, Martin Creed en fut le gagnant avec «  The Lights Going On and Off » , une ampoule qui s’allume et s’éteint…. Autant dire que le Prix Turner a plus de chances d’être gagné par un interrupteur que par un peintre, (fut-il Turner lui-même !). Certains en conclurent que la Tate avait disjoncté, mais au fond, être un interrupteur de culture, n’est-ce pas la fonction de cet art trop contemporain ?
 
Christine Sourgins
(merci à M. Favre-Félix pour l’article et à Nancy pour la traduction)
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Mardi 17 janvier 2012
Une invitation à une conférence où j’interviendrai sur l’exemple américain des « Guerres culturelles »
Paris, Espace Bernanos, Conférence-débat du mercredi 18 janvier 2012, 19h -20h30
« Culture politique et politique culturelle ; L’Etat et Dieu dans l’art dit contemporain »
 
Comment interpréter les blasphèmes subventionnés qui ont défrayé la chronique durant l’année 2011, comme Piss Christ ou Golgota Picnic ? Depuis que la culture est supposée relever de la responsabilité de la politique et de l’État, le monde de l’art  s’est totalement repensé, sans qu’on sache qui est complice de qui. Et  l’État aujourd’hui  finance et soutient des œuvres dites « christianophobes ». La liberté de création est-elle sans limite ? La production artistique peut-elle se juger selon le bien commun ? Est-il possible de soutenir une autre politique culturelle, ou de penser la culture autrement ?
 
AVEC :
Catherine Rouvier
Christine Sourgins
Auditorium de l’Espace Georges-Bernanos
Paroisse catholique Saint-Louis d’Antin, 4, rue du Havre – Paris IXe
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Mardi 10 janvier 2012

La revue Nuances publiée par  l’ARIPA*, ( Association pour le Respect de l’Intégrité du Patrimoine Artistique), est incontournable pour les professionnels de la restauration mais également fort utile aux amoureux de l’Art, qui peuvent ainsi comprendre pourquoi des tableaux de musées ont l’air soudain « lessivés ». Son dernier numéro éclairera tous ceux qui s’interrogent devant les Pélerins d’Emmaüs de Véronèse, oeuvre conservée au Louvre : le nez de la mère de famille s’allonge, tel Pinocchio, depuis 2004, avec une nouvelle poussée en 2009… La revue n’hésite pas, photos à l’appui, à mettre les plus grands musées en face de leurs responsabilités : elle prône le savoir-faire mais aussi le savoir ne pas faire, car il est des remèdes pire que les maux et des restaurations qui virent à l’exécution. A la lecture de « Nuances » on comprend combien l’Art trop contemporain, qui prise les couleurs vives, peut influencer les restaurateurs : la tentation est grande pour eux de « créer l’événement » en rénovant de manière « flashy » un vieux tableau afin de lui donner un coup de jeune et d’attirer les médias par une différence criante avant/après.

   Nuances signale en outre une nouvelle forme de restauration « virtuelle » : il s’agit de projeter sur le tableau une image spécialement conçue pour donner l’illusion que le tableau a retrouvé son aspect d’origine. Depuis 10 ans un procédé similaire colorise à l’aide d’images numériques les sculptures jadis peintes de certaines cathédrales.

    Le procédé a été utilisé pour 5 toiles de Rothko offertes à Harvard. Les couleurs pourpre avaient viré au gris et en 1979 les Rothko avaient été décrochés et remisés.  L’image projetée rétablit donc la couleur pourpre. Ce subterfuge rachète une faute de conservation car, en la matière, Rothko n’est pas à blâmer. Certes, il avait utilisé un nouveau pigment synthétique le Lithol Red, qui a viré, mais celui-ci était à l’époque certifié bon teint par les scientifiques les plus renommés. Le peintre utilisait sinon une technique classique et saine (toile, colle animale, essence,  huile.. ) et refusait tout vernis protecteurs (alors que les conservateurs américains ne juraient que par les vernis synthétiques… qui sont devenus gris opaques et difficiles à dissoudre ).  La catastrophe du pourpre qui vire au gris ne serait pas arrivée si les intentions de Rothko avaient été respectées : il demandait une lumière tamisée, qui conférait à ses toiles un caractère mystérieux. Harvard les mis en plein lumière… près de baies vitrées….!

     Facilement réversible, la restauration virtuelle ne devrait pas poser problème, pourtant elle bafoue à nouveau les intentions de l’artiste : « Rothko ne se serait pas soucié que (ses peintures) paraissent vieilles et fanées ». « Il avait une grande déférence pour les œuvres des maîtres anciens, la manière dont-elles s’assombrissaient avec l’âge et prennent un aspect si noble, imposant. De cette manière, vous concevez les peintures anciennes comme des survivants, comme des êtres vivants », a déclaré une de ses amies, une historienne de l’art reconnue.  Les peintres, à l’instar de Victor Hugo qui défendit qu’on dépose de la musique sur ses vers, devront-ils interdire de plaquer du numérique sur leur travail ?

   Les œuvres dégradées de Rothko servent donc à créer des œuvres virtuelles, où «  l’erreur est expiée par le miracle technologique, l’irréparable est transformé en triomphe ».

   Un autre article donne à réfléchir sur un type d’éclairage fort séduisant qui se multiplie  « quand les musées disposent de trop d’argent » et de technique  : le spot projette alors sur le tableau un rectangle lumineux de la taille exacte de la toile. L’image peinte paraît alors se détacher du mur, elle semble léviter. On pourrait y voir un désir, via la technique, de réintroduire « l’aura de l’œuvre », perdue au XXème siècle comme Benjamin l’avait analysé. La revue Nuance y voit plutôt un procédé qui rattache perfidement la peinture « aux images virtuelles rayonnant sur les écrans plats de nos ordinateurs et de nos télévisions ». «  Les conservateurs, professionnels de la culture, se rendent-ils compte que ce petit gadget annihile ainsi plusieurs siècles de culture artistique ?».

  Il ne s’agit pas, pour autant, de refuser toute avancée technique. Car, de la mésaventure de Rothko, la revue Nuances tire  une leçon de sagesse. Puisque les conditions de présentation peuvent corriger les problèmes de perception d’une œuvre, inutile d’intervenir drastiquement sur des œuvres fragiles. Le jaunissement de certains vernis pourrait alors être atténué par une teinte assourdie pour les murs environnants, l’œuvre étant éclairée par une lumière légèrement chaude : on ne devrait donc plus « lessiver » les vernis. Cette correction chromatique reconstitue tout simplement les conditions dans lesquelles les peintures étaient présentées à l’époque de leur création.

  En restauration aussi « la sobriété heureuse » est de mise…

 Christine Sourgins

*Pour tout renseignements sur « Nuances » : aripa@laposte.net

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3 janvier 2012
Et si 2012 était l’année de la fin du monde..de l’Art financier ?
voeux 2012
 
Pour y contribuer, une bonne nouvelle,
les éditions russes Russkiy Mir
s’apprêtent à publier un ouvrage bilingue intitulé :
 
ART OU MYSTIFICATION ?
 
Soit huit essais sur l’Art contemporain, signés par huit plumes dissidentes, parmi lesquelles un célèbre atrabilaire, un non moins célèbre pourfendeur de « l’Etat culturel » etc… et votre blogeuse préférée, bien sûr : à suivre !
Très bonne année…