A Nantes, une Notre-Dame du XXIème siècle ?

By | 28 juin 2020

A l’heure où le chantier de Notre-Dame entame une phase risquée,  deux courtes vidéos (10 mn) que j’ai postées sur You Tube :

 “Que révèle l’incendie de Notre-Dame ?” cliquer

Suivie d’ une proposition pour une restauration sans trahison :

Un grand geste patrimonial pour sauver Notre-Dame ?”cliquer

Chacun sait le prestige atteint par la femme au Moyen-Age, grâce à « l’amour courtois », au rayonnement de la figure mariale qui inspira des cathédrales  (voir les travaux de Régine Pernoud), le « voyage à Nantes » nous offre, cette année, l’occasion d’une comparaison avec la figure féminine du XXIème siécle, et même avec une vision de la femme par une femme, Elsa Sahal. Place Royale à Nantes, un grès émaillé rose de 3 mètres, surplombant un bassin, se veut « un hommage aux figures de la féminité triomphante qui ornent cet ensemble sculptural du 19e siècle. » Jusqu’ici tout va bien, sauf que la chose, dénommée « Fontaine », est constituée d’une « figure pissante, dont le titre est un pied de nez à l’urinoir de Marcel Duchamp… ». L’auto-justification d’Elsa Sahal est d’une poésie bouleversante, jugez plutôt : « Dans le flux continu du jet d’urine, il y avait l’idée que les petites filles aussi peuvent pisser dru, loin, et continûment. Et que cela, de façon ironique, peut se produire dans l’espace public où seules les urines masculines sont admises ! »

Imaginez, même pas une femme-tronc, une femme bassin sur pattes avec une fuite, comme la Félicie de Fernandel : si vous n’êtes pas cardiaque mais un peu maso cliquez ici pour voir le chef d’œuvre.  Cette Notre-Dame-du-jet-de-Nantes est aussi présentée comme le pendant féminin du Manneken Pis ; le petit belge doit pouffer de rire, lui qui dispose d’une garde-robe à faire pâlir un top-modèle : allez donc habiller le truc percé place Royale !

Le pire est que le discours tenu autour de cette « Fontaine » se veut une réponse à Duchamp dont le très phallocrate urinoir de 1917, c’est vrai, écrase la scène artistique contemporaine. Mais l’artiste, et la ville de Nantes qui cautionne, tentent d’accréditer ce qui serait un tacle, une rébellion, alors que ce qu’on voit clame tout le contraire : au lieu de contrer le machisme on assiste à son extension avec l’assujettissement caricatural du féminin aux  performances masculines ou supposées telles. Cet abaissement de la femme par une femme, (l’aliénation n’en est que plus grande) prolonge le geste Duchampien. Avant lui, Rembrandt ou Picasso  s’intéressèrent à des figures de pisseuses, mais seul Marcel déclara : « on n’a que pour femelle une pissotière et on en vit ». Nantes, n’est-ce pas la ville dont une spécialité est le berlingot (de couleuvres, difficile à avaler ) ?

Bonnes vacances (évitez Nantes). A la rentrée. 

Christine Sourgins