Le grand Art avec une chaussure noire

By | 28 février 2017

En 1978, au BAC, le sujet de l’option « arts plastiques » de l’époque était : « faites le portrait de votre chaussure » et chacun de se déchausser  gaiment pour rivaliser avec Van Gogh. En 2017, le conceptualisme est passé par là. On bûche un programme béton (notez qu’il ne s’agit pas du programme de la section L « arts plastiques » mais du programme d’une option généraliste proposée au BAC cf http://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=97025 ). La série L a droit à  Ai Weiwei, Gabriel Orozco, Pascale Mhartine Tayou, l’incontournable Duchamp  et Rodin…parce qu’on fête le centenaire de sa mort).

Au menu donc de “l’Option facultative toutes série”,  la relation entre l’observateur et l’œuvre chez Véronèse, sujet passionnant, mais pas simple quand on a 17 ans, et qu’on est lancé dans des « jeux sur les points de vue et les proportions », et autres « espaces fictifs, déplacements, expérience temporelle des dispositifs narratifs », ouf !

Mais il y a mieux, encore plus complexe au programme : Bill Viola, un des artistes majeurs de l’image électronique. Certes, mais « l’exploitation du potentiel plastique, sémantique, symbolique des projections sur de grandes surfaces » peut s’avérer ardu pour des adolescents. Nombre des créations de Viola «  ouvrent des dialogues entre la modernité du médium digital et un univers d’images s’inscrivant dans l’histoire de l’art ». Voilà qui suppose une sacrée culture que l’on acquiert plus facilement dans les milieux aisés … et ne va pas favoriser la lutte contre le « décrochage » des banlieues.
Pourtant nombre de jeunes ont un bon coup de crayon mais on ne confronte plus l’œil et la main au réel, à son apparaître (on laisse cela aux selfies et autres clips). On préfère entraîner les jeunes esprits sur un terrain où ils manquent de repères et seront donc d’autant plus manipulables (un fils d’immigrés a peu de chance de connaître Véronèse, Viola et leur contexte ) Ils ne peuvent donc, au mieux, que subir une sorte de gavage d’images et de connaissances …le fameux bachotage. Et, cerise sur le tableau, la complexification redouble car le péché mignon des pédagogues est « la mise en regard »… de Véronèse avec Viola bien sûr et Claes Oldenburg qui vient “enrichir la question de la représentation de la banalité dans un dispositif de présentation singulier” sic.

Un crayon, une gomme, une feuille de papier voilà l’art pour tous, pas cher et écolo, avec  une possibilité réelle d’expression pour chacun mais pas question d’y revenir, au temps de l’égalité des chances et de l’ascenseur social… Ce serait, horesco referens « revenir au temps des blouses grises ». Nous préférons donc celui de la matière grise, grisée d’elle-même…

Christine Sourgins