On doit aux vénitiens l’archétype européen du Nu féminin avec la Vénus d’Urbin (1538) de Titien. Tableau subtil et sensuel : est-elle la Vénus céleste ou la Venus vulgaire ? Car la grande affaire du Nu occidental sera de neutraliser, à la fois, la pudeur comme le désir (1).
Mais en 2026, à la Biennale de Venise, Florentina Holzinger ne s’embarrasse plus de subtilités, au point d’éclipser les protestations des Femen Pussy Riot devant le Pavillon russe et autres « artivistes »… Car l’artiste a récupéré une cloche dans la lagune vénitienne mais, à la place du traditionnel battant, c’est un performeur, entièrement nu, tête en bas, qui rythme le tintement de la cloche : « un symbole des structures usées de l’histoire patriarcale et de l’autorité religieuse »sic. Ce « rituel », de 4 minutes, a lieu chaque heure sonnante. La performeuse a aussi installé, dans son pavillon autrichien, un immense aquarium alimenté en partie par le recyclage de l’urine (filtrée) des visiteurs ; s’y mouvaient performeurs et acrobates également nus : le tout interroge « la montée des eaux, le surtourisme et la pollution à Venise » re-sic.
Le plus étrange : cette 61e Biennale, imaginée par Koyo Kouoh, officiellement titrée « In minor keys » donc « à bas bruit », est censée éviter le côté spectaculaire et provoc, habituel en ces lieux ! Raté ? Pourtant se jouent, à « bas bruit » et à Venise, certaines évolutions de l’AC …
La mue du Palazzo
En effet, après vingt ans de programmation exclusivement dédiée aux expositions temporaires, le Palazzo Grassi, deviendra, pour la collection Pinault (2), un espace permanent en mars 2027. Officiellement, pour « s’inscrire dans la durée plutôt que dans l’éphémère » avec une centaine d’œuvres, de 54 artistes, « références incontournables de l’art contemporain ». Mais on chuchote que, jusqu’ici, les visiteurs du Palazzo, en dehors des vernissages et de temps forts comme la Biennale, étaient très très clairsemés… Or le renouvellement permanent d’expositions est un modèle économiquement coûteux… même pour M. Pinault. Mise à nu d’un coup de mou de l’AC ? La façade du Palais vénitien ne semble cependant pas assez « belle » ; elle recevra une résille lumineuse conçue par une « référence incontournable », Ólafur Eliasson.
Nus pour voir les Nus ?
Et si le public était toujours réticent, il resterait ce nouvel attrape-visiteurs : être nu pour voir les Nus ! On ne compte plus, depuis le Musée Leopold (à Vienne, en Autriche), prétextant la canicule de 2005, les initiatives pour « briser la barrière entre le corps du spectateur et la nudité représentée dans les œuvres »sic. Au Mucem de Marseille, en 2024, près de 600 personnes ont arpenté « Paradis naturistes »… avec leurs seules chaussures…pour éviter les échardes du parquet. En 2026 à la Fondation Beyeler, la formule s’élargit : seuls les visiteurs en maillot de bain visitaient, gratuitement, les baigneurs de Cézanne…etc.
Mais que s’est-il noué autour des Nus (des enjeux théologiques à l’émergence de la modernité picturale… ) ? Comment, aujourd’hui, l’AC dévoie ce genre spécifique à l’Occident ? Ces questions et d’autres, trouveront des réponses dans « Beautés singulières » qui vient de paraître, chez Boleine. cliquer
Christine Sourgins
(1) comme le note Nadeije Laneyrie-Dagen ; plus d’explication sur la beauté des Nus in « Beautés singulières » aux éditions Boleine.
(2) Elle dépasse les 10 000 œuvres, s’est élargie à la Punta della Dogana et à la Bourse de Commerce de Paris, qui continuent les expositions temporaires.